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Tome 1, Chapitre 20 « Le lien - partie I » Tome 1, Chapitre 20
Monde. Demi-Monde. Antimonde.
    
    Je me répétais ces mots, tel un mantra. Les jours s’écouleraient désormais dans cet endroit que je ne connaissais pas. Respirais-je le même air que jadis ? Était-ce la même lune, le même soleil, les mêmes étoiles que je distinguais dans le ciel ? Je restais des heures à contempler le ciel, tentant de comprendre l’incroyable supercherie qui se présentait devant moi.
    
    Car tout demeurait similaire à mon pays : la langue, les coutumes, l’architecture, le souffle du vent contre les édifices de pierre… oui, tout prêtait à croire que je me trouvais encore en Angleterre. Je m’accrochais souvent à cette idée. Lorsque je me réveillais le matin, je gardais volontairement les paupières closes afin de me souvenir de mon pays, que j’avais à la fois tant haï et aimé.
    
    Mais lorsque je me réveillais, le poids de la lourde réalité s’abattait sur mes fines épaules. J’étais bel et bien partie. Des sentiments contradictoires m’assaillaient alors. Pourquoi mourrais-je envie d’hurler alors que pour la première fois, je me sentais enfin à ma place ?
    
    Car malgré la peine engendrée par la disparition de Gale, je me sentais enfin respectée et reconnue pour la femme que j’étais. Plus besoin de cacher mes convictions, j’étais libre de vénérer la Déesse en laquelle je croyais et de partager mes idées avec mes semblables. C’était un sentiment grisant et je ne manquais guère de louer la Déesse pour la remercier de cette opportunité.
    
    Le chemin à parcourir demeurait néanmoins long et difficile. Les révélations d’Archibald me hantaient.
    Lorsqu’Irène avait comparé le Demi-Monde à un purgatoire, je ne l’avais pas prise au mot. Après tout, quel idiot définirait le Monde comme un paradis ? Mais plus les révélations s’enchaînaient, plus je me demandais si ces cavaliers fous ne m’avaient pas fendu en deux et envoyé ici afin d’expier mes péchés.
    
     ***
    Chaque soir, lorsque l’horloge sonnait neuf heures, Irène pénétrait à pas de loups dans ma chambre et déposait un bol d’eau chaude au pied de mon lit.
    
    Je connaissais désormais les bases de l’occultisme. Contrairement au paganisme, qui vénérait la Déesse et considérait le Démon-Créateur comme secondaire, l’occultisme, lui, accordait une place de choix à ce dernier. Le paganisme utilisait les forces de la nature pour pratiquer la magie blanche. On considérait que chaque acte engendrait des conséquences, que la Déesse récompensait selon la nature de l’acte.
    
    — N’oublie pas que si tu souhaites utiliser les forces de notre monde pour semer la souffrance autour de toi, nul ne t’en empêchera, m’avertit-elle ce soir-là. Je n’interdis guère l’usage de la magie noire. Cependant, celle-ci, comme le recours aux forces occultes, sont puissantes et engendreront des conséquences, que tu devras assumer. Et cela ne se passera pas sans douleur.
    
    J’hochai la tête, consciente depuis longtemps du revers de la médaille. Si la Créatrice de notre monde s’avérait parfois impitoyable, je savais qu’un Démon, lui, pourrait faire preuve de plus de cruauté encore.
    
    — Je t’ai préparé une infusion à base de plantes, annonça-t-elle. Se détendre est primordial pour réussir à quitter ton corps.
    
    Elle ferma délicatement la porte tandis que je buvai l’infusion. Elle parfuma ensuite la pièce avec de l’encens et récita plusieurs prières.
    
    — Es-tu en chemise de nuit ? Parfait ! déclara-t-elle une fois le bol terminé. Bien, allonge-toi maintenant.
    
    J’obéis et d’un claquement de doigt, Irène plongea ma chambre dans la pénombre. Seule une minuscule bougie nous éclairait. Ma nouvelle amie attrapa doucement ma main. La projection astrale était un don accessible à nombre de personnes, y compris aux simples humains, mais très peu avaient la capacité de maîtriser pleinement ce pouvoir. Catherine était l’une des rares personnes à en faire partie.
    
    J’inspirai profondément.
    
    — Relaxe-toi. Oublie le monde extérieur, ton statut de sorcière, ce terrible procès, la perte de ton fiancé, ton arrivée chez nous. Tout cela ne doit avoir plus aucune importance. Ferme les yeux et laisse-toi guider par le son de ma voix. Lorsque tu en auras besoin, je m’éloignerai. Chasse les pensées noires. Une fois cela, utilise l’image de ton fiancé comme point d’ancrage. Pour le retrouver, il te faudra penser à lui, rien qu’à lui.
    
    L’image des cavaliers fous, la disparition de Gale, la mort de Karen, de cette créature assoiffée de sang, apparut dans mon esprit. J’entendis les hurlements stridents qui se mêlaient aux cris de haine de la foule. Je luttai pour éloigner ces souvenirs, en vain.
    
    Irène serra plus fort ma main et une vague d’air froid traversa mon corps entier. Mes muscles s’apaisèrent, les battements de mon cœur ralentirent leur folle cadence. Les cris s’éloignèrent et les visages de Gale et Karen se firent de moins en moins familier.
    
    Mes paupières s’alourdirent ensuite. Une immense fatigue m’envahit, s’abattant sur moi de tout son poids. La main d’Irène serra la mienne avec douceur et cela me rassura. Peu à peu, les bras de Morphée m’étreignirent avec la même délicatesse et je me laissai tomber dedans. Au moment de sombrer dans le monde des rêves, la voix d’Irène, désormais lointaine, me rappela à l’ordre.
    
    Obéissant à ses instructions, je visualisai mon corps endormi. Je me concentrai, canalisant mon énergie vers mes mains, jusqu’à ce que mes pensées deviennent proches de la réalité. Soudain, un sentiment de légèreté m’envahit. Le poids de ces dernières semaines disparut totalement et même la présence d’Irène ne compta plus. Mon corps se souleva du sol, de quelques centimètres seulement. Je ne sentis plus mon lit sous moi, seulement le vide.
    
    — Ne panique pas ! résonna en écho la voix d’Irène.
    
    Je me statufiai, puis me risquai à rouvrir les yeux. La chambre était toujours plongée dans la pénombre. Je compris que mon corps n’avait pas bougé et que mon âme flottait quant à elle dans le vide. Je distinguai Irène, mais une ombre la voilait.
    
    Elle articula ses lèvres mais aucun son n’en sortit. Autour de moi régnait seulement l’ombre, le silence et le froid.
    Avec difficulté, je tentai de bouger mes mains, puis mes bras et enfin mes jambes. Je me déplaçai jusqu’à atterrir au sol, que je ne sentis pas. J’avançai de quelques pas avant de m’arrêter. Je ne me trouvai plus dans ma chambre habituelle, il y avait autre chose, quelque chose de menaçant. Cette ombre qui voilait ma chambre n’était pas seulement due à la pénombre.
    
    Malgré tout, je continuai mon exploration en quittant la pièce.
    
    Alors, je la vis. Je me statufiai aussitôt face à cette femme désormais si familière. Malgré cette ombre qui masquait également son visage, Catherine demeurait reconnaissable. Avant que je ne puisse faire quoi que ce soit, la jeune femme poussa un hurlement strident.
    
    — Reviens ! appela Irène au loin. Élia, reviens !
    
    Je retournai en arrière, terrifiée, et fermai les paupières. Quelques secondes plus tard, j’avais regagné mon corps.
    
    — Du calme, Élia, du calme ! dit mon amie. Tu es de retour, tu n’as plus rien à craindre !
    
    Je serrai et desserrai mes mains afin de m’assurer que tout cela était bien réel.
    
    — Elle était là, dans le couloir et elle a hurlé !
    
    — Catherine ?
    
    — Oui ! Une ombre masquait son visage, exactement comme pour toi, révélai-je. Ce n’est pas seulement l’obscurité, c’était autre chose, mais…
    
    — Tu as eu affaire à une autre réalité, une qu’un œil humain ne peut voir. Et lorsque l’on se retrouve confronté à l’inconnu, c’est naturel d’avoir peur, Élia.
    
    — Où étais-je alors ?
    
    — Ici, répondit-elle en me désignant la pièce des mains. Seulement, tu as découvert le monde sous une autre facette.
    
    J’arquai un sourcil, agacée.
    
    — Et quel est le lien avec Catherine ? Pourquoi n’ai-je pas aperçu Gale ?
    
    — Catherine essaye de communiquer avec toi à travers ce pouvoir. Tu ne peux ignorer ses appels : ce n’est pas la première vision que tu as d’elle. Et si ton arrivée au Demi-Monde était liée à elle ?
    
    Je mourrai d’envie de lui dire que mon arrivée ici n’était qu’un malheureux concours de circonstances, lié à une succession d’événements plus désastreux les uns que les autres. Il n’y avait aucune logique dans cette histoire.
    
    Tu te trompes, Éli, murmura une voix intérieure.
    
    — Quoi qu’il en soit, tu as réussi à détacher ton âme de ton corps. Avec mon aide, mais tu y es parvenue.
    
    Des milliers de craintes venaient de naître suite à ce voyage. Comment savoir si je me trouvais en sécurité dans cette autre réalité ? Et s’il existait des entités malfaisantes là-bas ? Si le cordon qui reliait mon âme à mon corps se brisait par mégarde ?
    
    — Cesse de te torturer, soupira Irène.
    
    Elle posa sa main sur mon épaule.
    
    — Tu es sur la bonne voie, Élia, me rassura-t-elle. Maintenant que ton âme a enfin réussi à se séparer de ton enveloppe charnelle, il faut continuer à t’entraîner. Dès lors que tu te seras habituée à cette autre réalité, tu seras en mesure de communiquer avec Gale.
    

Texte publié par Elia, 4 janvier 2018 à 21h57
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