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Tome 1, Chapitre 1 « Le départ » Tome 1, Chapitre 1
Un peu plus tôt dans la journée…
    
    Essoufflée après des heures d’entrainement, Azuria était dégoulinante de sueur. Ses cheveux bleus lui collaient aux joues. Elle avait beau les avoir coupés mi-court, ils étaient toujours gênants pour le combat. Écartant une mèche proche des yeux, elle se tenait en position combat face à son beau-père. Contrairement à elle, il ne montait aucun signe de fatigue et la transpiration n’avait pas l’air de le déranger. En même temps, il avait eu l’intelligence d’attacher ses longs cheveux noirs en queue de cheval. Habillé d’un kimono gris, il brandissait son katana d’un air grave, prêt à bondir sur son adversaire.
    
    Le soleil qui tapait en plein dans le jardin n’aidait pas la jeune combattante à supporter la chaleur. Même la petite brise qui caressait la pelouse bien taillée n’avait aucune chance de la rafraichir. Elle reprit son souffle puis se concentra de nouveau, les yeux rivés sur le sabre de son adversaire. C’était l’un des précieux conseils que lui avait donnés Kenji, son beau-père.
    
    Celui-ci s’élança vers elle pour tenter un coup d’épée horizontale. Azuria esquiva d’une roulade sur le côté. Kenji était très rapide dans ses offensives, et d’une précision mortelle. Cependant, elle n’en attendait pas moins d’un ancien soldat à la solde de l’Ordre de la lumière. Une fois remise sur pied, elle bloqua sa prochaine attaque avec son katana. Les bruits des lames s’entrechoquèrent, provoquant un crissement métallique. Il lui fallut utiliser tout ce qu’il lui restait en force pour empêcher Kenji de pousser son épée vers elle. Alors que le katana se rapprochait dangereusement, Azuria décida de tenter une manœuvre périlleuse.
    
    Elle lâcha prise, laissant Kenji emporté par sa propre force. Tout en s’écartant sur le côté, elle tenta de lui asséner un coup de pommeau dans le dos. Mais son beau-père ne se laissa pas prendre si facilement. Il attrapa le sabre rapidement et frappa Azuria d’un coup de pied dans le ventre. Celle-ci n’eut d’autre choix que de prendre ses distances, en espérant que la douleur au ventre allait vite s’atténuer.
    
    Une fois que le mal à l’abdomen diminua légèrement, elle se précipita sur son adversaire. Motivée pour montrer ce qu’elle valait, elle s’empressa de porter un coup rapide et violent à la verticale. Kenji esquiva, puis contre attaqua. D’ordinaire tranquille, le jardin était en proie aux hurlements de rage des deux combattants. Azuria était sûre de pouvoir le battre, malgré la fatigue et la sueur qui perlait son front, elle le savait !
    
    Kenji était toujours au top de sa forme, si bien qu’il finit par prendre le dessus. Azuria ne sentait plus, ni ses bras ni ses jambes. Les muscles endoloris, elle avait du mal à tenir fermement son katana. Jusqu’au moment où Kenji réussit à le lui arracher des mains d’un coup violent, puis lui fit un coup de pied sauté en pleine poitrine qui l’envoya valser à quelque mètre plus loin. Le souffle coupé, n’arrivant même plus à se relever, Azuria s’étala de tout son long dans l’herbe.
    
    « Bon, on arrête là, » dit simplement Kenji.
    
    Azuria aurait voulu continuer à se battre. Son désir de vengeance la poussait à dépasser ses limites pour devenir plus forte. Elle se releva en puisant dans ses dernières forces.
    
    « Non ! On continue ! » s’imposa-t-elle.
    
    Kenji s’approcha d’elle, amusé. Il se débarrassa de toute sa volonté en la poussant d’une simple pression du pied sur l’épaule. Elle retomba sur les fesses et en lâcha son arme.
    
    « Comme je disais, on arrête là. Je ne crois pas que tu puisses encore me tenir tête plus longtemps. C’est déjà un exploit que tu me résiste une heure et demi pour une gamine de vingt ans.
    
    – J’n’ai pas dit mon dernier mot ! s’énerva-t-elle.
    
    – C’est ça. Reste dans l’herbe et profite du soleil. Je vais prendre une douche moi, tu m’as donné chaud à te battre comme une forcenée. »
    
    Kenji la regardait avec le sourire. Elle se demandait s’il disait ça avec fierté ou non. Il rangea son katana dans son fourreau et retourna vers sa maison, laissant Azuria contempler le ciel bleu d’un air lugubre après sa défaite.
    
    Son souffle lui revint petit à petit, en même temps que la disparition de la douleur après un coup si puissant à la poitrine. D’un geste de la main, elle se débarrassa de la sueur qui suintait sur son front. Le calme et le silence lui permit de s’évader, repensant à cet instant de sa vie où tout avait basculé. Elle n’avait plus de temps à perdre, elle devait assouvir sa vengeance cette année… Son pacte n’étant pas éternel, elle devait agir au plus vite.
    
    Le hurlement de son estomac chassa ses idées noires, réclamant un repas immédiat après tous ces efforts.
    
    Après avoir retrouvé sa mobilité, elle se hâta dans la salle de bain une fois Kenji sorti. Une bonne douche s’imposait ! Elle se débarrassa de ses vêtements d’entrainements puant la transpiration, pour se jeter dans la cabine. Une fois l’eau bien tiède comme elle l’aimait, elle put enfin se détendre. Le liquide coula le long de son corps fin fuselé, lui la débarrassant au passage de toute la sueur qui lui collait à la peau. Après le petit quart d’heure de détente, elle enfila un kimono et se dirigea vers la cuisine.
    
    La maison de ses parents adoptifs était d’un style ancien : tout en bois avec des parois en papier, le sol était recouvert de tatamis, dont la paille frottait les pieds nus d’Azuria. La salle à manger était assez grande, avec une table basse pouvant accueillir six convives. Mais personne n’était présent. Il n’y avait que la télé holographique qui émettait un bruit de fond. C’était les informations, et comme d’habitude, il ne parlait que de la capitale d’Arcadia, sans jamais s’occuper des petites villes retranchées de la région. Azuria ne voulut même pas en écouter davantage. Entendre que l’Ordre de la lumière faisait tout pour maintenir la paix dans le monde, la faisait vomir.
    
    Son estomac gronda. La faim la submergeait et elle était impatiente de se mettre à table. D’ailleurs, tout était déjà prêt : assiettes, couverts, verres… Mais personne à l’horizon. Elle inspecta de nouveau la pièce. Aucune vie, pas même son beau-père dans le canapé.
    
    « Il y a quelqu’un ? demanda Azuria.
    
    – Oui oui ! répondit une voix féminine. Installe-toi à table, nous arrivons. »
    
    C’était Hinako, la femme de Kenji. D’une nature très calme, toujours souriante, elle avait pris grand soin d’Azuria depuis qu’elle l’avait adopté. Elle arriva avec un plateau garnie de nourriture, dont l’excellente odeur fit saliver la jeune femme.
    
    Azuria s’assit au sol en attendant de pouvoir se servir. Kenji arriva en dernier, lui aussi avait troqué son kimono gris pour un blanc.
    
    « Allez, mangeons ! On l’a bien mérité, non ? demanda-t-il en parlant à Azuria.
    
    – Et comment ! Je meurs de faim ! Yuji n’est pas là ? demanda la jeune femme aux cheveux bleus, cherchant leur petite fille du regard.
    
    – Elle dort, c’est l’heure de la sieste, lui dit Hinako en servant son mari.
    
    – Oh, d’accord. »
    
    Le repas se passa dans la bonne humeur, comme à son habitude. La première bouchée était toujours aussi magique, elle réveillait toutes les papilles d’Azuria tellement les plats étaient délicieux.
    
    Après ce bon repas copieux, Azuria se préparait déjà pour poursuivre son entrainement. Elle ne voulait pas louper une seule demi-journée. Sport, technique de combat rapproché à la main et à l’épée… Elle ne perdait jamais son temps. Cependant, ce jour-là, Kenji lui demanda d’aller en ville pour acheter de quoi manger pour la semaine prochaine. D’habitude, Azuria râlait de façon à en être dispensée, mais comme cela finissait toujours par un sermon, elle finit par accepter la corvée sans rien dire.
    
    Ce n’était qu’une perte de temps pour elle, se rendre jusqu’à Ego pour faire des courses ne faisait pas partie de son programme d’entrainement ! Elle alla dans sa chambre, troqua son kimono pour un jean noir et un haut blanc, puis se hâta d’enfiler ses bottes pour partir. Elle prit la petite carte de crédit posée dans un fourre-tout, laissé là intentionnellement pour ceux qui allaient en ville.
    
    « Je suis partie ! cria-t-elle à l’intention de ses parents d’adoption.
    
    – D’accord, fais attention à toi, » lui répondit Hinako suffisamment fort pour qu’elle entende.
    
    Azuria sortit et suivit le petit chemin de terre qui traversait la plaine. Le paysage était magnifique. Le soleil, haut dans le ciel, inondait de sa lumière la verdure omniprésente. L’odeur de la fleur de cerisier planait dans l’air, offerte par les nombreux arbres qui s’implantaient parfaitement dans ce décor apaisant. Plus question de combat, de sueur et d’effort, chaque pas qu’Azuria faisait la calmait petit à petit. Ses muscles purent se détendre enfin, elle qui les poussaient souvent au-delà de leur limite. Malgré son envie de continuer de s’entrainer pour assouvir sa vengeance qui la dévorait, elle profita du calme environnant pour se ressourcer.
    
    Plusieurs fois Kenji lui avait dit de penser à se reposer de temps en temps. Le corps avait besoin de tranquillité. Au début, elle n’avait que faire de ses conseils et préférait s’entrainer sans relâche. Cependant, elle tomba malade à plusieurs reprises, se cassa bras et jambes, ou même se déchira les muscles. Avec la durée des soins, elle perdait beaucoup plus de temps en restant au lit plutôt qu’en profitant d’une journée ou deux par semaine.
    
    Ego n’était pas si loin que ça. C’était un petit village assez pauvre, lui aussi importuné par l’Ordre de la lumière. C’était pour cette raison que Kenji quitta ce groupuscule. Il en avait marre de quémander des impôts toujours plus énormes à de pauvres bourgades pour alimenter la capitale, de ne pas protéger les faibles qu’il s’était juré de servir. Sa rencontre avec Hinako le poussa à tout abandonner pour aller s’exiler.
    
    Azuria arriva enfin. Elle comprit rapidement pourquoi on lui avait demandé de venir aujourd’hui. L’agitation était de rigueur avec le marché hebdomadaire. La ville était constituée de plusieurs petites ruelles pavées s’entrelaçant, jouxtées de plusieurs maisons de pierres collées les unes aux autres. Le tout était en mauvais état et pour cause : le manque d’argent du aux collectes d’impôt. Les rues étaient crevassées, beaucoup de pavés manquaient à l’appel, les maisons fissurées…
    
    Le marché s’étalait tout le long des ruelles, créant un brouhaha constant. Entre marchand apostrophant les passants, les discussions de rues entre amis et les enfants qui jouaient, Ego débordait d’animation. Malgré la pauvreté de la ville, les gens achetaient tout de même de quoi manger ou s’habiller, tentant d’oublier pendant une journée leur malheur.
    
    Azuria avait de la peine pour ceux qu’elle croisait. Certains étaient dans des états déplorables : malades, vêtements déchirés, des corps quasiment famélique… Ces pauvres gens devaient se démener comme il pouvait pour s’en sortir.
    
    La jeune femme aux cheveux bleus s’arrêta à un étal de fruit puis acheta ce que Hinako avait écrit sur sa liste. Lors de sa ballade, elle surprit une conversation plus qu’intéressante entre un passant et un marchand.
    
    « Ces saletés de l’ordre sont encore venues dans notre village hier ! Ils n’arrêtent pas de nous ponctionner d’impôt… Heureusement que la résistance est là, dit le marchand de sa voix forte.
    
    – Je suis assez d’accord avec vous. Mais vous ne connaissez pas les dernières nouvelles ? demanda le passant à petite voix.
    
    – Non, qu’est-ce qui se passe ?
    
    – Apparemment, ils ont trouvé une base de la résistance dans la ville d’Astria.
    
    – Astria ? Ils sont installés là-bas ? C’est dingue ! C’est une belle et grande ville en plus ! L’une des seules que l’Ordre de la lumière veut bien encore financer pour la développer.
    
    – Et justement, c’est Nantis qui va venir en personne pour les arrêter et les exécuter ! »
    
    Toute la haine et la rancœur d’Azuria refirent surface. Son corps se mit à trembler sous le poids de la colère. Il ne lui fallut qu’entendre ce nom… Ce nom qu’elle connaissait bien. Il s’agissait du meurtrier de ses parents, ainsi que le responsable du massacre de son village une dizaine d’années plus tôt. Elle serra les dents et les poings. C’était maintenant ou jamais. L’entrainement journalier qu’elle subissait depuis des années existait uniquement fait pour ce moment. Elle allait enfin se venger !
    
    Elle retourna chez elle à la hâte. Jamais elle n’avait couru aussi vite. Lorsqu’elle arriva, ses parents adoptifs étaient dans le jardin. Hinako peignait un tableau en plein soleil pendant que Kenji faisait du jardinage. Ils arrêtèrent tout ce qu’ils faisaient lorsqu’ils virent l’air grave qu’arborait Azuria. Ils s’approchèrent d’elle. Azuria ne bougeait pas, tremblante de colère.
    
    « Qu’est-ce qui se passe ? demanda Kenji.
    
    – Il… »
    
    Elle n’arrivait même pas à prononcer le nom de ce meurtrier sans avoir les larmes aux yeux. Azuria rassembla son courage, puis expliqua ce qu’elle avait entendu lors de ses courses. La tristesse se lisait sur le visage de ses parents adoptifs, ils savaient très bien ce que cela voulait dire. Azuria n’hésita pas à leur dire.
    
    « Je me rends à Astria. Je vais le tuer, » dit-elle d’une voix assurée.
    
    Kenji garda un air impassible, alors que Hinako lâcha une exclamation en plaçant les mains devant sa bouche, outrée. Kenji souffla.
    
    « Nous ne pouvons pas t’empêcher de partir, n’est-ce pas ? dit-il sans chercher à la convaincre.
    
    – Non. Je me mets en route immédiatement. »
    
    Hinako laissa échapper un sanglot. Triste de devoir abandonner la fille qu’elle avait adoptée et qu’elle aimait.
    
    « S’il te plait, reste avec nous… supplia-t-elle.
    
    – Désolé. Mais je vous ai déjà raconté que j’avais fait un pacte et qu’il allait bientôt venir à terme. Je vais me venger, quoi qu’il arrive, » dit-elle sereinement.
    
    Hinako se mit à pleurer. Kenji passa son bras dans son dos et lui dit de rentrer, que tout allait bien se passer. Azuria et son maître se retrouvèrent face à face.
    
    « Tu vas tenter de me convaincre aussi ? demanda la jeune femme aux cheveux bleus.
    
    – Non, je savais que ce jour arriverait. Je ne peux que te souhaiter bonne chance, et surtout de rester en vie. Tu vas affronter l’Ordre, tu t’en rends bien compte ?
    
    – Ça m’est égal. Kenji, le pacte se termine à la fin de cette année. Ce… « Monstre » me l’avait dit quand il me l’avait proposé. J’avais jusqu’à ma vingtième année pour assouvir ma vengeance. L’occasion se présente maintenant, alors je vais en finir. Que je doive me battre contre tout l’Ordre de la lumière ne me fait pas peur. »
    
    Kenji l’avait écouté avec attention. Elle était déterminée, rien ne pouvait la faire changer d’avis. Il l’emmena dans la salle d’entrainement intérieure, où se trouvaient quelques armes accrochées sur leur support. Il décrocha un katana et lui donna.
    
    « Je te le donne, tu peux le dématérialiser. »
    
    Azuria fut surprise d’entendre ces paroles, elle ne savait pas qu’il connaissait son pouvoir.
    
    « Depuis quand savez-vous ?
    
    – Je t’ai vu t’entrainer à l’utiliser. Alors, utilise cette arme pour te venger, mais reviens nous voir avant de partir définitivement. S’il te plait.
    
    – J’essaierais, » répondit-elle sans vraiment y croire.
    
    Elle prit le katana, puis en se concentrant un peu, elle le fit disparaitre dans un déluge d’énergie bleuâtre. Elle avait appris à utiliser son pouvoir avec divers objets. Capable de les dématérialiser, elle pouvait les refaire apparaître dans sa main à volonté. Un pouvoir qui lui donnait l’assurance de gagner, puisque l’Ordre de la lumière ne l’utilisait pas. Au contraire, ils pourchassaient justement les gens comme elle.
    
    D’un pas décidé, elle alla une dernière fois dans sa chambre. Tous ces moments de solitude, de bonheur, d’apaisement, de colère, de chagrin… Tout ce qu’elle avait vécu… Elle allait tout abandonner. Mais depuis le premier jour, elle savait que cela finirait de cette manière, et elle ne ferait pas demi-tour.
    
    Azuria se déshabilla, troquant son kimono contre une chemise épaisse rouge à bouton. Une veste noire mi longue et un pantalon noir vinrent s’ajouter à la tenue. Le tout recouvert d’un manteau noir sans manche, avec une capuche suffisament grande pour dissimuler son visage. Une fois habillée, elle alla mettre ses bottes dans l’entrée. Hinako revint à la charge les yeux injectés de sang, laissant échapper des larmes qui perlaient ses joues.
    
    « S’il te plait, Evelyne ne part…
    
    – Ne m’appelle pas comme ça, interrompit Azuria.
    
    – Pardon… Azuria. S’il te plait, reste avec nous.
    
    – Désolé, je dois y aller. Je te promets de revenir, lui assura Azuria sans conviction.
    
    – Tu crois que je ne sens pas quand tu n’es pas sûre de toi ? Ça fait huit ans que nous t’avons recueillie, je te connais bien, Azuria. Sois prudente, s’il te plait… »
    
    Azuria voulait essayer de la rassurer, mais rien ne lui vint. Son périple n’avait qu’une seule issue : la mort. Elle le savait. Mais même sachant cela, elle n’abandonnerait pas son objectif. Sans s’y attendre, Azuria laissa des larmes couler de ses yeux. Finalement, elle s’était attachée plus qu’elle ne le voulait à ses parents adoptifs. Elle voulait les remercier pour tout ce qu’ils avaient fait. Mais comment le pouvait-elle ? Elle allait les laisser, les abandonner, malgré tout ce qu’ils avaient sacrifié pour elle. Combien de crises Hinako avait-elle supportées de sa part ? Tous les problèmes qu’elle avait causés à l’école… Les fugues… Combien de fois l’avait-elle consolée lorsqu’elle pleurait en revoyant ses parents et son frère lâchement assassinés ? Tout ce temps qu’avait pris Kenji pour l’entrainer, sacrifiant même des journées entières pour ça. Et pourtant, avec regret, elle allait les laisser tomber. Azuria imaginait ce jour depuis toujours, mais jamais elle ne s’était crue capable de pleurer avant de les quitter.
    
    Ce fut encore plus dur lorsque Hinako la prit dans ses bras. Elle ne pouvait plus s’empêcher de pleurer, blottie contre celle qu’elle considérait comme sa propre fille. Azuria s’en voulait de la mettre dans cet état. Depuis ses dernières fugues vers ses seize ans, elle avait beaucoup muri. Surtout après les corrections de Kenji lors d’entrainement difficile. Elle avait promis de ne plus les faire souffrir ni de les inquiéter. Pourtant, au moment où elle avait entendu le nom de celui qui avait détruit sa vie, sans la moindre hésitation, elle était prête à se lancer à sa poursuite. Était-elle égoïste au point de tout laisser ? Même si elle changeait d’avis, elle n’avait plus que cette année à vivre…
    
    Tremblante. Se retenant de pleurer de toutes ses forces, Azuria enlaça Hinako à son tour.
    
    « Merci pour tout… Je ne vous oublierais jamais, » dit-elle le cœur empli de tristesse.
    
    Hinako se releva. Elle essuya ses larmes avec la manche de son kimono et se força à sourire.
    
    « Tu seras toujours la bienvenue ici. Reviens-nous vite. »
    
    Azuria hocha la tête. Kenji arriva et lui tendit une carte de crédit.
    
    « C’est pour toi, nous avons mis ça de côté pendant ces huit années. Comme nous savions que tu partirais, nous t’avons préparés un peu d’argent pour le voyage. Ce n’est pas beaucoup, il va sans doute falloir que tu travailles un peu…
    
    – M… Merci… » dit-elle en prenant timidement l’objet.
    
    Azuria ne savait pas quoi dire, elle n’était même pas au courante de ces économies. Finalement, elle ouvrit la porte puis fit quelques pas à l’extérieur. C’était le point de non-retour. Une fois franchie, elle ne reviendrait plus jamais dans cette maison. Elle se retourna une dernière fois.
    
    Kenji et Hinako se tenaient sur le pas de la porte, lui faisant un signe d’au revoir. Ils avaient tant fait pour elle. Elle voulait photographier à jamais leur visage, l’associer à cette maison où elle se sentait si bien, car maintenant, l’avenir allait s’assombrir. Après une dernière larme, elle rabattit sa capuche et s’engouffra sur le chemin de terre. Il faisait toujours aussi chaud et beau, les oiseaux chantaient pour accompagner ses pas décidés. Elle n’oublierait jamais la douceur de l’air, le parfum fleurit des cerisiers magnifiques… Même si, tout ce qui l’attendait, c’était la brutalité de la mort et l’odeur du sang…

Texte publié par Seiki, 11 septembre 2017 à 18h37
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