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Tome 1, Chapitre 4 « L'amnésie forcée » Tome 1, Chapitre 4
Pour me changer les idées en attendant le retour de Ian – et je l’espérais, celui de Gale -, j’avais aidé Maddy à ranger la bibliothèque du jeune Lord. Poussiéreuse mais bien remplie, elle contenait de nombreux livres de botanique écrits soit en anglais, soit dans une langue que je ne connaissais pas.
    
    Sûrement un dialecte local, songeai-je, malgré mon impossibilité à déchiffrer les mots écrits sur les pages vieillies.
    
    — Maddy ! s’horrifia soudain Cristina. Comment oses-tu requérir l’aide de Lady Catherine ? Ce n’est pas son rôle de t’aider dans les tâches de rangement !
    
    — Laissez, Cristina, dis-je. J’ai insisté pour l’aider. L’inquiétude me ronge et je ne parviens pas à rester ici sans rien faire.
    
    La cuisinière fronça les sourcils.
    
    — Milady, une femme de votre rang ne peut s’abaisser à faire des tâches de domestique… Je vous en prie, prenez place près de la cheminée et laissez-moi vous préparer une douceur.
    
    Je voulus répliquer, mais la cuisinière insista tellement que je capitulai. À la place, je m’assis sur un fauteuil et reportai mon attention sur les portraits accrochés au-dessus de la cheminée. Ils représentaient visiblement les aïeux de Ian et je notai avec surprise leur ressemblance. Tous possédaient les mêmes yeux bleus et la même chevelure châtain foncé.
    
    — Sont-ce là les aïeux de Lord Hamilton ou ses frères et sœurs ? m’étonnai-je.
    
    — Ce sont ses ancêtres, Lady Catherine, répondit Maddy. Ici, à Endwoods, on prétend que la mère transmet ses caractéristiques physiques à ses enfants. Par exemple, si les yeux de votre mère sont bleus, tous les yeux de ses enfants possèdent la même teinte. Et ses filles les transmettront elles aussi à leurs progénitures.
    
    — Et les hommes ?
    
    — Les hommes héritent, mais ne transmettent que rarement.
    
    Ce fait là me surprit, mais le retour de la cuisinière m’empêcha de poser d’autres questions. Elle voyait visiblement mal la complicité qui s’était établie avec la jeune domestique et elle resta dans le salon jusqu’à l’arrivée de Ian pour nous empêcher de discuter.
    
    Ce dernier rentra à la tombée du crépuscule. Sans attendre, je me précipitai vers lui et demandai :
    
    — Ian, s’il vous plaît… avez-vous retrouvé mon ami ? Et… et ma famille ?
    
    — Hélas non, ma douce. Géralt et ses hommes ont parcouru une bonne partie de la forêt, mais n’ont trouvé aucune trace de lui. Je suis sincèrement désolé.
    
    La nouvelle me fit l’effet d’une gifle. Gale ne pouvait avoir disparu dans la nature sans avoir laissé de traces. Si quelqu’un l’avait attaqué, les Patrouilleurs auraient forcément découvert des traces de lutte ou de sang. Je retins mes sanglots. Il n’y avait rien de plus terrible que d’attendre sans rien savoir. J’avais eu le temps d’imaginer divers scénarios plus sanglants les uns que les autres.
    
    Face à mon dépit, Ian déposa un baiser sur mes mains et ajouta :
    
    — Faites quérir Maddy afin qu’elle vous amène une tenue plus… présentable pour le souper. Le repas sera prêt dans une heure.
    
    Son ton ferme me surprit. Au vu des circonstances, je m’étais attendue à plus de douceur, mais l’arrivée de Maddy me fit comprendre qu’aucun répit ne me serait accordé. Docile, je montai dans ma chambre et m’installai face au miroir, tandis que la domestique brossait ma chevelure frisée.
    
    Je n’étais guère habituée à obéir. Avant Gale, j’avais connu les joies du mariage. Mon époux, fort laid, avait le mérite d’être permissif. Jamais, durant les trois années de notre vie commune, il ne s’était adressé à moi de manière autoritaire. J’avais dix-neuf ans lorsque mon père contracta cette alliance. Lorsqu’il me présenta Oswald, les choses furent claires dès le début : ce mariage ne serait guère plus qu’un contrat et l’amour n’y avait pas sa place. N’importe quelle jeune fille censée se serait emportée face à cette perspective, mais mes parents, pragmatiques, ne m’avaient pas élevé dans l’ignorance de la vie conjugale.
    
    Ma mère m’avait appris à préférer l’aisance matérielle à une vie passionnée, mais pauvre. L’essentiel, me répétait-elle, était de trouver un homme qui prenne soin de moi. Combien de femmes de notre entourage subissaient les humiliations de leurs époux, qui les trompaient et les battaient ? Puisque je devais en passer par là, mon père avait choisi un homme de confiance.
    
    J’observai mon reflet dans le miroir. Les doigts agiles de Maddy tentaient de discipliner mes mèches folles afin de les nouer dans un élégant chignon. Elle passa ensuite une robe plus habillée par-dessus mes jupons et me présenta une paire de boucles d’oreilles argentées.
    
    — Tout va bien, Milady ? s’enquit-elle.
    
    Je lui répondis par un bref hochement de tête. Je n’avais aucune envie de dîner avec Ian. Si mentir m’était aisé – j’appartenais après tout à la noblesse anglaise -, je ne pouvais feindre d’aimer cet homme. Même si cela était nécessaire pour retrouver Gale, je n’étais guère douée aux jeux de l’amour.
    
    Une fois préparée, je descendis dans la salle principale. Ian m’attendait et une fois la prière récitée, ses prunelles océans trahirent une tendresse infinie. Il tira la chaise pour que je puisse m’installer et frappa ses mains pour mander Cristina.
    
    — Vous semblez troublée, remarqua-t-il. Est-ce à cause de mon empressement ? Le médecin m’a conseillé de ne rien changer à vos habitudes. Il… il pense que cela vous aidera à recouvrer la mémoire.
    Je me forçai à sourire.
    
    — Pardonnez-moi. Je… je suis confuse. Tout ceci est encore… difficile pour moi, dis-je.
    
    Le Patrouilleur me servit de l’eau et à l’instar de Cristina, s’assura que j’avale chaque gorgée de ma coupe. Malgré sa dévotion, je me sentais mal à l’aise. J’avais le sentiment d’être traitée comme une enfant désobéissante, alors que je ne désirais pas manger. Les récents événements me hantaient encore et le nœud formé dans mon estomac ne m’avait pas quitté.
    
    — Je suis heureux de vous savoir ici, mon amour, répéta-t-il à la fin du dîner. Sachez que je veillerai sur vous et qu’aucun mal ne vous sera plus jamais fait.
    
    Il déposa un baiser sur mon front et m’invita à le suivre dans une petite salle de jeu. Je compris alors qu’il dirigeait la maisonnée d’une main de fer et que Catherine ne le contredisait jamais. Mon silence et mon air intimidé ne semblaient nullement l’inquiéter.
    
    — Nous jouions aux cartes chaque soir après le repas, m’expliqua-t-il. Voudriez-vous faire une partie ?
    
    J’acquiesçai, le corps saisi d’un désagréable frisson. La pièce autour de moi était spacieuse et douée de grandes fenêtres. Un rideau de velours pourpre empêchait la lumière de la lune de passer et j’eus la désagréable sensation qu’une silhouette se dissimulait à l’intérieur.
    
    — Catherine ? fit la voix du jeune lord. À vous de jouer.
    
    Je sursautai, incapable de détacher mon regard de la présence intruse. Une fois les cartes disposées, j’ébauchai un petit sourire. La main était pour moi.
    
    — Vous êtes très douée, me complimenta-t-il.
    
    Soudain, le rideau se souleva légèrement et une rafale traversa la pièce, caressant ma nuque d’un souffle glacial. Ian se releva, avant de constater que la fenêtre était toujours fermée. Loin de s’inquiéter, il revint à sa place et démarra une nouvelle main.
    
    Pourtant, la présence ne quitta pas la pièce de la soirée.
    
     ***
    — J’aimerais discuter avec vous de la suite de l’enquête.
    
    Un frisson parcourut mon échine. Ian esquissa un sourire en voyant mon visage se décomposer et serra ma main contre la sienne pour me rassurer.
    
    — Ma chérie, ce n’est rien de grave, dit-il. Votre accident a fait grand bruit dans les autres villages et la Ville des Cendres envisage d’envoyer un commissaire pour aider l’enquête à avancer. En attendant, mes compagnons nous rendront visite à la tombée de la nuit. Ils ont besoin de vous poser des questions sur l’accident. Maddy a dû vous expliquer ce qu’il s’est passé ce jour-là.
    
    J’acquiesçai.
    
    — Ne faites pas cette mine dépitée, ma douce. Votre témoignage est nécessaire pour que nous puissions retrouver vos parents – ainsi que votre ami, bien entendu. Vous ferez de votre mieux pour les aider, d’accord ?
    
    J’hochai la tête et m’efforçai de lui sourire. N’ayant aucune idée de la façon dont s’était déroulé cet accident, je dirigeai la conversation afin d’en apprendre plus sur mon fiancé temporaire et ces Patrouilleurs.
    
    Selon lui, ce métier était un véritable honneur et dès que le village avait recruté des hommes pour veiller sur ses habitants, il s’était porté volontaire et avait réussi haut la main les tests d’entrée.
    
    — Les brigands sont un problème bien entendu, mais aucun autre fléau ne contamine plus notre monde que la sorcellerie, déclara-t-il. Les païens, avec leurs sacrifices humains, menacent nos familles et vous ont probablement enlevée.
    
    L’hérésie et la sorcellerie posaient problème à l’Angleterre depuis longtemps, mais si le roi avait mis en place ce dispositif, tous les districts auraient été concernés. Ou était-ce une lubie locale ?
    
    Au crépuscule, plusieurs coups secs furent donnés contre la porte. Plusieurs Patrouilleurs firent leur entrée, dont Géralt et Malcolm.
    
    Avec appréhension, je saluai mes sauveurs. Après avoir dressé la table, les deux servantes quittèrent le salon et l’interrogatoire commença.
    
    — Lady Catherine, ma principale mission est d’élucider les circonstances de cet accident et retrouver vos parents sains et saufs, déclara Géralt. Pour cela, j’ai – nous avons - besoin de votre aide.
    
    Éli, concentre-toi… Ces hommes sont le seul moyen de retrouver Gale, tu dois jouer le jeu…
    
    — Je comprends, dis-je lentement. Maddy m’a expliquée ce qu’il s’est passé. Hélas, je me souviens seulement de m’être réveillée là où vous m’avez trouvée. Je, je… je ne comprenais pas pourquoi je me trouvais là. J’avais froid et peur. Et il y avait mon ami, Matthew.
    
    Ian fronça les sourcils.
    
    — Cela m’étonne qu’il fasse partie du voyage, dit-il. N’était-il pas censé rester chez vous pour s’occuper de la cuisine ?
    
    Les coïncidences s’accumulaient tellement que je crus à un miracle. Catherine connaissait également un Matthew ?
    
    — Je… je ne sais plus, balbutiai-je. Il était là, avec moi à mon réveil. J’en suis sûre, mais il a disparu peu de temps après. Il… il s’occupait de la cuisine ?
    
    Les Patrouilleurs échangèrent un regard perplexe.
    
    — Oui, confirma Ian. Il est entré à votre service récemment. Ses parents ont travaillé pendant de longues années pour les vôtre. Il a pris leur relève.
    
    — Il a tenté de m’aider du mieux qu’il le pouvait, insistai-je. Mais il a disparu sans laisser de traces.
    
    — Il y aurait donc eu deux survivants, ce qui est bon signe, déclara Géralt. Où vous êtes-vous réveillée, Lady Catherine ?
    
    — Là où vous m’avez trouvée.
    
    — Et avant votre réveil, vous n’avez aucun souvenir ?
    
    Je secouai frénétiquement la tête.
    
    — Voilà qui n’avance pas nos affaires, soupira le chef des Patrouilleurs.
    
    — Je suis désolée. J’ai beau fouiller dans ma mémoire, rien ne me revient.
    
    Il leva ses yeux émeraude vers moi.
    
    — Ne vous en faites pas, répondit-il d’un ton abrupt. Ce n’est pas votre faute. Ce sont ces maudits païens les responsables.
    
    — Les païens ?
    
    — Un véritable Fléau dans la région, maugréa-t-il. Ils pratiquent régulièrement des sacrifices humains, en attaquant notamment les voyageurs dans la forêt. Croyez-moi, j’en ai des frissons rien qu’en évoquant le sujet !
    
    Je fis mine de retenir mon souffle. Ian saisit ma main avec douceur.
    
    — Rassurez-vous, ma chérie. Nous les traquerons sans relâche. Nous les ramènerons au village afin de les juger et les jeter sur le bûcher.
    
    Mon visage s’assombrit. Ces Patrouilleurs étaient donc bel et bien mes ennemis. Je représentais tout ce qu’ils haïssaient.
    
    Pendant longtemps, j’avais tenté d’être une bonne protestante. J’allais à la messe, me comportais avec charité, mais rien n’y faisait. Lorsque je découvris le paganisme au côté de Gale, je compris qu’aucun retour en arrière ne serait possible. Je savais que la couronne anglaise nous traquerait sans relâche, tout comme les nombreux puritains sévissant dans le comté. Mais je n’avais pas peur. Au fil des années, j’avais appris à jouer la comédie et personne, en apparence, ne pouvait soupçonner mes véritables allégeances.
    
    Ces hommes méconnaissaient notre religion. Ils nous considéraient comme des monstres, sans chercher à comprendre la vérité. La plupart d’entre nous n’avions aucune vocation à faire le mal.
    
    Nous vénérions seulement une Déesse différente.
    
    La voix d’Ian trahissait cependant la profonde haine qu’il ressentait pour ces croyants. Comment pouvait-on haïr quelqu’un au point de lui souhaiter une mort si douloureuse ?
    
    — Lady Catherine, ça ne va pas ? demanda soudain Géralt.
    
    En jaugeant mes mains, je compris que ma peau avait blêmi.
    
    — Oh, me repris-je. Pardonnez-moi, je… je ne me sens pas très bien.
    
    Aussitôt, Malcolm m’offrit son verre d’alcool. Je le refusai poliment. Géralt me toisa alors avec intensité, comme s’il avait compris que je lui mentais depuis le début.
    
    — Allez dormir, Catherine, suggéra Ian. Le médecin nous rendra visite demain. Lui seul sera en mesure de vous aider. Ne sois pas trop dur avec elle, Géralt. Personne ne sait ce que ces monstres lui ont fait subir. Accorde-lui un peu de temps.
    
    J’accueillis sa proposition avec soulagement. Comme par magie, Maddy fit irruption dans la cuisine pour m’emmener dans ma chambre. Elle me prépara des draps propres, tandis que j’enfilai en hâte ma chemise de nuit. Je la remerciai avec gratitude, puis lui fit signe de se retirer.
    
    Si ces attaques étaient l’œuvre de païens et de sorciers, alors ils s’agissaient d’une branche obscure de notre religion. Dans nos croyances, il n’était plus question de sacrifice, ni animal et encore moins humains. Les sacrifices se pratiquaient à l’Antiquité, mais avaient disparus au début de l’ère chrétienne, du moins, dans la forme de paganisme que je pratiquais.
    
    Beaucoup associaient la pratique de ma religion à de la sorcellerie. Il était vrai que je croyais à des créatures telles que les fées, les démons, les anges, et que la Nature possédait une importance pour moi. Les énergies, positives ou négatives, pouvaient, à qui savait les maîtriser, modifier le cours de certains événements.
    
    Je me laissai tomber sur le lit, exténuée. Deux jours s’étaient écoulés depuis la disparition de Gale. Si ces Patrouilleurs ne parvenaient pas à le retrouver… il me faudrait alors partir sans lui. Cette pensée me déchira le cœur.
    
    Gale était ma vie. Je l’aimais plus que quiconque et vivre sans lui était un enfer. Mais je ne pouvais m’éterniser ici. Géralt me soupçonnait déjà et si Catherine ne réapparaissait pas, son cadavre, lui, pouvait d’un instant à l’autre réduire ma supercherie à néant.
    
    Lorsque Gale et moi décidâmes d’embrasser pleinement notre foi, il m’enseigna cette seconde règle d’or : ne jamais se laisser dominer par ses émotions. Depuis, la leçon avait été acquise. Si je laissais l’amour me guider, alors nous étions tous les deux perdus.
    
    En bas, la soirée se poursuivait sur un ton plus joyeux. Incapable de trouver le sommeil, j’écoutai les éclats de voix et de rire. Lorsque les bruits de chaise résonnèrent un peu plus tard, je poussai un soupir de soulagement.
    
    Après le départ de ses compagnons, Ian pénétra discrètement dans ma chambre. Je fis aussitôt semblant de dormir, craignant qu’il ne veuille se glisser dans mon lit. Mais à mon grand soulagement, il repartit presque aussitôt.
    
     ***
    Je me réveillai aux premières lueurs de l’aube, fêtant mon troisième jour ici. Je restai silencieuse, profitant une fois encore de ma solitude pour réfléchir à la manière de détourner les soupçons de Géralt et de préparer ma fuite.
    
     Il n’avait sans doute pas insisté par égard pour Ian, mais son regard ne trompait pas. Je connaissais bien cette manière de soupçonner sans rien laisser paraître. Bien décidée à remédier à la situation, j’attendis le lever de mon « fiancé » pour le rejoindre.
    
    Cristina avait déjà préparé le petit-déjeuner et je pus profiter de ce moment d’intimité pour glaner de nouveaux renseignements.
    
    — Malcolm est passé ici à l’aube, annonça Ian. Ils ont passé la forêt au peigne fin toute la nuit, mais Matthew, comme votre famille, restent introuvables. Les chances de survie dans cette forêt sont très minces, mon amour. Désormais, je crains qu’il ne faille songer à l’éventualité de… de leurs disparitions définitives.
    
    J’hochai la tête en silence. Je m’étais également préparée à cette éventualité, mais tant que le corps de Gale ne serait pas retrouvé, je n’admettrais jamais sa disparition.
    
    — Nous ne les oublions pas, assura-t-il en prenant ma main. Géralt est tenace, il n’abandonnera pas avant d’avoir trouvé le fin mot de cette histoire.
    
    — Je n’en doute pas, rétorquai-je d’un ton acide.
    
    — Quel gâchis… le mariage aurait dû se dérouler dans trois jours. À cause de l’accident, j’ai demandé au maire de la reporter à une date ultérieure. N’ayez cependant aucune crainte. Je vous laisserai le temps nécessaire pour vous remettre.
    
    Il marqua une pause et ajouta :
    
    — J’ai également modifié la liste des invités. Une cérémonie en comité restreint sera préférable. Les temps sont difficiles, mais vous devez rester forte. J’ai à ce propos pensé qu’un peu de vie sociale vous remonterait le moral. Après la visite du médecin, nous pourrions aller boire le thé chez le maire et son épouse ?
    
    
    — Bien sûr.
    
    — Xénia vous apprécie énormément ! Mais j’ai une autre idée… après notre visite, que souhaiteriez-vous faire ? Y a-t-il quelque chose qui vous ferait plaisir ?
    
    — Faites-moi visiter le village, proposai-je d’un air las. Maddy m’a montré le bourg, mais je ne me souviens guère du reste. J’ai… j’ai besoin de prendre l’air.
    
    Ian sourit, enthousiaste. Je lui rendis son sourire, heureuse de sa dévotion et fière de mon plan. Je ne pouvais décemment partir de cette manière. J’ignorais tout de ce village – et de ces « païens » dont les Patrouilleurs parlaient la veille. La première phase était assez simple : repérer les lieux et les habitudes de mon entourage pour filer à l’anglaise. Un travail d’observation que je maîtrisais bien.
    
    Quelques heures plus tard, alors que le médecin tardait à arriver, une sensation glaciale frôla ma nuque. J’eus alors le sentiment d’être observée, comme lors de la partie de cartes.
    
    — Maddy ? Cristina ? Est-ce que vous êtes ici ?
    
    Personne ne me répondit. Ian était affairé dans les jardins, donnant des ordres aux jardiniers venus ramasser les feuilles mortes accumulées dans le jardin. Je montai alors à l’étage pour trouver les domestiques. Celui-ci était désert. Le souffle glacial surgit une seconde fois et avant que je ne puisse réagir, je fus poussée avec violence dans les escaliers.
    
    — Catherine ! appela la voix paniquée de Ian.
    
    Je rouvris les yeux, choquée. Quelques secondes s’étaient visiblement écoulées entre ma chute et mon retour à la réalité. J’avais atterri avec fracas sur le sol et l’ensemble de mon corps était tiraillé par la douleur.
    — Je vais bien, mentis-je en me relevant. J’ai dû faire une mauvaise chute.
    
    
    Mon cœur battait à toute vitesse. Je sentais encore cette force toucher mon corps. Maddy et Cristina surgirent du jardin et mon sang se glaça. En posant à nouveau mes yeux vers le haut des escaliers, je sentis à nouveau la présence. Il m’était impossible de la voir, mais elle m’oppressait, comme si l’on comprimait ma cage thoracique.
    Mon souffle se coupa. Des larmes incendièrent mes joues et les bourdonnements, similaires à ceux entendu dans la forêt, sifflèrent violemment dans mes oreilles. Ian donna de grandes tapes dans mon dos afin de faire cesser l’étouffement.
    
    — Dehors ! articulai-je après avoir retrouvé un peu d’oxygène. Emmenez-moi dehors, je veux sortir !
    
    Il s’exécuta et m’emmena dans le jardin.
    
    — Catherine, ça va aller, chuchota Ian. Maddy va vous apporter un linge humide. N’ayez pas peur, mon amour…
    
    Je posai ma tête sur son épaule, tentant de calquer ma respiration sur la sienne. Après m’être détendue, nous regagnâmes l’intérieur. Lorsque je franchis la porte, la présence avait disparue. Le médecin profita de ce moment pour arriver et m’inonda aussitôt de questions, avant de m’examiner.
    
    — Elle n’a rien, Lord Hamilton, annonça-t-il. Cette chute ne lui laissera aucune séquelle, même si je recommande un peu de repos. Quant à votre perte de mémoire…
    
    Il examina mon crâne, y trouva une légère bosse, mais…
    
    — Le choc de l’agression y est sans doute pour beaucoup. Vous êtes très solide, Lady Montgomery. Une femme de votre trempe se remettra très vite de ce triste épisode.
    
    Il regagna ensuite le hall d’entrée où il conseilla à Ian de me ramener dès que possible sur les lieux de l’accident.
    
    — Elle sera capable d’affronter cette épreuve, assura-t-il d’un ton paternaliste.
    
    Ian hocha la tête, peu enthousiaste. Mais au fond de lui, il savait que le médecin avait raison. J’espérais juste me trouver loin d’ici lorsqu’il serait temps de me confronter à mon passé qui n’existait pas.
    
    Une fois le médecin parti, je remontai péniblement les escaliers. Juste au-dessus de la première marche, là où l’on m’avait poussée, je découvris une légère fissure au sol, non présente auparavant.
    
    Cela signifiait que l’on s’était bel et bien introduit dans la maison tout à l’heure. Ces visites n’étaient pas dues au hasard. Je savais ce qu’elles signifiaient : un avertissement.
    
    Un avertissement, mais après les épreuves passées, que pouvait-il se produire de plus terrible qu’une condamnation au bûcher ?
    
    
    

Texte publié par Elia, 20 décembre 2017 à 22h25
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