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Tome 1, Chapitre 18 « Trois cercles d'or - Partie II » Tome 1, Chapitre 18
— Je suis sincèrement navrée, Élia, soupira Irène.
    
    La jeune femme avait écouté mon récit sans broncher, ponctuant mes lamentations par des hochements de tête empreints de gravité. Elle n’avait ni éclaté de rire, ni considéré mes propos avec mépris. Au lieu de cela, son regard trahissait une tendresse infinie.
    
    — Je ne pourrais jamais rentrer chez moi, murmurai-je, le cœur lourd.
    
    — À moins d’un miracle, il se peut en effet que ton retour prenne du temps, confirma la sorcière en posant une main sur mon épaule. C’est la première fois que je rencontre quelqu’un… de l’autre Monde. Cela ne s’était jamais produit par le passé.
    
    — Je me souviens de ces cavaliers fous. Lorsque… lorsque Gale et moi les avons rencontrés, ils étaient sur le point de nous fendre en deux…
    
    Combien de personnes sont mortes sous leurs lames ? Mais surtout, comment avions-nous pu arriver jusqu’ici sans nous en rendre compte ? La forêt était similaire, cette brume aussi… sauf qu’au départ, elle n’arborait pas cette sinistre couleur violette, mais argentée ou dorée selon la position du soleil.
    
    Je posai ma tête contre mes mains, la tête lourde et épuisée par toutes ces révélations. Cela signifiait également que Maddy et les Patrouilleurs ignoraient tout de mon passé et me prendraient, au pire des cas, pour une simple usurpatrice. Je m’étais donc enfoncée dans tous ces mensonges… pour rien.
    
    — Nous trouverons une solution, je te le promets, dit Irène. Il existe depuis toujours des légendes à propos de portails spatiaux, permettant de passer d’un monde à l’autre. Le Demi-Monde comporte de nombreuses failles et jadis, des dizaines de personnes disparurent à cause de ces portails invisibles.
    
    La rivière, compris-je. Lorsque les cavaliers avaient abattu leurs épées sur nous, nous nous trouvions à quelques centimètres de la rivière. Ainsi, nous avions sans doute échappé à la mort par un terrible coup du sort. Cependant, impossible de savoir ce qu’il s’était passé entre départ du « Monde » et notre arrivée ici.
    
    — Pardonne cette question, mais… à quoi ressemble-t-il ? interrogea la sorcière, incapable de contenir sa curiosité.
    
    — Le Monde ?
    
    Je tentai de lui dresser un portrait précis et réaliste du Monde auquel j’appartenais. Des souvenirs voilèrent mes pensées, comme si ce que je racontais n’avaient jamais réellement existé. Mes parents, le procès, l’Angleterre, la Couronne, les nobles qui défilaient dans le domaine Montgomery… rien de tout cela ne semblait réel, désormais.
    
    — J’imaginais les hommes et les femmes… différents, confessa-t-elle. Ma mère vous comparait à des anges.
    
    — Et pourtant, je demeure de chair, tout comme toi.
    
    Irène entrouvrit les lèvres, avide de curiosité, mais les referma au dernier moment, consciente que le moment n’en était guère au récit de voyage.
    
    — Tu sais, les légendes racontent parfois l’histoire de voyageurs égarés, dit-elle. J’ignore si leurs fondements sont réels ou non. Mais la plupart disent que les personnes qui sont passées d’un monde à l’autre n’ont pas effectué ce voyage par hasard.
    
    J’arquai un sourcil, perplexe. Qui aurait pu prédire mon arrivée à Endwoods ? Mon exil aux Amériques avait été préparé en hâte et peu de personnes connaissaient ma destination finale. Pourtant, je me remémorais ma rencontre avec la Dame Blanche, celle qui, selon Lyra, ramenait les gens là où se trouve leur place. Et si cette femme avait un lien avec ma présence ici ?
    
    — Pour quelle raison aurais-je effectué ce voyage, si ce n’est pas le hasard ? demandai-je.
    
    — Je pense que la réponse se trouve auprès de ton héritage magique, suggéra Irène. Lorsque j’étais petite, ma mère me répétait que les vraies sorcières se trouvent seulement ici, au Demi-Monde. Nos croyances demeurent communes avec le Monde, mais la magie n’existe qu’ici.
    
    Elle marquait un point. Malgré les innombrables superstitions qui rongeaient les villages anglais, jamais je n’avais assisté à un phénomène magique, hormis lorsque j’avais parlé le langage des morts sans m’en rendre compte.
    
    — Toutes les vraies sorcières viennent du Demi-Monde, assura Irène face à mon regard perdu.
    
    J’enfouis ma tête dans mes mains. Cette situation n’avait aucun sens, tout comme ma présence ici. Irène me tapota l’épaule et attrapa ensuite le livre de contes.
    
    — Quoi qu’il en soit, tu as ta place ici. Je suis certaine que ton arrivée dans ce coven te sera bénéfique. Qui sait ? Peut-être que la noble prude laissera enfin place à la sorcière ?
    
    Je ne répondis rien, n’ayant guère envie d’entendre une nouvelle plaisanterie à mon sujet.
    
    — Pardonne-moi, le moment était mal choisi, dit-elle en se rasseyant sur le lit. C’est juste que… dès ton arrivée ici, tu es rentrée dans ta coquille. J’ai eu l’impression que tu cherchais à dresser un mur entre les membres du coven et toi. Si tu te renfermes, je ne pourrais pas t’aider, tu sais.
    
    Je gardai à nouveau le silence et me blottis dans mes couvertures. Si ma réaction enfantine surprit ma compagne, je n’en avais cure. Je n’avais aucune envie d’entendre la vérité à mon sujet. Non, j’avais seulement besoin de m’enfoncer dans ces draps pour ne plus jamais en sortir. Je voulais échapper à la réalité et ruminer, seule.
    
    — Sais-tu pourquoi Raonaid t’a remis ce livre ? interrogea Irène, visiblement décidée à revenir à la charge plus tard.
    
    — Pour trouver de quoi me rendre utile ? ironisai-je.
    
    — Ne sous-estime pas tes capacités, la noble ! Tu possèdes bien un talent qui sera utile à ce coven. Regarde, la moitié de ce recueil est rédigé dans le langage des morts, alors qu’aucun vivant – ou presque – n’est en mesure de le parler ou de le comprendre.
    
    L’écriture était ancienne et l’encre s’effaçait presque au profit du papier. L’auteur n’avait pas pris la peine d’espacer les symboles, qui, lorsqu’ils n’étaient pas invisibles, s’entassaient les uns sur les autres.
    
    — Crois-moi, les adultes aussi se pousseront pour obtenir une place près de toi, dit Irène. Mais ce recueil ne te servira pas seulement à te forger une place parmi nous. Il te permettra d’en savoir plus sur nos mondes.
    
    — Pour le moment, la seule chose que je souhaite est de rentrer chez moi, loin de ce village… aux côtés de mon fiancé.
    
    — Le danger le guette, s’il s’est effectivement égaré ici. La forêt est plus dangereuse encore pour le malheureux qui méconnait ses secrets. Nous devons le localiser, et vite.
    
    J’hochai la tête. Malgré mon désarroi, je devais concentrer mon énergie afin de le retrouver. Si je regagnais un jour mon Monde, ce serait à ses côtés. Peu importe combien de créatures ou fanatiques il me faudrait briser en chemin, mais je le retrouverai.
    
    La technique en question se nommait projection astrale. L’âme quittait son enveloppe charnelle l’espace de plusieurs minutes ou heures, selon la maîtrise du sorcier. C’était un voyage dangereux, qui permettait à celui qui l’utilisait de voir des choses qu’un œil humain – et sorcier – ne pouvait voir.
    
    — Grâce à cela, tu contrôleras tes rêves, expliqua Irène. Tu les appréhenderas et rentreras en contact avec Catherine et Gale, sans qu’ils ne submergent ton esprit.
    
    L’excitation m’envahit. Pour la première fois, je me trouvais sur le point de localiser Gale et cela me réjouissait.
    
    — Nous attendrons la tombée de la nuit, indiqua-t-elle, lorsque ton corps entrera en phase de repos. Au lieu de t’affaler dans ce lit, tu attendras ma venue. Je te guiderai pour cette première séance, pour que tu puisses agir en autonomie par la suite.
    
    Elle quitta ensuite la pièce et je décidai de m’octroyer une balade pour me changer les idées. Je ne pouvais guère discuter de cette hypothèse avec les autres membres du coven, car selon Irène, peu d’entre eux me croiraient. Cette dernière n’avait pu poursuivre son enseignement de l’occultisme : les révélations ayant chamboulé mon esprit.
    
    Néanmoins, ma rencontre avec le Démon-Créateur ne me laissait guère indifférente : contrairement à ce que j’avais imaginé, quelque chose m’attirait vers cette entité.
    

Texte publié par Elia, 4 janvier 2018 à 18h11
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