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Tome 1, Chapitre 6 « Un thé sur un engin légendaire » Tome 1, Chapitre 6
« Tout va bien, Prismè ? Vous semblez pensive ! »
    
    C’est peu dire. Mais j’ai des excuses. Au moins quelques-unes… Je m’oblige à reporter mon attention sur Len'Darken, qui a eu la gentillesse de me prendre sous son aile – façon de parler, vu qu’elle ne ressemble certainement pas à une Alate. Elle m’a même invitée dans ses quartiers en attendant que l’officier arrive sur l’Agathos. Je suis nerveuse, un peu effrayée, mais je pense qu’on le serait à moins.
    
    La femme brune m’offre un sourire qui se veut rassurant, mais je me sens bizarrement inquiète. Et je me demande bien pourquoi : elle ne s’est pas moquée de moi comme Dan’sei’Serafen, elle ne m’a pas ignoré comme Dan’Anagké. Bien au contraire ; elle a pris sur elle de me calmer et m’a proposé de la rejoindre dans son salon privé, sous le regard approbateur de Dan’Talar. L’endroit est très différent du reste de l’Agathos ; sur les murs, la peinture blanche a été remplacée par de larges plages de couleurs chaudes : brun, orangé, safran… De grandes tentures aux motifs stylisés contribuent à rendre la cabine chaleureuse. Les fauteuils sont profonds et confortables ; il y règne une douce odeur ambrée.
    
    Le thé qu’elle a versé dans ma tasse révèle une myriade de saveurs, fruitées, épicées, avec une petite touche d’amertume. Je suis surprise d’aimer autant ce breuvage que je considérais, jusqu’à présent, comme une sorte de médecine que je ne consommais jamais pour le plaisir.
    
    « Je comprends que vous vous sentiez aussi troublée. C’est un peu rapide, surtout après la terrible expérience que vous avez vécue… »
    
    Je réalise que je n’y pensais même plus, au milieu de cet étrange tourbillon qu’est devenue ma vie. Les questions ressurgissent dans mon esprit :
    
    « Même s’il ne veut pas de mes remerciements, je dois la vie à l’intervention de Dan’Anagké. Je sais qu’il n’était sans doute pas là pour moi et que c’est un hasard… mais… »
    
    Je fronce les sourcils, songeant de nouveau à tous les éléments mystérieux qui entourent Eïdo Anagké. La créature qu’il chevauchait, ses étranges alaées noires… Il ne peut pas être un Alate. Ses cheveux, ses yeux sont bien trop foncés. La mutation qui affecte mes semblables semble nous illuminer de l’intérieur. La plupart du temps, ce n’est pas aussi extrême que pour moi, mais la couleur de nos cheveux et de nos yeux couvre un large spectre de teintes pastel, comme pour Len’Brasne.
    
    Bien entendu, Len'Darken devine où partent mes pensées :
    
    « Je sais qu’il vous intrigue, et vous en saurez plus sur lui – sur nous tous – si vous venez à nous rejoindre. Je voudrais juste vous demander de ne pas le juger trop vite. »
    
    Je ne peux m’empêcher de protester :
    
    « Len’darken, loin de moi…
    
    — Atina. »
    
    Je la regarde, sans comprendre. Elle rit doucement :
    
    « C’est mon prénom. Vous pouvez m’appeler ainsi si vous le souhaitez. J’ai bon espoir de vous voir accepter notre offre.
    
    — Mer… merci, Atina. Vous pouvez m’appeler… Prismé… »
    
    Elle se renfonce dans son fauteuil, l’expression sereine et satisfaite, en sirotant paisiblement sa tasse de thé. Je la regarde avec attention : elle pourrait être mon parfait opposé. Aussi sombre que je suis pâle, aussi calme que je suis spontanée, aussi sûre d’elle que je suis nerveuse. Je me demande quel âge elle peut avoir : une trentaine d’années, probablement, même si je base plus cette estimation sur l’expérience de la vie que je lui prête. Malgré notre différence de génération, il n’y a rien de maternel chez elle ; elle me fait plutôt penser à cette tante un peu bizarre, mais amicale, que nous avons tous plus ou moins dans notre arbre généalogique.
    
    « Prismè… C’est un très joli prénom. »
    
    Je me sens rougir légèrement ; je n’ai pas vraiment l’habitude des compliments.
    
    « Et si vous me parliez un peu de vous, Prismè ? Vos parents sont-ils des Alates, comme vous ? »
    
    Voyant que j’ai posé ma tasse, elle verse encore un peu de liquide parfumé dedans. Je me demande s’il n’altère pas mon esprit. Même si à la réflexion, je n’ai pas besoin de cela pour me conduire comme une idiote trop confiante.
    
    Mais quel mal y a-t-il de parler de ma famille ? D’autant qu’elle est particulièrement ennuyeuse.
    
    « Mon père est un ingénieur qui travaille à la production de l’Iridescence. Seuls des radiants peuvent approcher de si près les générateurs sans avoir d’effets négatifs, mais… je pense que vous le savez.
    
    — Pas forcément, Prismè. Je n’ai jamais vraiment vécu à Strata… ni dans aucune autre ville aérienne. »
    
    Je la regarde avec des yeux écarquillés d’étonnement. Comment cela est-il possible ? En dehors de la nation d’Ether, on ne trouve des humains que dans le sous-sol d’Almaia. Ils sont nos ennemis et nou accusent de les avoir abandonnés en s’emparant de l’Iridescence et d’avoir détruit sans discernement un grand nombre d'abscura, qui auraient pu les aider à survivre.
    
    Sauf qu’il y a encore des abscura. On les dit aussi sombres d'eux et de cheveux qu'Atina...
    
    Non, c’est trop grotesque… sans doute a-t-elle passé toute sa vie sur l’Agathos. Après tout, c’est un engin très spacieux, on y est probablement plus à l’aise que dans les plus petites des villes aériennes d’Ether. Je dévie la conversation vers un sujet plus anodin.
    
    « L’Agathos ne fonctionne pas à l’Iridescence ?
    
    — Non, pas vraiment. Il tire son énergie du soleil, mais c’est une technologue ancienne et perdue. Je pense que la seule personne qui puisse la comprenne encore est Tiri. Notre mécanicienne, ajouta-t-il en souriant, devant mon expression – encore une fois perplexe. Vous la rencontrerez en temps voulu. Mais revenons à vos parents… vous m’avez parlé de votre père, mais pas de vitre mère. C’est une radiante aussi ?
    
    — Oui, mais elle n’a pas voulu rester dans les patrouilles non plus. Elle travaille dans un centre médical où elle s’occupe plus particulièrement des radiants. »
    
    Je hausse les épaules :
    
    « Je suis leur fille unique et comme je vous l’ai dit… Ma vie est… ennuyeuse. Au départ, je ne comprenais pas pourquoi des radiants comme eux avaient renoncé à leur vie d’Alates… je ne suis même pas sûre qu’ils pourraient encore invoquer leurs ailes en cas de besoin. Mais depuis, j'ai fait mes premières patrouilles et je peux comprendre pourquoi cette vie n'est pas au goût de tout le monde. »
    
    Atina dissimule son sourire derrière sa main, mais je vois à ses yeux qu’elle rit en silence.
    
    « Raison de plus pour nous rejoindre, déclare-t-elle après un temps de silence. De toute façon, vous connaissez notre existence… les choses seront plus simples ainsi. »
    
    Est-ce que j’entends une note autoritaire dans son ton ? Je n’ai pas le temps de me poser la question ; depuis le haut-parleur dissimulé dans le coin de la pièce, une voix féminine – trop pointue pour appartenir à Len’Brasne – retentit :
    
    « Le colonel est arrivé. L’Aïrin vous attend à la passerelle pour le rencontrer. »
    
    Atina se lève dans un bruissement d’étoffe bleue ; laissant à regret ma tasse encore au tiers pleine, je la suis vers le centre névralgique de l’Agathos, les jambes un peu tremblantes.
    
    

    
    
    Comme Prismè, j’ai mis beaucoup de temps à me faire au thé ; mes parents étaient attachés à une marque particulièrement atroce et je ne savais pas le préparer. C’est un ami de mon mari, qui avait vécu au Japon, qui me l’a appris – ainsi qu'à l'apprécier. Et à présent, je suis passablement accro – même si j’aime boire du café, du chocolat et de bières artisanales quand j’écris. Mais disons que le thé est sans doute meilleur pour la santé !
    

Texte publié par Beatrix, 11 juillet 2017 à 21h14
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