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Tome 1, Chapitre 7 « Une Bibliothèque en ruines » Tome 1, Chapitre 7
Une bibliothèque en ruine… L’odeur de fumée me prend à la gorge. Sur mes mains, le sang, noir, poisseux, il se coagule sur ma fourrure. J’ignore comment je sortirai de cet enfer et je m’en moque. Nous nous faisons face. De lui, je ne devine que les yeux luisants et ses dents scintillantes. Il vit encore, alors même que son corps n’est plus qu’une torche agonisante.
    – Belle soirée ! ricane-t-il.
    Son bras gauche vient de tomber sur le sol et achève de se consumer sur un tapis persan mangé par des mites incandescentes.
    – En effet, grondé-je. Quelle est la suite des réjouissances ?
    Je retiens les larmes de douleurs qui me montent aux yeux.
    – On s’en grille une ?
    Un instant, je me demande s’il se moque de moi. Mais non, il est sérieux. Sa peau noire se détache par plaques et révèle des os blancs et friables. Comme si de rien n’était, il attrape le paquet qui traîne sur le guéridon miraculeusement épargné et en sort une cigarette, puis l’allume avant de me le tendre.
    J’hésite, mais aucune haine ne se lit au fond de ses prunelles.
    – Tu te méfies, s’esclaffe-t-il. Qu’est-ce que je pourrais te faire dans cet état ?
    Je ne réponds rien. Il me lance le paquet que j’attrape au vol.
    – Merci !
    Des Aurochaquies, mes préférées. Comment refuser ? J’en tire et une et m’approche du corps fumant. Je profite d’une flammèche qui achève de lui dévorer l’index. Autant finir en beauté, même si je ne compte pas mourir ici, même parmi ces milliers de livres que plus personne ne pourra plus jamais lire. J’inspire, lui aussi et un jet bleuté nous entoure soudain. Délicieuse.
    – On n’en finira jamais de cet échange à fleurets mouchetés, finis-je par lâcher.
    – Quand on commence une partie, on ne sait jamais quand elle s’achève.
    Ses jambes tremblent, elles ne vont plus tarder à s’effondrer sous son poids.
    – Tu veux que je t’amène ce vieux fauteuil ? Tu vas mourir ici, au moins que ce soit dans un minimum de confort. Tu ne crois pas ?
    Je vois ses yeux se tourner vers le dudit objet.
    – Ce ne serait pas de refus. Mais dépêche-toi, je crois que ces vieilles cannes n’en ont plus pour très longtemps.
    Je me recule. Le fauteuil n’est qu’à quelques pas. Et si je partais. Et si je laissais tout tomber pour sauver ma vieille carcasse. L’envie me saisit de prendre mes jambes à mon cou et de fuir cet endroit dément.
    – Tiens ! soufflé-je. Tu veux un coup de main ?
    – Merci, mais, te les salis pas pour moi. Je n’en vaux plus la peine, réplique-t-il.
    – Comment tu fais ?
    – Comment je fais quoi ? me rétorque-t-il en me fixant dans le blanc des yeux, alors qu’il ploie sous l’effort pour ne pas briser son corps.
    Je remarque que son pied droit n’a pas soutenu le choc, il est demeuré coller sur le sol ; c’est la fin. Soudain, la pièce tremble. De justesse, je me rattrape à une table à demi calcinée.
    – On dirait que tout est en train de foutre le camp, non ? Tu devrais peut-être partir pendant que tu le peux encore.
    Je lui souris. Partir et le laisser dans ce qui ne sera bientôt plus qu’une ruine.
    – Non !
    Ma voix est posée, aucune trace d’agressivité ne s’en dégage.
    – T’es con, lâche-t-il. Tu sais que je peux rien dire.
    Je m’approche de lui.
    – Je sais, lui murmuré-je, penchée sur son oreille.
    J’entends sa peau craquée, il essaie de me sourire. Je jette ma cigarette au loin et en fais de même pour la sienne.
    – Mais tu peux encore l’écrire, lui chuchoté-je, comme j’embrasse ses lèvres qui tombent en poussière.
    – Fuis !
    Il a raison, je dois partir. Son corps se désagrège et la maison avec. Son bras se lève et pointe un mur aveugle. J’hésite encore.
    – Tire-toi, Abélia. Tu penses vraiment que tu pourras ainsi te débarrasser de moi.
    Je me détache de son cadavre et époussette un peu de la cendre qui couvre mon pelage. Inutile que je ramasse ce qu’il reste de mes habits, je n’aurai même pas de quoi me tailler un string. Faudra juste que je fasse gaffe quand je m’aventurerai dehors, manquerait plus que je tombe sur de jeunes loups en rut.
    
    – Abélia ? Abélia ?
    Je sursaute. Skätter me dévisage. Il a les plus grandes difficultés à dissimuler son inquiétude. Un liquide froid dégouline sur ma figure. Intriguée, j’approche une main. Aussitôt, il me tend un mouchoir orange, dont je me saisis sans comprendre.
    – Que…
    – Tu t’es soudain endormie et tu t’es ensuite bavée dessus, me glisse-t-il tout en pointant du doigt la flaque sur la table.
    Heureusement, personne ne semble l’avoir remarqué ou alors la présence d’un humain les aura dissuadés de tenter quoi que ce soit à l’encontre de ma personne.
    – Si tu m’expliquais, enchaîne-t-il à brûle-pourpoint. Je te parle d’une bibliothèque en ruine et l’instant d’après tu t’effondres sur la table. Une chance que j’ai des réflexes, tu as bien failli t’empaler sur ton verre, un œil en moins ça fait toujours désordre.
    En effet, il ne croit pas si bien dire et malgré un pouvoir certain de régénération, j’en aurai été quitte pour un rendez-vous chez cette vieille harpie sénile qui nous sert de guérisseuse.
    – Merci, soufflé-je. Tu permets que je m’essuie un peu, le temps de reprendre mes esprits.
    Skätter me regarde sans mot dire. Je le sens très inquiet. J’ignore s’il a capté quelque chose pendant ma chute derrière la Frontière. J’ose espérer que non, j’ai ma pudeur tout de même. Je ne pense pas, sinon il n’arborerait pas cette mine de papier mâché. Je reconnais que c’est toujours quelque chose que de me voir reprendre ma forme véritable, enfin si on peut appeler les choses de cette manière.
    – Tu sais que tu as failli y rester, gronde l’autre dans ma tête.
    – Je sais et je ne comprends pas comment elle a pu basculer dans leur monde.
    – Moi non plus! Alors raison de plus pour retrouver Pinocchio.

Texte publié par Diogene, 27 septembre 2017 à 17h31
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