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Tome 1, Chapitre 37 « Les masques tombent - II » Tome 1, Chapitre 37
En dépit des règles instaurées, je donnai plusieurs coups secs contre la porte menant au bureau de Ian. La bague de fiançailles luisait à mon doigt, et malgré mon départ, je m’avérais incapable de la retirer. L’après-midi sonnerait bientôt son glas et je n’avais qu’une hâte : fuir de ce manoir.
    
    Mes souvenirs seraient longs à effacer. Il ne me suffirait pas de tourner la page et d’avancer comme si rien ne s’était produit. Mais j’étais prête à ôter en partie le masque devant le Patrouilleur. S’il était hors de question de lui révéler mon véritable nom, j’espérais que la rupture de fiançailles lui permette de faire le deuil de Catherine.
    
    Ian consultait un livre de botanique et dessinait d’étranges symboles sur une carte. En m’approchant, je constatai que celle-ci représentait la région et que plusieurs points marquaient les hypothèses échafaudées par Géralt pour localiser le coven.
    
    Le Patrouilleur posa le livre sur son bureau et me contempla, le visage fermé.
    
    — Je me suis disputé avec Géralt, révéla-t-il en posant le livre sur la carte. Lorsque votre acquittement a été prononcé, il est venu ici afin de m’injurier. Il… il pensait que je me voilais la face à votre sujet, que je refusais d’admettre votre nature monstrueuse. Il m’a même accusé de connaître vos allégeances païennes et de vous avoir protégée.
    
    — Vous avez sauvé ma vie, admis-je en tentant de chasser le souvenir de son témoignage contre mes amis. Ce que vous avez fait pour moi est… jamais je ne pourrais trouver les mots adéquats.
    
    — Géralt a sûrement raison à mon sujet. Je suis aveuglé par l’amour que je vous porte. S’il avait fallu brûler moi-même la famille du maire, je l’aurais fait. Même si…
    
    Il s’approcha de moi, les prunelles étincelantes.
    
    — Je ne suis pas dupe quant à vos allégeances.
    
    Moment de silence. Malgré son air digne, la tristesse et l’incompréhension bouillonnaient en lui, telle la lave d’un volcan. Je déposai la bague de fiançailles sur son écritoire, sans oser croiser son regard.
    
    — Pourquoi m’avoir protégée ? risquai-je. Vous… vous haïssez ce que je suis.
    
    — Parce que je vous aime. Que le Seigneur m’en soit témoin, je vous aime tellement que je me serais moi-même jeté dans ce bûcher si l’on vous avait condamné.
    
    Il attrapa ma bague et tenta de refouler ses sanglots. Même si je n’avais pas prononcé les mots fatidiques, il avait compris.
    
    — Ian, je… commençai-je après de longues minutes de silence.
    
    — Je suis désolée ? acheva-t-il d’une voix dure. En effet, vous pouvez l’être, Catherine. Après ce que j’ai fait pour vous, j’imagine que c’est la moindre des choses.
    
    Il serra le bijou au creux de son poing. Son corps tremblait et les sanglots menaçaient de déferler le long de son visage.
    
    — Je n’ai jamais voulu vous blesser, confessai-je. Je vous le jure sur…
    
    — Vous m’avez blessé, Catherine. Je… je n’ai jamais aimé une femme comme je vous aime. J’ai renié mes propres croyances et la loi afin de vous épargner. J’ai pris votre défense dans un tribunal prêt à vous livrer aux flammes, j’ai… j’ai délibérément menti pour vous !
    
    Il vrilla mon menton pour l’obliger à soutenir son regard étincelant.
    
    — J’aurais… j’aurais voulu être une meilleure personne, dis-je. J’aurais voulu être digne de vous, vous offrir la vie que vous espériez. Je n’ai jamais menti pour cela, Ian.
    
    Sa main descendit jusqu’à ma nuque et se resserra autour. Mon souffle se coupa et mon corps entier trembla à la vue de la colère qui prenait possession de lui. Je ne protestai pourtant pas. Pantelante comme une poupée de chiffons, je laissais les mains du Patrouilleur m’étrangler jusqu’à ce que des étoiles ne viennent danser devant moi.
    
    Je n’avais plus la force de me battre face à lui.
    
    Puis, alors que je commençais à vaciller, il me relâcha et me rattrapa avant que mes jambes ne se dérobent.
    — Si vous voulez partir, dites-le, Catherine. Ayez le courage de m’affronter. Dites-les mots !
    
    Je secouai violemment la tête, brusquement saisie d’une peur viscérale. Au fond de moi, il me fallait arracher le masque, assumer mes décisions comme je l’avais fait en révélant tout à Lyra. Pourquoi ne parvenais-je pas à me détacher de Catherine et de mes mensonges ?
    
    Ian déposa un baiser sur mes lèvres. Je fermai les paupières et nos langues s’entremêlèrent dans une danse effrénée. Mes bras se nouèrent autour de ses épaules, tandis que ses bras m’emprisonnèrent. Je ne cherchais pas à me défaire de son étreinte, profitant un dernier instant de cette protection éphémère.
    
    Ce n’était pas de l’amour. Ian ne pouvait être mien. Je ne le souhaitais pas. Pourtant, prisonnière de mes sentiments contradictoires, la réalité m’échappait. Je le désirais sans aucun doute, tout comme je désirais me perdre dans son étreinte et m’abandonner à ce masque.
    
    Je ne contrôlais plus rien.
    
    — Ma petite Catherine, susurra-t-il en capturant mon visage entre ses mains calleuses.
    
    Mes cils clignèrent, comme si j’émergeais d’un profond sommeil. La douce chaleur qui s’était succédé à notre baiser s’évanouissait peu à peu, laissant en moi un vide et un froid abyssal.
    
    — Dites-les mots, ordonna-t-il. Dites-moi que vous me quittez.
    
    Je ne voulais pas qu’il me relâche. Je ne voulais pas qu’il m’abandonne et découvre la femme que j’étais réellement. Je ne voulais pas devenir Élia, je n’étais pas prête.
    
    Mes sanglots redoublèrent, jusqu’à brouiller le visage de mon fiancé.
    
    — Je vous demande pardon, bredouillai-je.
    
    Ses pouces caressèrent mes joues, dégageant les sanglots qui les trempaient.
    
    — Je… je quitterai le manoir ce soir, dis-je. Avec… avec Maddy.
    
    Ian me relâcha, le visage également envahi de sanglots. Le froid abyssal m’engloutit et le vide à l’intérieur de mon corps devint plus pesant encore.
    
    — Au nom de l’amour que je vous porte, laissez-moi vous promettre ceci, dit Ian tandis que je reprenais mes esprits. La prochaine fois que je croiserai votre chemin, je ne laisserai ni Géralt, ni le commissaire, ni les juges s’occuper de vous. Je vous tuerai de mes propres mains.
    
    

Texte publié par Elia, 10 février 2018 à 21h49
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