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Tome 1, Chapitre 25 « L'Héritage I » Tome 1, Chapitre 25
— Comment as-tu pu nous faire courir un tel risque sans m’en avoir parlée avant ? claqua la voix de Raonaid.
    
    La fureur brillait au fond de ses prunelles olive. Toutes les autres personnes présentes dans la salle n’osaient piper mot. Quant à moi, rouge de honte et de colère, j’attendais que l’orage se calme. Si Raonaid possédait incontestablement la carrure d’une cheffe, ses élans de colère lui conféraient plutôt l’allure d’un tyran avide de sang.
    
    Lorsque cela se produisait, personne ne protestait, conscient qu’une bataille avec leur dirigeante était perdue d’avance.
    
    — Je… je n’ai pas pu me contrôler, balbutiai-je. Je… les mots m’ont échappé des lèvres, comme si Catherine parlait… parlait… à travers moi.
    
    — Par ta faute, nous avons failli tous périr ! Comment as-tu pu perdre le contrôle ? Irène ne t’a-t-elle pas enseigné les bases de la magie et le contrôle de tes pouvoirs ?
    
    Cette dernière, adossée contre un mur au fond de la salle, toisait sa cheffe et amie dans un mélange d’insolence et de rancœur, imitée par ses autres prêtresses.
    
    — La présence de Catherine s’est manifestée seulement dans la forêt ! expliquai-je. J’ignorais qu’elle prendrait le contrôle de mon corps, qu’elle provoquerait ces Cachés ! C’est la première fois que cela arrive et…
    
    — Et ces pouvoirs ? Je suis désormais ta cheffe, Élia, et par conséquent, j’attends de toi respect et transparence. Tu as des devoirs envers le coven et moi ! Me cacher la nature de tes pouvoirs est passible de trahison !
    
    — Je… je les ai appris seulement le jour du départ et j’ignorais que ceux-ci étaient réels, que… que le Démon-Créateur me…
    
    — Le Démon-Créateur t’es apparu ? s’étonna Irène.
    
    J’hochai la tête en guise de réponse. Irène ébaucha un rictus sardonique, s’avança alors vers Raonaid et déclara :
    
    — J’ai accepté de prendre cette jeune femme en charge et de l’aider. Élia vit ici depuis bientôt un mois et nous savons toutes les deux que l’apprentissage de la magie nécessite des années. Cesse donc de rejeter tes angoisses sur les autres et prend tes responsabilités. Aucun de vous n’est mort lors de cette rencontre. Alors discutons de la suite si tu veux bien.
    
    Tous les autres membres du coven présent approuvèrent en silence. Suite à la menace de Laurent, Raonaid avait convoqué Malcolm, l’espion Patrouilleur, en urgence, en plus des membres habituels du conseil, d’Archibald et des prêtresses. Nous étions réunis dans le bureau de notre cheffe, sous le choc de cette macabre rencontre avec les Cachés.
    
    — Comment être sûrs de la véracité des dires de ce Laurent ? intervint Pernelle. Pour pouvoir détruire les villages de notre région…
    
    — Une centaine de ces monstres suffirait, soupira Raonaid. Ce ne sont guère des humains. Ils possèdent la perfidie de l’âme humaine et la force physique des créatures de l’enfer.
    
    — Il y en avait plusieurs centaines sur la colline et ses alentours, me souvins-je. Tous n’étaient guère visibles à cause de l’obscurité, mais je ne pense pas me tromper.
    
    — Mais les pierres magiques fonctionnent, non ? remarqua Pernelle. Elles empêchent ces hybrides de franchir les limites de nos covens – et de leurs villages.
    
    — Les pierres magiques ne nous protégeront pas éternellement, maugréa Donovan, aussitôt approuvé par Malcolm. Si ce Laurent a été capable de s’introduire à Endwoods pour attaquer la demeure de Lord Hamilton, cela signifie que ses sbires obtiendront tôt ou tard la puissance nécessaire pour les franchir à leur tour.
    
    — Vaincre leur créatrice, la Juventus Babina n’est guère une mince affaire, renchérit Malcolm. Il faut une vingtaine d’hommes aguerris pour espérer la maîtriser. Alors combien d’hommes seront nécessaires pour vaincre une centaine de ses créations ?
    
    — Il faudrait les attaquer lors d’un moment de faiblesse, suggéra Pernelle. Ils chassent la nuit et supportent mal la lumière du soleil, selon les rumeurs. Organisons une chasse au lever du jour et éliminons une partie de leur clan !
    
    — Ils résistent au soleil, contra Archibald. La Juventus Babina est indifférente aux rayons de la lune et du soleil et a transmis cette faculté à ses victimes. La nuit demeure leur moment de chasse favori car ils sont nyctalopes. Le soleil quant à lui se contente de révéler leur véritable apparence… celle de leur corps au moment où ils ont été tués. Car voilà l’enjeu, n’est-ce pas ? Affronter des êtres qui ont déjà vu la mort et qui ne redoutent ni le sang, ni la douleur.
    
    — Il faut avertir les autres covens, déclara Raonaid. Beaucoup d’entre eux sous-estiment encore cette menace. Donovan, Pernelle, vous enverrez dès la fin de ce conseil des messagers à tous les covens voisins pour les informer de la situation. Inutile cependant d’organiser une rencontre pour le moment. Il faut limiter les déplacements dans la forêt au strict minimum et renforcer les protections autour de nos covens.
    
    Je me laissai choir contre un fauteuil, ignorant s’il fallait rire ou pleurer de la situation. Pourquoi Catherine m’avait-elle fait prendre ce risque inconsidéré lors de cette rencontre ?
    
    Donovan reçut également l’ordre de former tous les membres du coven à l’art du combat. Si cela s’avérait inutile face aux Cachés, leur défense sauverait peut-être certains d’entre eux lorsque les Mortagh localiseraient le coven. Une fois les directives établies, les prêtresses quittèrent la pièce, suivie de Malcolm, Donovan, Pernelle et Archibald.
    
    — Que fait-on pour la cérémonie de la lune bénite ? intervint une prêtresse. Les astres ont parlé et la cérémonie devra se dérouler dans trois jours.
    
    — Comment sera la météo ? interrogea Raonaid.
    
    — Clémente, assura-t-elle. Tous les signes sont réunis, selon Sa volonté.
    
    Raonaid donna finalement son assentiment, malgré sa décision d’annuler les festivités par crainte pour la sécurité du coven. Hélas, les prêtresses l’avaient menacé d’un danger imminent en cas de non-respect au culte de la Déesse.
    
    — Foutaises ! s’était exclamée Irène. Elle ne répondra jamais à leurs invectives, il vaudrait mieux encore supplier le Démon-Créateur de nous sauver.
    
    L’opposition entre occultisme et paganisme demeurait plus vive que jamais. Suite aux ordres de Raonaid, Irène n’avait plus manifestée son désaccord avec cette dernière, mais n’en pensait cependant pas moins.
    
    — Nos hommes ne seront jamais formés à temps ! protesta-t-elle une fois les autres partis. Nous sommes plusieurs centaines à vivre ici, cela prendra des semaines avant que Donovan n’obtienne des progrès ! Que feront-ils si les Patrouilleurs découvrent notre cachette demain ?
    
    — Ce n’est guère le moment, persiffla Raonaid. Rassemble plutôt tes prêtresses pour renforcer les protections du coven !
    
    Cette fois-ci, Irène s’avança violemment vers cette dernière et frappa son poing contre la table.
    
    — Tu ne peux plus te voiler la face ! Nous sommes cernés de toute part ! Les Mortagh, les Patrouilleurs, leurs idiots de fanatiques, ces Cachés et autres démons… Arrête de te voiler la face ! Nous ne ferons jamais le poids !
    
    — Que me conseilles-tu, alors ? rétorqua Raonaid. Tu souhaites utiliser l’occultisme ? Nous repaître avec les bêtes ? Demander de l’aide à notre fabuleux Démon-Créateur et ainsi donner raison à ceux nous accusant d’être des démons déguisés sous forme humaine ?
    
    — Tendre la joue à l’ennemi, prier vos plantes et une Déesse qui ne t’écoutera jamais est une meilleure solution peut-être ? Pourquoi cela te tient-il tant à cœur ? Les Mortagh te traiteront de démon quoi qu’il advienne. Pourquoi utiliser des principes alors que ces ennemis te détruiront au moindre faux-pas ?
    
    — Car ceci est contraire à mes valeurs ! Lorsque j’ai juré devant la Déesse de lui vouer ma vie, j’ai également juré d’appliquer les principes qui lui sont chers. Lorsque tu utilises les forces de l’univers pour faire du mal à d’autres êtres vivants, les conséquences seront plus lourdes encore pour toi. Alors même si le danger nous guette, je refuse de sacrifier mon âme. La Déesse ne me le pardonnera pas.
    
    — Et que lui répondras-tu lorsque ton âme se présentera au royaume des morts après avoir été exécutée sommairement par cette famille de malades ? Tu es têtue comme un âne, Raonaid. Et si tu t’obstines dans cette voix, tu causeras la chute de toutes ces personnes.
    
    Un silence pesant s’installa. Si je n’approuvais pas toujours les principes de l’occultisme, j’admettais néanmoins que la sorcière avait raison. Si nous ne renoncions pas à nos principes le temps de cette guerre, le coven pouvait d’ores et déjà se livrer de lui-même aux Patrouilleurs.
    
    Lorsqu’Irène quitta la pièce d’un air furibond, je la suivis aussitôt. Dans les couloirs déserts, la jeune femme laissa enfin les larmes couler.
    
    — Tu es aussi d’accord avec elle ? cracha-t-elle lorsque j’arrivai à sa hauteur.
    
    Je secouai la tête avec violence, gardant néanmoins le silence de crainte d’éveiller de nouveau les foudres de notre cheffe. J’attrapai le bras de mon amie pour l’attirer plus à l’écart encore.
    
    — Calme-toi, l’implorai-je. Nous sommes tous sous tension et tôt ou tard, elle finira par comprendre la vérité.
    
    — Il sera trop tard, Élia, soupira-t-elle. Tu ne comprends donc pas ? Nous sommes cernés. Seule la moitié des gens de ce coven possède des dons défensifs ! L’autre moitié est quant à elle incapable de se défendre. Raonaid et ses prédécesseurs ont toujours prôné le pacifisme, mais regarde où cela nous a mené. Nous ne sommes plus que des êtres apeurés, repliés sur nous-même, incapables de tuer ces monstres.
    
    Elle marquait un point. Pourquoi des êtres aussi puissants refusaient-ils d’utiliser leur héritage ? Pourquoi se laissaient-ils dépérir malgré le danger imminent ?
    
    — Il existe peut-être une solution, dis-je.
    
    D’une traite, je lui contai en détails ma rencontre avec le Démon-Créateur et ses révélations.
    
    J’avais conscience que je disposais de peu d’éléments pour mener à bien la quête du Démon. Néanmoins, lorsque mes pouvoirs se manifestaient, j’étais capable de les utiliser comme si cela coulait de source. Lorsque le Démon m’avait parlé la première fois par télépathie, tout m’avait semblé si évident. Si j’étais en mesure de les utiliser pleinement, nous pourrions peut-être changer la donne sans offrir aux Cachés ce qu’ils désiraient.
    
    — Peu de familles ont bridées leurs pouvoirs par le passé, mais si ce que tu dis est vrai, alors cette mystérieuse armée pourrait éliminer tous nos ennemis, approuva-t-elle. Selon les grimoires ancestraux, il existe un sortilège particulier. Pour empêcher la transmission d’un don, il faut le contenir dans un objet spécial, assez puissant pour le supporter sans se briser.
    
    Mais comment trouver un tel objet ? Visiblement, mes ancêtres s’étaient enfuis du Demi-Monde depuis plusieurs siècles déjà et leurs traces s’étaient perdues. Impossible également de remonter mon arbre généalogique.
    
    — Un tel sortilège est normalement proscrit par nos lois, dans l’objectif de préserver notre espèce, expliqua-t-elle. Seule une prêtresse expérimentée est en mesure d’appliquer le sort sans dégâts. Mais si tu veux mon avis, tes ancêtres n’ont laissé aucune trace derrière eux. Autrement, la prêtresse ayant placé tes dons dans cet objet aurait été condamné au bûcher pour trahison.
    
    — Mais si ces dons sont déplacés dans un objet, comment se fait-il que mes pouvoirs se manifestent par bribes ? m’étonnai-je.
    
    — Car un héritage magique ne peut disparaître entièrement. Il subsiste dans la chair d’une personne, même si sa puissance demeure trop faible pour se manifester. Tes dons d’origine doivent être très puissants, Élia. Car autrement, ils ne se seraient jamais manifestés après tant de siècles de sommeil.
    
    J’hochai la tête, perplexe. Comment retrouver la trace de mes ancêtres et de ce mystérieux réceptacle de nos dons ? Soudain, lasse de tous ces événements, ma tête commença à vaciller. Mes muscles m’abandonnèrent, mes jambes s’ankylosèrent et je m’effondrai au sol.
    

Texte publié par Elia, 21 janvier 2018 à 13h03
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