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Tome 1, Chapitre 4 Tome 1, Chapitre 4
Les jours s’écoulent sans que la jeune femme parvienne à oublier ce qu’elle a vu et entendu. Chaque jour, elle pense à la nixe et à son emprisonnement ; et chaque nuit, son visage lui apparaît en rêve, suppliant et déformé par la douleur que le sel lui provoque. Dès que son esprit n’est pas occupé, Nathalie songe à elle.
    Elle n’ose imaginer l’avenir qui l’attend : son beau-père va l’éliminer, elle l’a compris en croisant son regard. La créature n’a aucune chance de survie… Elle n’en a plus. Pas depuis qu’elle s’est enfuie !
    Nathalie s’en veut et se juge couarde. Pourtant, rien n’y fait. L’idée de désobéir à Claude la terrifie. Elle devine que les conséquences seraient terribles. Elle le sent prêt à tout pour l’empêcher d’entraver ses plans.
    Tu n’es qu’une lâche et tu le sais. Inutile de te chercher des excuses. Tu prônes la paix et la liberté, mais tu restes aveugle face à la détresse de la nixe. En demeurant ici, tu lui tournes le dos, tu la condamnes. Rien ne pourra pardonner ça.
    La jeune femme émet à peine cette pensée qu’elle s’effondre en larmes, affligée par son manque de réaction. Elle attrape sa tête entre ses mains et laisse ses pleurs s’écouler jusqu’à ne plus avoir une seule goutte d’eau dans le corps.
    Autoriser son chagrin à s’échapper ne chasse ni sa peine ni sa culpabilité ; toutefois cela lui permet de s’apaiser et d’y voir clair. En une poignée de minutes, elle réalise qu’il est impensable d’abandonner la femme d’eau à son sort. Pareil agissement ne lui ressemble pas : elle s’est toujours battue pour ses convictions et ne va pas s’arrêter là.
    Oui, peu importe les conséquences et les risques : elle la sauvera.
    Sa détermination grandit peu à peu et chemine dans son esprit. Nathalie refuse de céder la créature à son beau-père, qu’elle soupçonne capable de cruauté. Sûre de sa décision, elle essuie les sillons humides sur ses joues, puis déboule dans les escaliers et monte au grenier. Là, elle remue son bric-à-brac jusqu’à trouver le vieux bocal de son ancien poisson rouge.
    Parfait, pense-t-elle avec un sourire triomphant.
    Elle se précipite ensuite au rez-de-chaussée et attrape son trousseau de clefs. Elle sort de la maison, prête à prendre le bus pour rejoindre la demeure de ses beaux-parents. Aucun trajet ne lui a encore paru aussi long ; néanmoins sa détermination ne faiblit pas. Elle sait ce qu’elle doit accomplir.
    Arrivée en face du bungalow, elle songe enfin à la nécessité de ne pas foncer dans le tas. Nathalie réalise être partie de chez elle dans la précipitation ; elle n’a absolument rien préparé. Il aurait été plus sage et simple de reprendre les clefs de son fiancé et de guetter le départ du couple. Pour autant agir maintenant n’est pas une mauvaise idée. La jeune femme sait que sa belle-mère ne ferme jamais lorsqu’elle est là : entrer sera donc un jeu d’enfant. Quant à la suite… elle ne dépendra que de sa discrétion.
    Elle inspire un bon coup, vérifie que personne ne regarde par l’une ou l’autre fenêtre, puis pénètre dans l’habitation. Sa respiration s’accélère de concert avec les battements de son cœur.
    Le bocal de son poisson rouge à la main, Nathalie déambule dans les couloirs à pas de loups jusqu’à atteindre la porte du bassin privé. Françoise n’est pas loin : elle l’entend siffloter un air à la mode. Chaque bruit lui laisse craindre d’être prise la main dans le sac.
    La demoiselle trouve la clef de la piscine au même endroit que la dernière fois – Claude doit compter sur son intimidation et ne songe sans doute pas qu’elle aura l’audace de revenir. Elle la tourne dans la serrure puis se précipite dans la pièce, anxieuse.
    Se dépêcher. Il faut qu’elle se dépêche.
    — Madame la nixe ? murmure-t-elle. S’il vous plaît, dites-moi que vous êtes là !
    Comme pour exaucer ses prières, la femme d’eau émerge et se dévoile jusqu’au tronc.
    — Tu es revenue !
    Nathalie opine. Elle tend ensuite le bocal droit devant elle.
    — Je viens te délivrer. Vite, je n’ai aucune envie qu’on m’attrape !
    La créature s’approche du bord.
    — Le chasseur est prêt à tout pour que je reste ici jusqu’au jour de ma mise à mort, confirme-t-elle.
    — Que dois-je faire ?
    — Pose le récipient à la surface. Dès que j’y serai, il te faudra me conduire au point d’eau le plus proche aussi vite que possible. Là, je pourrai fuir.
    Nathalie opine. Puis elle s’exécute ; son cœur bat davantage qu’il y a quelques minutes.
    Dès que le bocal touche l’élément aqueux, la nixe y pénètre et son corps se change en liquide. Une fois qu’elle n’est plus visible, la jeune femme ramène le contenant à sa hauteur.
    Elle effectue le chemin inverse à son arrivée, au bord de la panique. Ce serait si bête qu’on la surprenne alors qu’elle est aussi proche du but ! Hantée par pareille idée, elle n’est plus capable de se montrer attentive aux bruits qu’elle provoque. Elle ne pense qu’à une seule chose : fuir. Elle ne ralentit sa course que lorsqu’elle se trouve hors du bungalow.
    J’ai réussi… J’ai réussi !
    Nathalie n’ose y croire ; c’est presque trop beau. Sa respiration devient mesurée. La jeune femme recouvre une partie de son calme – assez pour avoir la présence d’esprit de marcher en tenant le bocal d’eau aussi droit que possible.
    — Courage, tu retrouveras bientôt ta liberté, murmure-t-elle à la surface mouvante.
    Je sais exactement où te conduire.
    D’un pas serein mais rapide, elle s’engage sur les petits sentiers pour atteindre la rivière où, enfant, elle allait se baigner chaque été. La nixe y sera très bien, elle n’en doute pas. Un cours d’eau est le meilleur choix à prendre pour elle : elle pourra y fuir sans soucis si elle vient à rencontrer à nouveau Claude ou un chasseur.
    Le chemin pour y parvenir n’est pas long. Cependant, avec son fardeau en main, Nathalie à l’impression qu’il dure des heures. Lorsqu’elle arrive à la rivière, c’est avec une joie non dissimulée qu’elle y verse le contenu du bocal.
    Elle attend, nerveuse. Son sauvetage a-t-il marché ? La créature se trouve-t-elle dans l’eau ?
    Elle scrute la surface, à la recherche du moindre indice. Les secondes s’éternisèrent. Puis enfin, la nixe se dévoile, souriante et plus solide que dans le bassin de ses beaux-parents. Nathalie éprouve à nouveau cette étrange sensation de confiance envers elle, comme si en sa compagnie rien ne peut lui arriver.
    — Merci de m’avoir sauvé.
    — Je t’en prie.
    Sans se départir de son sourire, la nixe tend les bras et l’invite à l’étreindre, reconnaissante.
    Nathalie n’hésite pas une seule seconde : elle s’avance vers le bord et l’enlace, heureuse d’avoir agi en son âme et conscience. La femme d’eau la sert contre elle. Elle approche sa bouche de son oreille.
    — Mais tu aurais dû écouter le chasseur, souffle-t-elle d’une voix cruelle.
    Et sans lui laisser le temps de se débattre, elle l’entraîne sous l’eau, où elle disparaît à jamais.
    

Texte publié par Rose P. Katell, 10 octobre 2017 à 11h56
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