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Tome 1, Chapitre 15 « Face à soi-même - partie I » Tome 1, Chapitre 15
— Je ne t’attendais pas aussi tôt ! s’étonna Raonaid en arrivant dans notre cachette. Lorsque je t’ai vu frapper à la porte de ma boutique et disparaître, j’ignorais que tu avais autant besoin d’aide…
    
    Hors d’haleine, je tentai de reprendre mon souffle et de calmer les battements de mon cœur fou. De la sueur perlait de mon front moite et je ne parvenais pas à reprendre mes esprits.
    
    Maddy connaissait la vérité. Si la jeune fille m’avait montré un soutien sans faille, qu’en serait-il désormais ? Je ne pouvais prendre le risque de le savoir. Si elle révélait la vérité à Ian, une foule incendierait sa demeure sous peu.
    Raonaid écouta le récit de l’attaque avec un calme surprenant.
    
    — La situation est critique en effet, admit-elle. Néanmoins, je me tiendrai informée de la suite de cette histoire. Ta domestique risque beaucoup en te dénonçant sans preuves.
    
    — Je… je n’ai pas réfléchi, confessai-je, le cœur au bord des lèvres. Dès que j’ai croisé son regard, j’ai pris la fuite.
    
    — N’aie crainte, Élia. Tu te réfugieras au sein de notre coven en attendant de trouver une solution. Nous te protégerons autant de temps que nécessaire.
    
    Elle marqua une pause, marmonna quelques paroles incompréhensibles et ajouta :
    
    — Nous allons nous téléporter immédiatement, si tu le veux bien.
    
    J’hochai la tête en guise d’assentiment. En quelques secondes, nous quittâmes les sous-sols. Je découvris alors une immense salle lumineuse et spacieuse, presque à ciel ouvert. Un dôme de verre faisait office de toit, offrant ainsi une vue magnifique sur la forêt alentour.
    
    Contrairement à Endwoods, elle ne semblait guère menaçante. Seule une paisible brise rompait la quiétude des lieux.
    
    — Ne te fie pas à cette atmosphère, sourit Raonaid. Le temps ce matin est particulièrement clément, mais dès que le vent se lève, tout devient plus menaçant. Quoi qu’il en soit, bienvenu dans notre coven.
    
    Je lui répondis par un sourire forcé et un hochement de tête hâtif. Raonaid arqua un sourcil, amusée.
    
    — J’ai besoin d’un moment, confessai-je.
    
    Raonaid détacha son bras du mien et se dirigea vers un groupe de personnes. Je profitai de cet instant de répit pour reprendre mon souffle et mes esprits. J’étais sur le point de chanceler. Mes muscles étaient paralysés par la terreur et mon esprit peinait à croire que tout ceci était réel.
    
    Je me pinçais pour sortir de ce cauchemar, mais je ne me réveillai pas. Les larmes commencèrent à affluer et je me ressaisis aussitôt pour ne pas montrer mon désarroi aux personnes que j’allais rencontrer. Je me redressai et m’obligeai à sourire, bien que mes émotions menaçassent de me submerger à tout moment.
    
    Je décidai d’observer plus attentivement le décor autour de moi pour chasser mes sombres pensées. Une étoffe était suspendue au plafond et représentait notre emblème : les trois lunes, ascendante, pleine et descendante. Je constatai également que les statues de la fontaine représentaient pour la plupart un étrange visage, aux traits irréguliers et disproportionnés.
    
    La salle était peuplée par des personnes de tous âges. Certains étaient vêtus de la même façon que les habitants d’Endwoods, d’autres arboraient des tenues plus extravagantes et colorées. Un groupe d’enfants, qui jouait aux cartes, croisa mon regard et échangea ensuite des regards rougissants et intimidés.
    
    Avant que je n’eusse le loisir de déterminer si j’étais responsable de leurs rougissements ou non, le groupe que Raonaid avait rejoint s’avança vers moi. La sorcière entama les présentations sans attendre.
    
    — Mes amis, cette jeune femme a décidé de trouver refuge ici suite à une attaque, dont nous parlerons au prochain conseil.
    
    — Par la corne du Dieu Cornu, est-ce là une forme de sorcellerie ? s’étonna une femme. Catherine, est-ce que tu es de retour ?
    
    — Ce n’est pas Catherine, objecta une seconde sorcière. Son aura est différente. Tu devrais l’avoir remarqué d’ici.
    
    — Son nom est Élia, expliqua Raonaid. Elle est arrivée ici par un… malheureux hasard et a volée l’identité de Catherine suite à une confusion de ces crétins de Patrouilleurs. Élia, voici Irène.
    
    Une jeune femme brune, qui m’avait également démasquée, s’avança vers moi. Vêtue d’une longue robe gothique blanche et pourpre, elle était charismatique que Raonaid. Son regard noir olive était pénétrant et ne laissait rien dévoiler de ses sentiments. Elle m’adressa un sourire amical et inclina légèrement la tête en ma direction.
    
    — L’aura que tu dégages est d’une puissance incroyable, commenta-t-elle. Raonaid ne mentait donc pas à ton sujet. Sois la bienvenue, Élia. Mon rôle est de protéger ces lieux des forces obscures. Je suis également la cheffe et représentante de l’occultisme. Nos adeptes vivent un peu plus en retrait au nord de là.
    
    Je la remerciai et posai mes yeux sur la femme qui m’avait prise pour Catherine.
    
    — Je me nomme Pernelle et je suis le bras droit de Raonaid, dit-elle. Notre précédente chef est décédée il y a quelques années et depuis, je l’épaule dans cette lourde tâche. Sache que tu as toute ta place ici. Puisse ta bonté être aussi grande que la jeune femme qui t’a précédée.
    
    — En effet, Catherine a fait forte impression ici, admit Raonaid. La plupart des membres de notre communauté, à l’exception des personnes en face de toi, ignorent tout de ta véritable identité.
    
    — Tu… souhaites que je continue à jouer le rôle de Catherine ? m’étonnai-je.
    
    — Par mesure de prudence, je te conseille de ne rien révéler, répondit la chef du coven. Les Mortagh useront de la torture pour obtenir le plus de noms et si l’un d’entre nous se fait capturer, nous devons être en mesure de leur en fournir le moins possibles.
    
    — Nos frères et sœurs poseront des questions, intervint Irène. Catherine a disparue depuis plusieurs semaines et ne peut réapparaître sans une histoire valable.
    
    — Je feindrai l’amnésie, comme lors de mon arrivée à Endwoods, suggérai-je. Néanmoins, il reste un problème : je sais désormais qui la détient. Si cela s’ébruite, mon histoire s’effondrera.
    
    — Qui détient Catherine ? s’ahurit en chœur le groupe de païens.
    
    — Un dénommé Laurent.
    
    La réponse eut l’effet escompté : un silence de mort s’abattit. Si peu de personnes connaissaient l’existence des Cachés, ce n’était visiblement pas le cas de ce coven. Leurs visages fermés et leurs lèvres pincées en signifiaient long.
    
    — Voilà qui n’arrange pas nos affaires, commenta Raonaid en jetant un regard las à ses compagnons. Dans ce cas, continue à jouer le rôle de Catherine en attendant d’en savoir plus. Nous en discuterons dès que possible, afin que nous puissions prendre les mesures nécessaires.
    
    — Vous pouvez compter sur moi, déclarai-je.
    
    — Pardonne-moi, je ne me suis pas encore présenté, intervint l’homme. Je m’appelle Donovan.
    
    — C’est un honneur de te rencontrer, Donovan, dis-je. Merci infiniment de m’accueillir ici. Je pratique le paganisme depuis déjà plusieurs années, mais j’ai rarement eu l’occasion de me retrouver avec mes semblables. Pardonnez donc mes manières maladroites. J’ignore encore tout des règles de votre communauté.
    
    — Élia est arrivé à Endwoods par mégarde, après une désagréable rencontre avec des cavaliers fous, précisa la chef du coven. Les Patrouilleurs l’ont confondu avec Catherine et elle a décidé d’endosser son identité en feignant l’amnésie.
    
    — Brillant, commenta Donovan.
    
    — J’ai surtout profité de la situation, confessai-je.
    
    — Tu as pris la meilleure décision, assura-t-il. Ces Patrouilleurs sont aussi fanatiques que les Mortagh. Ils t’auraient pendu sans le moindre procès s’ils t’avaient découverte.
    
    — Il a raison, renchérit Raonaid. Même si la pendaison reste un sort enviable en comparaison du bûcher. Cependant, sache que Catherine nous fournissait des renseignements précieux, aidée de Karen. Elles étaient les alliées idéales pour nous informer des aléas de ce village fanatique.
    
    — Tu es en sécurité ici, dit Irène avec douceur. Parfois, elles nous révélaient des histoires à en faire dresser les cheveux sur la tête. Sous cette identité, tu étais protégée.
    
    — Hélas pour nous, elles ont disparu et il faudra composer sans leur aide, soupira Raonaid. Pour cette raison, j’aimerais que tu prennes leur relève en nous révélant tout ce que tu as appris depuis ton arrivée. De notre côté, nous mettrons tout en œuvre pour retrouver Gale. Qu’en penses-tu ?
    
    — Marché conclu, déclarai-je.
    
    Raonaid poussa un soupir de soulagement.
    
    — Le temps presse et nous devons parler rapidement. Irène va te montrer ta chambre. Rejoins-moi dans une heure ici.
    Elle se téléporta, imitée par les autres à l’exception d’Irène. Celle-ci m’adressa un sourire chaleureux et m’invita à la suivre. Nous nous dirigeâmes vers un sous-sol spécialement aménagé. Celui-ci abritait une multitude de petites pièces, qui hébergeaient sans doute des membres de la communauté.
    
    Ma chambre était modeste : située au fond du couloir, elle contenait un petit lit, un placard, une table ainsi qu’une chaise. Irène disposa un peu de papier à lettres, ainsi qu’un encrier et une plume.
    
    — Prends-y tes aises, Élia, dit-elle.
    
    J’hochai la tête en silence et touchai le papier à lettres d’un air mélancolique. Cette chambre ne ressemblait en rien aux manoirs opulents où j’avais toujours vécu. Le luxe me manquerait, je ne pouvais le nier, mais je m’y habituerai. Cependant, la tristesse me rongeait.
    
    — Mon fiancé serait tellement heureux de venir vivre ici, révélai-je. Il m’a converti au paganisme et a toujours défendu nos frères et sœurs avec conviction. S’installer ici sans lui n’a aucun sens.
    
    Pour la première fois depuis de longues semaines, je me trouvais seule face à moi-même, face à ce monde que j’évitais depuis si longtemps. L’on pouvait m’arracher le confort de la noblesse et mon titre de Lady, cela importait peu.
    Mais l’absence de Gale ne se comblerait jamais.
    
    — Nous le localiserons, promit Irène. La magie offre une multitude de possibilités. Si Gale est mort, nous le saurons. S’il est en vie, nous entrerons en contact avec son âme.
    
    Sa voix était si confiante que je m’efforçai de la croire.
    
    — Que vais-je devenir sans lui ?
    
    Il était le seul à me connaître réellement. Dès le début, il avait vu clair dans mon jeu. Au lieu de me juger, comme de nombreuses personnes l’aurait fait, il m’avait laissé le temps de me dévoiler à lui. Nos moments d’intimité étaient les rares où ma carapace se brisait, où je me laissais aller avant de jouer à nouveau le rôle que je m’étais créé.
    
    — Je suis cruelle, repris-je. J’ai voulu partir d’ici avant même de savoir ce qu’il lui était arrivé. Lorsque j’ai tenté de fuir Endwoods la première fois, j’ai pensé à lui bien sûr, mais il restait secondaire. J’étais obnubilée par ma survie et l’envie de quitter cet horrible endroit.
    
    — Tu as choisi la raison avant les sentiments. Crois-moi, dans cette région, fuir est la meilleure solution. Cesse donc de t’agiter pour lui. Tu ne m’as pas l’air d’être le genre de femmes à te poser beaucoup de questions.
    
    J’ébauchai un sourire pour éviter de lui répondre. Dans le passé, lorsque mes titres de noblesse me protégeaient du reste, je ne me posais aucune question et vivais au jour le jour. Mais depuis mon arrivée dans ce village, j’étais sur le qui-vive.
    
    — La Déesse et le Démon-Créateur font parfois preuve de clémence. S’ils le veulent, ils ramèneront Gale auprès de nous. Tu ne dois jamais perdre espoir.
    
    — Quand je pense à ce qui a pu lui arriver dans cette forêt, j’en ai des frissons. Comment espérer alors que cette région est infestée de créatures aussi sordides les unes que les autres ?
    
    Les événements s’étaient succédé et malgré ma profonde terreur, la disparition de mon fiancé avait été occultée par ma propre survie. J’avais appris à connaître Endwoods, ses habitants, à apprécier certains d’entre eux et à jouer le rôle d’une inconnue. Pendant ce temps-là, hormis mes maigres protestations face aux Patrouilleurs, personne n’avait pris la peine de le rechercher.
    
    — Que s’est-il passé avant ton procès ? Pourquoi t’a-t-on dénoncé ? interrogea Irène.
    
    — Gale m’a persuadé, quelques semaines avant l’arrestation, d’abriter au sein de mon domaine des amis traqués par la couronne. Ils étaient païens. J’ai refusé au début, de crainte d’attirer l’attention de mes domestiques. Mais par amour, j’ai fini par accepter. Quelqu’un a ensuite découvert leur présence et m’a dénoncé.
    
    Irène esquissa un sourire triste.
    
    — Ces païens ont été exécutés sans procès, précisai-je d’un ton lugubre. La couronne les traquait depuis si longtemps qu’elle les a livrés aux flammes trois jours après leur arrestation. J’entendais leurs cris de douleur depuis ma cellule.
    
    — Il n’y a guère de justice dans ce monde, n’est-ce pas ?
    
    — J’aurais dû les rejoindre, mais mon statut de noble m’a épargnée. Lorsque je me lève le matin, je ne cesse de penser à eux. Cela me hante presque autant que mon procès.
    
    — Des millénaires plus tôt, nous aurions pu vivre en paix. Hélas, au fur et à mesure des siècles, les autres se sont approprié notre territoire.
    
    — As-tu été persécuté ? demandai-je.
    
    Les lèvres de la sorcière se pincèrent et son regard se voila d’une ombre. Elle paraissait jeune, à peine sortie de l’adolescence. Pourtant, sa prestance indiquait déjà une grande expérience de la vie.
    
    — Il y a une dizaine d’années, les maires des différents villages de la région ont organisé une terrible chasse aux sorcières. Ils cherchaient à connaître le secret d’une pierre magique, capable de repousser les créatures de l’enfer. Ce secret, seules les sorcières le possédaient. Ma sœur aînée se trouvait parmi elles.
    
    — Ces pierres servent aujourd’hui de protections, n’est-ce pas ? demandai-je, au bord de la nausée.
    
    J’imaginai l’espace d’un instant ce terrible épisode. Malgré son intonation calme, je décelai immédiatement la tristesse et la rancœur de la sorcière.
    
    — Ils les ont d’abord torturés dans le plus grand secret afin de ne pas attirer l’attention des autres sorcières. Puis, une fois le secret de ces pierres arraché, ils ont organisé de gigantesques exécutions publiques. Ma mère était guérisseuse et était morte depuis plusieurs années déjà, ma sœur s’occupait de moi depuis. De lourds soupçons planaient sur moi, mais j’ai été épargnée du fait de mon jeune âge.
    
    — Ils n’exécutent donc pas les enfants, ironisai-je.
    
    — La loi le leur interdisait à l’époque, même s’ils ont décrété par la suite que le démon pouvait prendre une forme plus… enfantine. Par chance, je me trouvais déjà loin lorsqu’ils ont pris cette décision. Lorsque ma sœur a été exécutée, ils m’ont traîné devant l’échafaud. J’avais onze ans. Elle ne tenait plus debout. Ses membres étaient brisés et d’horribles cicatrices marquaient son visage.
    
    — Je suis désolée, Irène.
    
    — Ne le sois pas. Aujourd’hui, je suis en sécurité et exerce des fonctions importantes au sein de ce coven. Ma sœur se trouve dans un monde meilleur et ses souffrances ne seront pas vaines. Tu sais, Élia, il n’existe aucune justice dans ce monde, à moins de la rendre soi-même. Un jour, les protections se briseront et personne ne pourra protéger ces fanatiques lorsque les démons s’abattront sur eux. Et je ne me contenterai pas de regarder ce spectacle : j’y participerai.
    
    

Texte publié par Elia, 3 janvier 2018 à 13h52
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