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Tome 1, Chapitre 23 « Le Démon Créateur - I » Tome 1, Chapitre 23
Dans le temple du Démon-Créateur, un silence monacal régnait. Les prêtresses veillaient, debout près des flammes encadrant la statue de l’entité. Je m’efforçai de ne guère leur prêter d’attention et arrachai d’un geste morne les pétales de la rose que j’avais cueillie. Mon costume noir foulait le sol, il était trop long, même si cela importait peu à présent.
    
    Dès l’aube, je m’étais précipitée vers les clairières entourant la salle principale afin de préparer une offrande à celui que je considérais désormais comme un Dieu à part entière. Les semaines passées avec Irène et ses prêtresses m’avaient offertes de nouvelles croyances, que je m’appropriais peu à peu.
    
    Mon cœur était lourd, mon âme quant à elle, dévastée. J’effectuai mes gestes tel un rituel, sans réfléchir, les accomplissant par devoir même si l’envie m’avait abandonnée. La vision de la veille avait creusé un vide en moi. Irène, Donovan et Pernelle m’avaient souri et réconforté avec compassion, mais ne comprenaient guère la détresse qui m’assaillait. Comment le pourraient-ils ? Mes paroles, confuses, laissaient penser que mon fiancé errait désormais dans le monde des morts.
    
    Pourtant, Gale était vivant. Je le savais, le sentais au plus profond de mon âme. L’homme qui est apparu face à moi n’était pas un fantôme, mais un être bien vivant.
    
    Tout demeurait à la fois clair et confus dans mon esprit. Gale était parti et jamais plus nos chemins se croiseraient. Cette pensée, destructrice, m’avait arrachée des sanglots toute la nuit durant. Je me sentais vide et impuissante ; comme si mon existence perdait son sens. Malgré cela, je m’étais levée, trouvant la force de me réfugier ici et de me préparer à la terrible rencontre qui se profilait.
    
    Une fois les pétales arrachés, je les disposai dans une coupelle d’argent et ajoutai deux gouttes d’eau bénite par les prêtresses. Par la suite, le visage fermé, je m’avançai vers la statue, m’agenouillai en présentant ma maigre offrande et récitai une prière.
    
    Soudain, un souffle traversa le temple et manqua d’éteindre les flammes dansantes. Je me relevai, surprise, alors que les prêtresses demeuraient imperturbables. Brusquement, leur présence me chagrina.
    Malgré ma bonne volonté, de nombreuses règles m’échappaient encore. Les prêtresses d’Irène devaient, à l’instar des vestales, veiller sur le feu sacré qui illuminait la statue du Démon-Créateur. Elles ne devaient abandonner leur poste sous aucun prétexte et il était impossible d’espérer vénérer le Démon en solitaire.
    
    Mes poils se dressèrent sur ma peau lorsqu’une ombre se dessina sur les murs. Elle arborait la forme d’un homme recroquevillé sur lui-même et s’il m’était impossible de les discerner, j’imaginai un regard pernicieux et un sourire carnassier.
    
    Bien deviné, sorcière.

    
    Je retins un cri d’effroi et laissai tomber la coupelle argentée au sol. Un éclat de rire résonna alors autour de moi. La voix me rappelait la mystérieuse procession de la forêt : glaciale, dépourvue de la moindre bonté, les mots qu’elle prononçait claquait contre ma joue tel un coup de fouet. Je jetai un regard terrifié en direction des prêtresses, qui demeuraient de marbre.
    
    
    Inutile de compter sur elles
, reprit la voix. Elles ne peuvent m’entendre. De toutes manières, même si elles le pouvaient, elles ne pourraient me comprendre.
    
    Le langage des morts. S’il m’était difficile de l’identifier consciemment, les intonations dures de l’entité ne laissaient planer aucun doute. Je cherchai l’ombre sur le mur, avant de constater que celle-ci avait disparu. Je me tournai donc à nouveau vers la table où la première offrande fut préparée et arrachai d’autres pétales, comme si de rien n’était.
    
    Tu apprends vite.
    

    Que voulez-vous ?
    
    Je plaquai ma main sur ma bouche, ayant sûrement laissé échapper ces paroles de mes lèvres, et constatai que ces dernières demeuraient closes.
    
    
    Et oui ma chère, la télépathie n’est pas seulement une illusion imaginée par les fous. Je m’inquiétais de ton état, à vrai dire. Mon cadeau de la nuit dernière ne t’a guère fait plaisir, à ce que je vois.

    
    Je serrai les pétales dans le creux de ma main jusqu’à les broyer, puis inspirai profondément pour calmer la colère qui bouillonnait en moi. Depuis quand le Démon-Créateur s’adressait-il à ses créations ? Depuis quand étais-je capable de communiquer par télépathie ?
    
    Je n’eus guère le loisir de réfléchir plus longtemps : la colère s’inséra à l’intérieur de mon corps et bouillonna de plus belle. Mes pensées s’embrumèrent et je me figeai, espérant que tout ceci ne fut qu’un malheureux cauchemar. Mais la voix du Démon susurra d’étranges paroles au creux de mon oreille et j’eus de nouveau l’impression de recevoir une gifle sur mes joues.
    
    Je tentai de remettre de l’ordre dans mes pensées, de me ressaisir, mais mon cœur s’alourdit un peu plus et les sanglots jaillirent à nouveau.
    
    Il est parti, crachai-je en guise de réponse. Pourquoi considérer cela comme un cadeau ? Je mourrai sans même avoir revu mon fiancé !
    
    Et cette femme. Je ne l’avais aperçue que de dos et pourtant, elle émanait quelque chose de familier. Sorcière et Cachée. Elle aussi existait, mais je ne parvenais guère à sentir sa présence.
    
    En effet, Élia, tu risques de mourir sans revoir ton fiancé.
    
    Mais il n’est pas mort.
    
    Mais il n’est pas mort,
répéta-t-il de sa voix tranchante.
    
    La question me brûlait les lèvres, mais je sus immédiatement que le Démon-Créateur ne me fournirait aucune réponse. La vie de mon fiancé lui importait peu et il n’était certainement pas venu pour me cajoler. Un éclat de rire retentit alors, comme si le Démon faisait écho à mes pensées.
    
    Tu ne sauras pas où se trouve ton fiancé, en effet. Car je ne suis pas venu ici pour réunir deux âmes esseulées. Cela fait des siècles que ta famille m’avait échappée, sorcière. Les femmes de ton espèce appartiennent à ce Demi-Monde. Le sang qui coule dans tes veines est le même sang que les frères et sœurs de ce coven… ou de ce village que tu méprises tant. Oui, des siècles que vous m’échappiez… et te voilà enfin revenu auprès de moi.
    
    Selon la légende, les pouvoirs des sorciers se transmettaient de génération en génération, même s’il était possible de les brider afin d’empêcher l’héritage magique de se transmettre. Si je prêtais foi aux paroles du Démon-Créateur, mes dons provenaient directement de mes ancêtres. Mais comment avaient-ils pu rejoindre le Monde sans leurs semblables et surtout, pourquoi avaient-ils bridés leurs pouvoirs ?
    
    M’avez-vous attiré à ces cavaliers fous ? demandai-je, gardant mon visage désespérément fermé.
    
    Je n’ai guère eu besoin d’utiliser mes dons pour t’attirer ici, sorcière. Tes pas t’ont guidé d’eux-mêmes à ce portail et à ces cavaliers.
    
    Que voulez-vous, alors ? Qu’attendez-vous de moi ?
    
    J’ai besoin de toi, Élia Montgomery.

    
    Avant que je ne puisse répliquer, les flammes ondulèrent de plus belle et un souffle glacé me traversa avant de former une gigantesque ombre, à peine éclairée par les flammes résistantes. Je sentis alors une main velue toucher mon épaule et un regard pernicieux me toiser de la tête aux pieds. Je restai immobile, malgré la terreur qui vrillait mon ventre à cet instant-là.
    
    Je comprends que la perte de ton fiancé soit difficile à accepter, sorcière. Mais j’ai besoin de toi. Tu ne peux renoncer à cette vie et cette foi à cause de lui. Tu dois continuer.
    
    Je levai mon regard azur en direction de l’ombre qui me faisait face et répondit :
    
    Pourquoi continuer ? Pourquoi, alors qu’une chasse aux sorcières se profilent à l’horizon ? Je suis étrangère à ce monde et à ces coutumes…
    
    Mais depuis la nuit des temps, ta famille dispose d’un pouvoir susceptible de faire basculer le destin de ce mond[/i]e. Un pouvoir qui fait ma fierté, je dois l’avouer. Un pouvoir si puissant qu’il aurait pu, si tes ancêtres l’avaient utilisé à bon escient et n’avaient pas pris la fuite vers le Monde, faire des sorciers et des païens les maîtres de cette forêt démoniaque.
    

    Cette fois-ci, je cessai d’arracher les pétales pour me concentrer pleinement sur les révélations du Démon-Créateur.
    
    Élia, reprit-il d’une voix plus sépulcrale encore. Il y a des semaines de cela, nos chemins se sont croisés. Lors d’une nuit sans lune, tu errais sur un sentier et la procession s’est arrêtée. J’ai cru qu’il s’agissait d’un rêve lorsque ton aura magique m’a ébloui. Je ne pouvais croire que mes visions disaient vraies. La Dame Blanche t’a ensuite ramené là où se trouvait ta place.
    

    Je me statufiai, certaine de rêver. S’agissait-il du meneur de la procession des morts ? Je me remémorai l’espace d’un instant notre face à face silencieux, son regard olivâtre et cette odeur nauséabonde qui m’avait tordu les entrailles.
    
    Tu me comprends aujourd’hui parce que depuis toujours, tu entends et parles le langage des morts, révéla-t-il. Seul ce signe me permet de reconnaître la descendante de la femme à qui j’ai jadis confié ce pouvoir. Depuis ma disparition, je demeure un cadavre, à la chair décomposée, à l’odeur putride et à l’âme dévastée. J’erre dans l’espoir de trouver de nouvelles victimes, mais désormais, tout peut changer.
    
    De quoi parlez-vous ?

    
    De l’armée des morts, Élia. De l’armée des défunts qui se constitue depuis la naissance de notre monde. La seule armée en mesure de repousser les créatures de l’enfer et d’exaucer tes souhaits les plus fous. Mais les lois de la Déesse priment et nous voici condamnés à éternité d’errance.
    
    Et comment… puis-je vous aider ?
    
    En brisant le sortilège qui bride tes pouvoirs. Tes visions sont puissantes mais retenues par le fruit de nombreux siècles d’emprisonnement. Tu dois éveiller tes pouvoirs, sorcière. Si tu réussis à oublier la simple humaine que tu étais, viens jusqu’à nous et libère-nous de cette malédiction. Si tu réussis, sorcière, l’armée t’offrira ce que tes rêves les plus fous n’osaient guère imaginer…

    
    Sur ces mots, l’ombre et la présence disparurent dans un souffle brusque.
    

Texte publié par Elia, 13 janvier 2018 à 20h35
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