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Tome 1, Chapitre 16 « Comme un Fumet de Paranoïa » Tome 1, Chapitre 16
– Schwartztotenkopf ! Prochain arrêt Schwartztotenkopf !
    La voix nasillarde vocifère dans les haut-parleurs situés, pour notre bonheur, dans le couloir.
    Les paupières mi-closes, je me tourne vers mon ami, toujours endormi. Incroyable comme il peut ressembler à un gros bébé lorsqu’il a les yeux clos. Il serait presque mignon, s’il ne ronflait pas comme un sonneur.
    – Bah, soupiré-je, en rejetant les couvertures de la banquette.
    Assise sur le rebord, je relève le rideau. Derrière, se dessinent au travers d’un épais brouillard les contours d’une cité lugubre ; Schwartztotenkopf, la cité des crânes noirs. Soudain, j’ai la sensation étrange que cette ville n’a jamais aussi bien porté son nom que ce matin-là. Noyée dans une brume jaunâtre, elle ressemble à un fantôme. Ce qu’au fond, elle n’a jamais cessé d’être. Peuplée autrefois de guerriers berserks, elle est aujourd’hui hantée par ses spectres qui chaque nuit se répandent dans ses rues et terrorisent ses infortunés et malheureux habitants.
    – Hierominus Skätten, vous êtes prié de vous lever, lui lancé-je, en même temps que je lui secoue l’épaule.
    Vautré sur la couchette, c’est à peine s’il remue. Hélas, le train arrivera à son terminus d’ici une dizaine de minutes et les flemmards ne sont pas du goût de la compagnie.
    – Debout ! Lève-tard !
    Un œil morne me contemple. La paupière mi-close, je devine sans peine les effets de l’inconfort de ce lit de fortune. Une passe sous la nuque, douloureuse. J’entends les membres, les vertèbres qui craquent ; cela ressemble à un jeu de domino.
    – Mauvaise nuit.
    Ce n’est pas une question, mais une affirmation. Skätten m’envoie un regard torve. Il tourne la tête vers la vitre. Aussitôt, une moue de dégoût se dessine sur ses lèvres ; Schwartztotenkopf ne changera jamais. Pourtant, le quartier de la gare est sans doute le plus propre et le moins mal famé de la cité.
    – C’est ça, Schwartztotenkopf ? grommelle-t-il.
    – Ouais. Je suis sûr que tu n’as pas ça chez toi.
    Les yeux tournés vers la ville perdue dans la brume, il ne dit rien. Il se contente d’admirer – si tant est que la chose soit possible – les ruines d’un temple dédié à je ne sais plus quelle divinité.
    – Qu’est-ce que c’est ? m’interroge-t-il, tandis qu’il pointe un index dans sa direction.
    – Un ancien autel. Ne me demande pas à qui il était dédié. Je n’ai jamais étudié de près les cultes de l’antique Schwartztotenkopf ; sûrement quelques divinités guerrières.
    Une ombre, qui ne m’échappe pas, passe sur son visage. Est-ce un mauvais présage ? Ai-je fait une erreur ? Impossible, si j’en crois l’oracle. Au même instant, un violent coup de frein nous jette à terre, en même temps que se répandent nos bagages. Cependant, je n’ai pas le temps de relever la tête, qu’une chose lourde oblongue nous tombe dessus et nous assomme proprement.
    J’ignore combien de minutes, je suis demeurée ainsi, inconsciente et vautrée sur le sol crasseux de notre cabine. En revanche, le train ne semble pas être reparti, si j’en crois la vue qui s’offre à mes yeux. D’un coup de rein, je repousse la banquette qui s’est arrachée de cloison, puis j’examine d’un peu plus près le crâne de mon camarade, lequel est surmonté d’une superbe bosse de la taille d’un œuf de réré. Je pose deux doigts sur sa jugulaire et constate avec soulagement que son pouls est des plus réguliers. J’espère seulement qu’il a la tête dure. En attendant, j’apprécierais d’avoir un peu plus d’information au sujet de notre arrêt forcé. Comme pour me donner raison, la voix nasillarde nous annonce la reprise du trafic ; sans pour autant nous expliquer les origines de cette pause inopinée. Une main sur sa ceinture, l’autre dans son dos, je soulève comme s’il ne s’agissait que d’un sac de plumes et le dépose en douceur sur le matelas. La paume posée sur son front, j’écoute les échos de son âme heurtée.
    – Bon… On va faire quoi, mon vieux, si tu ne te réveilles pas ? Te porter sur mes épaules ou dans mes bras.
    – Hé ! Oh ! Depuis quand tu joues les nounous ?
    – Ah oui ? Et comment on fait s’il ne se réveille pas ?
    – Ch’ai pas. T’as qu’à le traîner comme un sac à patates. Personne ne te fera la moindre remarque. Tu sais comment sont les gens dans cette ville.
    Je soupire, au même instant j’aperçois la sombre et monstrueuse silhouette de la gare de Schwartztotenkopf, avec son immense flèche rouge qui transperce le ciel.
    – Abélia, marmonne Skätten d’une voix chevrotante.
    Finalement, il a la tête dure. Rassurée, je me penche sur lui.
    – Comment te sens-tu ? lui murmuré-je l’oreille.
    – Comme si j’avais toutes les cloches de Notre-Dame dans la tête.
    J’ignore qui elle peut être, mais elle est du genre bruyante, si j’en juge par la mine de papier mâché de mon ami.
    – Bon, au moins tu m’as reconnu. Tu ne sembles pas souffrir d’amnésie.
    Comme il va pour se passer une main sur le crâne, je lui attrape le bras.
    – Je serai toi, je n’y toucherai pas. Tu as une magnifique bosse sur le sommet de ton chef ; cadeau d’une couchette mal fixé qui nous est tombé dessus.
    Skätten hausse un sourcil, puis il aperçoit la coupable qui gît derrière moi.
    – Un attentat ?
    – J’en doute. Mauvais entretien, plutôt. La ligne de Schwartztotenkopf n’est pas des plus fréquentées ni des plus fréquentables. Une chance que notre compartiment fut propre.
    Pourtant je ne suis même pas convaincu de la véracité de mes propres paroles, car de trop nombreux incidents jalonnent notre parcours. Ou alors deviens-je paranoïaque, ce qui ne serait pas des meilleurs augures. Par la fenêtre, je contemple le paysage qui défile Hierominus appuyé sur mon épaule. Nous arriverons bientôt à la gare et ensuite, j’ignore encore comment, mais nous devrons mettre la main ce salopard de Pinocchio, alias Armand Cavalcanti. Si je le retrouve celui-là…
    – Schwartztotenkopf ! Schwartztotenkopf ! Terminus ! Tous les passagers sont invités à descendre.
    – Bienvenue à Schwartztotenkopf, mon ami, soupiré-je avec ironie.

Texte publié par Diogene, 21 novembre 2017 à 17h32
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