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Tome 1, Chapitre 7 « Le bal » Tome 1, Chapitre 7
Lorsque le soleil rejoignit son zénith, Maddy m’apporta une robe de soirée commandée par Ian à mon retour. Malgré mes réticences, je remerciai mon fiancé et me pliai à sa volonté. Le bal organisé par Lyra Hamilton se rapprochait à grands pas et j’avais le sentiment d’être une actrice prête à entamer sa première représentation.
    
    Endwoods était un petit village. Trois cents habitants le peuplaient et tout se savait ici. Ma vie privée n’en était pas, chacun de mes faits et gestes étaient contrôlés, puis répétés par les deux domestiques de la maisonnée. Une simple erreur et mon identité serait dévoilée.
    
    Pour cette raison, je n’avais guère prié la Déesse depuis mon arrivée. Je me contentais d’adresser le soir venu une prière catholique dans ma chambre, agenouillée devant le crucifix qui dominait mon lit. Je ne connaissais pas la religion des papistes, ayant été élevée dans la foi protestante, mais une simple observation des coutumes de cette maison suffisait pour jouer la comédie en apparence.
    
    Maddy passa les jupons bleus de ma robe au-dessus de ma crinoline, avant de me présenter une paire de chaussures assorties. Ian avait reçu de ses parents un héritage conséquent, si je me fiais à la qualité des tissus. La domestique m’expliqua qu’ils avaient été commandés à la Ville des Cendres, le chef-lieu local.
    
    Quel nom sanglant, songeai-je.
    
    Elle enfila des bracelets ornés d’argent à mon poignet, avant de discipliner ma chevelure frisée. Une fois la préparation terminée, mon estomac se noua. Je nageais en plein cauchemar. Je détestais les soirées mondaines, encore plus lorsque la majorité des invités se composait de fanatiques papistes.
    
    Mais Ian, dans sa grande bonté, ne m’avait pas laissé le choix.
    
    Maddy m’apporta ensuite un chapelet et l’accrocha autour de mon cou.
    
    — Vous avez sûrement perdu le vôtre lors de l’accident, dit-elle. Je vous prête donc le mien pour la soirée. Là-bas, tout le monde fera attention à ce que vous portez dans les moindres détails. Mettez-le bien en évidence et surtout, avant de pénétrer au sein de la demeure de Lady Lyra, faites le signe de croix. Les superstitions ont la vie dure ici, ne détruisez pas votre réputation à cause d’un oubli.
    
    Une fois préparée, la domestique s’en alla vêtir Ian et j’eus enfin le loisir de rester seule. La plupart du temps, Maddy et Cristina se relayaient pour veiller sur moi et ne me lâchaient pas d’une semelle. Le soir, lorsque la maisonnée sombrait dans le silence, j’étais trop épuisée pour me plonger dans mes pensées et je sombrais la plupart du temps dans un sommeil sans rêve.
    
    Je profitais donc de ce bref moment répit pour observer la lune depuis la fenêtre de ma chambre. J’inspirai profondément et adressai, en silence, une prière à la Déesse.
    
    Les larmes coulèrent le long de mes joues mais je les séchai presque aussitôt. Bientôt, je quitterai cet horrible endroit. Sans Gale, mais au moins, je ne resterai plus dans ce village fanatique. Cette pensée me consola un peu, mais en observant la forêt qui s’étalait par-delà les fortifications, mon cœur se serra un peu plus.
    
    Elle était terrifiante.
    
    — Catherine, vous êtes resplendissante, me complimenta Ian lorsque je le rejoignis dans la pièce principale.
    
    J’inclinai la tête pour le remercier.
    
    — Ian, je… je ne suis pas certaine que ce bal soit une bonne idée. Je, je… les habitants de ce village me considèrent avec hostilité et je ne me sens pas très bien.
    
    Comme à son habitude, le jeune Lord m’adressa un sourire tendre.
    
    — Je comprends, ma chérie. J’aimerais sincèrement pouvoir déroger à cette obligation et rester ici, près de vous, dans notre foyer. Mais mon statut de Lord me contraint à ces obligations sociales et en tant que future épouse, il est de votre devoir de me suivre. Si nous restons ici, le village jasera et cela risque de nuire à votre réputation.
    
    Le sujet était donc clos. J’hochai la tête, docile, me mordant les joues pour ne pas fondre en larmes. Si je connaissais trop bien ces stupides règles sociales, j’avais espéré un peu de répit.
    
    Trop rapidement à mon goût, la diligence vint nous chercher. À notre arrivée, la moitié du village se pressait déjà dans les jardins. Je resserrai mon manteau contre moi, surprise par le vent glacial qui balayait Endwoods ce soir-là. Je mis cependant mon chapelet en évidence sur mon manteau et effectuai le signe de croix avant de pénétrer dans l’imposant hall d’entrée.
    
    Lyra était la cousine germaine d’Ian. Les parents de ce dernier étant décédés quand il était jeune, il avait été en partie élevé par son oncle et sa tante. Ian tenait beaucoup à elle. Leurs liens s’étaient encore plus resserrés lorsque le couple était mort à son tour deux ans plus tôt. Lyra avait donc héritée du manoir familial, où elle résidait désormais au côté de son époux, Dorian de Montfleury.
    
    Ce dernier était le châtelain du village. Il s’occupait des tâches économiques du village, en veillant notamment à son approvisionnement. La forêt entourant Endwoods, il fallait donc commercer avec les villages voisins pour l’approvisionner. Son pouvoir demeurait cependant moindre : la véritable autorité s’exerçait ici par la famille Mortagh. Moins riche que Lord Montfleury, son influence religieuse contrebalançait ce désavantage.
    Les habitants considéraient ses paroles comme paroles d’Évangile.
    
    Un délai avait été décidé pour mon départ : cinq jours après la soirée de Lyra, je prendrai la poudre d’escampette. Le temps de rassembler un peu d’argent et préparer ma fuite dans les règles de l’art. Telle une voleuse, je m’enfuirai sans laisser de traces.
    
    Où irai-je ? C’était une excellente question, dont seule une réponse était possible : loin d’ici. Si la chance me souriait, peut-être trouverais-je un autre bateau pour l’Amérique. L’image de Gale se dessina dans mon esprit et mon cœur se serra. Était-ce une trahison ? Je savais qu’il aurait souhaité cela, que je l’abandonne plutôt que de perdre la vie en le cherchant.
    
    L’intérieur du manoir me surprit. Décoré de diverses œuvres d’art et de plantes luxuriantes, il représentait à mon goût le temple du divinement beau, un rayon de lumière parmi le puritanisme ambiant.
    
    Deux domestiques nous accueillirent et nous déchargèrent de nos manteaux. Nos hôtes vinrent presque aussitôt à notre rencontre. Le premier, Dorian de Montfleury, était un charismatique gentilhomme. Ses cheveux noir corbeau étaient plaqués en arrière, assortis à un costume sombre digne des membres de la couronne anglaise. Je le saluai avec politesse, tandis qu’il fit un baisemain.
    
    — Pardonnez le retard de mon épouse, dit-il d’une voix suave. Nous revenons juste d’un long et éreintant voyage à la capitale. Je vous prie d’accepter, Lady Catherine, mes sincères vœux de rétablissement ainsi que toutes mes prières pour votre famille.
    
    Je le remerciai d’un hochement de tête et observai son épouse qui se dirigeait droit vers nous.
    
    — Ian, mon cousin, quelle joie de te revoir ! s’exclama-t-elle en déposant un baiser sur sa joue. Sois le bienvenu ici. Quant à vous, Catherine, pardonnez mon retard. J’ai appris votre retour il y a quelques heures seulement. Sachez que ma porte vous sera toujours ouverte.
    
    Elle murmura ensuite au creux de mon oreille :
    
    — Je suis désolée que l’épreuve de cette soirée vous soit imposée. Mon cousin est un véritable idiot de vous avoir emmené ici en dépit des circonstances. Si jamais votre cœur se fait trop lourd, faites-moi signe et je mettrai aussitôt un terme à cette mascarade.
    
    Elle avait visiblement le même âge que moi, malgré l’épaisse couche de maquillage qui recouvrait son visage. Je notai immédiatement son parfum fleuri, doux et délicat. Ses cheveux châtain clair étaient coupés courts en comparaison des autres femmes du village, puisque ceux-ci atteignaient à peine ses épaules. Elle m’inspira aussitôt confiance malgré son air réservé.
    
    Un peu plus loin, Richard lui adressait de grands signes de la main.
    
    — Dès que j’en aurai fini avec le maire, nous discuterons, soupira-t-elle. S’il me libère avant le repas…
    
    Elle s’éclipsa tel un coup de vent et je m’empressai de rejoindre Ian. La demeure était remplie de la bourgeoisie du village, dont les habitants qui jasaient sur moi. Je conservai bonne figure et pour une fois, je guettais l’arrivée de la famille Mortagh avec contentement.
    
    — Lady Catherine ! s’écria une voix familière. Quel plaisir de vous revoir !
    
    Géralt s’avança vers moi en souriant et me fit un baisemain. Je lui répondis avec le même entrain. Il était étonnant de le voir sans son uniforme noir. Malgré son âge avancé, il demeurait incroyablement charismatique et attirant. Ses cheveux grisonnants atteignaient ses épaules carrées et je fus surprise d’apprendre qu’il demeurait célibataire.
    
    — Ian m’a informé de vos difficultés à… à vous relever de cet accident, dit-il. Vous semblez déboussolée, ma petite.
    Je passai outre ses manières intrusives et répondis avec une douceur hypocrite :
    
    — Ma famille me manque terriblement. La mémoire me fait encore défaut. C’est une véritable torture d’imaginer ce qui a pu leur arriver… sans obtenir de réponses.
    
    — J’en conviens. Comme vous le savez, mon devoir est de traquer et éliminer les monstres qui s’en sont pris à vous. Je suis déterminé, ma chère Catherine, à vous rendre justice. Cependant, je me dois d’être honnête envers vous.
    
    — Que… que se passe-t-il ? Ian n’est guère bavard sur ce sujet-là…
    
    — Nous avons tout exploré, Lady Catherine. J’ai même poussé mes hommes jusqu’à des contrées plus reculées que d’ordinaire. Mais nous n’avons trouvé ni cadavres, ni traces de sang. Ian préfère garder le silence pour vous préserver, mais il n’y a pratiquement plus aucun espoir de retrouver votre famille et votre ami vivants. Je suis navré.
    
    Mes muscles me lâchèrent quelques instants.
    
    — Nous attendons l’ordre officiel du maire, mais les recherches cesseront sous peu, ajouta-t-il. Toutes mes condoléances, Lady Catherine.
    
    — Excusez-moi, dis-je en m’éloignant.
    
    Les éclats de voix autour de moi s’estompèrent et je tentai de rassembler mon sang-froid pour ne pas m’effondrer.
    Qu’est-ce que ces gens feraient à Gale ? Allaient-ils le torturer par plaisir avant de le sacrifier ? Je réprimai un haut-le-cœur. Tout s’était succédé à une vitesse fulgurante et j’ignorais où donner de la tête. Finalement, j’aurais dû protester lorsque les Patrouilleurs m’avaient trouvé une semaine plus tôt.
    
    Et qu’aurais-tu fait ? se manifesta une petite voix intérieure. Tu aurais continué à chercher Gale sans rien trouver ? Tu te serais jeté corps et âme chez ces fous furieux pour le sauver ? Tu n’as aucune idée de ce qu’il s’est passé ! Tu ne sais rien, Éli, absolument rien !
    
    Je fis signe à un domestique de me resservir un peu d’alcool. Les bulles pétillèrent sous ma langue sans pour autant chasser le goût amer qui venait de s’installer dans ma bouche. Ian, en pleine conversation avec Malcolm et un autre Patrouilleur, ne remarqua pas mon état de torpeur.
    
    Les musiciens entamèrent un morceau de piano et l’espace d’un quart d’heure, je restai seule, figée au milieu de tout le monde. Un malaise me saisit, similaire à l’autre jour, me comprimant la poitrine. Xénia, sensible à ma détresse, me rejoignit avec un remontant à la main.
    
    — Mon amie, venez faire quelques pas à mes côtés, proposa-t-elle d’un ton maternel. Et buvez ceci ! C’est un trente ans d’âge, un pur délice !
    
    Je n’étais habituellement guère adepte du whisky, mais je bus le verre avec plaisir.
    
    — J’admire votre sang-froid, sourit-elle. Vous tenez le coup alors que les événements tragiques s’accumulent.
    — Je fais face pour faire honneur à ma famille et à mon éducation. Mais lorsque je suis seule, la nuit, je me demande pourquoi ces choses horribles m’arrivent. Mes parents sont sûrement morts, ma maison est sujette à de douteuses attaques et les habitants de ce village me traitent avec dédain.
    
    — Cela leur passera. Les temps sont compliqués, ma chère Catherine. La peur pousse parfois à croire des choses absurdes mais cela leur passera. Je puis vous l’assurer.
    
    — J’ai peur, Xénia. Peur de retourner un jour dans cette lugubre forêt, peur… peur de perdre à jamais ma famille et…
    — Le Seigneur veille sur vous et rendra justice aux monstres qui s’en sont pris à vous. Tout se paye ici, Catherine. Ces païens subiront les foudres de la justice divine. Pour le moment, vous devez trouver le réconfort auprès de votre futur époux et de notre Seigneur.
    
    — Vous avez raison, admis-je d’un air docile.
    
    Là, mes larmes se versèrent avec une facilité déconcertante. Xénia m’étreignit doucement.
    
    — Du calme, Catherine, du calme. Nous les retrouverons, je vous le promets. Et lorsque cela sera fait, nous les brûlerons sur le bûcher.
    
    J’hochai la tête en silence, feignant d’être rassurée. Si Xénia croyait en ma bonne foi, alors mon salut était définitif. L’épouse du maire était connue pour faire et défaire chaque réputation dans ce village. Telle une souveraine, elle régnait sur ce petit royaume.
    
    Comme pour confirmer mes pensées, un groupe de femmes qui jasait hier encore, se précipitèrent vers moi pour prendre de mes nouvelles. Je rejoignis ensuite Ian, qui m’invita à danser. Je n’avais guère envie de continuer cette mascarade, mais ses bras m’entraînèrent sur la piste de danse sans que je n’eusse le loisir de protester. Sur le rythme de la musique, j’effectuai les pas requis, mes pensées à mille lieues d’ici.
    
    — Lady Catherine ! appela-t-on soudain. Pourriez-vous faire un duo ?
    
    Je sortis de ma rêverie. L’une des amies de Xénia s’avança vers moi, un livret de chant à la main. Je fronçai les sourcils, étonnée.
    
    — Vous êtes une admirable chanteuse, me chuchota Ian. Votre voix fait des miracles !
    
    La mort dans l’âme, je m’avançai vers le piano, où Edwige, la fille cadette du maire, avait pris place. Je chantais régulièrement lors des réceptions, plus par devoir que par plaisir. Ma mère m’avait jadis obligée à suivre d’interminables leçons de chant, afin d’améliorer mon image lors des soirées mondaines.
    
     Le carnet de chant indiquait un duo de Don Juan que je connaissais bien. À mon grand étonnement, il n’était pas signé Molière. Était-ce une copie ?
    
    Néanmoins, je ne pus y prêter davantage d’attention, car mon partenaire de chant prit également place. Prise d’une soudaine panique, j’envisageai de renoncer, mais tous les regards étaient à présent rivés sur moi. Je repris ma respiration, en me concentrant uniquement sur les paroles. Mes doigts tapotèrent machinalement le carnet et le regard courroucé d’Ian m’ordonna de me ressaisir.
    
    Ce fut à mon partenaire de commencer. Sa voix était fine, digne d’un chanteur d’opéra, au point de m’en donner des frissons. L’espace de quelques instants, je sentis une vive émotion m’envahir. Je me laissai alors bercer par ses paroles. Gale apparut au fond de la salle, pour m’encourager avec son habituel air confiant. Je clignai des paupières et compris alors que sa présence n’était qu’un doux rêve.
    
    Ma poitrine se gonfla légèrement, je repris un peu d’assurance, puis lorsque le refrain arriva, je chantai à mon tour au côté de mon véritable Don Juan. La salle applaudit, mais mon fiancé avait déjà disparu. Déçue, je baissai la tête en direction du carnet, puis me sentit vaciller.
    
    Les notes du piano se firent d’abord plus lointaines, comme des échos, et mes forces m’abandonnèrent brusquement. Mon souffle se comprima, les battements de mon cœur s’accélérèrent à une vitesse vertigineuse et une bouffée de chaleur envahit mon corps entier. Je lâchai le carnet pour me cramponner au piano. Edwige cessa instantanément de jouer et vint me soutenir.
    
    — Un verre d’eau ! cria Xénia. Un verre d’eau, tout de suite !
    
    Des sueurs froides coulèrent de mon front et comme l’autre fois, ma cage thoracique se comprima. Manquant d’oxygène, je m’étouffai et Edwige me donna aussitôt de grandes tapes dans le dos. Rien n’y fit. Des murmures de stupeur se propagèrent dans la salle et Lyra arriva à son tour pour m’aider à reprendre ses esprits.
    
    À nouveau, je m’étouffai et entendis plusieurs fois Ian hurler mon prénom. Des larmes affluèrent sur mon visage, tandis que je cherchai désespérément un peu d’air.
    
    Puis, comme par miracle, ce fut la libération. Je retrouvai ma respiration et inspirai autant d’air que possible. Xénia ordonna aux autres invités de s’éloigner pour aérer l’espace et Lyra se pencha pour me faire boire de l’eau. Ian cramponna fermement ma main, le visage cramoisi.
    
    — Je rappellerai le médecin dès que possible, me chuchota-t-il. Vous avez dû faire un malaise à cause de l’émotion, Géralt vient de me confier qu’il vous a révélé la vérité. Je suis désolé, mon amour.
    
    Ses excuses n’avaient aucune importance ; la présence de l’autre fois était sûrement revenue. Mais ce n’était pas tout. Cette sensation, plus violente que la première, m’évoquait quelque chose.
    
    Ian massa ma paume. Je ressentis un frisson, agréable pour changer, mais ma gorge demeurait sèche. Je ne voulais pas de son réconfort, je voulais à cet instant quitter ce village de malheur et m’enterrer six pieds sous terre. Lyra m’apporta un second verre d’eau, tandis que le médecin vint m’examiner. On m’aida à me relever pour m’emmener à l’écart, lorsqu’un cri strident retentit dans le manoir.
    
    Il y eut un mouvement de panique générale, puis une jeune femme surgit dans la salle, bouleversée. Les larmes incendiaient ses joues. Elle se précipita vers le maire et son épouse pour leur dire quelque chose. Xénia blêmit, tandis que Richard posa une main sur sa bouche, horrifié. Il se dirigea vers Géralt, qui arborait la même expression de terreur. Les Patrouilleurs sortirent tous de la salle, guidés par la jeune fille.
    
    — Que se passe-t-il ? interrogeai-je, blafarde comme la lune.
    
    — Aucune idée, mais nous aurons bientôt une réponse, fit Lyra d’un air lugubre.
    
    Les invités, poussés par la curiosité, suivirent les Patrouilleurs, et de dehors, nous entendîmes un florilège de cris de terreur. Finalement, le médecin repoussa mon examen à plus tard et nous nous dirigeâmes dehors. Les invités avaient formé un cercle autour d’un arbre. Lyra s’imposa et parvint à nous dégager un passage. Lorsque nous arrivâmes tout devant, notre souffle se coupa.
    
    Le malaise me parut bien dérisoire en comparaison de cet atroce spectacle. Un cadavre avait été pendu par les pieds, accroché à une branche. Une mare de sang s’était mêlée à l’herbe fraîche du jardin. Le malheureux avait été égorgé.
    Les Patrouilleurs fouillèrent les environs à la recherche d’un éventuel indice. Je me remémorai l’altercation avec le maire et comprit qu’avec ce meurtre, une étape supplémentaire vers l’horreur avait été franchie. Pour la première fois, l’assassinat ne se déroulait pas dans la forêt, mais au sein du village même.
    
    — Il a été installé pendant que vous chantiez, me chuchota Lyra. C’était l’unique moment de la soirée où tous les invités se trouvaient à l’intérieur. À moins que le coupable se situe parmi nous…
    
    — Quelqu’un n’a pas effectué le signe de croix, s’horrifia une femme. Ce malheur s’est sûrement produit à cause d’un blasphème !
    
    Je compris soudain qu’il ne s’agissait pas d’un simple cadavre d’un voyageur égaré. C’était un Patrouilleur. Il portait son uniforme, ainsi que son insigne qui étincelait dans la nuit. Géralt, ainsi que tous les autres, avaient le visage couleur de cendres.
    
    Sans attendre, je me précipitai vers Ian.
    
    — Détachez-le ! ordonna Géralt.
    
    Ian ne pipait mot. Son regard était rivé dans le vide, fixant l’arbre sans réellement l’observer. J’ignorais le nom de la victime mais savais qu’il adorait ses collègues, qu’il considérait comme ses amis.
    
    — Catherine ! s’écria-t-il en remarquant ma présence. Catherine, ne restez pas ici ! Ces fous furieux, ils… ils pourraient encore se trouver dans les parages. J’aimerais que vous passiez la nuit chez le maire. Je vais en toucher deux mots à Richard, il… il comprendra. Je…je dois m’occuper de… je ne serai pas là ni cette nuit, ni demain. Vous devez rester en sécurité.
    
    — Ian… je… je suis désolée.
    
    Il fit un geste de la main, comme pour m’assurer que ça irait. Abattu, il m’embrassa avant de chercher Richard. Ce dernier accepta immédiatement de m’héberger pour la nuit et je fus alors prise en charge par Xénia.
    

Texte publié par Elia, 29 décembre 2017 à 15h09
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