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Tome 1, Chapitre 7 « Sur la route d’Aon » Tome 1, Chapitre 7
Amalia apparut en rase campagne. Elle s’assit sur un muret à demi effondré et recouvert de mousse, comme il y en avait des dizaines éparpillés dans ces marécages. La région n’avait jamais été très peuplée, mais la montée des eaux avait fait fuir tous les habitants.
    
    La sorcière poussa un soupir en regardant le sol marécageux. Elle n’aimait pas marcher là. À chaque fois qu’elle parcourait le chemin du point de transfert vers le port d’Aon, elle pensait aux anciennes cités. Ici, comme ailleurs, les Cataclysmes avaient causé de nombreux morts. Les Bretons avaient investi beaucoup de moyens dans la sauvegarde de leurs terres. À une époque, les habitants, humains et sorciers, s’étaient serré les coudes pour chasser l’eau des territoires celtes. Amalia n’avait jamais compris pourquoi.
    
    Elle attendit plusieurs minutes, perdue dans ses pensées, avant de se relever. Hors de question de traîner les pieds dans la boue. Elle activa son concentrateur et fit apparaître ses mécas-ailes. Amalia passa ses bras dans les lanières du harnais, attacha l’ensemble en serrant les deux sangles sous ses seins et sur ses hanches, vérifia la solidité de son matériel, puis donna une impulsion et s’envola.
    
    Pas besoin d’aller très haut pour avancer vite. La sorcière filait à un peu plus d’un mètre du sol lorsqu’elle activa le pilotage automatique. Tout droit. Elle se poserait en atteignant la route, plus loin.
    
    Utiliser les mécas-ailes malgré sa fatigue était une mauvaise idée. Elle fournissait un flux constant de magie à la machine volante et risquait la chute à la moindre variation… et variations il risquait d’y avoir, vu son état d’épuisement. Peu lui importait, elle aimait vivre dangereusement.
    
    Elle jeta un sortilège pour éclairer son chemin. Les plantes scintillèrent à la lumière de sa magie. Plusieurs créatures, sans doute des espèces parentes des lièvres, bondirent pour rejoindre leurs terriers.
    
    Vert, marron et gris défilèrent sous ses yeux sans qu’elle y prête attention. Elle repensait au jeune Loïc. Rencontrer son frère pourrait s’avérer intéressant. Elle n’avait jamais eu l’occasion de discuter avec des mercenaires avant qu’ils ne s’augmentent. Des mécamages, en revanche, elle en avait déjà côtoyé plusieurs dans les mauvais quartiers de Stuttgart où elle achetait du tabac et du chanvre de contrebande.
    
    Elle repensa à un mécamage en particulier. Elle l’avait rencontré vers ses 17 ans ; un amant très doué qu’elle avait amené à la table de ses parents. Roald, un grand noir aux yeux verts et à la langue aussi habile sur son corps qu’en longue discussion sur l’économie du pays.
    
    La conversation s’était avérée très intéressante, du moins jusqu’au moment où Roald, indisposé par la chaleur de la demeure familiale, avait ôté son gilet. Ses mécartifices avaient fait une fort mauvaise impression. La mère d’Amalia, dégoûtée à la vue des épaules mécaniques et du long nerf d’acier descendant sous le poignet droit de ce potentiel gendre, avait manqué de tourner de l’œil. Le père de la jeune fille s’était levé, vivement, rouge de colère, et avait foutu le couple dehors, sans ménagement. Souvenir jubilatoire.
    
    Roald et Amalia n’avaient jamais envisagé leur relation comme sérieuse. Elle faisait cela pour emmerder ses vieux, lui pour se la péter auprès de ses collègues. Qu’ils s’entendent bien au pieu s’était trouvé être un très agréable bonus. En sortant avec Cédric, quelques semaines plus tard, la jeune femme avait pris ses distances avec le méca.
    
    Amalia sourit en se souvenant du premier baiser avec son mari. Wilma, Cédric et elle avaient passé la soirée sur la plage à boire des bières jusqu’à ce que le soleil se noie dans l’océan. Au moment de rentrer, la sorcière avait tenu à raccompagner le jeune homme chez lui, à l’épicerie. Il n’avait pas eu besoin de lui dire qu’il voulait l’embrasser, elle l’avait senti, elle lui avait attrapé la main pour l’arrêter au milieu de la petite route. Il l’avait regardé, étonné, puis avait souri. Il savait qu’elle savait. Elle l’avait enlacé avant de baiser ses lèvres. Il embaumait la cigarette et avait un goût de tabac.
    
    Toute à son souvenir, elle n’était plus concentrée sur son vol. Le flux qu’elle fournissait à son artefact varia. L’aile droite s’arrêta net.
    
    La sorcière vrilla et s’écrasa lamentablement contre le sol. Elle s’étala dans la boue des marécages et fit deux roulades avant que son visage ne s’emplâtre dans une flaque particulièrement puante.
    
    Amalia se redressa d’un bond et cracha ce qu’elle avait en bouche en jurant comme un dragonnier. C’était de la faute de tout ce qu’il y avait autour d’elle et de tous ceux qui n’étaient pas présents, mais surtout pas de la sienne. Qu’est-ce qu’ils la faisaient chier à la forcer à partir ainsi ? Elle aurait pu dormir sur place avec Wilma le soir et elles seraient rentrées au petit matin. Oui, dans le dortoir ! Oui, avec beaucoup d’humains dans la même salle ! Oui, elle en était capable ! Ils étaient cons de ne pas lui faire confiance !
    
    Elle passa plusieurs minutes à s’énerver dans la campagne bretonne, mais, sans personne sur qui exprimer sa frustration, elle se calma et poussa un soupir. La jeune femme ôta ses méca-ailes et grogna. Elles étaient cassées. Quelle saloperie, cela ne résistait vraiment à rien… Sa mauvaise foi n’avait aucune limite.
    
    Amalia lança un sortilège de nettoyage sur ses habits et sa figure. Le goût de la vase refusait de partir alors elle sortit du tabac et roula une clope. Elle l’alluma avant de reprendre sa route, à pied, dans la boue. Ses mécas-ailes s’étaient d’elles-mêmes rangées dans son sac-univers.
    
    La sorcière jeta un coup d’œil au ciel puis lança un charme pour se repérer. Elle avait tout de même bien avancé et ne se trouvait plus qu’à quelques mètres de l’ancienne départementale. Une route précataclysmique de pavés et de reste de macadam. Elle y marcherait au sec. Son sortilège lumineux l’attendait sagement. Quelques secondes de concentration de plus lui auraient évité cette chute dont personne ne saurait jamais rien.
    
    Elle grogna en s’époussetant du plat de la main, puis poussa un long soupir. Plus qu’une quinzaine de minutes et elle arriverait chez elle.

Texte publié par Cestdoncvrai, 4 mars 2018 à 09h54
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