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Tome 1, Chapitre 9 « Une tombe à ciel ouvert » Tome 1, Chapitre 9
— Vous en sentez-vous capable ? En êtes-vous sûre, ma douce ?
    
    Ian me toisait, inquiet.
    
    — Pour le bien de ma famille et de Matthew, je le ferai, assurai-je.
    
    — Nous resterons tous près de vous, promit-il.
    
    Les autres Patrouilleurs hochèrent la tête pour confirmer ses dires. Au lieu de m’affoler, la perspective de me rendre sur les lieux de l’accident m’apparaissait comme une opportunité. Je me trouvais dans une impasse. Peut-être que cette excursion dans la forêt m’aiderait à mieux appréhender cette région. Je pourrais observer et mémoriser l’itinéraire des Patrouilleurs et trouver un sentier qui me ramènerait sur la route de Liverpool.
    
    En m’amenant là-bas, les Patrouilleurs espéraient attirer l’attention des coupables dans l’espoir d’en capturer un. Je devais servir d’appât, chose qui ne plaisait guère à mon fiancé temporaire. Hélas, l’enquête piétinait et la reconstitution était leur dernière carte à abattre.
    
    Pour l’occasion, je m’étais revêtue d’une robe spéciale, plus courte que celles d’usage dans la noblesse anglaise. De couleur grise, la matière était plutôt lourde à supporter, mais elle avait été conçue pour me protéger d’éventuels coups d’épées et autres projectiles. Une véritable « armure féminine » selon Ian.
    
    — Elle a spécialement été conçue pour l’expédition ! Richard refuse d’ouvrir les patrouilles aux femmes, mais Géralt souhaiterait en recruter. Ce sont des cibles plus mouvantes que les hommes et donc plus difficiles à atteindre. Mais si cela se fait un jour, je refuserais de supporter votre présence parmi nous. Je m’inquiéterais bien trop pour vous, ma chère fiancée.
    
    Ian devait vraiment aimer Catherine pour ponctuer chacune de ses phrases par une déclaration d’amour. Même Gale ne pouvait prétendre à autant de dévotion ! Son amour pour sa fiancée me touchait. Il semblait si sincère que la mélancolie me gagna rapidement.
    
     Éli, ressaisis-toi !
    
    Le gong de l’horloge me sortit de ma torpeur. Il était vingt et une heure trente et les autres Patrouilleurs nous attendaient devant la mairie.
    
    — Voici Angus, Charles, Jonathan, Henry, Francis, Alan, Anthony et les nouvelles recrues : Alexandre, Alaric, Jamie, Brandon et Léo, déclara Ian une fois arrivé sur la place centrale. Les gars, je vous présente ma fiancée, Lady Catherine Montgomery.
    
    J’eus le droit à un salut général. Avec plaisir, j’obtins mon propre cheval.
    
    — Que le Seigneur veille sur nous tous, déclara Géralt d’une voix sombre.
    
    Nous répétâmes ses paroles et effectuâmes un signe de croix. Suite à cette bénédiction, Ian m’aida à grimper sur mon destrier. Tandis que je m’installai en amazone, Géralt donna une impulsion à son cheval afin de lancer officiellement notre expédition.
    
    Aussitôt, le groupe d’hommes m’encercla. Lorsque les portes du village s’ouvrirent, un étrange sentiment m’envahit. De liberté, sans doute, car plus le temps passait, plus il m’était difficile de me défaire du rôle de Catherine. Il était trop tard pour révéler volontairement la supercherie au grand jour et en quittant ce maudit village, j’avais le sentiment de redevenir enfin moi-même.
    
    Nous nous engouffrâmes dans les bois, à l’opposé du sentier principal. À vrai dire, seul ce chemin permettait aux habitants et aux inconnus de se repérer. Si l’on s’en éloignait, il était facile de s’égarer. Pour éviter cela, les Patrouilleurs avaient placé différents dispositifs pour se repérer.
    
    L’accident s’était produit dans un bosquet, à dix minutes de marche du sentier. Celui-ci était difficilement trouvable : éloigné de celui-ci et masqué par les épais feuillages des arbres, il était impossible que la famille Montgomery soit arrivée ici par le fruit du hasard. Les avait-on attirés là ?
    
    L’intérieur du bosquet était quant à lui dépourvu de la moindre végétation. Le sol était presque vierge et seule une épaisse couche de terre ocre et humide le recouvrait.
    
    — Le carrosse se situait au centre lorsque nous l’avons trouvé, m’indiqua Géralt. Les affaires étaient quant à elles éparpillées tout autour.
    
    — Le bosquet est vide désormais, mais cela n’est pas naturel, précisa Malcolm. La végétation a sûrement été arrachée ou détruite par la brume.
    
    Nous n’avions pas traversé cette mystérieuse brume, même s’il me semblait l’avoir aperçu au loin en dépit de l’obscurité. Je descendis alors de mon cheval, sensible à la folle énergie qui circulait autour de nous. Les Patrouilleurs s’écartèrent sans me quitter pour autant des yeux. L’air était étouffant et la chaleur fit perler des gouttes de sueur le long de mon front.
    
    Je déambulais le long du bosquet avant d’entendre des cris. Je sursautai avant de comprendre que j’avais été la seule à l’entendre. Aucun Patrouilleur n’avait réagi et tous me fixaient avec le même intérêt. Une seconde série de cris retentit à nouveau. Les battements de mon cœur s’accélérèrent et je dus inspirer profondément pour ne pas me laisser submerger par la panique.
    
    Pourquoi personne ne réagissait ? Les bruits semblaient pourtant proches et résonnaient dans l’ensemble du bosquet. Lorsque le silence retomba, je tressaillis. Ces cris n’étaient pas le fruit de mon imagination, mais bel et bien ceux que la famille de Catherine avait poussés lors de l’accident.
    
    J’ignorais ce qui me rendait aussi sûre de cette affirmation, mais je le sentais au plus profond de moi. Gale m’avait souvent répété que je possédais une sensibilité hors du commun. Une espèce de troisième œil naturel. Je m’étais toujours méfié des dons de ce genre. L’idée de percevoir autre chose comme les défunts m’effrayaient littéralement.
    
    Géralt nota mon désarroi et claqua des doigts. Cinq Patrouilleurs se postèrent autour du bosquet afin de faire le guet, prêt à stopper la moindre attaque extérieure. Selon eux, diverses créatures « non-humaines » avaient tentés de s’en prendre à eux ces dernières semaines.
    
    — Elles sont rapides et silencieuses, m’expliqua le chef des Patrouilleurs. Elles peuvent frapper à n’importe quel moment si on ne les repère pas avant. Mes hommes veillent sur vous, Lady Catherine. Agissez sans crainte.
    
    Les cris résonnèrent une fois encore dans mes oreilles avant de s’évanouir presque aussitôt.
    
    — Marchez, faites le tour du bosquet, ordonna-t-il. Dites-nous tout ce qui vous traverse l’esprit. Si la mémoire vous fait encore défaut, laissez une trace de vous ici, pour qu’ils puissent sentir votre odeur. Touchez les arbres, parlez-nous. Si ces païens utilisent des créatures, leurs sens sont sûrement plus développés que les nôtres.
    
    Je me concentrai mais à nouveau, l’énergie laissée par l’accident s’agitait autour de moi. Elle frôlait ma peau et je fermai les yeux afin de me concentrer sur ces sensations. J’avais l’impression de ne plus rien contrôler, comme si elles avaient pris le dessus sur mon corps.
    
    Des éclats de voix retentirent alors, cris de stupeur et des supplications. Parmi ces différentes intonations, une se détachait particulièrement des autres.
    
    Une voix similaire à la mienne, douce, féminine, chantante. Une voix familière, bien que je ne l’aie jamais entendu par le passé. Elle parlait à toute vitesse, à la fois en anglais et dans une langue que je ne connaissais pas. Je ne saisis pas le sens de ses paroles, elle parlait trop vite, comme si elle suppliait quelqu’un. La tension était palpable dans l’air, le désespoir se mêlait à une profonde rage et au mépris.
    
    — Catherine ! appela Ian.
    
    — J’ai tenté de supplier quelqu’un, dis-je.
    
    Tous mes sens étaient en ébullition. Une onde traversa mon corps et je ressentis le même désespoir qui agitait la voix. Une terreur profonde vrillait mon ventre, les battements de mon cœur s’agitaient à une telle vitesse que la réalité m’échappait peu à peu. J’étais terrifiée, comme si j’étais sur le point de mourir.
    
    L’onde quitta ensuite mon corps et un autre bruit me parvint : celui d’objets se fracassant contre le sol. Des bruits de pas se répandirent un peu partout dans le bosquet sans aller au-delà. Une limite invisible semblait empêcher les victimes de fuir.
    
    Je me laissais tomber au sol alors que ma cage thoracique se comprimait de nouveau. Mes lèvres s’avéraient incapable de prononcer le moindre mot à cause de mon souffle qui se coupait. Seul mon nez pouvait encore acquérir de l’oxygène. Je m’agrippai à un arbre pour ne pas chanceler. Je fermai les yeux pour tenter de penser à un endroit paisible pour chasser la panique.
    
    Je distinguai alors le ciel. Il faisait froid, mais le soleil brillait. Ses rayons me chatouillaient le nez. J’avais quitté la forêt et un cercle de pierres se dressait autour de moi. J’étais également allongée. Allongée et immobilisée. Je ne pouvais effectuer le moindre mouvement, mes membres étaient ankylosés et entravés. Je tentais également de dire quelque chose, mais mon souffle se noyait dans la terreur qui me paralysait.
    
    Ce n’était pas une simple panique qui m’envahissait, mais une profonde terreur, celle qui tétanise chaque membre de votre corps et menace de faire sombrer votre âme dans la folie.
    
    Une terreur qui se produit lorsque l’on est sur le point de mourir.
    
    Quelque chose atterrit ensuite contre mes yeux, froid et humide. Je l’avais déjà senti lors du malaise chez Lyra. De la terre. Oui, quelqu’un était en train de jeter de la terre sur moi. Et plus les secondes passaient, plus la quantité de terre s’alourdissait sur mon corps.
    
    — Aaaaaaaaaaaaaaaaaaah !
    
    On est en train de m’enterrer vivante.
    
    Presque folle, je m’agitai dans tous les sens pour me raccrocher à quelque chose. Plusieurs Patrouilleurs m’étreignirent pour me calmer. Une fois le lien avec la réalité renoué, mon corps inerte retomba sur le sol, ralenti par Ian qui m’évita une chute brutale.
    
    — Enterrée, balbutiai-je, le souffle haletant.
    
    — Que dit-elle ? demanda Géralt.
    
    — Enterré, fit Ian. Catherine, enterré, mais qui ?
    
    Mes larmes redoublèrent. Ian me prit contre lui en me berçant doucement. Je me laissai aller contre son torse, à la recherche de réconfort. À cet instant précis, il demeurait ma seule bouée de sauvetage.
    
    — Nnnn… non, tremblai-je. C’est… c’est moi que l’on enterrait.
    
    Pour mes interlocuteurs, ce récit n’avait aucun sens. Comment aurait-on pu m’enterrer pour me retrouver ensuite saine et sauve ? Pour moi, en revanche, la triste vérité se dessinait dans mon esprit. Catherine avait sûrement été assassinée durant l’agression, puis enterrée. Cela ne correspondait pas aux meurtres rituels, alors sans doute avaient-ils fait une simple mauvaise rencontre ?
    
    Mais pourquoi ce symbole sur la valise ?
    
    — Enterrée ? s’étonna Ian. Mais comment avez-vous à sortir de la tombe ? Matthew vous aurait aidé ?
    
    J’haussai les épaules, incapable de fournir une réponse plus convenable. Les mots se perdirent au fond de ma gorge. Je restai silencieuse, le visage baigné de larmes.
    
    — Étiez-vous dans le noir ou était-ce une tombe à ciel ouvert ? interrogea Géralt.
    
    — À ciel ouvert, répondis-je au bout de plusieurs secondes.
    
    — Dans la forêt ?
    
    — Non. Il… il n’y avait aucun arbre autour, mais… mais des pierres je crois. Oui, plein… plein de pierres.
    
    Géralt fronça les sourcils.
    
    — Un cromlech alors ? suggéra Malcolm. Hé, Géralt, il y a bien des cromlechs dans la région, mais ils sont à une trotte d’ici ! Imagine que ce soit celui de la Vallée fantôme !
    
    — Si Lady Catherine ne se trompe pas, sa famille est bel et bien perdue, confirma celui-ci d’un air sombre. Ces monstres auraient donc changé de rituels ? Mais pourquoi ?
    
    — Tu crois que je lis dans leurs pensées ? railla Malcolm. Allez, traînons pas. La demoiselle a besoin de repos et on ferait bien d’avertir les autres dès que possible. Nous allons devoir envoyer une expédition jusqu’au cromlech du Devil’s Village !
    
    — Hors de question de remettre un pied là-bas ! Le Fléau a tout ravagé et la zone est infestée de créatures de l’enfer. Lady Catherine, merci pour votre aide. Vous avez été très courageuse, m’assura le chef des Patrouilleurs.
    
    Ian m’aida à me relever et toujours blottie dans ses bras, m’emmena vers son cheval.
    
    Soudain, une forte secousse fit trembler le sol. Ian m’agrippa fermement et ses collègues brandirent leurs épées. Deux secondes plus tard, plusieurs cris retentirent. Géralt s’avança plus loin pour comprendre ce qu’il se passait, lorsqu’une autre secousse, plus violente encore, fit bouger les arbres alentours. Les chevaux s’agitèrent, paniqués, tandis que sous la violence du choc, il fut propulsé une dizaine de mètres plus loin.
    
    Une intense fumée argentée nous aveugla.
    
    Une troisième secousse survint et cette fois-ci, nous tombâmes tous à terre. Les chevaux quant à eux fuirent à l’unisson. Après quelques secondes, je me risquai à relever la tête en dégageant les mains que j’avais posées dessus par réflexe. La fumée flottait toujours dans les airs et à ma grande stupeur, tous les Patrouilleurs autour de moi étaient inconscients.
    
    Géralt gisait un peu plus loin, un filet de sang coulant le long de son visage. Avec difficulté, je me relevai, les jambes engourdies, puis découvris un Malcolm également inconscient. D’instinct, je me retournai vers Ian pour attraper son épée. Contrairement aux cavaliers fous, la sienne paraissait légère et facilement maniable.
    
    J’inspirai puis expirai afin de canaliser ma respiration. Plusieurs mèches folles s’agitèrent devant mes yeux. Je tremblai, même si mes mains se resserrèrent autour de l’épée. Je ne savais pas manier les armes. Cet enseignement m’avait toujours été proscrit. De toutes manières, qui aurait pu prédire ma rencontre avec un monstre pareil ?
    
    Elle mesurait au moins deux mètres de haut et ressemblait à une femme, sans l’être pour autant. Elle n’était pas humaine. Ses yeux argentés étincelaient dans la pénombre et sa peau était blanche comme la neige, lisse comme de la soie et froide comme le marbre. De grosses griffes aiguisées terminaient ses mains, assorties à des canines pointues.
    
    Non, elle n’était pas humaine. Son regard était empreint d’avidité et elle se léchait les babines en m’observant. Pressentant l’attaque, j’esquivai de justesse un immense coup de griffe et tentai de prendre la fuite. La créature bondit alors vers moi et me donna un coup si violent que je fus éjectée une dizaine de mètres plus loin.
    
    Je manquai in extremis de me cogner contre un arbre. Malgré la douleur, je me relevai. Mon ennemie poussa un grognement animal et avant que je n’eusse le temps de courir, elle se jeta à nouveau vers moi. Au prix d’un effort considérable, je parvins à lui griffer l’épaule.
    
    Elle poussa un autre grognement et sans attendre, je frappai à nouveau. Elle réussit à esquiver plusieurs de mes coups. Puis, lors d’un bref moment d’inattention, elle me décocha un coup de poing en pleine mâchoire. Je m’effondrai sur le sol et un sourire carnassier se figea sur ses lèvres.
    
    Elle s’installa à califourchon sur moi, attrapa mon poignet puis me mordit. Ses crocs s’enfoncèrent dans ma chair jusqu’à atteindre mes veines. Un liquide chaud se mêla à mon sang puis se répandit dans mon corps entier. C’était une douce chaleur, similaire à un feu de cheminée un soir d’hiver.
    
    Son sourire carnassier s’effaça pour laisser place à un air mélancolique. Je jetai un œil à la morsure : celle-ci cicatrisait déjà, laissant une marque rougie sur ma chair. La sensation de chaleur disparut et mon corps redevint normal.
    
    Mes doigts se refermèrent sur mon arme, même si j’ignorais comment me sortir de ce pétrin. Je réussis à me dégager, lançai l’épée quelques mètres plus loin, puis esquivai mon adversaire en effectuant une roulade. Je repris aussitôt mon arme et rejoignis le corps inerte de Géralt dans l’espoir de trouver d’autres armes efficaces. Alors qu’elle s’apprêtait à bondir une nouvelle fois sur moi, je criai :
    
     — Stop !
    
    La créature s’immobilisa et me toisa d’un air ahuri. J’ignorai pourquoi j’avais dit cela. C’était inutile, pourquoi écouterait-elle mes supplications alors que je me trouvais à sa totale merci ? Soudain, ma vision changea. L’obscurité régnante ne me fit plus obstacle. Tel un chat, je discernai chaque forme, chaque détail, comme si le soleil berçait encore la forêt de sa lumière.
    
    — Vous êtes une putain de sorcière ! cracha-t-elle d’une voix cassante.
    
    Elle se jeta à nouveau sur moi. Sans crier gare, je brandis mon épée et lui donnai un violent coup. Elle tomba lourdement au sol et je compris que j’avais entaillée son bras droit. Soudain, alors que je m’apprêtai à frapper à nouveau, quelque chose surgit des arbres et se jeta sur elle.
    
    Après une brève lutte, la créature fut projetée à terre. Son bras fut ensuite arraché dans un cri de douleur strident.
    
     Stupéfaite, j’observai alors ce qui avait surgi. Un cadavre en décomposition. Sa peau était violacée et tombait même en lambeaux par endroits. Ses pupilles rouge sang lui conféraient un air plus démoniaque encore que la créature et l’odeur fétide qu’elle dégageait me donnait envie de vomir.
    
    La procession.
    
    La fuite éperdue des chiens, la fumée blanche, les incantations et ma rencontre avec le meneur. Je n’avais donc pas rêvé : des cadavres erraient bel et bien dans la forêt la nuit et l’un d’eux m’avait marqué de cette tâche violette. Je revis son regard olivâtre et cette lanterne taillée dans un crâne humain.
    
    Quelques secondes plus tard, mon sauveur déchiqueta littéralement la créature avant de disparaître.
    
    Choquée, je me relevai, tentant de remonter la manche de ma tunique pour masquer ma blessure. Il faudrait trouver une explication plausible pour justifier cette marque, car si les Mortagh découvraient son origine, j’étais fichue.
    
    Par chance, aucun Patrouilleur n’avait assisté à mes exploits, ce qui signifiait que seule ma version des faits seraient prise en compte. Je soupirai, soulagée, lorsque des bruits de pas résonnèrent autour de moi. Mes poings se contractèrent, aux aguets. Ce monstre avait sûrement d’autres semblables, j’avais été idiote de l’oublier.
    
    En dirigeant mon regard vers les bruits de pas, je découvris avec horreur Karen, adossée contre un arbre. Elle tenait une arbalète et me toisait d’un air menaçant. Ses yeux d’aciers avaient sûrement assisté à mon triomphe et je l’imaginai déjà se précipiter au bureau de son père pour tout lui raconter. Horrifiée, je m’avançai vers elle pour tenter de discuter, mais ses mains se refermèrent contre l’arme.
    
    Elle prit la fuite. Affolée, je m’élançai à sa poursuite et me faufilai parmi les arbres, enjambant au passage les corps inconscients des autres Patrouilleurs avant de perdre sa trace.
    
    — Non ! crachai-je.
    
    Soudain, la chevelure blond platine de mon ennemie illumina la pénombre et je repris ma course. Mais un carreau freina mon ardeur. Lancé avec précision, je l’évitai in extremis.
    
    — Je t’avais dit de partir, Catherine ! retentit une voix plus loin. Tu aurais dû m’écouter, maintenant c’est trop tard !
    
    — J’ai tenté de partir ! protestai-je avec véhémence.
    
    Karen ne répondit pas, mais je pus sentir un sourire glacial se dessiner sur son visage de nacre. J’entendis ensuite ses pas partir au loin.
    
    Lorsque les Patrouilleurs découvriraient le corps de la vraie Catherine dans l’un des cromlechs, mon imposture serait dévoilée au jour. Et si Karen se chargeait de raconter ce qu’elle venait de voir à ses parents, alors mon destin était d’ores et déjà scellé.
    

Texte publié par Elia, 31 décembre 2017 à 13h08
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