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Tome 1, Chapitre 11 « De retour à la maison » Tome 1, Chapitre 11
Je passe rapidement au dortoir prendre mes affaires avant de foncer droit chez mes parents. Ils habitent un immeuble dans le centre de Strata, pas loin d’un large espace vert sous un globe de cristal qui brille au soleil. C’est un environnement confortable, où vivent des gens aisés. Je n’ai jamais eu à me plaindre de ma vie – si ce n'est par son côté ennuyeux, bien sûr !
    
    Quand je me présente devant la porte, les couleurs chaudes du soir commencent tout juste à descendre sur la ville. Un scan rétinien plus tard, je suis dans le hall. Je me déchausse et je laisse tomber mon sac, m’avançant pieds nus sur la moquette moelleuse :
    
    « Papa ? Tu es là ? »
    
    Je ne sais pas si c’est une caractéristique des radiants, mais nous avons toujours aimé les couleurs claires. La ville de Strata est presque intégralement blanche et argent. Un halo irisé l’environne en permanence : un des effets de l’Iridescence. L’intérieur de notre appartement reflète ce goût – ou cette habitude – des teintes éthérées. Les murs s'habillent de bleu, vert ou jaune pâle selon les pièces, il n'y a rien qui puisse heurter le regard ni trop l’attirer. Je repense au salon d’Atina et à l’étrange chaleur qui s’en dégage. Mes parents auraient détesté sa décoration…
    
    « Papa ? »
    
    Il apparaît enfin ; un homme mince, pas beaucoup plus grand que moi, aux cheveux aussi blancs que les miens. Ses yeux d'un gris pâle, presque transparent lui donnent un air rêveur. Il paraît plus jeune que son âge. Il y a toujours eu chez lui quelque chose de frêle, fragile presque, ce qui ne l’empêche pas de posséder un caractère décidé quand il le faut. Il me regarde pendant un long moment, avant de traverser l’espace qui nous sépare pour me serrer brièvement dans ses bras. Je me laisse faire, un peu tendue ; je ne sais pas comment réagir à cette attitude inhabituelle, dont je devine cependant la cause. Dès qu'il me lâche, je recule avec un petit soupir.
    
    « Nous discuterons quand ta mère sera rentrée. »
    
    Sur ses mots, il repart se cloîtrer dans son bureau ; je peux le comprendre. Les nouvelles ont dû lui faire un sacré choc.
    
    Si le colonel les a prévenus, cela promet d’être intense… J’imite mon père et je vais me réfugier dans ma chambre. Contrairement au reste de l'appartement, d'une netteté scrupuleuse, il y règne un certain désordre : quelques vêtements posés sur la chaise, des maquettes d’aéroquartz crashées sur le bureau, le couvre-lit qui fait des vagues… Je suis reconnaissante à mes parents de ne pas avoir à trop batailler contre cet état de fait. Je me jette sur mon lit, les yeux fixés sur le plafond, comme si je pouvais y distinguer quelque chose… L’Agathos et ses passagers. D’étranges créatures sombres qui parcourent le ciel…
    
    C’est le bruit de la porte qui annonce le retour de ma mère. J’attends quelques battements de cœur avant de me lever pour venir la retrouver. Elle se tient adossée contre le chambranle, contemplant sans trop le voir l’intérieur de l’appartement.
    
    Nous restons un moment face à face. Nous nous ressemblons beaucoup – en taille, en silhouette, par les traits du visage. Ses cheveux sont d’un lilas très clair avec des reflets irisés, ses pupilles d’un bleu transparent qui lui donnent un regard incroyablement naïf et juvénile – mais c’est trompeur. Je ne connais personne de plus rationnel qu'elle.
    
    Pas comme moi, semble-t-il.
    
    Elle baisse les yeux en passant la main dans ses cheveux, coupés comme les miens au carré à hauteur de la mâchoire, ce qui accentue notre ressemblance. « On dirait deux sœurs », nous dit-on souvent. Mais cela ne signifie pas que nous nous comprenons toujours bien.
    
    Je m’aperçois que je suis en train de faire exactement le même geste qu’elle. Ma main s’arrête et retombe.
    
    « Dans le salon ? »
    
    Ma voix tremble de nervosité.
    
    « Très bien. »
    
    Nous n’avons pas besoin d'échanger plus ; mon père nous y attend déjà. Une large verrière éclaire la pièce ; le soir tombant rehausse la couleur or pâle des murs. Mes parents s’assoient côte à côte sur le canapé, tandis que je m’installe dans le fauteuil face à eux, les mains crispées sur mes genoux serrés.
    
    Ils me considèrent un moment sans rien dire ; je me sens mal à l’aise sous leur regard intense. Au bout d’un instant, je décide de prendre l’initiative :
    
    « Je ne sais pas ce que l’on vous a dit, mais c’est une occasion exceptionnelle ! Vous ne pouvez pas savoir à quel point.
    
    — Prismè… murmura mon père. Je pense que tu ne réalises pas bien…
    
    — Que c’est potentiellement dangereux ? Que je n’aurais pas souvent l’occasion de rentrer à la maison ? Que je serais confrontée à des choses effrayantes ? »
    
    Je les regarde tour à tour, contrariée. Bien sûr, je comprends leur attitude ! Mais s’ils continuent comme cela, ils vont finir par me décourager…
    
    « Oui, répond ma mère, je vois que tu cernes bien le problème. C’est pourquoi tu devrais avoir une attitude plus raisonnable à ce sujet. Je suis comme tout le monde, je n’avais aucune idée qu’il restait un croiseur Mecamens à Ether. Nous en avons été informés par une attachée du gouvernement, une certaine madame Arvo… »
    
    Elle fronce les sourcils avant de continuer :
    
    « Et tu imagines notre choc quand nous avons appris, chacun de notre côté, que tu sollicitais une affection sur cet engin ? Si son existence a été tenue secrète, c’est bien parce que les missions qu’ils mènent le sont aussi… tu ne crois pas ? Et particulièrement périlleuses ! Tu es notre seule enfant, Prismè. »
    
    Est-ce un accent de panique que j'entends dans sa voix ? Je hausse les épaules, irritée :
    
    « Je le sais, bien sûr ! Mais je suis sûre que les missions de l’Agathos sont fondamentales pour Ether !
    
    — Oh, personne ne le remet en doute, rétorque mon père non sans sarcasme. Mais sérieusement… Pourquoi te choisir toi, quand cet… Aïrin pourrait solliciter l’affectation de n’importe quel autre Alate ? Tu n’as que dix-huit ans, tu es particulièrement inexpérimentée… »
    
    Merci, papa… Comme si je ne le savais pas ! Je comprends qu’il ne pense pas à mal, il veut juste me retenir auprès de lui, mais pourquoi briser ainsi la vision déjà assez peu brillante que j’ai de moi-même ?
    
    « Peut-être que ce n’est qu’une question de circonstances. Mais est-ce que cela vous paraît si bizarre que je puisse avoir des capacités ? »
    
    Je ne cherche même plus à dissimuler la pointe de colère dans mes paroles.
    
    « Voler ne vous intéresse pas. Vous avez abandonné cette partie de votre vie, sans états d’âme. Mais je suis différente de vous. Je veux continuer à voler, mais pas pour faire des choses aussi banales que des patrouilles. Déjà, je vais recevoir un entraînement spécial pour renforcer mon énergie et mes alaées. Je doute que l’Aïrin me mette en danger tant que je ne serais qu’une apprentie. Si vraiment cette vie ne me convient pas, je pourrai toujours rentrer… Je ne pense pas que l’Aïrin m’en empêchera.
    
    — L’Aïrin, toujours l’Aïrin… C’est à croire que ce Talar est le sauveur du monde, remarque mon père en haussant les sourcils. Es-tu sûre que ta décision n’est pas principalement… émotionnelle ? »
    
    Est-ce vraiment ce qui transparaît de mes paroles ?
    
    Je me sens rougir subitement ; cette insinuation est ridicule. Bien sûr, l’Aïrin est absolument charmant. Mais à côté de lui, je ne suis pas grand-chose – c’est déjà miraculeux qu’il tienne compte du fait que j'existe.
    
    « Papa, c’est parfaitement ridicule ! »
    
    Je voudrais que mon ton offensé sonne un peu plus vrai. Et que cette expression sceptique quitte son visage.
    
    « Une bonne fois pour toutes, je ne fonce pas sans réfléchir. Tant que mon apprentissage ne sera pas terminé, mon engagement restera temporaire. Si je me rends compte que cette situation ne me convient pas, je vous promets de ne pas insister. »
    
    C’est toute l’étendue de la concession que je suis prête à faire. Je vois à leur visage que ça ne leur plaît pas vraiment – mais peu importe. Je suis assez âgée pour prendre seule cette décision – j’espère juste les avoir un peu rassurés.
    
    
***

    
    Un chapitre un peu long, pas vraiment de résolution, je le crains… Mais c’est souvent ainsi, non, avec les parents ? Au moins, Prismè se trouve confortée dans ses convictions. Du moins j’espère. N'est-ce pas étrange, sinon, que les parents de Prismè aient tourné le dos à leur capacité de voler ? Mais je ne suis pas à leur place. :)
    

    

Texte publié par Beatrix, 15 octobre 2017 à 00h36
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