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Tome 1, Chapitre 31 « Sans Issue » Tome 1, Chapitre 31
Ni Maddy, ni moi ne trouvâmes le sommeil. Je passais le reste de la nuit seule, plongée dans mes pensées. Celles-ci s’entrechoquaient et les aveux de la jeune domestique résonnaient encore dans mon esprit. Pourquoi, malgré les absurdités qui se succédaient, continuais-je au fond de moi à espérer ? Pourquoi me raccrochais-je tant à l’espoir de retourner un jour chez moi, alors que chaque jour qui passait amenuisait mes chances de quitter Endwoods ?
    
     Lorsque l’aube se leva, la domestique retourna à ses occupations, la mort dans l’âme. Mon destin était désormais lié au sien. Nous partagions un fardeau commun et je fus surprise de trouver en la jeune fille bien plus qu’une compagne d’infortune, mais une amie.
    
    Prisonnières désormais de ce monde en déperdition, elle me comprenait mieux que quiconque.
    
    — Milady souhaite rendre visite à votre cousine cet après-midi, annonça-t-elle un peu plus tard à Ian. Avons-nous votre bénédiction ?
    
    Par la suite, Ian avait également exigé la présence de Maddy à chacun de mes déplacements.
    
    — Si vous rentrez une fois le soleil couché, je vous boucle ici, menaça-t-il.
    
    Sans ajouter le moindre commentaire, il tourna les talons et retourna dans sa chambre. Maddy m’adressa un clin d’œil complice et prépara aussitôt ma toilette. J’admirais sa capacité à prendre les devants. Malgré le fait que nous ne nous connaissions guère, elle identifiait mes besoins avant que je n’eusse le temps d’y songer moi-même et assurait mes arrières avec efficacité.
    
    Les rues d’Endwoods, plus lugubres encore que d’habitude, étaient désertes. Une pluie diluvienne s’abattait sur le village et nous donna rapidement l’allure de chiens mouillés.
    
    Alors que nous traversions la place centrale, nous distinguâmes une immense construction en bois. Nous nous figeâmes un instant en comprenant de quoi il s’agissait et un frisson parcourut mon échine, frisson qui n’avait rien à voir avec la fraîcheur ambiante.
    
     Il s’agissait d’un bûcher capable de brûler un grand nombre de personnes en même temps. L’édifice occupait tout l’espace et rien qu’imaginer une telle mise à mort me donnait la nausée. Non loin de là, la malheureuse sorcière arrêtée un peu plus tôt croupissait dans un trou, sous les injures et crachats des habitants qui passaient par là.
    
    — Ça suffit, marmonna Maddy. Ne restons pas dans le coin.
    
    Nous accélérâmes notre marche et empruntâmes une ruelle qui nous détournait certes de notre chemin, mais qui avait le mérite de masquer cet atroce paysage.
    
    — Me direz-vous au moins si les choses se sont améliorées pour les… femmes comme moi ? murmurai-je. Je veux dire… chez vous ?
    
    La jeune fille m’avait bien fait comprendre la veille qu’elle resterait de marbre face à mes questions. Consciente que je me heurtais à un mur, je m’étais abstenue de lui demander des détails quant à ma propre existence, mais de nombreuses questions me brûlaient encore les lèvres.
    
    — D’une certaine manière oui, Milady. Il existe encore des idiots pour souhaiter notre disparition, mais ce sont des cas isolés. Les covens sont… dispersés un peu partout et restent à l’écart des sociétés humaines.
    
    Elle ne put en dévoiler davantage : des oreilles mal intentionnées pouvaient traîner à n’importe quel endroit. Une fois arrivées devant l’imposant portail du couple Montfleury-Hamilton, nous décidâmes que Maddy ferait office de chaperon et ne m’accompagnerait pas dans le laboratoire des curiosités, si toutefois Lyra acceptait de m’y emmener.
    Nous fûmes accueillies par les domestiques du couple et attendîmes dans le hall d’entrée l’arrivée de la jeune femme.
    
    — Catherine ? Ian a donc renoncé à vous cloîtrer comme une enfant ?
    
    Elle déposa une bise sur ma joue et ordonna à ses servantes de nous débarrasser de nos capes.
    
    — Maddy m’escorte désormais dans mes déplacements sur les ordres de votre cousin, expliquai-je. Mais elle sera discrète et ne s’immiscera pas dans nos discussions.
    
    — Ian est incorrigible ! Enfin, je suis heureuse de vous revoir ici. Les séances dans le laboratoire n’avaient plus la même saveur sans vous. Venez, allons boire une tasse de thé. Votre domestique souhaite-elle aussi un rafraîchissement ?
    
    — Milady est trop aimable, s’inclina Maddy. Mais si cela ne vous dérange pas, je souhaiterais vaquer à mes occupations en attendant que Milady en ait terminé avec vous.
    
    — Bien entendu Maddy, obtempérai-je.
    
    Lyra poussa un soupir de soulagement et m’invita à la rejoindre dans la pièce réservée à l’accueil des invités. Modeste, elle comportait une petite table et des fauteuils en velours, ainsi qu’un assortiment de tasses en porcelaine. Une fois encore, je m’émerveillais des similitudes entre la noblesse anglaise et la noblesse du Demi-Monde.
    
    Les matériaux des meubles et de la vaisselle étaient similaires à ceux présents dans le domaine Montgomery. Les goûts de Lyra en matière de décoration ressemblaient aux miens. Oui, j’aurais presque pu me croire de nouveau chez moi.
    
    — Dites-moi la vérité, Catherine, dit-elle en portant une tasse brûlante à ses lèvres. Pourquoi êtes-vous parti d’Endwoods ?
    
    — J’ai été capturée par ce monstre, Lyra. Tout ce que j’ai raconté aux Patrouilleurs et aux Mortagh est vrai. J’ai seulement menti sur les circonstances de l’enlèvement pour ne pas blesser votre cousin.
    
    Je mourrais d’envie de lui révéler la vérité, de lui hurler que tout ceci n’était qu’un mensonge, mais une voix intérieure me somma de me reprendre. Lyra semblait plus ouverte que les autres, néanmoins, j’ignorais sa réaction si je lui avouais mon statut de sorcière.
    
    Et à en juger par son air sceptique, elle ne croyait qu’à moitié à mon récit.
    
    — Ian m’a rendu plusieurs fois visites pendant votre… absence, révéla-t-elle. Elles se sont toutes achevées en disputes. C’était toujours les mêmes reproches. Il me reprochait de vous avoir embrouillé l’esprit avec mes recherches, que vous étiez trop fragile pour supporter cela… Si vous aviez décidé de prendre l’air, Catherine, je vous comprendrais. Ian a toujours eu comportement assez paternaliste envers les femmes.
    
    — Je ne suis pas partie de mon plein gré, promis-je. Et je suis heureuse d’être de nouveau parmi vous.
    
    J’espérais obtenir les informations tant convoitées par Raonaid. Si la perspective de mentir à la jeune femme me répugnait, il n’y avait plus de temps à perdre.
    
    — Et si nous oublions Ian quelques instants ? suggérai-je. Ces dernières semaines ont été éprouvantes et malgré cette épreuve, ma curiosité envers les créatures de l’enfer n’a fait qu’augmenter. Accepteriez-vous de me parler de l’une d’entre elles en particulier ?
    
    — Bien sûr, Catherine. Mais je crains que cela vous soit néfaste.
    
    — N’ayez crainte, mon amie. J’ai le cœur solide et bien plus accroché que certains patrouilleurs ! J’ai surnommé ces créatures les « cavaliers fous ». Ils… ils sont lourdement armés et peuvent charger vers vous en poussant un hurlement guerrier.
    
    Lyra arqua un sourcil.
    
    — Des cavaliers fous ? En voilà un drôle de nom ! Mais cela me dit quelque chose.
    
    Le sujet balaya ses réticences et avec un enthousiasme débordant, m’entraîna à l’intérieur de son laboratoire. Je découvris une carte de la région accrochée sur le mur et réprimai un frisson. Je ne l’avais guère remarquée lors de mes précédentes visites et je constatai que si j’avais pris la peine d’y jeter un œil, l’existence du Demi-Monde m’aurait été révélée bien plus tôt. Juste à côté était accroché trois cercles d’or entrelacés.
    
    — Avant votre première disparition, nous discutions pendant des heures de mes recherches, dit-elle sur le ton de la conversation. Ces moments de complicité me manquent. J’ai l’impression parfois qu’il s’agit d’une époque révolue. Ian n’était pas aussi oppressant. Il vous laissait aller et venir comme bon vous semblait !
    
    — Les choses rentreront bientôt dans l’ordre.
    
    Lyra m’adressa un sourire et m’invita à me rapprocher de la carte. Dessus était inscrit une dizaine de noms, étalés de part et d’autre de la zone représentée.
    
    — Malcolm, le compagnon Patrouilleur d’Ian, m’a aidé à construire cette carte, expliqua-t-elle. Ils ont réussi à déterminer les zones fréquentées par les créatures de l’enfer. Vous constaterez qu’en dépit de la brume, certains endroits restent vierges. En fait, tout cela dépendrait de l’intensité de la brume et des ressources disponibles. Les lieux les plus fréquentés par ces monstres se situent notamment près des foyers d’animaux.
    
    — Là où se trouve la nourriture.
    
    — Néanmoins, ils ont aussi constaté l’apparition de nouvelles créatures… plus le Fléau augmente en puissance, plus le risque de voir de nouveaux monstres apparaître augmente aussi. C’est un cercle vicieux.
    
    — C’est une véritable invasion de nos forêts !
    
    — Notre crainte est de voir apparaître des créatures de l’enfer assez puissantes pour passer outre les pierres magiques. Pour le moment, aucune ne se distingue des autres par sa résistance à ce sortilège, mais l’Antimonde est grand. Si cela se produit un jour… cela ferait l’effet d’un homme écrasant un nid de fourmi avec son pied. Mais je divague. Venons-en à vos cavaliers.
    
    Elle me fit signe de patienter et attrapa à l’aide de ses bras fins un lourd grimoire aux pages vieillies et volantes. Elle le posa avec difficulté sur la table d’opération, où elle examinait habituellement les cadavres des monstres rapportés par les Patrouilleurs et me désigna un croquis d’une créature, qui me rappela aussitôt celles que Gale et moi avions rencontré lors de notre périple.
    
    — Il existe des créatures qui n’ont rien à voir avec le Fléau. Elles rôdent dans les bois depuis la nuit des temps, lut-elle. Ian m’en avait jadis parlé et les divers récits des Patrouilleurs de la région m’ont permis de dresser ce portrait. Ce sont des cavaliers errants, baptisés « gardiens de la forêt », qui apparaissent le plus souvent par paire. Ils surgissent et attaquent les personnes qui s’aventurent trop près des portails spatiaux.
    
    Elle me désigna les trois cercles d’or. Je compris qu’elle avait donc eu une conversation sur les trois mondes par le passé avec Catherine et acquiesçai en silence pour l’inciter à poursuivre.
    
    — La plupart du temps, les gens prennent la fuite et les cavaliers n’insistent pas. Mais il y a déjà eu des morts, reprit-elle.
    
    — Pourquoi se situent-ils près des frontières spatiales ?
    
    — Une vieille légende, qui s’est perdue il y a longtemps, raconte que ces cavaliers sont chargés d’empêcher les intrus de pénétrer dans le Demi-Monde et vice-versa. Ce seraient des gardiens d’une certaine manière. Je crois surtout qu’ils veillent à repousser l’influence de l’Antimonde. Si cette brume détruit nos villages et atteint le Monde… nous courrons droit à la catastrophe.
    
    Les propos de Maddy prirent soudain tout leur sens. Si Raonaid et le reste du coven décidaient de franchir le portail, ces cavaliers interviendraient et les exécuteraient sans la moindre hésitation. Et les survivants seraient contraints de rebrousser chemin, à la merci des fanatiques et des créatures de l’enfer.
    
    Autrement dit, je les avais menés droit vers la tombe.
    
    — Que le Seigneur nous garde si cette légende dit vrai, soupira Lyra. Car tôt ou tard, les protections magiques, arrachées dans la douleur, se briseront.
    
    — Les Mortagh sont-ils au fait de… de cela ?
    
    Elle éclata de rire.
    
    — Catherine… à moins de vouloir aggraver la folie ambiante, personne ne serait assez stupide pour révéler ceci aux Mortagh. D’ailleurs, les Patrouilleurs ignorent également ce détail-là. Dorian et moi avons décidé de taire cette information et de nous en remettre à notre Seigneur. Si cela s’ébruitait, ils… ils seraient dévastés.
    
    Elle marquait un point. Plonger des fanatiques dans la panique mettrait le village à feu et à sang et personne n’avait besoin d’un massacre supplémentaire.
    
    — Il y a également quelque chose que vous devez savoir, ajouta-t-elle après une brève hésitation.
    
     ***
    — Je vous prenais déjà pour une folle, Maddy, mais je constate que je me suis trompée. Vous êtes totalement suicidaire !
    
    Je resserrai ma cape dans l’espoir de me réchauffer un peu. Dehors, la pluie tombait de plus belle et nous nous étions réfugiées sous le balcon d’une maison déserte, abandonnée des années plus tôt par son propriétaire.
    
    Des larmes coulèrent sur les joues de la jeune fille.
    
    — Est-ce vrai ? m’horrifiai-je. Le Fléau a-t-il vraiment détruit le reste du Demi-Monde ?
    
    Ses yeux azurs brillèrent un peu plus encore. Voilà pourquoi elle avait refusé de m’en dire plus la veille. Car ce n’était pas seulement la mort qui guettait les habitants de cette maudite région. C’était l’extinction pure et simple.
    
    — Voilà pourquoi vous étiez si réticente à me révéler mon avenir. Qu’espériez-vous en me la cachant ? Que je ne l’apprendrais jamais ?
    
    — Cette découverte ne prédit nullement votre avenir ! s’emporta la jeune fille. Elle clarifie juste la situation actuelle.
    
    J’éclatai d’un rire et m’adossai contre un mur. Le crépuscule n’allait bientôt plus tarder à s’abattre sur le village. Nous étions toutes les deux frigorifiées, mais nous ne pouvions nous résoudre à rentrer malgré le danger qui se profilait et la menace de Ian.
    
    — Si nous fuyons, ces cavaliers nous tueront, maugréai-je. Si nous restons là, nous servirons de repas aux créatures de l’enfer et aux Cachés.
    
    Il fallait donc opter pour la dernière alternative à notre disposition : l’armée rassemblée par le Démon-Créateur. Armée qui nécessitait l’éveil de mes pouvoirs. Si rien ne me garantissait la fiabilité de mon créateur, je ne pouvais guère laisser les doutes me ronger maintenant.
    
    — Vous devez contacter Archibald immédiatement, déclarai-je. Ainsi que Raonaid et Irène.
    
    
    

Texte publié par Elia, 28 janvier 2018 à 13h05
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