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Tome 1, Chapitre 22 « Le lien - partie III » Tome 1, Chapitre 22
Le reste de la journée se déroula dans une atmosphère tendue. Préoccupée par la rencontre qui se profilait, Raonaid passait son temps à arpenter le coven, distribuant ordres et consignes à tous ceux qu’elle croisait. Irène semblait sincèrement déçue de sa décision et se réfugia dans son temple. Donovan m’expliqua alors que les deux femmes se disputaient régulièrement quant à l’attitude à adopter face aux Cachés. Pour Raonaid, il ne s’agissait que de meurtriers, alors qu’Irène songeait qu’une alliance avec eux empêcherait les Mortagh de mener leur projet à bien.
    
    — Elle est la seule à élever la voix en faveur de ces créatures, renchérit le sorcier. Beaucoup la prennent pour une folle, mais parfois, lorsque Raonaid nous dévoile ce qui se trame à Endwoods, je me demande si Irène n’a pas raison.
    
    Les nouvelles n’étaient pas réjouissantes : si Maddy n’avait guère révélé mon identité aux Patrouilleurs, la situation au village s’envenimait de jour en jour. Xénia avait officiellement mis en place la liste de personnes soupçonnées, et ces dernières, à l’instar de Raonaid, avaient donc été assignées à résidence en attendant les ordres du maire.
    
    La sorcière ne pouvait se téléporter comme elle le souhaitait : si les Patrouilleurs découvraient sa maison vide, alors elle serait considérée comme une évadée et les Mortagh auraient la possibilité d’ordonner son arrestation.
    
    Ainsi, elle allait et venait, sans cesse sur le qui-vive.
    
    Le soir, alors que le crépuscule s’abattait sur la forêt, je découvris Donovan et Pernelle allongés sur la butte. L’imposante masse de terre se situait non loin de la salle commune et permettait d’admirer la lune et les étoiles. Lorsque le climat le permettait – et que la forêt n’émettait aucun souffle lugubre – de nombreux habitants se plaisaient à déambuler ici.
    
    J’ébauchai un sourire et étirai mes longues jambes avant de m’allonger sur l’herbe humide. Les doigts agiles de Pernelle jouaient de la lyre. La lune, pleine et blanche, étincelait. Aucun nuage n’entachait le ciel étoilé et seule une légère brise caressait les feuilles des bosquets alentours.
    
    — Tu sais quel est mon désir le plus cher, Élia ? Terminer mes jours ici, dans ce coven. Laisser les prêtresses brûler mon corps et répandre mes cendres au pied de cette butte, sourit Donovan.
    
    — Normal, puisque tu y passes tout ton temps ! plaisanta Pernelle.
    
    Je les écoutai sans répondre. Jadis, lorsque la belle saison arrivait, ma tante maternelle et ses enfants séjournaient dans notre domaine afin de profiter de ses vastes jardins. Ces derniers faisaient la fierté de mes parents : entretenus par les meilleurs jardiniers du royaume, nous nous plaisions à déambuler le long des sentiers dessinés par mon père, ou à jouer de longues heures à cache-cache.
    
    Cette butte me rappelait ma cachette favorite : j’attendais, malicieuse, l’arrivée de mes cousins, persuadés qu’une jeune fille de mon rang ne se risquerait guère à tâcher ses élégantes toilettes de terre.
    
    Les notes de musique me bercèrent et me firent oublier l’espace d’un instant l’absurde réalité. Je m’étirai à nouveau et fermai les paupières, écoutant seulement les notes mêlées aux éclats de voix. Lorsque les bras de Morphée m’attirèrent dans son étreinte, je compris alors qu’il était temps.
    
    Mon âme avait quitté mon enveloppe charnelle et lorsque je rouvris les paupières, la voix de mes amis résonnait en écho autour de moi. La brise avait quant à elle disparue et une légère ombre me séparait de mes compagnons.
    
    Contrairement à mon premier voyage, je n’avais pas peur. Du temps s’était écoulé depuis ma première leçon. Parfois, il m'arrivait de rencontrer d'étranges entités, mais celles-ci m’ignoraient la plupart du temps, voguant dans leur propre réalité.
    
    Soudain, Gale apparut devant moi. Je me figeai, interdite. Était-ce un rêve ? Une illusion ? Sceptique, j’effectuai plusieurs pas en sa direction. Il esquissa un sourire qui fit ressortir ses pommettes saillantes. Je restai immobile, comme si je redoutais ce qui allait s’ensuivre. Mon cœur battait la chamade et fut envahi d’émotions refoulées depuis trop longtemps. Des larmes de joie coulèrent le long de mes joues et je me risquai enfin à l’approcher.
    
    Ma paume toucha la sienne, mais avec horreur, je constatai qu’il m’était impossible de sentir sa peau contre la mienne : si je distinguais nos doigts liés, ce fut comme si ces derniers tentaient d’attraper… le vide. Épouvantée, je relevai la tête et tentai de capturer son visage entre mes mains. Seul un vent glacial les caressa et elles ne saisirent en leur creux que du vide.
    
    La butte, ainsi que le coven, avait disparu. La pénombre nous entourait et il me fut impossible de cerner le décor autour de nous. Gale semblait serein. Ses traits indiquaient toujours sa jeunesse mais il semblait plus mature, différent du jeune homme passionné qui m’avait converti au paganisme.
    
    Des bruits de pas résonnèrent autour de nous. Je tournai la tête, paniquée, avant de constater que mon fiancé avait disparu. Ma voix tenta de l’appeler, mais mes mots furent engloutis par le vide. Paniquée, je sentis mon cœur battre à toute allure, avant de voir le décor changer et laisser place à une splendide cité.
    
    Une gigantesque fontaine trônait face à moi. Elle semblait presque toucher le ciel, avec la statue en son centre qui arborait, au bout de sa main, le même soleil dessiné sur la valise de Catherine. Les édifices, décorés par des tableaux similaires à ceux peints grands artistes italiens du siècle passé, m’entouraient. C’était le temple du divinement beau, de l’hommage à l’art et à ce que l’Humanité fut capable de créer.
    
    Je distinguai ensuite une étoffe qui s’agitait au sommet de la fontaine, sur laquelle était brodée l’étrange soleil ensanglanté. La brise revint et se transforma en une rafale qui manqua de faire s’envoler l’étoffe. Je songeai à la cité d’Urbino, jadis créée dans l’espoir de bâtir une cité idéale. Les bâtiments ne souffraient d’aucun défaut : les motifs, couleur sang, frôlaient la perfection.
    
    Les battements de mon cœur s’accélérèrent. Deux silhouettes rompirent le silence installé dans la cité. Ils me tournaient le dos et avançaient avec grâce, dans une démarche sensuelle, similaire à Laurent. L’une d’elles était une femme, à la longue chevelure platine. Sa peau diaphane dégageait une puissante aura.
    
    Une sorcière.
    

    
    Impossible de s’y tromper : il s’agissait d’une sorcière et son aura étincelait tellement que sa puissance surpassait celle de tous les membres du coven réunis. À côté d’elle, un homme. Grand, musclé, ses cheveux étaient coupés très courts et lorsque sa voix parvint jusqu’à mes oreilles, je frissonnai.
    
    Gale.
    
    Je courus alors vers eux, agitant la main dans l’espoir d’attirer leur attention. Mes appels résonnèrent contre les murs de la cité, mais ni mon fiancé, ni la femme ne me répondirent. Alors que ma bouche émit un autre appel déchirant, je fus soudain happée hors de ces lieux.
    
    Le monde autour de moi disparut : j’eus l’impression de sombrer dans un vide sans fin, perdue à jamais dans l’obscurité. Mes mains et mes jambes s’agitèrent dans tous les sens, tentant désespérément de se raccrocher à quelque chose. Puis, le terrible bourdonnement de la forêt surgit. Ce fut comme si des milliers de bêtes pénétraient au même moment à l’intérieur de mon esprit. Je posai mes mains contre mes oreilles dans l’espoir de les chasser, mais le bourdonnement redoubla d’intensité.
    
    Ma longue chute s’accéléra et lorsque je sentis le sol dur et glacial fracasser mon corps, je revins soudain à la réalité. Mes paupières s’ouvrirent avec difficulté et l’herbe humide, que mes mains touchaient, me fit prendre conscience que je me trouvais bel et bien au coven.
    
    — Élia ? fit une voix féminine. Élia, est-ce que tu m’entends ?
    
    Le visage lisse et enfantin d’Irène me dévisageait avec inquiétude. Donovan et Pernelle l’accompagnaient et mon corps fut soudain saisi de tremblements.
    
    — Je… je l’ai vu, balbutiai-je.
    
    Les iris sombres de mon amie étincelèrent. La position de la lune indiquait que seules quelques minutes s’étaient écoulées depuis mon départ, pourtant, il me semblait que ce voyage avait duré une éternité.
    
    Le bourdonnement revint et je dus rassembler le peu d’énergie dont je disposais encore pour le chasser. Pantelante, je fus rattrapée par Pernelle qui m’empêcha de sombrer à nouveau vers le sommeil.
    
    — Il est parti, murmurai-je.
    
    — Parti ? répéta Irène. Où ça ?
    
    Je voulus lui décrire la cité, sa merveilleuse fontaine, les édifices qui l’entouraient, mais au fond de moi, la vérité se dessinait telle un pieu empoisonné. Ce n’était ni la réalité, ni un rêve. Quelque part, dans ces trois mondes, cet endroit fabuleux existait. Pourtant, je ne parvenais plus à sentir l’âme de mon fiancé. Le lien qui nous unissait, l’amour qui me guidait… semblait s’être envolé, me laissant vide, telle une coquille sans âme.
    
    — Je n’avais jamais vu d’endroit pareil, confessai-je, embrumée par le souvenir de notre brève rencontre. Il marchait, au côté d’une jeune femme… c’était une sorcière, une très puissante sorcière. Sa peau était diaphane et froide comme le marbre…
    
    Une sorcière et Cachée. Sa chevelure blond platine, qui se confondait presque avec sa peau, me rappela Laurent. Elle possédait aussi la même démarche que ce dernier, silencieuse, gracieuse… féroce.
    
    — Mais il n’était pas comme elle… je… je n’ai senti aucune aura, il… il était humain… et… et… et en vie.
    
    Cette pensée inonda mon cœur de joie, avant que la réalité ne fasse tout voler en éclats.
    
    — Il est vivant, Élia, tenta de me rassurer mon amie. Si son âme ne se trouve pas…
    
    — Il n’est plus là, murmurai-je. Je l’ai vu, mais… rien de ceci n’était réel. Il… il ne se trouve ni dans ce Monde, ni dans le mien…
    
    Les trois cercles d’or se matérialisèrent dans mon esprit. Monde. Demi-Monde. Antimonde. Cette cité se situait quelque part parmi ces trois cercles, mais le lien s’était rompu. Je ne pouvais l’expliquer, ce fut comme si l’on avait arraché une partie de mon âme lors de ma terrible chute.
    
    Je m’obligeai à soutenir le regard de mon amie. Les larmes coulèrent, mais je me sentais désormais vide.
    
    — Il est parti, tout simplement. Il… il n’existe plus.
    

Texte publié par Elia, 4 janvier 2018 à 22h07
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