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Tome 1, Chapitre 8 « La bénédiction » Tome 1, Chapitre 8
Le chant du coq retentit. Mes doigts bougèrent, suivis de mes bras. Le reste de mon corps suivit le mouvement et mes paupières s’ouvrirent avec difficulté. La lumière du soleil me fouettait le visage et mon regard se posa sur les murs ocres de ma chambre.
    
    Ma chambre.
    
    Ce n’était pas ma chambre, pourtant je m’y trouvais encore. Le chant du coq retentit à nouveau et le poids de la défaite s’abattit sur mes épaules. Les sanglots coulèrent sans que je ne puisse les refouler. Je n’avais pas réussi à m’échapper. Mon excursion s’était soldée par un véritable échec et il me faudrait des semaines avant de réussir à programmer une nouvelle évasion.
    
    Qui devais-je blâmer ? Lyra et les Patrouilleurs pour m’avoir menti ou moi-même pour avoir naïvement cru que m’échapper serait aussi aisé ?
    
    Et si Catherine refaisait surface ? Si… si Ian décidait d’avancer la cérémonie du mariage ?
    
    Non, un tel scénario ne pouvait se produire. Je devais impérativement trouver une solution et prendre la poudre d’escampette, même si je n’avais aucun allié pour m’aider. Je me levai et me rapprochai de la fenêtre pour calmer la colère qui venait de saisir l’ensemble de mon corps. Je mourrais d’envie de tout envoyer valser, mais je m’obligeai à calmer ma respiration.
    
    Oui, tôt ou tard, je trouverai une solution. Car il était impossible que je termine mes jours dans ce village perdu.
    
    — Milady, vous êtes réveillée !
    
    Maddy avait ouvert discrètement la porte, accompagnée de Cristina qui portait un plateau de nourriture. Une agréable odeur de lait chaud s’en échappait.
    
    — Dehors ! persifflai-je aussitôt.
    
    Les deux domestiques échangèrent un regard surpris et reculèrent.
    
    — Ce n’est rien Cristina, obtempéra Maddy. Lady Catherine le boira plus tard.
    
    — Milady ne s’alimente presque plus depuis son retour ! s’offusqua la cuisinière. Il ne vous restera bientôt plus que la peau sur les os !
    
    — Dehors ! hurlai-je. Sortez d’ici immédiatement !
    
    Les deux femmes tournèrent les talons sans attendre. Une fois seule, j’inspirai pour un grand coup pour ne pas exploser.
    
    Comment avais-je pu me retrouver ici alors que ce carrosse fonçait dans la même direction que moi ? J’en étais certaine, le cocher n’avait pas fait demi-tour après ma montée. Alors… alors quelle explication pouvait-il y avoir face à cela ?
    
    Des fantômes, Éli…
    
    Sans aucun doute. Mes pensées vagabondèrent, repassant les images de ce curieux voyage. Dès le départ, le cocher et la femme m’avaient paru étranges. Mais que ce serait-il passé si j’avais décidé de continuer à pieds ? Si la route ramenait inlassablement au village, alors ma rencontre avec eux n’avait rien changé.
    
    Je me souvins que depuis toujours circulaient des légendes concernant une « Dame blanche ». Des femmes décédées, hantant les chemins obscurs ou les châteaux dans le but de faire passer un message aux vivants. Et j’en étais presque sûre, cette nuit, j’avais rencontré l’un de ces esprits. Me souvenant de ses paroles terrifiées, j’attrapai le médaillon du soleil.
    
    Mais je n’eus guère le temps de réfléchir plus à cette tragique nuit : Maddy revint quelques secondes plus tard, une bassine d’eau à la main. Le regard azur de la jeune fille se posa sur ma mallette, que je n’avais pas pris la peine de ranger. Elle fit semblant de n’avoir rien vu et déposa la bassine à mes pieds d’un geste sec.
    
    — Ne vous ai-je pas ordonné de sortir de cette chambre il y a quelques minutes ?
    
    — Sauf votre respect, Lady Catherine, je suis en train de sauver votre réputation, répliqua-t-elle. Alors au lieu de vous offusquer de mon insolence, suppliez-moi de ne rien révéler à Lord Hamilton ! Je vous ai entendu fuir hier soir. Si Lord Hamilton ou Cristina apprennent ceci, Milady, il vous cloîtrera dans cette chambre jusqu’au mariage.
    
    — Vous êtes malade.
    
    — Estimez-vous heureuse que je sois ici pour assurer vos arrières. Mais si Lord Hamilton vous surprend, Milady, je ne pourrais plus rien pour vous.
    
    Je détestais ce sentiment d’échec et d’impuissance. Pourquoi s’obstinait-on à me traiter comme une enfant désobéissante alors que mon fiancé agonisait sûrement dans cette maudite forêt ? Mes sanglots redoublèrent et le visage courroucé de la domestique s’adoucit.
    
    — Milady… je me trouvais déjà à vos côtés avant votre disparition et je vous soutiendrai quoi qu’il arrive. N’ayez crainte. Je vous servirai le mieux possible et ne répéterai rien à Lord Hamilton. Vous avez ma parole. Mais il existe des choses, dans cette forêt, qui dépassent l’entendement.
    
    — Quelles choses ? soupirai-je. Avez-vous la moindre idée de ce que j’ai rencontré la nuit dernière ?
    
    — Malheureusement oui, Milady. Mais je ne suis guère la mieux placée pour vous en parler. Cependant, il y a une chose que vous devez savoir : il y a quelques années déjà, les maires des différents villages ont placé des protections spéciales afin d’empêcher les créatures « démoniaques », si je puis les nommer ainsi, de pénétrer à l’intérieur des fortifications. Ces créatures peupleraient la forêt.
    
    Je me figeai. Une fois encore, l’altercation entre Richard et les Patrouilleurs prenait tout son sens. Était-ce pour cette raison que le maire ne prenait pas la menace au sérieux ? S’estimait-il protégé par ces « protections spéciales » ?
    
    — De quelles protections s’agit-il ? interrogeai-je.
    
    — Des protections magiques, Milady. Les maires ont jadis ordonné la traque et la torture de dizaines de sorcières afin de leur arracher le secret de ces protections… On prétend qu’il s’agit de pierres spéciales, ensorcelées à l’aide d’un sort très puissant. Elles peuvent repousser toutes les créatures présentes dans cette forêt ! Elles… elles repoussent également la brume. C’est pour cette raison que nous sommes épargnés.
    
    Je pris alors conscience de la gravité de la situation. Si ces maires avaient réellement torturé des sorcières pour protéger leurs villages, c’est que la menace émise par les Patrouilleurs était réelle. Mon dégoût envers la famille Mortagh s’amplifia.
    
    — Fuir de cet endroit est plus dangereux encore que d’y rester, murmura-t-elle.
    
    Elle me laissa ensuite tranquille et je tentai de digérer ses révélations. Pour fuir, il me fallait en apprendre plus sur cette brume et ses créatures. Mais à qui m’adresser ? Ian et les autres Patrouilleurs refuseraient de m’en dévoiler plus.
    
    Tout à coup, je constatai qu’un médaillon avait été posé sur mon oreiller. Je clignai des paupières, surprise. Il n’était pas présent lorsque la domestique avait franchi les portes de cette pièce. L’avait-elle déposé ici à mon insu ? J’en doutais fortement. Maddy était visiblement une personne franche et directe. Pourquoi m’avertir de ces protections pour ensuite laisser un bijou ?
    
    Curieuse et effrayée à la fois, je l’attrapai avant d’entendre à nouveau le hurlement déchirant de la Dame Blanche. Je le lâchai aussitôt avant de voir le carrosse de tout à l’heure foncer droit vers un arbre… et le panneau Endwoods apparaître. Lorsque celui-ci eut fini de se matérialiser dans mon esprit, ce fut le trou noir.
    
    — Lady Catherine ! appela soudain Cristina. Lady Lyra souhaite vous parler !
    
    La mort dans l’âme, j’observai ma déplorable chemise de nuit et ma chevelure ébouriffée. Je n’étais guère en état d’accueillir une invitée. Cependant, Maddy fit irruption dans la pièce, une robe de chambre au bras. Je descendis ensuite l’escalier où ma chute s’était produite et accueillit Lyra, venue seule.
    
    Maddy la déchargea de son manteau et retourna ensuite aider Cristina en cuisine. Je fis alors signe à mon invitée de rejoindre le salon sans masquer la colère qui incendiait mon corps à ce moment-là.
    
    — Catherine, commença Lyra. Pouvons-nous discuter un moment ?
    
    — Discuter de quoi ? De mon retour chez moi ? Ou du fait que vous m’avez menti ?
    
    Face à son silence, je m’emportai :
    
    — Vous m’avez menti ! pestai-je, m’assurant au passage que ni Maddy, ni Cristina ne m’entendaient. Vous n’avez pas l’intention de parler à Ian. Je… je ne rentrerai jamais chez moi, je… je suis prisonnière de votre village de cinglés !
    
    — Catherine…
    
    — Arrêtez ! Par pitié, je n’ai ni besoin de votre pitié, ni de vos fausses promesses ! Je ne supporte plus ce village, cette maison, ces meurtres et toutes ces interrogations ! J’ai tenté de fuir cette nuit… je… j’ai emprunté l’unique sentier qui nous relie au village voisin…
    
    Le visage de Lyra se décomposa. J’avais donc visé juste. Il s’était bel et bien passé quelque chose d’anormal la veille et elle m’avait cachée la vérité, comme son cousin. Quelque chose ne tournait pas rond dans cette forêt. Cette brume, ce fléau, ces maladies, ces « païens ». Quelque chose n’allait pas et elle savait de quoi il en retournait.
    
    — Pardonnez-moi, Catherine. J’aurais dû vous avertir, vous avouer la vérité. Je n’en ai rien fait de crainte de vous blesser, vous sembliez si mal…
    
    — De me blesser ? ironisai-je. Vous m’avez menti, comment pouvez-vous croire que cela ne me blesserait pas ? Maintenant, vous allez m’expliquer ce qu’il se passe ici. Que signifie cette brume dans la forêt ? Pourquoi une procession étrange erre-t-elle la nuit ? Pourquoi ce carrosse a-t-il foncé vers cet arbre avant de disparaître ? Pourquoi cette femme a-t-elle hurlée à la mort, qui… qui est-elle ? Est-ce une Dame Blanche ?
    
    — Il est temps que la mémoire vous revienne, déplora-t-elle. Il y a déjà quelques mois, les Patrouilleurs ont découvert l’existence d’une brume étrange. Depuis son apparition, la faune et la flore contaminée flétrit et meurt. Et l’unique chemin nous reliant au Bone’s Village est victime d’un sort, qui ramène inévitablement ceux empruntant le sentier à son point de départ.
    
    — Mais si cela affecte ce sentier… comment se fait-il que j’aie réussi à retourner chez mes parents avant leur disparition ?
    
    — Car il existe un chemin alternatif, mais très dangereux. Vous deviez être escortée par une dizaine de Patrouilleurs et leur absence explique sans doute l’accident… Voilà pourquoi le maire ordonne la fermeture des portes aussi tôt, voilà pourquoi les Patrouilleurs veillent sur nos villages…
    
    Et voilà pourquoi ils ont torturé des sorcières pour protéger leurs arrières.
    
    — Qui d’autre ici est informé de cela, hormis la famille Mortagh et les Patrouilleurs ?
    
    — Personne, avoua Lyra. Richard use de stratagèmes pour éviter que cela se répande à l’ensemble des habitants. Il redoute un effet de panique, alors il soumet les commerçants et les rares personnes ayant besoin de sortir du village à la loi du silence. En tant que future épouse de Patrouilleur, vous étiez également informée de la situation.
    
    Je m’enfonçai un peu plus contre le fauteuil, abasourdie. Je devais impérativement crocheter le bureau de Ian et trouver le plan de ce chemin alternatif. Peu importait le fait d’errer à nouveau dans cette lugubre forêt, je ne pouvais m’éterniser dans ce village coupé du temps et du monde. Que se passerait-il si ce sortilège s’étendait sur toute la forêt ?
    
    — Et cette brume ? demandai-je.
    
    — Elle prend de plus en plus d’ampleur et si les Patrouilleurs ne découvrent pas rapidement son origine, tous les villages seront détruits. Ils ont tenté de convaincre le maire du danger, mais il fait l’autruche. Dorian a tenté de les soutenir - avec sa position haut placée, il a toute l’attention de la famille Mortagh - mais rien n’y fait. Pour Richard, tout ceci n’est qu’une histoire de bonne femme.
    
    Non seulement j’étais prisonnière de ce village, mais en plus, celui-ci était condamné à la décadence. Décidément, tout allait de mal en pis depuis ces cavaliers fous. Au lieu d’un barbecue public, j’avais hérité d’une longue agonie dans cet endroit perdu.
    
    Je n’avais donc guère le choix. Ian avait interdit l’accès à son bureau à toutes les personnes de cette maison. Il gardait sans cesse la clef près de lui et la lui dérober ne serait pas une mince affaire. Je devais donc trouver un moyen de crocheter la serrure sans attirer les soupçons.
    
    — Catherine, je comprends que tout ceci soit… beaucoup à encaisser, ajouta la jeune femme. Mais la mémoire vous reviendra bientôt. Quant à la Dame Blanche, il s’agit d’une légende plus ancienne. Certaines nuits, un carrosse, dirigé par un cocher sinistre et une femme vêtue de blanc, s’arrête pour prendre des voyageurs à son bord.
    
    — D’autres habitants ont-ils été confrontés à ce phénomène ?
    
    Lyra ébaucha un sourire sans joie.
    
    — Oh, fis-je en comprenant.
    
    — Une nuit, ce même carrosse m’a abordé, mais j’ai refusé d’y monter. Le cocher n’a pas insisté et est reparti au galop. Le Fléau ne s’était pas encore abattu sur le sentier. Le carrosse apparaissait beaucoup plus rarement, lors des nuits sans lune en général.
    
    — Et que signifie l’apparition de ce carrosse ? Est-ce une mauvaise chose ?
    
    Les prunelles de Lyra étincelèrent à cette question. Elle éclata presque de rire.
    
    — Au contraire, ma chère Catherine. C’est une véritable bénédiction.
    
    J’arquai les sourcils, sans comprendre sa réponse. En quoi revenir ici était une bénédiction ?
    
    — En choisissant de monter dans ce carrosse, vous avez sauvé votre vie. La Dame Blanche n’apparait jamais au hasard, c’est un signe du destin, de Dieu, peut-être. Elle ramène ses passagers là où se trouve leur place. Si vous aviez choisi de continuer à pieds, vous seriez sans doute morte à l’heure qu’il est. Cela n’aurait rien changé à la destination finale, le sentier menant encore et toujours ici, mais vous vous seriez sûrement fait attaquer par un monstre… ou pire encore, par la procession des morts. Et si l’on m’offrait une seconde chance, je serais moi aussi montée à l’intérieur de ce carrosse.
    
    Je compris que le refus de Lyra avait eu des conséquences, mais son visage se referma instantanément, m’ôtant la possibilité de lui poser d’autres questions.
    
    — Comme pour le Fléau, le maire ne prend pas au sérieux ces histoires en dépit des témoignages, soupira-t-elle. Ici, toutes ces choses-là effraient. La peur change et ferme les gens, qui préfèrent nier la réalité plutôt que de l’affronter.
    Ma pauvre Lyra, si tu savais à quel point je te comprends…
    
    — Alors faites attention à vous, Catherine, conseilla-t-elle. J’ai l’impression de le répéter souvent, mais Ian vous aime énormément et ne supporterait pas de vous perdre une seconde fois.
    
    Un sourire plus tendre s’étira sur ses lèvres.
    
    — Quoi qu’il en soit, mon cousin a souvent des idées arrêtées… sur la position d’une femme au sein du foyer. Il m’a toujours traité comme une enfant fragile et ce, même après mon mariage avec Dorian. Alors si l’ambiance ici vous étouffe, n’hésitez pas à passer un peu de temps chez moi. Je trouverai de quoi vous changer les idées.
    
    Sur ces mots, elle me salua avant de me laisser à nouveau seule. En regardant l’horloge, je sursautai. La matinée était déjà finie, midi allait bientôt sonner. En vitesse, je mandai Maddy afin d’enfiler une tenue digne de mon rang.
    
    En avalant ensuite le repas préparé par Cristina, je songeai à toutes ces révélations. Si cette femme m’avait accordé sa bénédiction, l’espoir subsistait encore. La Déesse ne pouvait m’avoir épargné pour me faire terminer mon existence ici. À mon tour de lui rendre son amour et sa gratitude, mais comment ?
    

Texte publié par Elia, 29 décembre 2017 à 15h16
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