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Tome 1, Chapitre 3 Tome 1, Chapitre 3
Alors qu’elle referme la porte d’entrée du bungalow dans son dos, Nathalie n’arrive toujours pas à croire en ses actions. Elle ignore comment elle a pu prendre les clefs de son fiancé, attendre que Françoise et Claude soient tous les deux hors de leur demeure, puis trouver le courage d’y pénétrer telle une voleuse. Néanmoins, elle sait une chose : depuis que son beau-père a refusé de lui dire la vérité, peur et curiosité la rongent.
    Elle a besoin de découvrir ce qu’il cache dans le bassin, pour comprendre et se permettre d’aller de l’avant. Elle ne veut plus cauchemarder sur les doigts spongieux qui l’ont touchée. Et si pour ça elle doit entrer dans la piscine par effraction… eh bien elle le fera !
    Si personne ne souhaite m’aider, je me débrouillerai seule.
    À pas incertains mais précipités, la jeune femme se dirige dans le couloir jusqu’à atteindre la porte verrouillée qui dissimule le bassin privé. Elle désire en finir au plus vite ; la simple idée d’être prise la main dans le sac la glace d’effroi.
    Elle déniche la clef sans aucune difficulté – son beau-père n’est pas d’une grande originalité dans ses « planques » –, puis elle entre, aussi apeurée qu’excitée. L’instant de vérité est arrivé.
    Tout d’abord, Nathalie se contente de rester à distance du bord et scrute l’eau. Il ne se passe rien. Elle s’en approche donc et en effectue le tour.
    — Il y a quelqu’un ?
    Elle se sent ridicule ; cependant elle refuse d’abandonner. Elle répète sa question une fois, puis deux, puis trois.
    Enfin, ses efforts paient. Une silhouette féminine émerge du bassin, aussi translucide que le liquide qui le remplit. Nathalie peut voir au travers et son premier réflexe est de reculer.
    Elle se fige lorsque la créature prend la parole.
    — Tu es revenue.
    — Tu es réelle…
    La femme d’eau acquiesce et reste à distance, comme si elle devinait son trouble.
    — Je suis désolée de t’avoir effrayée l’autre jour, ce n’était pas mon intention.
    Sa voix douce la rassure autant que la certitude de ne pas être cinglée. Elle ne paraît pas hostile.
    — Ta tête est-elle encore douloureuse ? l’interroge-t-elle en nageant dans sa direction avec des gestes lents.
    Elle a l’air si gentille. Pourquoi ai-je été si affolée ?
    — Je n’ai plus mal.
    — Je ne pensais pas que tu aurais si peur, pardonne-moi.
    L’irréalité de la situation lui saute aux yeux sans qu’elle puisse y changer quoi que ce soit.
    — Ce n’est rien. C’était… c’était la première fois que je rencontrais une personne telle que toi.
    Son interlocutrice devine sa question indirecte.
    — Je suis une nixe
    — Une nixe, répète Nathalie.
    Que signifie un nom pareil ?
    — Une créature des lacs et rivières, si tu préfères. J’avais besoin de te parler.
    Intriguée, la jeune femme s’approche jusqu’au bord de la piscine. Puis elle s’accroupit, rassurée. L’apparition ne lui souhaite aucun mal, elle le sent ; une sorte d’aura se dégage d’elle, un petit rien qui l’incite à lui accorder sa confiance.
    — Je voulais te demander ton aide.
    — Mon aide ?
    Pour quoi ? Et pourquoi moi ?
    — Il faut que je sorte d’ici. Le sel… il me fait mal, il m’affaiblit. Le bassin est une prison conçue pour les miens et chaque créature du monde autre.
    — Le monde autre ?
    La nixe s’exprime vite et ne prend aucun détour. Nathalie peine à croire que leur discussion est réelle.
    On se penserait dans un rêve.
    — Le monde invisible pour ceux qui ne veulent pas voir. Mais je n’ai pas le temps de t’expliquer. Il faut que tu me sortes d’ici avant qu’il ne revienne.
    Il ?
    — Qui ?
    — Cet homme horrible !
    — Claude, murmure-t-elle. C’est lui qui te retient, n’est-ce pas ?
    La nixe opine.
    — Je savais qu’il y avait anguille sous roche…
    Une question demeure toutefois : pour quelles raisons ? Nathalie ne parvient pas à le déterminer. Par chance, de la même façon que si elle lisait en elle, la femme d’eau déclare :
    — C’est un chasseur. Lui et ses camarades nous traquent sans relâche pour nous éliminer. Ils nous enferment pendant des jours dans des endroits remplis de solution saline pour nous affaiblir – certains meurent de noyade, tous les habitants du monde autre ne savent pas nager ! Puis dès qu’ils se sont réunis, ils nous traînent dans leur planque. Ils effectuent un rituel qui nous empêche de nous régénérer, après quoi ils nous éliminent sauvagement. Peu à peu, nous disparaissons de la terre…
    — C’est affreux !
    — Je t’en prie, aide-moi ! Je ne veux pas que ça m’arrive…
    Son ton de voix est si implorant… Nathalie pressent que si elle n’était pas constituée d’eau, la nixe serait en pleurs à l’heure qu’il est.
    Je ne peux pas rester sans agir.
    — Comment ?
    — Tu dois trouver un récipient – peu importe sa taille, je m’y fonderai – pour me transporter ailleurs, dans le cours d’eau le plus proche. Tu es mon dernier espoir. Je t’en supplie…
    — Je…
    — Que fais-tu ici !?
    Nathalie se retourne au son de la voix de son beau-père, épouvantée. La nixe disparaît aussitôt sous la surface.
    — Je…
    La jeune femme est incapable de prononcer davantage de mots. Elle observe Claude qui avance de son pas lourd de colère. Sous le choc de sa découverte et tétanisée de s’être laissé prendre, elle ne réagit pas davantage quand il la soulève et l’entraîne hors de la pièce sans la moindre douceur. Répliquer aggraverait la situation, elle en a conscience.
    Son beau-père l’emmène au salon, où elle prend place dans un fauteuil sans songer à fuir.
    — Tu peux t’estimer heureuse que je n’appelle pas la police. Qu’est-ce qui t’a pris d’entrer sans permission ? Christophe est au courant ?
    Honteuse, elle secoue la tête, espérant apaiser la fureur de l’homme.
    Peine perdue.
    — Tu n’es qu’une idiote, Nathalie ! Et une ingrate par-dessus le marché ! Ma femme et moi t’avons accueillie dans la famille à bras ouverts et c’est ainsi que tu nous remercies ?
    — Je suis désolée… Je…
    — Tu ? l’apostrophe-t-il face à son silence.
    — J’avais besoin de savoir. Vous aviez refusé de me parler.
    — Respecter un interdit t’est-il donc si difficile ? La piscine publique n’est-elle plus assez bien pour toi, désormais ? J’avais dit à Françoise que c’était une mauvaise idée !
    Lorsqu’elle entend ses mots, Nathalie sort enfin de sa torpeur. La colère prend le dessus.
    — Parce que vous y avez enfermé cette pauvre nixe !
    L’expression de Claude se fait horrifiée ; cependant ça ne suffit pas à lui ôter sa hargne.
    — Tu délires, encore une fois.
    — Je vous défends de dire que je délire. Je l’ai vu et vous ne l’ignorez pas ! Elle m’a tout raconté, je sais que vous et vos amis les chasseurs l’avez capturée et que vous comptez l’éliminer. Vous n’avez pas le droit !
    — Pas le droit, hein ?
    Le ton de son beau-père est menaçant. Nathalie se tasse dans le fauteuil tandis qu’il brandit un index dans sa direction. Pour peu, elle jurerait qu’il se retient de la gifler. Elle n’a qu’une seule envie : sortir d’ici au plus vite.
    — Il ne te vient pas à l’esprit qu’il y a des raisons pour qu’on veuille l’éliminer ? Tu ne sais rien, Nathalie, et mieux vaut que tu continues à vivre dans l’ignorance. Maintenant, quitte la maison.
    — Mais…
    — J’ai dit : quitte la maison.
    Le ton est sec, sans appel ; aucun refus ne sera toléré. Elle sent qu’il serait suicidaire d’insister : l’homme est hors de lui et se contient avec peine. Alors Nathalie se lève et retient les larmes qui menacent de franchir la barrière de ses paupières. Sans attendre le moindre mot, elle se dirige vers la porte de la pièce.
    Soudain, Claude lui agrippe le bras.
    — Tu n’es pas une méchante fille. Oublie cette histoire, j’en ferai autant de mon côté. Promets de ne pas mentionner ce que tu as vu et Christophe ne saura rien de ta visite. Je ne veux plus jamais t’entendre parler de la créature. Suis-je clair ?
    Les lèvres tremblantes, la jeune femme n’a d’autre choix que d’acquiescer. Puis son beau-père la relâche et la regarde franchir la pièce, satisfait.
    Elle s’empresse de rejoindre la porte d’entrée, les joues ruisselantes.
    

Texte publié par Rose P. Katell, 3 octobre 2017 à 10h32
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