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Tome 1, Chapitre 28 « L'antre des fanatiques » Tome 1, Chapitre 28
Le lendemain.
    
    Lorsque mes paupières s’ouvrirent, je découvris les branches difformes des arbres de la forêt prêtes à s’abattre sur moi. Mon cœur manqua de lâcher et je me levai en sursaut. Je portais encore la tenue de cérémonie de la veille et étant donné les saletés qui s’entremêlaient à ma chevelure, j’avais dormi dans ces maudits bois un long moment.
    Mais comment étais-je arrivée là ? Il me semblait avoir regagné ma chambre après l’extinction du feu et l’apport des dernières offrandes. Je n’avais guère consommé d’alcool et rien n’indiquait que l’on m’avait ensorcelé à mon insu. De plus, mon esprit demeurait parfaitement lucide.
    
    Je ne me trouvais plus dans l’enceinte du coven. J’avais eu l’occasion de m’y promener à de nombreuses reprises et n’y avais jamais remarqué d’arbres aussi monstrueux. Avant que je ne puisse paniquer, une main ferme se plaqua sur ma bouche. Je me débattis avec violence, mais mon compagnon me fit rouler sur le sol d’un geste.
    
    — Du calme, Lady Montgomery !
    
    Malcolm.
    
    Je clignai plusieurs fois des paupières pour m’assurer que je n’hallucinais pas. Pourtant, le Patrouilleur était bel et bien penché sur moi, ses longs cheveux bruns se collant contre mon visage.
    
    Une fois assuré que j’étais calmée, il enleva sa main de ma bouche. Avec difficulté, je me relevai et découvris un spectacle effroyable : les têtes de deux femmes accrochées sur les branches d’un arbre. Leurs corps quant à eux gisaient au sol, entièrement vidés de leur sang.
    
    — Ce… ce sont des membres du coven ! m’horrifiai-je, le cœur au bord des lèvres.
    
    Et plus précisément, les messagères chargées d’avertir de la menace représentée par les Cachés.
    
    — Pourquoi suis-je ici ? demandai-je sans détacher mon regard des malheureuses. Qui m’a ensorcelé ? Pourquoi me montrer ces cadavres ?
    
    Le Patrouilleur sortit l’épée rangée contre sa ceinture et d’un geste, trancha les cordes qui reliaient les têtes à l’arbre.
    
    — Ordre de Raonaid, répondit-il. J’ai découvert ces cadavres peu avant l’aube, alors que nous rentrions d’une patrouille nocturne. Géralt et les autres sont rentrés au village avertir les Mortagh, ils ignorent que ces femmes appartiennent au coven.
    
    — Et vous êtes resté ici tout seul ? Personne ne s’est posé de question à votre sujet ?
    
    — Ne soyez pas idiote, Lady Montgomery. Quatre de mes compagnons arpentent encore la forêt à la recherche d’indices concluants.
    
    — Cela n’explique toujours pas pourquoi je suis ici.
    
    — Je n’ai guère le temps de tout vous expliquer, Lady Montgomery, mais Raonaid a besoin de vous. Comme vous le savez, les Mortagh ont officiellement lancé la chasse aux sorcières. L’une des membres de ce coven, Iris, a été arrêtée il y a peu, mais son procès ne débutera pas tout de suite. Le maire attend la capture d’autres de nos semblables afin de faire un procès…
    
    — Une mise à mort collective, crachai-je.
    
    Malcolm acquiesça tristement.
    
    — Les Cachés nous envoient un avertissement, ajouta-t-il en désignant les cadavres. Nous manquons de temps et pour cette raison, nous avons besoin de votre aide.
    
    — Comment ? raillai-je. Mes pouvoirs sont bridés, ils ne fonctionnent qu’au bon-vouloir de Catherine ou du Démon-Créateur !
    
    — Je n’ai guère besoin de vos pouvoirs, Élia, rétorqua-t-il en ébauchant un rictus, mais de l’identité de Catherine.
    
    Mes yeux s’écarquillèrent d’épouvante lorsque je compris la teneur de la mission que l’on m’imputait.
    
    — N’y pensez même pas.
    
    Retourner à Endwoods, au milieu de ces fanatiques. Cela signifiait également dire adieu à la solution du Démon-Créateur et de mes recherches pour éveiller mes pouvoirs. Pourquoi m’obliger à retourner là-bas alors qu’elle m’avait promis de m’accueillir autant de temps que nécessaire ?
    
    — Vous n’espérez tout de même pas me faire revenir dans ce village après tout ce qu’il s’est passé ? m’écriai-je en lui désignant ma robe de païenne. Madison Ambert connaît ma véritable identité… j’ai… j’ai disparu sans laisser de traces pendant plusieurs semaines ! Croyez-vous que Géralt et les Mortagh m’accueilleront les bras ouverts ?
    
    — Aucune accusation officielle n’a été lancée contre vous, contra-t-il. Maddison a gardé le silence sur votre disparition et n’a rien tenté contre vous.
    
    — Pourquoi revenir ?
    
    — Pour sauver ce coven.
    
    J’inspirai un bol d’air frais, certaine que tout ceci n’était qu’une vaste plaisanterie. Je n’avais pas pu entreprendre tout ce chemin pour revenir dans ce village maudit !
    
    — Raonaid souhaite que vous récupériez des informations auprès de Lord Montfleury et Lady Hamilton. Elle a eu vent de leurs recherches et comme vous le savez, Lady Lyra vous porte une grande confiance.
    
    — Me fera-t-elle toujours confiance après une telle absence ?
    
    — Vous êtes Lady Catherine, une femme capable de manipuler les gens comme elle le souhaite.
    
    J’éclatai d’un rire sans joie.
    
    — Je ne suis pas Catherine, rétorquai-je. Voilà un détail que beaucoup oublie par moment. Ma supercherie fonctionnait car grâce à votre pertinente remarque le jour de notre rencontre, j’ai feint l’amnésie. Mais je ne pourrais mentir éternellement. Je ne connais rien de cette femme, ni de ses objectifs, ni de sa véritable personnalité !
    
    — Vous êtes néanmoins une sacrée comédienne. Jusqu’à ce que Raonaid me révèle la vérité, je vous ai pris pour elle. Et cela est encore le cas de Ian, des Mortagh et de tous les crétins qui peuplent ce village ! Catherine était douée – je ne peux le nier – mais votre jeu d’actrice surpasse le sien.
    
    Au vu du ton employé, il m’était difficile de déterminer de si cette remarque était un compliment ou une insulte.
    
    — Ne vous inquiétez pas, Lady Montgomery. Je vous ai préparé un rôle sur mesure.
    
    — J’imagine qu’une consultation aurait été de trop ? Pour qui me prenez-vous ? Pour l’idiote du village ? Vous n’espérez tout de même pas que je vais accepter d’endosser le rôle de Catherine dans de telles conditions ?
    
    — Vous vous offusquez car l’on vous a tiré de votre lit confortable ?
    
    — Je m’offusque, espèce de sombre idiot, car au lieu de m’avertir et de me consulter sur ce plan aussi idiot que dangereux, vous m’avez traînée dans cette forêt afin de me prendre en traître !
    
    — Les membres de ce coven ont besoin de vous, Lady Montgomery, dit-il d’une voix étonnamment posée. Refuserez-vous de les aider car votre fierté a été blessée ?
    
    — J’ai prouvé mon allégeance à ce coven plus d’une fois. Il ne s’agit guère de fierté, Malcolm, mais de respect. Lady ou non, personne ne mérite d’être traité ainsi.
    
    — L’urgence, Lady Montgomery. Raonaid a tenté de vous réveiller pour discuter de cela avec vous, mais vous sembliez plongé dans un sommeil trop profond. Elle m’a alors ordonné de vous traîner ici. Alors, quelle est votre décision finale ? Car je suis impatient de vous présenter l’histoire que j’ai élaboré pour nos amis.
    
    — Vous comptez réellement me présenter à eux dans cette tenue ? ironisai-je en détaillant ma silhouette.
    
    En guise de réponse, il me jeta une infâme robe grisâtre au visage et reprit :
    
    — Je prends donc cela pour un oui.
    
    — Je n’ai encore rien accepté ! Vous ne méritez pas mon aide !
    
    — Moi, non. Mais le coven, oui.
    
    Je levai les yeux au ciel, exaspérée. Cet idiot méritait de recevoir mon poing en pleine figure et de se retrouver au pied du mur sans plus d’explications. Mais il avait raison : le coven méritait mon aide.
    
    — Vous n’êtes qu’un idiot, un sombre idiot. Mais puisque nous y sommes, expliquez donc votre merveilleux plan.
    
    — Quand mes compagnons nous rejoindrons, vous feindrez toujours l’amnésie et expliquerez que les créatures de l’enfer ont entièrement envahie la partie est et sud de la forêt. Pour l’est, c’est la vérité. Le Fléau a détruit l’ensemble de la végétation et des dizaines de créatures errent. Cette partie-là est infranchissable. Pour la partie Sud en revanche, c’est un leurre. C’est là que se situe le coven et il existe un chemin, gardé secret depuis la nuit des temps, qui mènera nos amis aux frontières de votre Monde.
    
    Je me figeai un instant pour me remémorer la conversation de la veille. Irène avait donc discuté avec Raonaid – et l’avait sans doute ramenée à la raison.
    
    — Lyra et Dorian possèdent sûrement des informations essentielles à ce voyage, précisa-t-il pour faire écho à mes pensées. Raonaid a compris que la situation nous mènerait tous à une impasse. Hélas, ni les légendes, ni la magie ne sont en mesure de fournir des informations efficaces.
    
    — Cela signifie donc que Lyra est au fait de l’existence de ces trois mondes ?
    
    — Oui, notamment grâce au passé universitaire de son époux. Dorian a eu l’intelligence de garder ce détail pour lui, car je n’ose imaginer ce que les Mortagh feraient d’une telle information.
    
    — Pourquoi ne pas envoyer Archibald ? C’est un ami de Dorian, non ?
    
    — Archibald est un paria, s’il prend contact avec Dorian, il risque de les compromettre – et nous avons besoin d’eux. Alors, qu’en pensez-vous ?
    
    — Et comment expliquerai-je ma disparition à vos amis sans passer pour l’alliée des païens ?
    
    — Vous raconterez la vérité, du moins, en partie. Vous direz qu’un homme étrange, similaire à la Juventus Babina, s’est introduit chez vous et vous a enlevé. Il a tenté de vous joindre à sa cause, du fait de votre position dans le village, pour faire tomber les Mortagh et détruire Endwoods.
    
    Je restai béate d’admiration. Cette histoire était tellement grotesque qu’elle paraissait réelle. Malcolm comprit alors ma pensée, car il ébaucha un rictus sardonique.
    
    — Et que dois-je expliquer à propos de ça ? demandai-je en désignant les cadavres.
    
    — Vous avez tenté de vous échapper en compagnie de ces malheureuses et vous êtes la seule à avoir réchappée à la punition de ces monstres.
    
    — Comment être sûrs que les Patrouilleurs, notamment Géralt, croiront à cette histoire ?
    
    — Vous êtes Lady Catherine Montgomery, non ? La vie de dizaines de personnes dépend entièrement de vous. Vous êtes l’une des personnes les plus importantes de ce village, la seule en mesure de donner du crédit à cette histoire !
    
    Avais-je réellement le choix ? Si je refusais, les Patrouilleurs exploreraient malgré tout le Sud de la forêt et découvriraient des dizaines de fugitifs sur leur chemin.
    
    — Avez-vous conscience que ce plan est très risqué et mettra ma vie en danger ?
    
    — Je le sais, Lady Montgomery. Mais je veillerai sur vous dans l’ombre.
    
    J’ébauchai un rictus en me retenant de lui asséner une gifle. Mais avant que je ne puisse protester, il reprit :
    
    — Bien. Maintenant, à vous de jouer. Je vais retrouver mes collègues un peu plus loin et nos routes se croiseront dans quelques minutes. Enfilez cette robe, hurlez, pleurez, débattez-vous, je m’en fiche, mais soyez convaincante. Le salut de vos amis en dépend.
    
    Il s’éloigna ensuite, me laissant seule au milieu de cet endroit envahi par la mort. Je distinguai un peu plus loin le Fléau, tout droit venu de l’Est et rongeant peu à peu les environs. Je songeais à Gale, mais aussi à Catherine. La solution qui s’offrait à moi était simple. Il suffisait de mentir à Lyra, d’obtenir ce que je voulais, puis de tout abandonner derrière moi.
    
    À contrecœur je me mis à courir jusqu’à en perdre haleine. Comme prévu, mon chemin croisa des Patrouilleurs. Ian était présent parmi eux et il descendit immédiatement de son cheval pour se précipiter vers moi. Le regard inquisiteur de Malcolm me toisait discrètement et usant de mes talents de comédienne, je pleurai et m’agitai dans tous les sens.
    On me maîtrisa rapidement et mon hystérie fut telle que l’un de membres du cortège fut contraint de m’assener un coup sur le crâne, qui m’assomma immédiatement.
    
    
    
    

Texte publié par Elia, 21 janvier 2018 à 14h49
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