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Tome 1, Chapitre 13 « La Cité des Crânes Noirs » Tome 1, Chapitre 13
T’ain ! J’ai la désagréable sensation de me retrouver dans un mauvais western, un pistolet braquer sur la tempe, avec un gars qui me dirait :
    – Tu vois dans la vie, il y a deux types de mecs. Ceux qui ont un flingue chargé et les autres qui creusent : Toi ! Tu creuses !
    Et ce ne sont pas les chaos du train qui arrangent mon humeur déjà très sombre. En face de moi, Skätten paraît ne pas s’en formaliser. Lui est le bretteur, moi le spectateur. Je devine l’identité de l’accordeur. Cette vieille toupie avait parlé d’un ancien compagnon. Il ne peut s’agir que de cette grande asperge de Pinocchio. Quant au créateur, je suis bien infoutue d’avoir la moindre idée à son sujet.
    – T’aurais pas une pioche, par hasard ? lancé-je soudain à mon ami, perdu dans ses pensées.
    – Je te demande pardon, Abélia, s’écrie-t-il comme il sursaute, désarçonné par la candeur de mon ton et le contenu de ma question.
    – Ben quoi. Je suis en train de me creuser les méninges et j’ai cassé ma pelle en tapant dans une roche trop dure. Alors maintenant, j’ai besoin d’une pioche pour la péter.
    À sa figure, il doit encore se demander ce qui me passe par la tête ou ce que je consomme dans son dos. Rien ! Je suis seulement à fleur de peau avec les nerfs en pelote et faut pas venir marcher sur mes platebandes, je mords.
    – Désolé, marmonné-je à son adresse, pour mieux me replonger dans mes sombres ruminations.
    Par la fenêtre défilent des campagnes anonymes peuplées de créatures aux cornes tordues et aux ventres distendus. Je n’ai jamais aimé la campagne. Je préfère, et de loin, les villes encombrées, saturées de fumées urbaines dans lesquelles je puis me fondre avec aisance ; un comble pour quelqu’un de mon sang et de mon rang. Je jette un coup à la signalisation dans le wagon – on ne sait jamais – mais il ne figure aucune interdiction d’aucune sorte. Soulagée, je sors une cigarette de mon paquet et en tends une à Skätten qui décline.
    – Comme tu veux, marmonné-je, tandis que je l’enflamme à l’aide d’un vieux briquet à amadou antédiluvien.
    Bientôt, le bout rougeoie et j’injecte dans mes poumons une immense bouffée emplie de niroline et autres alcaloïdes dont mon organisme raffole.
    – Ahhhh. Y avait longtemps ! s’exclame une voix dans ma tête. Pourquoi t’en fumes pas plus souvent ?
    – Dis donc ! L’or, ça se trouve pas sous le sabot d’un cheval, maugréé-je. Tu sais combien me coûte un quart de livre de cette petite merveille.
    – Radine !
    – Ts, on voit bien que c’est pas toi qui vas au turbin et qui te coltines les clients.
    – Rabat-joie.
    Mais je ne réplique pas et, à la place, j’inspire une nouvelle bouffée de ce merveilleux mélange. Je ne vais pas me gâcher mon plaisir à cause d’un jocrisse mal embouché. Soudain, Skätten m’apostrophe. Je ne sais pas s’ils se sont donné le mot, mais là la moutarde ne va pas tarder à me monter au nez.
    – Abélia ? Tu peux me répéter le nom du patelin où nous nous rendons ?
    – Schwartztotenkopf, une cité des plus sinistres. Et crois-moi, je m’y connais en la matière. Traduction, la cité des crânes noirs, ou à peu près dans ta langue.
    – Réjouissant, en effet, murmure-t-il les sourcils froncés. Pourquoi passer par là, si elle est si lugubre et aussi peu accueillante que cela ?
    Ce serait bien peu de le dire, mais je me garde bien d’en ajouter plus à son sujet. Le Diable me paierait, que je n’y mettrai plus jamais les pieds, à moins de m’y retrouver contrainte.
    – Tout ça, c’est de la faute de Pan. Enfin, dit de cette manière, je ne serai guère charitable avec lui. Comme nous partions, il m’a révélé le lieu où nous trouverions l’Accordeur et le Créateur. Il paraissait navré pour nous.
    Par la fenêtre, j’aperçois le ciel qui se teinte d’une couleur rouge sang avec ses reflets orangés. Heureusement, nous n’arriverons pas de nuit ; nous la passerons dans des couchettes à peine confortables. En plus d’être aussi sinistre que lugubre, à la faveur de l’obscurité, toute une faune de trolls, de minions et autres créatures tout aussi réjouissantes se répand dans la ville et y sème autant la pagaille que la terreur. Alors, à moins d’être fortement armé ou d’avoir la carrure d’un géant des tempêtes, personne ne serait assez suicidaire pour faire une balade nocturne. En général, ses habitants passent cette partie de la journée claquemurés dans des pièces, au moins aussi bien défendues que le siège de la réserve d’orichalque en Atlantidie. Dédaigneuse, je baisse le rideau, notre destination est bien assez déprimante ainsi. Inutile de se farcir, en plus, la vue d’une campagne perdue au milieu de champs de praires, où poussent des clés par milliers. Bah ! Pourquoi faut-il que les dictons et autres proverbes idiots se réfugient par ici et s’incarnent en des visions aussi niaises ? En face de moi, harassé par notre expédition, Skätten s’est endormi. Le bougre, il a bien de la chance. Je crains de ne pouvoir faire de même avant un moment, alors autant s’en griller une autre. Ça me fera passer le temps, ou pas.
    – À quoi tu penses ?
    Je recrache un jet bleuté qui monte vers le plafond qui s’étale en une nappe bouillonnante. Je l’observe un moment, en silence. Puis mes yeux glissent le long de la paroi ; notre verrou est bien cadenassé. Par précautions, je place une rune sur la porte, les contrôleurs sont déjà venus s’assurer de la validité de nos billets ; aucun risque que l’un d’entre eux soit pris au piège, au pire il en serait quitte pour une bonne frayeur.
    – Schwartztotenkopf…
    – Évidemment.
    Son ton est lourd de sous-entendus.
    – Comme tu dis ! Qui aurait pensé qu’un jour nous devions y retourner après toutes ces années ? Tu crois que Pan se sera moqué de nous ?
    – Non ! Cette affaire est bien trop grave et n’oublie pas qu’il a accepté que vous fouliez de vos pieds son sanctuaire.
    

Texte publié par Diogene, 1er novembre 2017 à 22h05
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