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Tome 1, Chapitre 1 « L'exil » Tome 1, Chapitre 1
New Forest, Angleterre, 1699.
    
    Il existe mille manières de raconter une histoire.
    
    La mienne débuta le jour où je fus bannie de ma ville. Si l’on considère la gravité de la situation, je suis chanceuse de m’en être tirée à si bon compte. J’étais vivante et devais me contenter de laisser derrière moi vingt-cinq années d’existence. Un simple abandon à la place d’une lente agonie.
    
    Oui, une véritable chance.
    
    La marche jusqu’à la sortie du village s’était effectuée dans un silence funèbre, parfois rompu par des injures. Mon avenir rempli de promesses s’était réduit en poussières, transformant la noble que j’étais en paria. Je n’avais rien laissé paraître aux habitants. J’avais encaissé les injures et crachats sans piper mot, tout en gardant un visage de marbre. Pourtant, au fond de moi, je demeurais brisée et humiliée.
    
    J’étais terrifiée. Le village se trouvait désormais à des lieues d’ici et nous errions à l’intérieur d’une forêt à l’ambiance morose. Un nœud s’était noué dans le creux de mon ventre et je passais mon temps à me retourner. Gale, mon fiancé, n’avait pas prononcé le moindre mot depuis notre départ. Son visage restait fermé et balayait les environs du regard, craignant tout comme moi de voir des intrus surgir et accomplir la sentence que j’aurais dû recevoir.
    
    Nous aurions dû nous marier. Ma bague de fiançailles était encore accrochée à mon doigt, même si mon procès avait éclaboussé le nom prestigieux de ma famille. Je m’en voulais terriblement. Gale aurait dû rompre nos fiançailles et choisir une autre femme digne de lui. Je ne le méritais pas. Pourtant, lorsqu’il avait refusé de m’abandonner et de me suivre dans cet exil, je n’avais émis aucune protestation. J’étais terrifiée à l’idée de recommencer une nouvelle existence seule. Oui, j’étais égoïste, terriblement égoïste.
    
    Je t’aime, Éli, m’avait-il dit. Je ne laisserai personne te faire du mal. Je ne t’abandonnerai jamais, tu m’entends ?
    
    Sa famille l’avait reniée et après de lourdes négociations, il avait obtenu malgré tout une considérable somme d’argent en échange de sa disparition. J’étais consciente de son sacrifice et de cette dette impossible à rembourser.
    Une semaine plus tôt, une foule furieuse s’était précipitée aux portes de mon domaine, m’arrêtant sous le regard impuissant de mes parents. Une fois maîtrisée, je fus jetée dans une cellule sans la moindre explication. Ce fut seulement à l’ouverture du procès que j’appris les charges retenues contre moi.
    
    Sorcière ! Païenne ! Sacrifice humain ! Servante de Satan !

    
    Les accusations s’étaient succédé, tout comme les témoignages. Face à la gravité des accusations et des preuves déposées devant les juges, mes parents comprirent que mon statut de noble ne me sauverait pas du bûcher. Les rumeurs avaient pris trop d’ampleur et les villageois réclamaient justice.
    
    Lorsque l’affaire parvint aux oreilles de la couronne britannique, celle-ci ne chercha pas à annuler ma condamnation à mort. Mes parents mirent alors tout en œuvre pour commuer ma peine en bannissement. Ils collectèrent des informations sur les juges, envoyèrent une lettre au roi Guillaume III et réunirent l’ensemble de leurs possessions pour les offrir en échange de ma vie.
    
    Une fois l’accord conclu avec la couronne, ils arrangèrent mon exil jusqu’aux Amériques et se réfugièrent en Irlande pour échapper au déshonneur jeté sur notre nom.
    
    À ces souvenirs, les larmes me montèrent aux yeux. Ils auraient pu partir avec moi, choisir de recommencer une existence sur le Nouveau-Continent. Mais j’étais une tâche sur le tableau familial, qu’il fallait effacer afin que l’héritage des Montgomery ne disparaissent pas entièrement. Mes parents possédant encore des terres en Irlande, ils avaient opté pour une vie de nobles désargentés. Ils gardaient l’espoir de retrouver grâce aux yeux de Guillaume III et de revenir un jour ici.
    
    Leur affection était réelle, mais les intérêts économiques primaient. Je n’avais pas pu leur dire adieu. Un messager fut dépêché par mon père suite à la proclamation de mon bannissement. Ce dernier m’avait fourni un billet pour les Amériques, ainsi que les vivres et les chevaux nécessaires à mon trajet jusqu’au port de Liverpool. Une fois cela fait, il m’avait annoncé le départ précipité de ma famille et s’était retiré sans me laisser le temps de leur écrire une dernière lettre.
    
    Je refoulai malgré tout mes sanglots, et tentai d’afficher le même air impassible que mon fiancé, en vain.
    
    Jadis, New Forest me fascinait. La forêt se trouvait non loin du domaine familial, là où j’avais passé mon enfance. Nous avions traversé une vaste étendue de lande depuis notre départ. Malgré des rencontres hasardeuses, les personnes s’étaient contenté d’effectuer un signe de croix à notre passage et de cracher au sol, sans en venir aux mains.
    
    Cela faisait plusieurs heures que nous galopions et nous nous trouvions maintenant au fond des bois. La végétation y était luxuriante et verte. Cette couleur se déclinait d’ailleurs sous de multiples facettes et me donnait la nausée. La terreur qui vrillait mon ventre m’empêchait de relâcher la pression. Tant que nous n’aurions pas posé le pied sur le continent américain, je ne dormirais pas sur mes deux oreilles.
    
    — Nous ferions mieux de nous installer avec les autochtones, avait maugréé Gale peu après l’annonce de ma sentence. Les gens sont encore pires qu’ici. Tu as entendu ce qu’il s’est passé à Salem…
    

    — Au moins, ils ont la décence de pendre leurs condamnés au lieu de les brûler vivants, avais-je rétorqué dans un soupir macabre.
    
    J’ignorais à quoi ressemblaient les paysages du Nouveau-Continent. Les récits les décrivaient comme immenses et parfois hostiles. Quoi qu’il en soit, là-bas, nous pourrions tout recommencer, même s’il nous faudrait redoubler de vigilance.
    
    Mes accusations étaient fondées. J’avais rejeté la foi protestante depuis plusieurs années, pour adopter la religion wiccane. À vrai dire, je l’avais presque toujours été. Je n’avais jamais cru en Dieu et toute ma vie durant, je m’étais efforcée de dissimuler mes véritables allégeances. Certains nobles étaient hérétiques et ne prêtaient guère attention aux rumeurs qui menaçaient de précipiter leur chute.
    
    Pour ma part, la méfiance avait toujours été de mise. Les titres de noblesse – et la protection du roi – nous offraient certes un traitement privilégié, mais tôt ou tard, la roue finissait par tourner.
    
    Qui m’avait dénoncé ? Je ne le saurais jamais. Un domestique, sûrement. Le tribunal avait refusé de me dévoiler le nom du dénonciateur. Mes amis et ma famille ne pouvaient être au fait de mon secret, mais mes femmes de chambre, quant à elles, observaient et savaient bien plus que ce qu’elles laissaient paraître.
    
    — Je t’aime, Éli. Si quelqu’un d’autre essaye de s’en prendre à toi, je le tuerai, m’avait juré Gale en quittant le tribunal. Plus personne ne traitera ma fiancée de sorcière. Je te le promets.
    
    Il était difficile d’encaisser les injures. Je n’avais pas été préparée à cela. Certes, l’hypocrisie était de mise dans mon entourage et les critiques enrobées de miel et de sourires. J’en avais conscience. Mais être méprisée et considérée comme un paria me détruisait.
    
    Les larmes coulèrent le long de mes joues pâles. Pourquoi n’avais-je pas été plus prudente ? Et si quelqu’un me démasquait de nouveau une fois arrivée dans ces terres puritaines et dangereuses ?
    
    — Éli, dit soudain mon fiancé en arrêtant sa monture. Éli, tu n’entends pas un drôle de bruit ?
    
    Je sursautai, interrompue dans ma rêverie.
    
    — Non, répondis-je. Que se passe-t-il ?
    
    Je tendis l’oreille, mais n’entendis rien d’autre que le chant harmonieux des oiseaux.
    
    — Je ne sais pas. Restons sur nos gardes. Des bruits de pas se rapprochent derrière nous.
    
    Il donna une impulsion à son cheval. Je l’imitai aussitôt, le sang glacé par la terreur. Le chemin que nous empruntions n’était guère rassurant. Les arbres étaient si hauts que nous peinions à distinguer le ciel. Si quelqu’un s’en prenait à nous ici, nos cadavres pourriraient pendant des décennies avant d’être découverts.
    
    — Éli, reprit Gale. Es-tu sûre de ne rien entendre ?
    
    — De quoi parles-tu ?
    
    À peine eus-je posé ma question qu’un cri, semblable à un cri de guerre, résonna près de nous. Gale et moi tournâmes la tête et découvrîmes deux hommes à cheval.
    
    — Éli… murmura mon fiancé. Reste derrière moi.
    
    Vêtus d’une épaisse armure noire, leurs visages étaient dissimulés sous un étrange masque hideux. Je n’eus guère le temps d’en voir plus : ils tenaient chacun dans le creux de leurs lourdes mains une épée colossale. Leurs lames scintillaient et lorsqu’ils les brandirent, les battements de mon cœur s’accélérèrent.
    
    Ils dégageaient une étrange aura et leurs masques affichaient un mélange d’hostilité… et de détermination. Soudain, ils poussèrent un second cri. Gale et moi échangeâmes un regard horrifié et donnâmes une seconde impulsion à nos chevaux.
    
    Nos poursuivants nous rattrapèrent presque immédiatement. Les sacs de vivres tombèrent au sol. Je poussai un juron tandis que Gale me lançait un regard paniqué.
    
     Son cheval effectua soudain un mouvement brusque et le fit tomber à terre. Lorsqu’il se releva, les cavaliers fous arrivèrent à notre hauteur. Je découvris avec horreur qu’une rivière se dressait droit devant nous. Large de plusieurs dizaines de mètres, nous aurions pu la franchir ; seulement le courant semblait d’une force considérable, trop pour que nous atteignions l’autre rive sans dévier.
    
    Et je ne savais pas nager.
    
    Un autre cri guerrier retentit. Gale hurla également et sans réfléchir, je me dressai devant lui. Je distinguai la lame étincelante d’une des lourdes épées s’abattre vers nous, puis ce fut le trou noir.
    
     ***
    — Éli ? Éli ? Est-ce que tu m’entends ?
    
    Des mains tapotèrent délicatement mes joues. Avec difficulté, j’ouvris les paupières. Ma vision fut d’abord trouble avant de reconnaître mon fiancé, penché sur moi.
    
    — J’ai eu tellement peur !
    
    — Gale ? interrogeai-je. Que… que s’est-il passé ?
    
    — Bonne question. Je n’en ai pas la moindre idée.
    
    Avions-nous dévié par la force de la rivière ? J’examinai alors mes vêtements. Ils étaient totalement secs. La rivière avait disparu du paysage et nos chevaux demeuraient introuvables.
    
    Une douleur martelait mon crâne, comme si l’on m’avait assené un coup violent. Autour de nous, le chant harmonieux des oiseaux retentissait. J’observais avec désespoir les arbres menaçants. Une brume argentée, glaciale comme l’hiver, masquait également les bosquets alentours. Je frissonnai et me réfugiai dans l’étreinte musclée de Gale, qui semblait aussi perdu que moi.
    
    — Où sont-ils passés ? m’épouvantai-je. Pourquoi nous ont-ils attaqué ? Où… où est cette rivière ?
    
    Et surtout, pourquoi étions sains et saufs ?
    
    — Il n’y a ni rivière, ni cavaliers à l’horizon, révéla-t-il. J’ai parcouru les environs peu avant ton réveil et nous sommes seuls pour le moment. Hormis ces oiseaux, il n’y a pas âme qui vive dans ces bois.
    
    — Et après l’attaque ? Après… après le coup d’épée ? Tu ne te souviens de rien ?
    
    — Non, c’est… c’est le trou noir.
    
    Les larmes me montèrent à nouveau aux yeux et je dus rassembler le sang-froid dont je disposais encore pour ne pas céder à la panique. J’avais jusqu’à présent réagi avec dignité afin de faire honneur à mes parents. Mais maintenant, je rêvais de me comporter comme une enfant apeurée et de me laisser réconforter par les bras rassurants de mon fiancé.
    
    — Tu es blessé ? m’inquiétai-je.
    
    Il me désigna une griffure à l’épaule ainsi qu’une blessure à sa jambe droite. Une partie de ses vêtements avaient également été réduite en lambeaux.
    
    — C’est superficiel, juste une égratignure, assura-t-il.
    
    — Cela risque de s’infecter. Dès que nous monterons à bord du bateau, nous consulterons un médecin. Tu ne voudrais pas mourir à cause d’une égratignure ?
    
    Il caressa ma chevelure blonde et y déposa un baiser. Je resserrai un peu plus sa veste contre moi, car la brume, en plus de me faire tressaillir, répandait un froid glacial autour d’elle.
    
    — Pourquoi ne nous-ont-ils pas tués ? fis-je. Pourquoi dérober nos chevaux, nos… nos vivres et seulement abîmer nos vêtements ? Cela n’a aucun sens ! Comment… comment allons-nous faire ? Nous n’arriverons jamais à temps pour le départ du bateau !
    
    — Du calme, Éli.
    
    J’éclatai d’un rire amer.
    
    — Ils… ils ne sont pas apparus par l’opération du Saint-Esprit ! m’emportai-je.
    
    Pourtant, mes souvenirs refusaient de refaire surface. Je m’étais dressée, dans un geste aussi impulsif qu’idiot, entre nos agresseurs et Gale. Rien n’aurait pu stopper le mouvement de la lame : celle-ci aurait dû me fendre en deux.
    
    — Le prochain village se situe à une journée de marche, se souvint Gale. Si nous nous dépêchons, nous trouverons une diligence qui nous amènera à temps au port.
    
    — Avec quel argent payerons-nous le cocher ? raillai-je. Nous n’avons plus rien, Gale. Nos vivres, nos vêtements, notre dignité… ces cavaliers nous ont tout pris !
    
    Même si nous disposions d’une bourse, notre simple identité suffirait à faire fuir les cochers. Nos familles, de par leur statut, étaient connues dans l’ensemble du comté et n’importe qui pouvait nous reconnaître. À pieds, nous n’atteindrions jamais le port à temps.
    
    — Quoi qu’il en soit, ne traînons pas, dit Gale. Sortons de cet endroit avant de servir de repas aux bêtes sauvages…
    
    J’observai les alentours dans un mélange de lassitude et d’angoisse. Le chemin jusqu’à la prochaine sortie serait long et je n’étais plus en état de marcher. Mes jambes me faisaient mal et mon corps était vidé de toute énergie. Ces derniers jours avaient été éprouvants. Le séjour dans les cachots humides m’avait considérablement affaiblie.
    Tout à coup, le visage de mon fiancé blêmit et il poussa un hurlement déchirant. Il s’agenouilla devant moi en posant ses mains contre ses oreilles.
    
    — Gale ! sursautai-je à mon tour. Gale ! Que se passe-t-il ?
    
    Je me penchai vers lui, le cœur battant à tout rompre. Durant un bref instant, des bourdonnements sifflèrent dans mes oreilles et une désagréable sensation comprima ma cage thoracique. Mais quelques secondes plus tard, tout s’arrêta.
    Cette fois-ci, c’en fut trop. Les larmes trempèrent mes joues recouvertes de saleté et je serrai Gale contre moi dans l’espoir de me calmer.
    
    — Ça va aller, Éli, chuchota-t-il. Ne t’en fais pas, on va s’en sortir. J’ai… j’ai juste cédé à la panique, mais ce n’est rien.
    Ses bras musclés se resserrèrent un peu plus autour de ma taille et mon cœur battit la chamade. Je ne désirais qu’une chose : quitter cet endroit au plus vite. Lorsqu’il me relâcha, mes jambes flageolèrent et une douleur fulgurante lacéra mes pieds.
    
    — Je ne peux plus avancer, murmurai-je. Mes jambes ne me soutiennent plus et… je suis tellement désolée, je… je…
    Il m’aida à m’installer sur un amas de feuilles mortes.
    
    — Je suis tellement désolée, je… je ne sais plus où donner de la tête. Tu… tu as choisi de me suivre dans cet exil et voilà que les problèmes s’accumulent, bredouillai-je.
    
    — Tu ne m’as pas obligé à venir, rétorqua-t-il, je l’ai choisi, de mon plein gré. Cesse donc de t’excuser. Si tu le souhaites, je peux te porter.
    
    Je voulus accepter, d’autant plus que ces cavaliers pouvaient surgir d’un moment à l’autre, tout comme une escouade de villageois assoiffés de vengeance. J’aurais dû mourir. Les femmes amenées sur le banc des accusés en ressortaient rarement acquittées, mais la justice dans ce pays s’exerçait à deux vitesses.
    
    Mais ne pouvais contraindre Gale à me porter jusqu’au prochain village. Même si je ne pesais guère lourd, mes vêtements et mon corps dégoulinaient de saleté et l’odeur que je devais dégager était sûrement nauséabonde.
    
    — Éli, je comprends ton sentiment, mais tu ne peux douter de toi maintenant. Le fait d’avoir été épargnée ne fait pas de toi une mauvaise personne. Ces juges sont coupables ! Personne ne mérite d’être traqué et puni pour ses croyances.
    Il serra doucement ma main et m’embrassa à nouveau. Je me forçai à sourire, même si celui-ci se fana rapidement. Peu importait qui était coupable ou non. Par notre faute, trois innocents avaient été exécutés sommairement.
    
    — Je ne peux vraiment plus marcher, soupirai-je.
    
    — Dans ce cas… reposons-nous quelques heures. Je peux te porter mais la fatigue me gagne également. D’ici plusieurs kilomètres je serai contraint de te relâcher. Oui, reposons-nous, au moins jusqu’au lever du soleil.
    
    — Et si ces cavaliers revenaient ?
    
    — Nous déplacerons le tapis de feuilles mortes derrière ce buisson, suggéra-t-il, pour te cacher de la vue des intrus. Quant à moi… je monterai la garde pendant trois heures. Ensuite, tu me remplaceras. Qu’en penses-tu ?
    
    J’hochai la tête en guise de réponse, malgré ma profonde terreur à l’idée de passer la nuit ici. Notre village se situait seulement à quelques lieues et rien n’empêcherait les déçus de ma sentence d’organiser une expédition nocturne pour rendre justice eux-mêmes. Mais je ne pouvais contraindre Gale à me porter. Il demeurait aussi épuisé que moi et pour avancer, nous aurions cruellement besoin de tout notre sang-froid.
    
    — À la moindre alerte, nous déguerpirons, dit-il.
    
    Je frissonnai et m’allongeai à contrecœur derrière le buisson. Mes paupières s’alourdirent en dépit de ma terreur grandissante et mes pensées s’embrumèrent lorsque je posai ma tête contre le sol dur et humide.
    
    — Ne crains rien, dit Gale. Je veille sur toi.
    
    — Je t’aime.
    
    Il me gratifia d’un baiser sur mes lèvres en guise de réponse et s’empressa d’allumer un feu pour atténuer le froid ambiant. L’obscurité s’était abattue sur la forêt avec une rapidité déconcertante et le chant des oiseaux avait laissé place à un silence pesant.
    
    — Elle veille sur nous, chuchota-t-il en grattant un peu de terre. Elle nous protégera quoi qu’il arrive.
    
    La lune demeurait cachée par les arbres, même si je discernais avec difficulté quelques bribes de ses rayons filtrer parmi les denses feuillages.
    
    — Puisse-t-elle accueillir l’âme de nos amis et les guider vers le repos, murmurai-je à mon tour.
    

Texte publié par Elia, 6 décembre 2017 à 20h52
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