Pourquoi vous inscrire ?
Le monde de Dulatum-la dernière des Fées
icone Fiche icone Fils de discussion icone Lecture icone 1 commentaire 1
«
»
Tome 2, Chapitre 2 « Fontaine-avenir » Tome 2, Chapitre 2
Les appartements de Xavier étaient plongés dans l’obscurité. Il avait entrouvert les voilages et n’avait pas fermé les double-rideaux. La clarté de la lune baignait les tomettes et leur donnait des reflets moirés. Le Prince tournait en rond. Il repensait à ces dernières actions. Il avait rédigé le parchemin pour Griselle puis l’avait confié à Xéphos. Il avait amené les deux dragonneaux à l’animalerie royale et avait demandé aux vétérinaires de bien prendre soin d’eux.
    Puis, sa journée avait pris des allures de course contre la montre. Il avait aidé les marins en prenant part au largage des amarres du galion. La Reine Xalanda avait assisté au départ du navire depuis ses appartements. De là, elle lui avait ordonné par messager interposé de rentrer. Ainsi ils suivraient ensemble, depuis Fontaine-avenir, les avancées du bateau.
    
    En effet, le palais des Mille Fontaines avait été édifié au milieu de Grand Lac. L’immense bassin naturel abritait en son centre une île. Au milieu de cette dernière avait jailli une source magique : Fontaine-avenir. Apparue avec les premiers jours de Dulatum, elle était le trésor de Xipés. Depuis la nuit des temps, les Souveraines et les Suzerains du royaume du sud l’avaient protégée. Ils avaient peu à peu construit un dédale de bâtiments et creusé mille fontaines. Les étrangers s’y perdaient dans toutes ses cours plus ou moins identiques. Seulement quelques élus connaissaient l’emplacement exact de la source des Rois.
    Cette eau aussi pure que claire avait la propriété de montrer le présent, mais également l’avenir. À qui savait le lui demander, elle se complaisait à pétiller, lui laissant ainsi se remémorer son passé. Fontaine-avenir était un être vivant, aucun des dirigeants de Xipés n’en avait jamais douté. Peut-être même avait-elle abrité la première des fées ?
    
    Une fois arrivé au château, Xavier avait pris place aux côtés de sa mère, dans le petit patio, au centre du domaine. Il avait trouvé Xalanda assise, admirant ce lieu, hautement sacré. L’héritier de la couronne avait eu l’honneur de plonger sa main dans la source. Il avait pensé à sa future épouse et à la destinée de son pays.
    La Reine l’avait encouragée d’un regard et sur des bancs de pierre, ils avaient observé l’eau se troubler. La surface renvoyait l’image de la mer intérieure et des différentes avancées du vaisseau princier. En silence, Xavier et Xalanda avaient patienté des heures. Tard dans la nuit, ils avaient fini par aller se coucher et dès l’aube, le lendemain matin, le Prince était revenu s’asseoir à la place qui avait été la sienne. Durant le temps du trajet entre Xipés et Grubens, l’héritier avait surveillé la petite fontaine. Le jeune homme avait quitté son poste uniquement lorsque les loutres s’étaient mises à courir, car il ne pouvait observer qu’une traînée de lumière. De plus, son estomac était bien trop noué pour pouvoir supporter le suspense : Xephos arriverait-il le premier ?
    
    Quatre jours plus tard donc, il avait pris le temps de passer à l’animalerie. Là, le soigneur lui annonça que les deux sauriens avaient disparu. Les vétérinaires les avaient cherchés partout, mais les deux chenapans n’avaient pas laissé de traces. Xavier faisait les cents depuis qu’il était de retour dans ses appartements. Il allait falloir le dire à sa mère. Le jeune homme soupira. Il avait ces entretiens en horreur. Maintenant qu’il était en âge de monter sur le trône, sa Reine ne lui montrait que peu de signes d’affection et se concentrait sur sa prochaine fonction. L’héritier aurait tant voulu pouvoir lui parler de ses angoisses et de ses aspirations pour son pays, mais Xalanda était froide et distante. Elle ne discutait que lois, décrets et accords diplomatiques. L’annonce de la perte des deux dragonneaux allait la mettre hors d’elle. Elle se pincerait probablement les lèvres et prendrait un air supérieur. Ensuite, elle expirerait trois fois avant de lui faire un laïus d’une vingtaine de minutes sur son inconséquence. Xavier se demandait pourquoi se rendre à un tel entretien puisqu’il savait déjà ce qu’il allait se passer. De plus, comme si la seule pensée de contrarier sa mère ne mettait pas suffisamment ses nerfs à l’épreuve, il se tracassait autant à l’idée que Xéphos gagnât ou perdît la course.
    
    Le jeune homme s’arrêta un instant. Il sortit sur sa terrasse et fixa les flots. Il n’y avait aucun nuage et le fond de l’air était particulièrement frais pour Xipés. Demain à la première heure, il aborderait la disparition des deux dragonneaux avec la Reine, dès le petit-déjeuner. Pour ce soir, il n’avait ni le courage de retourner à Fontaine-avenir ni celui de rencontrer sa mère. Soudain, le jeune homme sursauta, quelqu’un frappait au chambranle. Il se déplaça et ouvrit les rideaux. Xalanda se tenait raide et digne en face de lui. Sans un mot ni une permission, elle entra.
    
    « Xavier ! siffla-t-elle visiblement contrariée. Quand comptais-tu m’en parler ?
    — Je viens de l’apprendre.
    — Il fallait m’en informer immédiatement !
    — Les vétérinaires ont cru à une simple fugue. Ils ignorent comment s’en occuper.
    — La convergence magique a affecté les sauriens ?
    — La confluence magique ? répéta Xavier sans comprendre. Non, Ma Reine. Je ne sais même pas ce dont il s’agit.
    — De quoi me parliez-vous donc ? s’étonna-t-elle.
    — Les deux petits dragonneaux ont disparu de l’animalerie. Cela fait presque quatre jours maintenant.
    Avoua, penaud, le Prince. La Reine sourit puis elle soupira. Elle embrassa son fils sur la joue et s’assit.
    — Xavier, mon enfant. Cela fait des siècles que les sauriens veillent sur eux-mêmes. Ils n’ont pas besoin de vétérinaire, s’amusa-t-elle. Ils sont partis à la rencontre de leur gardien. Lui seul connaît vraiment ces petits chenapans. Ils reviendront, ne t’inquiète pas. »
    
    Le Prince se sentit un instant stupide d’ignorer une telle évidence. Pourtant, au lieu d’être honteux, il se réjouit de l’intervention de Xalanda. Soudain, il sourit, car il réalisait qu’elle l’avait appelé « mon enfant ». Il aimait ces marques d’affection, d’autant plus qu’elles étaient rares maintenant qu’il était adulte.
    
    « Mère, que signifie exactement “convergence magique” ? Est-ce si terrible ? Est-elle un risque pour Xipés ?
    — Mon enfant, rit-elle de plus belle. Elle correspond à toutes les manifestations ésotériques fortes. L’eau de Fontaine-avenir s’est ridée. Les Conseillers responsables de sa surveillance ont été les témoins d’un phénomène inquiétant : les lumières de Grubens ont disparu. Notre mage a essayé de comprendre ce qui se passait. Il a jeté un sort de réparation à la fontaine. Un énorme craquement a résonné. La surface s’est troublée et a laissé entrevoir un magnifique visage baigné d’une clarté irréelle.
    — Qu’en dit le sage ?
    — Il prétend que son enchantement a été “aspiré” et qu’il n’a eu aucun effet sur source-avenir. Il s’interroge et croit que cette jeune fille est Amarys.
    — Oh… »
    Xavier s’interrompit. Il connaissait l’histoire de Dulatum et maîtrisait parfaitement les enjeux inhérents à l’apparition de l’enfant d’Alaxar : la guerre et la misère.
    
    « Il est temps pour toi de connaître le secret des Rois de Xipés, continua Xalanda, mélancolique
    — Je écoute, murmura-t-il.
    — Vois-tu, peu sont ceux qui savent la vérité sur la magie de Dulatum. Tous croient qu’elle est devenue faible avec le départ du dernier Elfe. Cependant, ce n’est pas tout.
    — Mère, vous m’intriguez.
    — Ton père a assisté à sa quasi-disparition. En témoin privilégié, il a partagé son expérience avec le Roi Grégoire de Grubens. Tous deux ont décidé de garder secret sur ce phénomène rare.
    — Père ? s’étonna le jeune homme.
    — Il était aux côtés d’Alaxar lorsqu’elle s’est évaporée. Elle lui a confié que les Elfes n’étaient que les hôtes de la magie. Eux disparus, l’ésotérisme en choisit de nouveaux. Cependant, avant de partir définitivement, elle a chanté une longue supplique. Elle a imploré les Maîtres de prendre soin de son enfant et leur aussi demandé d’épargner Dulatum de la folie d’Alter.
    — Les Maîtres ? Comme notre Maître des mers ? s’étonna le jeune homme.
    — Oui. Ils sont aux nombres de quatre : Oktopus, Adler, Kobra et Hirsch. Il s’agit d’une pieuvre, d’un aigle, d’un cobra et d’un cerf. Ils ont chacun un élément : l’eau, l’air, le feu et la terre.
    — Ils sont réels ? Depuis mon enfance, j’entends bon nombre de contes et de légendes sur Oktopus. Cependant, personne ne l’a jamais vu. J’ai toujours cru qu’en réalité il ne s’agissait que d’un fort courant marin.
    — Pourtant, ils existent. Ils ont simplement préféré se faire oublier. Vois-tu, les Maîtres sont responsables de l’équilibre : tant des phénomènes naturels qu’ésotériques. Ils sont à l’origine de toute confluence.
    — Et Alaxar ? Qu’en est-il de sa requête ? Les Maîtres lui sont-ils venus en aide ?
    — La Reine d’Erum leur a offert sa magie et sa vie pour que sa fille ne soit pas une sorcière, mais bel et bien une fée.
    — Mère. Je ne comprends pas le sens de cette histoire et encore moins de cette conversation. Pourriez-vous être plus claire ?
    — Xavier… Le Roi Xoger, ton père enlaçait dans ses bras Alaxar lorsqu’elle est morte. Il a vu sa magie sortir de son corps. Normalement, cette dernière aurait dû se réfugier dans l’Elfe le plus proche : Alter et non point Amarys.
    — Comment cela se peut-il ? Je croyais que les fées tenaient leurs pouvoirs du fait qu’elles étaient les enfants d’un humain et d’un Elfe ! s’exclama le Prince.
    — C’est le cas et l’ésotérisme qui les caractérise est présent dès la naissance. Adultes, leurs vingt ans venus, elles expriment tous leurs dons et surtout gagnent leurs ailes. Elles quittent le monde des humains pour celui de la magie.
    — Ma Reine, sans vous contrarier… C’est bien ce que je disais !
    — Prince Xavier, comme à votre habitude, vous sautez trop vite à la conclusion, le rabroua Xalanda. Alaxar a supplié les Maîtres et ils ont écouté sa prière. Amarys ne sera jamais une Fée au sens classique du terme. Elle restera un être de chair et de sang. Elle abritera des pouvoirs supérieurs à ceux des Elfes qui, ne l’oublie pas, dans leur fureur ont bien failli annihiler Dulatum. Elle est une confluence magique, mais de quel ordre nous n’en savons rien ?
    — Est-ce vraiment grave ? osa-t-il à peine demander devant l’énervement de Xalanda.
    — Alaxar a été imprudente. Les Maîtres ne se sont pas contentés de doter cette jeune personne des pouvoirs de sa mère ; ils lui ont aussi transmis ceux d’Alter.
    — L’Elfe noir.
    — Le plus puissant de tous les êtres sombres. L’avenir est incertain, car il dépend uniquement du bon vouloir d’une gamine dont personne ne connaît les intentions. »
    
    Xavier regarda ses pieds. Il ne savait que faire. Le moment était grave, il en avait conscience, mais il se sentait désemparé et désarmé face à la situation. Il se mordilla les lèvres, empreint au doute. Serait-il un roi juste ? Ou simplement un enfant gâté indigne de sa fonction et incapable de comprendre les véritables enjeux de Dulatum.
    Sa réflexion ainsi que le silence furent interrompus par l’arrivée de pigeons ramiers. Ils se posèrent sur les épaules de Xalanda. La Reine déroula les petits parchemins que les oiseaux portaient à leur patte. Elle les lut et se leva d’un bond.
    
    « Fontaine-avenir vient de perdre toute sa magie ! L’heure est grave, je dois réunir le Conseil. Prince Xavier veuillez aller à la bibliothèque, dans la section privée. Chercher et trouver le livre des anciens, celui qui narre toutes les péripéties de la fontaine. Il nous faut une solution, nous ne pouvons pas subsister sans ésotérisme !
    — Ma Reine, est-ce en rapport avec la disparition de dragons ou même avec leurs naissances ? lui demanda-t-il d’un ton respectueux de circonstance.
    — Peut-être… peut-être ou bien avec l’arrivée des messagers à Dulatum… Le messager de Néatum est probablement premier. »
    
    Accepta la Reine tristement. Elle était sur le point de passer les doubles rideaux lorsqu’un autre pigeon se posa. Elle s’empressa de lire la missive et soupira.
    
    « Xéphos a gagné ! Votre promise, Prince Xavier, débarquera dans quatre jours. »
    
    Sans attendre de réponse, la souveraine sortit. Il ne put s’empêcher de sourire. Son capitaine avait sauvé Dulatum de la tyrannie du roi Nikkor et de son fils Nikkolas. Il se reprit. Du moins, le pire était évité pour le moment. Il rassembla quelques affaires, puis se dirigea vers la bibliothèque.
    
    
§§§

    
    Les quatre jours qui l’avaient séparé de l’arrivée de Griselle étaient passés à une vitesse incroyable. Le temps magnifique n’avait pas réussi à éloigner Xavier de la bibliothèque et de ses recherches. Il avait dégoté dans de vieilles annales des problèmes que les anciens s’amusaient à résoudre. Bon nombre d’entre eux concernaient les fontaines.
    Après plusieurs heures, l’héritier de Xipés s’était douté qu’il s’agissait en réalité d’un manuel de fonctionnement ou un recueil s’en approchant. Dans leur grande sagesse, ses aînés avaient dissimulé un tel ouvrage sous une couverture plus anodine.
    
    À sa lecture, Xavier compris que Fontaine-avenir n’avait pas perdue sa magie, mais plutôt qu’elle faisait un « caprice » en réponse au sort du mage. La source n’aimait pas être perturbée par un ésotérisme humain, elle trouvait cela mesquin. Le Prince avait expliqué son idée à Xalanda. Elle avait alors envoyé le sage s’excuser, puis l’avait muté sur Île-Vieillesse. L’eau de Fontaine-avenir avait retrouvé sa clarté, mais refusait obstinément de répondre à la Reine. Xavier s’amusait de la confrontation. Il se demandait laquelle serait la plus têtue des deux et gagea qu’il s’agirait sûrement de sa mère. Pour sa part, il n’avait aucune inquiétude. Fontaine-avenir lui avait laissé entrevoir le galion princier. À son bord, il avait pu surveiller les deux petits dragons ainsi que quelques membres d’équipage. Son seul regret était de ne pas avoir pu observer ni la Princesse Griselle ni personne de Grubens d’ailleurs.
    
    Xavier sursauta, les coquilles de conques annonçaient l’arrivée du bateau. Le Prince bondit et dans sa précipitation se prit les pieds dans le tapis. Il se releva rapidement et se dirigea vers sa garde-robe. Il sortit plusieurs vêtements puis les disposa sur son lit. Il se gratta le menton. Il souhaitait faire bonne impression même s’il savait que cette union était plus un accord politique qu’une relation amoureuse. Après plusieurs essayages, il se décida sur une tenue bleu roi incrusté de brocards or.
    
    Ce fut donc ainsi, paré de ses plus beaux atours et anxieux, que le Prince Xavier de Xipés se rendit à la rencontre de sa future épouse.
    

Texte publié par Isabelle , 25 janvier 2018 à 09h13
© tous droits réservés.
Commentaire & partage
Consulter les commentaires
Pour réagir â ce chapitre et poster une review, veuillez vous identifier ou vous inscrire !
«
»
Tome 2, Chapitre 2 « Fontaine-avenir » Tome 2, Chapitre 2
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Partenaires
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
1058 histoires publiées
503 membres inscrits
Notre membre le plus récent est Ophelia420
LeConteur.fr 2013-2018 © Tous droits réservés