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Le monde de Dulatum-la dernière des Fées
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Tome 1, Chapitre 10 « Rencontre nocturne » Tome 1, Chapitre 10
Le soleil de septembre inondait d’une lumière dorée la salle à manger. Assise bien droite, Eren profitait de la tranquillité matinale et savourait son petit-déjeuner. Les trois mois écoulés avaient beaucoup changé la jeune fille. D’une longue tresse, sa chevelure était toujours coiffée et son allure tout comme sa démarche étaient maintenant gracieuses. Cette métamorphose appartenait certes aux efforts de la Demoiselle, mais également à la gentillesse de la Princesse. Les deux amies s’étaient volontairement isolées afin de se concentrer sur leurs études.
    Eren mettait force et détermination, non seulement pour apprendre ses leçons, mais aussi à être un bon professeur. Leurs sorties quotidiennes aux écuries avaient désormais lieu à l’aube, avant le petit-déjeuner, de façon à ne rencontrer aucun soldat. Elles ne croisaient que quelques palefreniers, dont Ernest.
    Le restant de leurs journées se passait en grande partie à la bibliothèque. Là, elles avaient plaisir à discuter avec Émeric. Eren voyait régulièrement Ethan, Eliott et Édouard lorsqu’ils étaient en faction devant les appartements de la Princesse. Ces tours de garde l’amenaient à côtoyer ses aînés deux à trois fois par quinzaine. La Demoiselle aurait dû également tomber sur le capitaine. Cependant, depuis un peu plus de trois mois, elle ne l’avait pas aperçu. La jeune fille était d’ailleurs fort intriguée par ce mystère.
    
    Dans les premières semaines, ses parents lui avaient manqué. Puis, la fatigue d’un emploi du temps trop chargé et les découvertes qui agrémentaient son quotidien l’avaient accaparé, rendant leur absence plus que supportable. Eren partageait l’amour de la Princesse pour les beaux livres. Au milieu de ces derniers, Griselle la retrouvait aux heures creuses de l’après-midi. La Demoiselle se cachait à la bibliothèque pour éviter la sieste tant recommandée par Grivas, la nourrice royale. La jeune fille allait bien se coucher deux heures. Elle s’allongeait — comme le préconisé Grivas — à même le sol du cabinet de lecture afin d’avoir le teint frais, mais ne s’assoupissait pas, trop passionnée par tant d’ouvrages.
    Dans sa nouvelle vie, Eren redoutait particulièrement les trois après-midi par semaine où elle devait se présenter au Maître de danse. Heureusement, il n’y était nullement question de pivoter ni même de virevolter. Là, dans la salle de réception, elle apprenait la diction, les manières dues à son rang et bien sûr le maintien. Les autres jours ne la préoccupaient pas autant. Elle se rendait dans le jardin de la Reine et mémorisait, aux côtés de Griselle, les propriétés et les vertus des plantes. Certaines fois, la sixième enfant d’Ethias ne pouvait retenir un petit cri de surprise découvrant la particularité d’une fleur ou d’une feuille.
    
    Certaines semaines, de façon plus ou moins régulière, la Princesse avait des leçons de politique étrangère. La fille du Maître-forgeron y assistait. Au début par pur esprit de camaraderie, elle soutenait simplement Griselle. Puis, les mois passant, Eren écouta avec attention et apprit les bases de la diplomatie et des accords entre pays. Elle était, bien évidemment, consciente que son statut ne lui permettrait pas d’employer ses connaissances. Cependant, elle avait bon espoir que ce dernier serait un jour utile à Griselle.
    Paradoxalement, la Demoiselle aimait beaucoup son nouveau rôle. La punition initiale s’était avérée être une véritable bénédiction, Eren se découvrant une vocation. Elle se complaisait à penser qu’elle exécutait fort bien la tâche pour laquelle elle avait été consignée. La fille d’Ethias était aussi très fière des progrès que Griselle faisait. Prenant confiance, elle montait régulièrement Dalma et effectuait même de courts vols sans problèmes. Par contre, l’ancienne commis n’arrivait nullement à inculquer l’art du fer à la jeune altesse. Cette dernière refusait purement et simplement de tenir une épée, empêchant ainsi la Demoiselle de s’entraîner. Bien que cela l’ait contrariée, Eren avait trouvé une solution peu orthodoxe à ce petit problème : elle s’exerçait la nuit.
    
    Ses soirées étaient bien moins conventionnelles que ses journées. Griselle jouait du piano et Eren chantait, faux. D’autres fois, la fille d’Ethias était au clavier et la Princesse vocalisait, ce qui semblait mieux convenir à Gribouille. Dans le premier cas de figure, il miaulait, attendant qu’elles s’arrêtent. Dans le deuxième, il venait s’allonger, la tête sur les genoux de la Demoiselle, et se mettait à ronronner. Ni la Reine ni Grivas à la connaissance d’Eren n’avaient fait de remarques sur ces cours de musique improvisés. Il s’avérait d’ailleurs que la dernière enfant du Maître-forgeron avait un touché naturel. Elle avait appris en quelques semaines à peine le solfège et en quelques autres à jouer de façon exquise. La jeune fille savait que la Princesse l’enviait, car même si elle s’en sortait fort bien, elle le devait à un travail acharné. Cependant, la voix délicate et bien posée de Griselle était inégalable… Eren chantant faux.
    
    Une fois les leçons de musiques terminées et la nuit venue, elle se faufilait hors de sa chambre. Elle rejoignait le huitième étage. La Demoiselle gagnait la salle d’exercice de la garde royale et pratiquait. Tantôt avec son épée, tantôt avec son poignard ou encore à mains nues, elle répétait inlassablement les enchaînements que ses frères lui avaient appris.
    Deux heures durant, elle s’essoufflait et suait face à des mannequins d’entraînement. Le silence pesant des lieux l’obligeait à contrôler sa respiration. Ne désirant pas attirer l’attention, elle avait acquis un pas léger. Eren avait maintenant toutes les caractéristiques des panthères blanches des Montagnes Bleues : délicatesse, rapidité et vision nocturne accrue. En effet, la Demoiselle pratiquait dans le noir, ne voulant point donner l’alerte.
    Pourtant, certaines nuits, bien que le tableau ne prévît aucune réservation de la salle, Eren avait été étonnée d’entendre des bruits de bottes dans le couloir. Chaque fois, elle avait échappé de peu à une inopportune rencontre. Depuis, elle ne venait plus tous les jours, mais seulement quatre soirs par semaine et surtout… plus tard. Confiante, la jeune fille trouvait son calendrier parfait.
    
    En ce matin de septembre, assise telle une reine à la table du petit-déjeuner, Eren souriait. Elle était satisfaite de la tournure que prenait sa vie et se félicitait d’avoir organisé son emploi du temps sans aucune fausse note. Griselle apparut radieuse. La Demoiselle se leva et fit une révérence discrète. La journée pouvait commencer.
    
    
§§§

    
    Les fenêtres entrouvertes de la chambre de la Demoiselle laissaient passer le vent de l’Est. Ce dernier amenait des odeurs d’ailleurs. Il suffisait d’y prêter attention. Des embruns, mais aussi des senteurs légères de fleurs s’entremêlaient, permettant de deviner que plus loin, au sud, l’été n’était pas encore fini. Les voiles se soulevaient au grès des différents tourbillons. Leur danse improvisée casait la monotonie de la soirée.
    Eren avait dîné seule, car Griselle était attendue à un repas officiel afin de préparer l’anniversaire de son prince de frère. La Reine avait tenu, comme toujours, que cela ait lieu en comité restreint. La fille du Maître-forgeron était intriguée par cette histoire d’héritier royal. En effet, personne ne l’avait vu depuis des années. Elle se demandait s’il était mort ou bien si une affreuse difformité ornait son physique. Elle se souvenait avoir posé la question à ses frères, soldats de la garde. Ces derniers avaient simplement expliqué que depuis l’âge de quinze ans, il était consigné dans ses appartements afin d’être fin prêt à embrasser la tâche de Roi.
    
    La nuit était venue et le battant d’une de ses fenêtres claqua la forçant à se lever. Elle referma l’ensemble des vitres et tira les rideaux. Un discret cognement la sortit de sa solitude. Gracy entra. Elle portait un plateau sur lequel se trouvait une tisane apaisante et un morceau de guimauve à la rose. Sur son bras, repassée et pliée, était posée la tenue de la Demoiselle pour le lendemain.
    
    « Oh ! Merci Gracy, laisse-moi t’aider.
    – Merci Demoiselle Eren. »
    La fille du Maître-forgeron prit la collation pendant que la Suivante arrangeait les vêtements sur le cintre prévu à cet effet.
    « Quelle belle soirée !
    – En effet, Gracy. Je souhaite que la tisane soit vraiment efficace, car je ne suis point sûre de trouver le sommeil facilement ce soir.
    – Pourquoi cela ? Un problème occuperait-il votre esprit ? demanda la Suivante en arrondissant les yeux.
    – Pas vraiment. Ce serait plutôt l’excitation. Demain, la Princesse exécutera son premier vol vers la seconde cour. Elle n’a jamais été aussi loin... j’espère que tout se passera pour le mieux.
    – J’en suis certaine. Vous êtes un excellent professeur, m’a-t-on-dit.
    – Qui donc t’a raconté une telle chose ?
    – Ernest, Demoiselle Eren, confessa la Suivante, le rose aux joues.
    – Dis-moi Gracy, mon frère te courtiserait-il ? s’enquit Eren intriguée par l’évidente gêne de la Suivante.
    – Hé bien... C’est tout récent... Disons...
    – J’en suis ravie, l’interrompit la Demoiselle. S’il ne se conduit pas bien, ce dont je doute, dis-le-moi et je t’assure qu’il regrettera ses paroles !
    – Merci, Demoiselle Eren, mais pour le moment il se contente de me faire un signe de la main chaque fois que je le croise. C’est plutôt moi qui le courtise en lui amenant des friandises, avoua Gracy.
    – C’est très bien ainsi, rit Eren. Mais sache que je suis là si tu avais besoin de quoi que ce soit. »
    
    La Suivante rougit de plus belle. Elle effectua une petite révérence et sortit prestement. Eren dubitative pensait à Ernest. Il était presque un homme aujourd’hui. Il plaisait aux jeunes filles. Son charme et son caractère agréable étaient ses atouts. Soudain, la dernière enfant du Maître-forgeron s’assit. Elle réalisa que son frère était à peine un peu plus âgé qu’elle. Tous ses occupations et apprentissages lui avaient fait oublier qu’elle était bonne à marier, depuis quelque temps déjà. Cependant, aucun prétendant ne s’était présenté. La jeune fille se gratta la tempe. Trois solutions s’offraient à elle. La première laissait à penser que sa réputation de garçon manqué caractériel avait éloigné tous les soupirants. La seconde, ses frères avaient menacé tous ceux qui avaient eu envie de l’approcher. Enfin la troisième option, la Reine et sa mère ne devaient pas être indifférentes à cette situation, car elles avaient déjà repoussé quelques partis.
    Eren réfléchit un instant. Même si le résultat le plus probable était un mélange des trois possibilités, la Demoiselle était indignée. Sans comprendre, la jeune fille sentit une certaine colère monter en elle. Finalement, elle aurait peut-être bien aimé être courtisée maintenant qu’elle savait se conduire en société. Ses frères abusaient en la surprotégeant et Erianor se mêlait d’affaires qui ne la regardaient pas. Elle pouvait parfaitement décider par elle-même ce qu’elle désirait faire de sa vie ! Contrairement à la Princesse, son avenir lui appartenait. La Reine, sa mère, ses frères… Mais enfin ! Elle n’était plus une enfant, ils pourraient tous faire un effort afin de reconnaître ses progrès. Elle était une Demoiselle : discrète, gracieuse et capable d’assumer ses choix. D’un geste rageur, elle rabattit les couvertures et se coucha.
    
    Elle tourna et retourna un moment. La nuit avançait. Eren ne trouvait toujours pas le sommeil. L’énervement contenu jusque lors l’empêchait de fermer les paupières. Elle avait un grand besoin de se défouler. Elle s’habilla tel un garçon sans pour autant masquer la féminité de son buste. Elle prit son épée et sortit en cachette. Elle se faufila le long des couloirs. Arrêtant de respirer au moindre bruit, elle monta les marches en colimaçon qui menaient directement au huitième étage. Malgré l’obscurité, elle se dirigea sans hésitations jusqu’à la salle d’armes. Une fois le battant passé, elle plaqua son dos contre le mur et souffla.
    Elle commença ses exercices d’escrime. Répétant les mouvements, elle souhaitait obtenir l’équilibre parfait entre sa lame et son bras. Elle n’entendit pas la porte s’ouvrir. Seule la douce lumière provenant de la lanterne l’alarma. En sueur, elle pivota vivement. Le capitaine de la garde lui faisait face. Il tenait le lampion à bras tendu et la fixait en souriant.
    
    « Que faites-vous donc ici en pleine nuit, Demoiselle Eren ? demanda-t-il.
    – Cela ne vous regarde point », répondit-elle en essayant de sortir. Cependant, le jeune homme fit deux pas de côté et l’empêcha de passer. Eren fronça les sourcils. Ce n’étaient pas vraiment le moment de la contrarier.
    « Je suis venu chercher quelque chose pour le Prince ! mentit-elle.
    – Vraiment ? Quelle effroyable sornette que voilà là ! s’amusa-t-il. Si vous ne me confessez pas la vérité, je vais devoir vous mettre aux arrêts et vous livrer à la Reine ! »
    Eren ne lui laissa pas le temps d’en dire davantage et dégaina son épée. En militaire entraîné, il réagit vite, mais pas assez. D’une fente en avant, elle l’avait touché au bras découpant au passage sa veste ainsi que sa chemise.
    « Vous n’êtes qu’un affreux personnage ! À moins de m’arrêter, ici et maintenant, vous n’aurez aucune preuve de ma présence en ce lieu ! Affreux personnage sans galanterie, vous allez regretter de ne pas m’avoir laissé passer.
    – Je vous présente toutes mes excuses si je vous ai offensé, Demoiselle Eren, se moqua le jeune homme en riant.
    – Comment osez-vous prendre cela à la légère !
    – Je ne vois pas ce qui vous met tant en colère !
    – Ce ne sont pas vos affaires !
    – Je suis le capitaine de la garde. Vous êtes à l’étage du Prince, votre présence ici est forcément mon affaire », répondit-il en esquivant l’assaut de la Demoiselle.
    
    Leur discussion n’était pas la seule à être ardue. Leur combat était sans merci. Ethan avait raison, sa sœur était une fine lame et les feintes qu’elle utilisait en étaient la confirmation. La blancheur de la peau d’Eren reflétait la lumière de la lune et ses cheveux scintillaient à chaque mouvement. Sa chemise à peine entrouverte laissait supposer une poitrine exquise. Le capitaine était un adversaire peu concentré et la Demoiselle se demanda ce qui pouvait le troubler ainsi. La preuve, le tranchant de l’épée de la fille du Maître-forgeron entailla le haut de la pommette droite de l’officier.
    À la vue du sang, Eren stoppa net. Elle avait reçu l’équivalent d’un coup de poing à l’estomac. La peur d’avoir blessé le jeune homme la paralysa. Elle ne résista pas lorsque d’un mouvement souple, il la désarma. Il était maintenant derrière elle. Le capitaine tenait son fer tout contre son cou de cygne. Il s’approcha aussi près qu’il le put, sans pour autant la toucher :
    
    « Vous avez dix secondes Demoiselle Eren pour quitter l’étage du Prince et disparaître. Après quoi, je devrais signaler votre présence à la Reine. »
    Eren se dégagea. Elle allait sortir, mais se retourna. À l’aide de son pouce, elle nettoya le sang coagulé qui entachait le visage du militaire tout en murmurant :
    « Pardon... et merci. »
    
    Elle partit en courant. La jeune fille avait du mal à respirer. Sans même savoir comment, elle se retrouva à dévaler les escaliers extérieurs à perdre haleine. Eren rejoignit le calme de sa chambre comme par enchantement. Troublée, elle se déshabilla et se faufila sous les couvertures.
    La Demoiselle ne put, même dans ses rêves, se débarrasser du regard du capitaine lorsqu’elle l’avait touchée. Il n’avait pas semblé surpris, mais plutôt heureux. Elle se tourna sur le côté et se demanda : que venait-il faire là à une heure pareille de la nuit ?
    
    
§§§

    
    Grégory n’avait pas bougé. Il savourait encore le doux contact de la main d’Eren sur sa peau. Il fallait qu’il lutte. Le jeune homme devait trouver une solution pour effacer la Demoiselle de ses pensées. Cependant, comment oublier le trouble au fond de ses yeux lorsqu’elle l’avait blessé. Elle semblait si désemparée. Le prince caressa sa joue et sourit. Il n’était point là question d’esprit, mais plutôt de cœur. Il inspira profondément, essayant de capturer l’essence encore présente de la fille du Maître-forgeron. Son odeur si délicate flottait toujours dans l’air tandis qu’il quittait la pièce, ne sachant plus pourquoi il était venu.
    
    Ce fut donc ainsi, le parfum d’Eren ancré dans sa mémoire et les yeux clos, que Grégory réalisa qu’il était en train de tomber amoureux.

Texte publié par Isabelle , 2 septembre 2017 à 13h56
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