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Tome 1, Chapitre 8 « Une Part de Moi-même » Tome 1, Chapitre 8
– Je t’ai fait peur ?
    Ma voix est plus rauque que je ne l’aurai désiré.
    – Oui, lâche-t-il au bout de plusieurs secondes.
    – On a beau savoir, ça déstabilise toujours quand on l’a en face de soi, complété-je à sa place.
    Skätten ne répond rien et garde ses yeux rivés sur moi. Son regard est indéchiffrable et je n’ai guère envie d’épier ses pensées. À la place, je trempe mes lèvres dans le borsamino ; je préfère qu’il garde sa part de mystère. Soudain, je le sens comme prêt à me prendre la main et la retire vivement. Mais non, il paraît même surpris de ma réaction.
    – Qu’est-ce qui te prend ? me reproche l’autre dans ma tête.
    – Je… je ne sais pas.
    Dans le fond de mon verre, j’aperçois mon reflet ; j’ai presque retrouvé figure humaine. En sourdine, l’orchestre joue un air lourd et poisseux qui nous englue.
    – À quoi penses-tu ? Est-ce qu’il vient avec nous ?
    Je lève les yeux vers le plafond où pend un crâne, une bougie dans la bouche. De ma poche, je tire le petit sachet confier par le faune, je crois que le moment est venu pour moi de m’envoyer en l’air.
    – Tu en veux ? fais-je à Skätten, comme je lui tends une cigarette roulée.
    – Si tu m’expliques le lien entre ta chute et cette bibliothèque en ruine où nous avons retrouvé ce fragment de parchemin.
    Je vois sa main s’avancer vers moi. Je dois presque m’agripper à la table pour ne pas me reculer. Ses doigts se referment sur le cylindre blanc qui disparaît dans la poche extérieure de sa veste.
    Mais qu’est-ce que tu es Skätten ?
    Depuis, qu’il m’a avoué avoir surpris mes pensées, un sourd malaise s’empare de moi et ce n’est pas le souvenir de cette bibliothèque incendiée qui améliore ma condition mentale.
    – Laisse-moi planer et on en rediscute après ! soufflé-je, comme je porte le joint à mes lèvres.
    Une minuscule boule jaune et éthérée s’en approche. L’instant d’après, je plonge la tête la première dans un monde de soie et de coton. Je suis toujours dans cette salle des frères Lunaires, enfin mon corps, car mon esprit flotte au-dessus, perdu quelque part dans la nuit ; j’oublie.
    Skätten ne bouge pas ; il veille sur moi et je l’en remercie. Deux morts et trois bouts d’histoires plus tard, que sais-je de ce qui se cache derrière ? Roulé en boule dans le ciel, je suis ce que je devrais être et c’est l’un des rares instants où je l’accepte. Soudain, une décharge me projette hors de ma bulle inconsciente ; c’est une comète dorée, composée de matière rêve. Étrange, car les astronomanciens les repèrent toujours à l’avance. Je la vois qui poursuit sa route avant de disparaître derrière l’horizon, tandis que je réintègre avec brutalité mon corps sensible.
    – Partons, lâché-je d’un ton brusque, presque haineux.
    – Que…
    Mais je ne lui laisse pas le temps de répliquer, je suis déjà à la porte du bar, un pied sur le seuil.
    – M’expliqueras-tu enfin ? m’enjoint-il alors qu’il m’a rejoint.
    – Plus tard ! En attendant, j’espère que tu n’as rien contre une petite croisière sur le Styx ?
    – Le Styx ! Le fleuve des Enfers ! s’écrie mon ami, épouvanté.
    Je ne peux me retenir de rire. Il y a des mythes qui ont la vie dure, même s’il existe toujours une part de vérité. Comme pour le rassurer, je lui passe mon bras par-dessus l’épaule et l’emmène à l’écart de la foule tapageuse. Nous repassons devant Ernest qui nous salue avec sa bonhomie habituelle.
    – Au plaisir de vous revoir.
    Je le salue de la main avant de nous enfoncer dans la ruelle obscure. Silencieux, Skätten me suit. J’ignore pourquoi il m’a pris de l’emmener avec moi de l’autre côté de la Frontière, mais je sens que son aide me sera précieuse sans que je puisse dire qu’elle en sera la nature et encore moins le prix à payer.
    – Où allons-nous ? me questionne-t-il.
    – De l’autre côté, murmuré-je d’une voix sourde, car j’ai aperçu des silhouettes se glisser dans l’ombre et qui n’augure rien de bon.
    Nous nous apprêtons à traverser, lorsque je jette mon compagnon dans le porche d’une porte oubliée tandis que je me retourne. Un coup d’œil discret m’assure que ce pauvre Skätten est assommé, en même temps que je lance sur lui une rune d’invisibilité. Des idoles anarchoïques, manquaient plus que ça.
    – Si c’est pour un viol en réunion, j’crois qu’vous êtes tombés sur la mauvaise personne, les gars.
    De leur peau écailleuse s’échappent des vapeurs méphitiques et lubriques. Ce n’est pas la première fois que j’en affronte, mais jamais plus de cinq à la fois. Ils se sont placés en cercle autour de ma personne ; heureusement pour moi il ne semble pas avoir remarqué la présence de cette niche à ma droite, dans laquelle j’ai balancé mon ami. Tout à coup, je reçois un coup violent dans les lombaires. Pourquoi ne l’ai-je pas senti ? Mais je ne m’écrase pas par terre, son compagnon m’enserre entre ses bras puissants tandis que je sens son sexe se tendre. Répugnant. Dissimulé, derrière un masque, je n’aperçois que les yeux de mon adversaire ; visiblement ravi de sa prise.
    – Souris mon gars ! Je suis sûr que tu vas adorer, grogné-je alors que mes mains se referment sur sa chair tendre et dure à la fois.
    Interloqué, celui-ci semble ne pas comprendre jusqu’à ce que mes griffes la tranchent d’un coup sec. Seulement, ce serait sans compter avec mes autres adversaires qui paraissent prendre la mesure du problème qui leur fait face. Pourtant, au lieu de reculer, ceux-ci gardent leurs distances, comme pour jauger de leurs opportunités, tandis que leur compagnon se tord de douleur sur le sol dans une mare de sang.
    – Il y a quelque chose qui cloche. Ils sont trop nombreux, marmonné-je. D’habitude, il n’attaque qu’en petit comité et surtout quelqu’un de seul.

Texte publié par Diogene, 28 septembre 2017 à 16h55
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