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Tome 1, Chapitre 5 « Astria » Tome 1, Chapitre 5
Sur le chemin du retour, la pluie se mit brusquement à tomber. L’eau froide coulait le long du visage d’Azuria. Elle rabattit sa capuche pour se protéger de la brise fraiche qui serpentait entre les arbres, dans l’espoir de calmer les frissons de ses bras. Elle s’empressa de mettre sa capuche. De la boue se formait un peu partout dans le marécage, obligeant les deux chasseurs à faire des détours. Dex la suivait de près, toujours en portant la glande de venin pleine de sang. Au vu de ses manières, la jeune combattante savait que c’était pour la reluquer. Elle tenta de l’oublier et d’arriver le plus vite possible à Edin pour se débarrasser de lui.
    
    « Alors ma belle, dit Dex de son ton léger habituel, pourquoi ce bon vieux Baldin t’a envoyé me chercher ? Il a peur pour moi ? Remarque, je ne me plains pas, il a envoyé un beau morceau quand même !
    
    – Ne me parlez pas comme ça où je vous étripe sur place !
    
    – Hou ! Avec du répondant en plus, j’adore ! Tout ça ne répond pas à ma question. »
    
    Azuria souffla, exaspérée. Elle ne le connaissait que depuis quelques minutes, mais cela lui paraissaient déjà bien trop.
    
    « J’ai passé un marché, dit-elle froidement. Maintenant, fermez-la et avancez.
    
    – Doucement, ma jolie, il faut rester calme. Ce n’est pas bon de s’énerver, surtout pour une jeune femme aussi…
    
    – Stop ! Pas un mot de plus ! » s’énerva-t-elle.
    
    Elle se retourna et sans s’en rendre compte, elle venait de matérialiser son katana. Il leva sa main libre en signe de résignation, toujours avec ce petit sourire narquois sur le visage, puis ils reprirent leur route en silence. Cela lui faisait du bien de ne pas l’entendre parler d’elle comme d’un vulgaire objet.
    
    Enfin de retour à Edin, ils allèrent à l’auberge retrouver Baldin. Arborant un air inquiet lorsqu’ils investirent les lieux, un sourire radieux se dessina brutalement sur ses lèvres. Les deux hommes se saluèrent et Dex posa la glande sur la table. Les clients des lieux se turent lorsqu’ils virent l’organe, ils avaient très bien compris qu’un chasseur s’en était pris à un Temehorth.
    
    « Eh voilà marchand, une belle glande de venin. Où est ma récompense ? demanda Dex en tendant la main.
    
    – Tenez ! Voici pour vous ! Merci beaucoup pour votre aide, monsieur, répondit Baldin en lui donnant un petit sac en cuir.
    
    – Monsieur ? Ne m’appelez pas ainsi, ça me vieillit… Je ne dois pas être beaucoup plus vieux que la charmante créature que vous m’avez envoyée. »
    
    Azuria s’énerva à nouveau. Elle n’aimait définitivement pas la façon dont il parlait d’elle.
    
    « Il s’agit d’Azuria, elle m’a aidé pour aller à l’auberge de la croisée.
    
    – Désolé de vous interrompre, leur dit Azuria énervée, mais j’ai des choses à faire. Baldin, n’oubliez pas ce que vous m’avez promis. »
    
    Les deux hommes la regardèrent. Dex leva l’un de ses sourcils, se demandant de quoi elle voulait parler.
    
    « Je n’ai pas oublié et je n’ai qu’une parole Azuria. Je vais vous emmener à Astria.
    
    – Alors, allons-y.
    
    – Pourquoi Astria ? demanda Dex.
    
    – Ça ne vous regarde pas, répondit froidement la jeune femme.
    
    – Elle ne veut rien dire, reprit Baldin. Mais il y a plein de soldats de l’Ordre là-bas. D’après la rumeur, ils sont venus éradiquer la rébellion.
    
    – Je viens aussi alors, » annonça Dex.
    
    Azuria écarquilla les yeux de surprise. Pourquoi cet énergumène voulait-il venir ? Elle n’avait aucune envie de le supporter davantage.
    
    « Et pourquoi venez-vous ? demanda Azuria sous la colère.
    
    – Comme pour vous : ce ne sont pas vos affaires. Vous allez devoir me supporter encore pendant un moment, que ça vous plaise ou non. Bon Baldin, on y va ? Je suppose que tu veux nous y emmener la nuit ?
    
    – Oui, dans des tonneaux, répondit le marchand avec surprise. Mais euh… Vous êtes sûr ?
    
    – Et comment ! » dit-il d’un air sombre.
    
    Malgré son attitude enfantine et immature, Azuria décela un côté obscur enfoui au plus profond de cet homme. Sa colère s’amoindrit pour laisser place à de la curiosité. Elle aimerait désormais en savoir davantage. Avait-il une dent contre l’Ordre lui aussi ?
    
    À ce moment-là, Azuria se demanda s’il y avait d’autres personnes comme elle. Au vu des massacres perpétrés dans l’ombre, y avait-il d’autres survivants prêts à se venger ? Cette idée la fit frémir d’horreur. Penser que des enfants aient tout perdu en l’espace de quelques minutes, pour vivre toute leur vie dans la vengeance, la faisait frissonner d’horreur. Elle ne souhaitait ça à personne… Jusqu’à maintenant, Azuria n’y avait pas tellement pensé grâce aux entrainements journaliers qui lui permettaient de vider son esprit. C’était d’autant plus dur lorsque la vérité lui tombait dessus. Elle baissa les yeux, le chagrin s’emparait d’elle plus vite qu’elle ne le voulait.
    
    C’était abominable… Sentir que le monde dans lequel vous vivez s’écroule à tout jamais. La haine qui vous empare de tout votre être, contrôlant chacun de vos mouvements pendant toutes les années suivantes. Azuria ne pouvait plus vivre comme avant, elle n’avait plus aucun destin hormis la mort et la vengeance. S’ils étaient plusieurs dans son cas, combien y aurait-il de combattants prêts à se soulever contre l’Ordre ? Et combien avait déjà tenté leur chance ?
    
    « Que vous arrive-t-il ? » demanda Baldin.
    
    Azuria redressa la tête et se força à abandonner l’air de chien battu qu’elle avait.
    
    « Rien, partons, » répondit-elle froidement.
    
    Le groupe traversa de nouveau les grandes plaines qui les séparaient de l’auberge, avec Dex assis derrière Baldin. Azuria avait refusé qu’il monte avec elle, de peur qu’il s’amuse à l’embêter pendant tout le trajet. Elle se demandait toujours pourquoi cet individu voulait venir avec elle à Astria. Il avait accepté en sachant que l’Ordre de la lumière y serait, mais pourquoi ? Elle chassa ses pensées en admirant le paysage. Cela n’était pas ses affaires. Alors qu’elle était au galop sur le petit chemin de terre, la pluie lui fouettait le visage, en plus du vent qui tentait vainement d’enlever sa capuche. Avec la visibilité réduite, elle était obligée de réduire l’allure. La région s’assombrit petit à petit, signe que le soleil se couchait derrière les épais nuages gris qui gouvernaient les cieux. Il fallait à tout prix qu’elle investisse Astria avant la nuit !
    
    Et après ? Elle n’avait pas vraiment réfléchi à la suite. Son signalement avait sûrement déjà été donné et elle était sans doute recherchée. Ou pas. Elle n’en avait aucune idée, mais cela ne la dérangeait pas. Le fait que Nantis soit présent dans la ville était plus que suffisant. Elle allait enfin l’affronter ! Elle n’hésitera pas à pourfendre cet homme en deux, afin d’évacuer toute sa haine qui s’accumulait depuis tant d’années. Azuria n’était plus la petite gamine faible comme lors du massacre de son village, elle était devenue forte et elle allait le prouver. Si seulement… Si seulement elle l’était à ce moment, peut-être que ses parents et son frère ne seraient pas morts pour rien.
    
    La vue de l’auberge la ramena à la réalité. Ils s’arrêtèrent près de la carriole, puis Baldin y rattacha les chevaux. Une fois prêt, il se tourna vers Azuria avec une mine inquiète. Elle avait la jambe tremblante sous le poids de son impatience.
    
    « Vous êtes bien sûre de vous ? demanda Baldin.
    
    – Parfaitement, » répondit-elle froidement.
    
    Il montra aux deux jeunes gens les tonneaux entreposés à l’arrière et en désigna deux.
    
    « Ces deux-là sont vides, vous pouvez vous y cacher. Normalement, ils seront donnés à un revendeur qui les voulait vides, mais les soldats ne le savent pas. Ils vous emmèneront dans l’entrepôt à l’entrée de la ville et vous y serez enfermés.
    
    – Ça me parait être un bon plan, lui dit Dex. Mais comment tu sais qu’ils ne vont pas vérifier le contenu ?
    
    – Ces tonneaux sont pour le maire d’Astria. Ils n’ont pas l’autorisation de les fouiller. Ne t’inquiète pas, je vais m’en occuper, j’ai déjà embobiné des gardes. »
    
    Azuria fut surprise de cette révélation. Jamais elle n’aurait imaginé que Baldin avait déjà arnaqué des hommes de l’Ordre de la lumière. Il se mit à rire en voyant les grands yeux que faisait la jeune combattante.
    
    « Ne me regardez pas comme ça Azuria, j’ai fait pas mal de bêtises pour vendre mes marchandises. Après tout, l’Ordre de la lumière nous vole depuis des années maintenant, alors autant leur rendre la monnaie de leur pièce. »
    
    Azuria comprit tout à coup pourquoi Baldin n’avait pas eu peur d’elle lors de son escapade à Towin. Il n’aimait pas l’Ordre de la lumière et devait connaitre leurs agissements, si bien qu’il était prêt à l’aider. Il était beaucoup moins idiot qu’elle ne le pensait, elle avait sous-estimé cet homme qui savait lire entre les lignes. Au vu de ce qu’elle avait fait lors de l’affrontement contre l’Ordre, Baldin avait dû rapidement comprendre que son voyage à Astria n’était pas touristique, loin de là. Elle sourit intérieurement face à cet homme calculateur, puis monta à l’arrière de la carriole.
    
    La jeune femme ouvrit l’un des tonneaux. Elle grimaça lorsque l’odeur de renfermé et de vin lui attaqua les narines. Pas la peine de se demander ce qu’il vendait au maire d’Astria. Par sa petite taille, elle put se glisser facilement dans le tonneau, alors que pour Dex et son mètre quatre-vingt, c’était beaucoup plus difficile. Il se plia dans tous les sens pour réussir à s’y engouffrer. Azuria rit intérieurement. Elle se serait bien moquée de lui tellement il avait l’air ridicule, mais n’en fit rien et laissa Baldin refermer le couvercle.
    
    Lorsqu’ils se remirent en chemin, le cœur d’Azuria se mit à battre la chamade. Elle était tellement près de son but que le stress envahissait tout son corps. Elle posa la tête contre le tonneau puis tenta de respirer tranquillement pour essayer de garder le contrôle d’elle-même. Si près du but… Depuis des années elle attendait ce moment, ce jour où elle pourrait assouvir sa vengeance.
    
    Le chemin lui parut bien plus long que pour se rendre à Edin. Bien sûr, elle n’était pas en train de galoper sur un cheval, mais attendre dans un tonneau remué par la route de terre n’était pas des plus confortables. La nuit devait être tombée dans la région, avec la pluie qui frappait le tonneau sans pouvoir s’incruster à l’intérieur. C’était le côté positif du voyage : malgré le confort indésirable elle n’était pas trempée !
    
    « Halte ! » entendit-elle brusquement.
    
    Baldin arrêta sa carriole.
    
    « Bonsoir soldat, je viens vendre une cargaison de vin.
    
    – Désolé, mais ce n’est pas possible, la ville est actuellement fermée par les forces de l’Ordre de la lumière. Personne n’entre ni ne sort.
    
    – Oh… Dans ce cas, pouvez-vous au moins les stocker dans l’entrepôt en bordure de la ville ? Le maire viendra les chercher à la première heure demain.
    
    – Ce n’est pas possible, partez.
    
    – D’accord, tant pis. Je vais appeler le Maire tout de suite, » leur dit Baldin.
    
    Azuria se demanda ce qu’il était en train de faire.
    
    « Non, attendez ! Rangez votre téléphone. »
    
    Un téléphone ? Baldin était vraiment prêt à appeler le Maire ? Cet homme était vraiment de plus en plus surprenant s’il avait ce genre de contact. Mais peut-être était-il en train de bluffer aussi ? Dans ce cas-là, il était doué.
    
    Finalement, Azuria ne regretta pas d’avoir croisé la route de ce marchand. Il avait beaucoup de courage et de tempérament, ce qu’il cachait bien par la première impression qu’il donnait.
    
    La carriole reprit la route, puis s’arrêta de nouveau après plusieurs mètres.
    
    « Mettez ça dans l’entrepôt ! » ordonna un homme.
    
    Azuria fut secouée dans tous les sens tant le tonneau fut malmené. Elle arriva à se stabiliser sans trop bouger. Il ne suffisait que d’un faux pas pour anéantir toutes ses chances de se venger, sans parler du souci qu’elle causerait à Baldin. La jeune femme ne voulait pas lui causer du tort. Après tout ce qu’il avait fait, elle n’avait pas le droit de lui faire ça.
    
    Une fois posée, elle attendit quelques minutes. Le grincement des roues de la carriole reprit, signe que Baldin quittait Astria. Elle y était, ça y est ! Elle ouvrit le tonneau puis en sortit. Elle souffla, heureuse de pouvoir enfin libérer ses pauvres jambes engourdies. Elle s’étira un bon coup avant de repérer les lieux. Il n’y avait pas que les tonneaux de Baldin dans l’entrepôt. Vaste et immense, il abritait toute sorte de cargaisons qui emplissaient quasiment tout l’espace. Une mezzanine longeait le mur rempli d’une multitude de fenêtres. Elle se mit à grimper des caisses afin d’y parvenir.
    
    « Hé ! Attends-moi ! »
    
    Elle se retourna. Azuria avait complètement oublié Dex, qui pour elle était déjà de l’histoire ancienne. Elle soupira, exaspérée de voir cet individu la suivre.
    
    « Magne-toi, » dit-elle froidement.
    
    Une fois sur la mezzanine, Azuria ouvrit une fenêtre et regarda à l’extérieur. La vue était obstruée par le bâtiment d’en face, un édifice de pierre qui ressemblait à celui où ils étaient. Un autre entrepôt ? Possible. Elle sortit par la fenêtre et suivit la plateforme métallique qui longeait l’immeuble, immédiatement accueillit par une grosse averse.
    
    Elle arriva sur le toit de l’immeuble. La ville était bien plus impressionnante que les petites bourgades précédentes. Tout y était en parfait état, les maisons s’étendaient sur des rues pavées où de nombreuses personnes vaquaient à leurs occupations. Un grand bâtiment sur plusieurs étages surplombait les autres, sur lequel se trouvait un grand écran de télévision avec l’image de Nantis dessus. De quoi raviver sa haine envers cet homme. Pire encore, au-dessus de l’édifice se trouvait un vaisseau en vol stationnaire. Longs et blancs, ses quatre moteurs brulaient du carburant pour maintenir cette position.
    
    Elle souriait à l’approche de l’heure de sa vendetta.
    

Texte publié par Seiki, 11 octobre 2017 à 18h26
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