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Tome 1, Chapitre 13 « Une leçon du colonel » Tome 1, Chapitre 13
Je reste un moment immobile – avec une expression sans doute un peu stupide, qu’heureusement personne ne peut voir. Pourquoi le colonel souhaite-t-il me rencontrer ? J’espère qu’il ne remettra pas en cause mon transfert sur l’Agathos !
    
    Après une nuit de sommeil léger et agité, entrecoupé de rêves fragmentés et de périodes d’insomnies, je me lève avec des cernes sous les yeux et une mine épouvantable. J’enfile mon uniforme, décidée à ressembler à une adulte responsable – si seulement cela pouvait m’aider à affronter l'officier, ce serait parfait… Mais je ne peux en espérer autant.
    
    Quand j’arrive au pôle militaire par les navettes tubulaires, je pense avec un pincement au cœur que je n’aurais plus souvent l’occasion de retourner en ces lieux où j’aurai dû servir durant les deux ans à venir. Je secoue la tête avec découragement : comment puis-je devenir nostalgique aussi vite ? Il doit y avoir un truc qui ne va pas chez moi… Sans doute est-ce lié au fait de m’éloigner de Kara et de mes autres amis.
    
    Après le passage de deux sas de sécurité et l’examen d’un cerbère qui se pare du titre de « secrétaire », je finis par me retrouver devant le bureau du colonel. Ma bouche est sèche et je tremble un peu… Enfin, le militaire ouvre la porte, me fixe d'un regard noir avant de grommeler un « Entrez » à peine intelligible.
    
    La pièce dans laquelle j’entre pourrait presque être agréable ; même si elle est blanche et fonctionnelle comme la plupart des locaux de l'armée, les meubles sont d’une riche couleur brune – sans doute pour ressembler à du bois. J’en ai très rarement vu, je ne peux pas vraiment juger. Ce matériau appartient à une autre époque, celle de la surface. Ceux que nous utilisons ici à Ether sont presque toujours recyclés. Des équipes descendent sur Almaia pour fouiller les restes de l’ancienne civilisation et ramener ce qui peut être employé. C’est un métier très dangereux, en raison des monstres qui errent un peu partout et de nos ennemis des Profondeurs qui n’hésitent pas à capturer ou massacrer les Etheriens. Mais nous avons aussi appris à composer beaucoup de matériaux à partir de substances organiques, comme l’amidon des céréales : ce genre de ressource est renouvelable à l’infini grâce à nos grandes serres hydroponiques.
    
    Mais le moment n'est pas venu de rêvasser : le colonel, les mains derrière le dos, pose sur moi un regard qui n’est pas vraiment assassin – parce qu’il n’aurait aucune raison de me tuer, du moins je l'espère. Je salue brièvement, toujours un peu tremblante.
    
    « Asseyez-vous, cadette-patrouilleuse Kirrista. »
    
    Je m’exécute, posant mes mains sur mes genoux pour les empêcher de trembler – les unes comme les autres. Il retombe à son tour dans son fauteuil, sans cesser de me fixer. Je commence à penser qu’il espère que son regard finira par me tuer ou me faire fondre. Au choix.
    
    « Je tenais à préciser que votre démarche est tout à fait légale et qu’elle ne peut en aucun cas être retenue contre vous. »
    
    Dans ce cas, pourquoi utilise-t-il le ton de la réprimande pour s’adresser à moi ?
    
    « Malgré tout, comme vous vous en doutez, il m’est impossible de la voir d’un bon œil. »
    
    Ça, je l’avais compris…
    
    « En tant qu’apprentie de l’Agathos, vous ne quitterez pas totalement les effectifs de l’armée. Vous êtes juste affectée sur le croiseur mécamens. Il est important que vous vous en souveniez… »
    
    Je redresse la tête, fronçant les sourcils :
    
    « Pourquoi est-ce que je l’oublierais ? L’Agathos sert le Gouvernement etherien, non ? »
    
    Il se penche légèrement en avant, comme un père – voire un grand-père ronchon vers un enfant délinquant :
    
    « Je vais vous expliquer les choses un peu plus en détail, pour que vous compreniez. Je n’ai personnellement pas grand-chose à reprocher à l’Aïrin, si, ce n’est son manque évident de maturité et d’expérience. Et comme vous avez pu le constater, la moyenne d’âge de son équipage... ou plutôt, de son Conseil, comme il l’appelle – n’est pas particulièrement élevée… »
    
    Je ne sais pas trop quoi dire. Pour moi, toute personne de plus de vingt-cinq ans entre dans la catégorie « génération supérieure ». Mais en y réfléchissant bien, à part Faïn, les autres doivent tous avoir au moins vingt ans de moins que le colonel, ce qui doit lui sembler épouvantablement jeune.
    
    « Il se passe beaucoup de choses à bord de l’Agathos qui au regard des forces armées sont… irrégulières. Même si le croiseur n’est pas directement rattaché à l’armée, il n'est pas rare que nous nous trouvions sur les mêmes terrains d’intervention. Vous comprendrez que nos méthodes ne sont pas toujours… compatibles. »
    
    J’écarquille les yeux… À quoi veut-il en venir ?
    
    « Je ne vous demande pas de refuser les ordres de l’Aïrin, mais d’être attentive à ce qui se déroule autour de vous, pour pouvoir nous le rapporter si certaines choses se révèlent… bien trop éloignées de procédures. »
    
    Je ne suis même pas sur l’Agathos que, déjà, on me demande de trahir l’Aïrin ? Je baisse la tête ; un début de rage me tord le ventre. Je me dis qu’après tout, je n’ai pas une grande connaissance des procédures en questions… il y a sans doute beaucoup de choses qui pourraient m’échapper…
    
    « Elwen Talar s’est retrouvé à la tête de l’Agathos à la suite d’événements tragiques qui ont endommagé le croiseur et provoqué la mort de l’essentiel de sa lignée – il est le seul survivant avec sa cousine éloignée, Tiri Breth. Les circonstances sont encore nébuleuses. Si vous avez des informations, nous serions heureux de les connaître. Nous ne pouvons rester ignorants d’un danger qui a pu infliger tant de dégâts à l’appareil le plus puissant qui existe encore… »
    
    Tiri… N’est-ce pas ainsi que l’Aïrin a appelé la jeune femme au bras artificiel qui se trouvait avec lui avant l’arrivée du Colonel ? Je me sens surtout triste pour eux… Ça ne doit pas être facile de s’être retrouvés seuls, alors qu’ils ne devaient pas être plus âgés que moi…
    
    « Par ailleurs, vous n'êtes pas sans savoir que certains de ses compagnons n’auraient, en théorie, aucun droit de cité à Ether, s’ils ne faisaient partie du conseil de l’Agathos. J’ignore ce qu’ils sont en réalité – je me contente de le supposer, mais je vous engage à rester prudente tout en essayant d’en savoir plus sur leurs capacités et fonctions réelles… Nous sommes également portés à penser que contrairement à la règle, l’Agathos doit avoir des alliés à la surface d’Almaia. Il existe encore des groupes nomades qui ont refusé de s’enterrer et font face aux dangers, mais nous avons quelques raisons de nous en méfier. Nous pensons même qu'il a pu déjà établir des contacts avec des représentants des Profondeurs. Si cela est avéré, il pourrait s’agir d’une offense grave s’apparentant à de la trahison pure et simple. »
    
    Je le regarde, bouche bée, avant de retrouver enfin l’usage de la parole :
    
    « Vous voulez… que je les espionne ? »
    
    Le Colonel a la bonne grâce d’avoir l’air gêné, avant de répondre à la hâte :
    
    « Bien sûr que non, n’allons pas si loin. Je vous demande juste d’être attentive à tout ce qui pourrait à terme provoquer un souci pour la sécurité d’Ether, même si l’Aïrin et son Conseil pensent faire au mieux… »
    
    On se rattrape comme on peut. Je peux difficilement lui avouer que je déteste cette idée et que je ne coopérerai pas. Il y a quand même un peu de bien fondé dans ses paroles, mais cela ne veut pas dire que je lui servirai d’agent secret. Je lui réponds, de la voix la plus neutre possible :
    
    « Bien, mon colonel ! Je ferais en sorte de prêter attention à ce que vous m’avez pointé. Est-ce tout ? »
    
    Son regard se fait suspicieux, mais il acquiesce :
    
    « C’est tout, cadette-patrouilleuse. Vous pouvez disposer.
    
    — Merci, mon colonel. Je garderai vos recommandations à l’esprit. »
    
    Alors que je quitte le bureau, je suis loin de me sentir aussi calme que je voudrais le paraître. Tout ce qu’il m’a révélé m’a un peu effrayée… mais je ne peux m’empêcher d’être terriblement curieuse.
    
    Il va sans dire que pour le moment, je n’ai pas la moindre intention de lui reporter les « irrégularités » de l’Agathos – et je me doute bien que la créature à laquelle je dois la vie en est une.
    
    Et je ne pense pas changer d’avis… même si je ne peux savoir de quoi sera fait l’avenir.
    
    
* * *

    
    Oups ! Prismè est devenue un agent infiltré ? Oui et non. Un agent dormant, peut-être… je reconnais que ce chapitre est un peu long et verbeux, j’espère que vous ne vous êtes pas assoupis. Le suivant marquera le retour de Prismè sur l’Agathos !
    

Texte publié par Beatrix, 8 novembre 2017 à 00h28
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