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Tome 1, Chapitre 8 « Il était une fois, Erret... » Tome 1, Chapitre 8
Une grimace déforma les lèvres d’Ambre. Dur, le réveil forçait les barrières de son inconscience doucereuse. Elle se redressa, les jambes flageolantes et le dos raidi. Elle épousseta le sable qui s’était collé à son bustier et à sa traîne, puis scruta les alentours.
    
    Elle gisait au milieu d’un couloir en pierre grise dénué de fenêtres. Il se séparait en deux embranchements. Chacun d’entre eux menait à une porte dont l’aspect était plutôt banal. La jeune fille fronça les sourcils et avança vers le carrefour. Laquelle choisir ? Un murmure voyagea jusqu’à ses oreilles :
    
    — Ouvre-moi…
    
    Elle chercha à être plus attentive afin de connaître l’origine des voix chuchotantes.
    
    — Ouvre-moi…
    
    Après cinq minutes passées à écouter ces échos loufoques dignes d’un miracle à la Jeanne d’Arc, Ambre en déduisit qu’ils provenaient de la porte de droite. Les cloisons paraissaient vivantes…
    
    Mais bien sûr ! Et sur le loquet, il y aura une bouche qui me parlera, comme dans Alice au Pays des Merveilles ! Pourquoi pas, pourquoi pas…
    
    Tout en retenant son souffle, elle s’en approcha et tendit la main. Seulement, alors qu’elle s’apprêtait à abaisser la clenche, les murmures reprirent de plus belle :
    
    — Non ! Ouvre-moi…
    
    Perplexe, elle se dirigea vers la gauche. Les chuchotis gagnèrent en intensité :
    
    — Ouvre-moi…
    
    Elle toucha la poignée ronde. De loin, les portes s’avéraient impersonnelles, mais des dessins énigmatiques parsemèrent celle-ci une fois qu’elle fut béante.
    
    Encore ces symboles, ces triangles, ces arabesques…
    
    Ambre refoula son anxiété suscitée par les ténèbres devant elle et n’écouta que sa curiosité. Elle fit un pas en avant. Une lumière aveuglante surgit de nulle part et l’enveloppa. Lorsqu’elle fut en mesure de voir à nouveau, elle s’aperçut qu’elle se tenait au milieu de dunes céruléennes. Interloquée, la jeune Terrienne voulut revenir en arrière. La porte avait disparu !
    
    Merde ! Je suis retournée à mon point de départ !
    
    Elle se ressaisit aussitôt. Non, il ne s’agissait pas du même désert. Celui où elle avait atterri en arrivant sur Erret était composé de sable blanc alors qu’ici, il était bleu. Pourtant, ce constat ne la rassura pas.
    
    La chaleur du soleil nimbait sa peau. Sous ses rayons, les grains semblaient onduler. Quelque chose de flou se manifesta au loin. Ambre secoua la tête pour tenter de chasser l’hallucination. De ses poings, elle frotta ses paupières. En vain.
    
    Ce n’est qu’un mirage.
    
    Un phénomène courant dans les déserts, à cause de la réfringence des couches d’air. Parfois, la jeune fille s’amusait à essayer de connaître les mécanismes de son environnement. Bien qu’elle se soit dirigée en Terminale littéraire, elle avait lu cette information dans une revue scientifique dont le titre lui échappait.
    
    Résolue, Ambre mit un pied devant l’autre. Ce qu’elle discernait n’existait pas ; elle ne se laisserait pas berner par l’illusion.
    
    Elle la heurta de plein fouet. Elle tituba, mais un bras la retint à temps. Elle leva le visage.
    
    Lui.
    
    Reflets de sa stupéfaction, ses sourcils se haussèrent. Le Tisseur éclata de rire :
    
    — Tu apprendras plus tard qu’il ne faut pas se fier aux apparences et que rien n’est acquis.
    — Qu’est-ce que vous…
    — Je vois que tu as déniché le morceau de miroir que j’avais caché dans une poche de ton vêtement. Tu es parvenue à t’évader.
    
    Oh ! Je comprends mieux le pourquoi de sa présence dans les geôles !
    
    — M-merci.
    
    Elle se tut. Le Tisseur soutint son regard azuré.
    
    — La galaxie entière s’échappe en volutes laiteuses, évanescentes et éthérées. Tu es la première à qui je révèle cette connaissance.
    
    Interloquée, Ambre croisa les bras. Pourquoi lui sortait-il des phrases sans queue ni tête ?
    
    — Il te reste quatre heures et demie pour me débusquer. C’est si peu, le temps d’une vie.
    — Pas besoin de me le rappeler, vous avez le don de remuer le couteau dans la plaie.
    — Quelle violence…, soupira-t-il.
    
    Il laissa planer ces derniers mots, puis il enchaîna :
    
    — Je suis capable de faire frissonner les êtres, de les sonder et de lire dans leurs pensées. Tu es troublée.
    
    Ambre le fixa. Hargneuse, elle objecta :
    
    — Qui êtes-vous pour…
    
    Il y posa un doigt. Sa fureur s’évanouit alors, comme aspirée.
    
    — Ta colère montre que tu as des choses à cacher.
    
    Il insista avec une moue amusée :
    
    — Et je te l’ai déjà dit, elle te rend affreuse.
    
    Les joues cuisantes de gêne et d’agacement, elle le foudroya du regard. Une question la hantait depuis le début de son aventure.
    
    — Pourquoi tenez-vous tant à ce que je vous retrouve ?
    
    Une expression indéchiffrable s’esquissa sur les traits du Tisseur tandis que de ses iris émeraude, il continuait de la dévisager. La jeune Terrienne se laissa happer. Elle s’y noya profondément. Ses yeux n’étaient plus ses yeux, mais un abîme cosmique indéfinissable. Sans qu’elle comprenne comment, une sensation de légèreté la captura, puis l’emmena loin de ce désert et de ce personnage sibyllins.
    
    Paniquée, elle chercha à s’en défaire, mais le paysage bascula et la Terre se confronta à elle.
    
    Son esprit volait dans l’espace ! Une autre facétie du Tisseur, sans aucun doute. Quel était son but ?
    
    De loin, elle repéra Vénus et Mercure, ainsi que le Soleil, immense sphère de lumière. Elle vit Mars du coin de l’œil et évita l’amas d’astéroïdes situé entre elle et Jupiter, qu’elle frôla.
    
    Ambre put contempler les anneaux de Saturne, observer de près ses nombreux corps célestes ; elle toucha presque ceux d’Uranus, passa devant Neptune pour s’en écarter très vite. Pluton fut à portée de son regard, de même que Charon, son satellite – jumeau ou protoplanète ? Nul ne le sait encore. Hélas, la jeune fille décolla derechef. Le cœur battant, elle pénétra dans la ceinture de Kuiper et avisa les cinq planètes naines.
    
    Elle continua à dériver. Un mélange de panique et de fascination la possédait ; des émotions si extrêmes s’unissaient en son âme si frêle. Elle erra au milieu de débris, la plupart du temps de météorites, roches recouvertes de glace. Cette région, s’agissait-il de celle dont lui avait parlé une fois son ami Fabrice ? Elle se sentit attirée davantage au sein du cimetière sidéral, y végéta un moment avant d’en être éjectée. Elle sombra alors à l’intérieur d’un nuage de cadavres cosmiques.
    
    C’est la limite du système solaire ?
    
    Une chaleur irradia sur sa chair, ce qui l’obligea à se retourner. Elle flottait en face… d’une petite étoile !
    
    Une minute. Est-ce que je suis toujours dans le sys…
    
    Ambre ne comprenait plus. Existait-il un deuxième Soleil ? Normalement, il aurait pu être détecté depuis longtemps par les scientifiques, malgré ces objets stellaires ! À moins que quelque chose ne soit dissimulé à l’intérieur de la zone abondante de débris et brouille de manière infime les mesures…
    
    Stop ! Tu te crées des nœuds dans la tête, là !
    
    Tout ceci la dépassait. Elle contourna la boule d’énergie et de plasma, puis elle fut tiraillée de nouveau vers l’avant, à une vitesse que son cerveau fut incapable d’appréhender. Bientôt, le grand Soleil se dressa sur son chemin. Si la jeune fille avait pu, elle aurait hoqueté de stupéfaction.
    
    Une éruption darda ses crochets vers elle. Elle réussit à s’éloigner ; son cœur battait à tout rompre. Soudain, l’espace parut se distordre. Étonnée, elle plissa les yeux. C’était comme si une bouche gigantesque s’ouvrait devant elle. Un trou noir ? Elle plongea dedans, ce qui lui fit l’effet d’une douche écossaise.
    
    Elle se rendit compte qu’elle avait tort. Face à elle, une planète. Une seule. Ses trois lunes parvenaient à absorber la lumière du grand Soleil ; de son point de vue, Ambre constata qu’Erret se nichait dans une sorte de cachette. Le cosmos avait-il plié sa robe pour l’y abriter, la dérober à la curiosité humaine ? De cet « ourlet », il était possible de tout embrasser du regard.
    
    Incroyable ! Et ses lunes sont au nombre de trois, parce que…
    
    Parce que lorsqu’Erret et la Terre furent créées, il y en avait quatre. Quatre, comme les éléments. Ambre se souvint d’un passage du grimoire. Quand elle l’avait lu, elle n’avait pas saisi grand-chose sur le coup. En fait, le récit était demeuré métaphorique. Maintenant, elle savait. Les paroles du Tisseur soulevèrent les derniers coins de mystère. Sa raison venait de remettre les pièces du puzzle en place. Elle n’en revenait pas.
    
    Erret aurait dû toutes les posséder, mais la Lune a été offerte à la Terre en tant que don, afin de rappeler aux esprits anciens qu’elle avait une jumelle… La Lune symbolise l’Eau, car la Terre en est recouverte à soixante-dix pour cent ; quant à Erret, ce sont les trois éléments restants qui la représentent le plus.
    
    Si elle l’avait pu, Ambre aurait soufflé d’hébétude. Une réponse si évidente, si simple ! Elle assista avec émotion au ballet céleste. Jamais elle n’oublierait cet instant féerique, empreint de la plus vénérable des sagesses.
    
    Tout s’effaça, tout éclata autour d’elle. Des visions l’assaillirent.
    
    Elle dansait et tournoyait dans une salle de bal grandiose, entre autres. Des chuchotements, des voix paralysèrent ces scènes sidérantes. Non, des pensées. Provenaient-elles de plusieurs personnes ? Le kaléidoscope insolite se brisa en multitude de fragments.
    
    Elle cligna des paupières. De nouveau, le désert l’entourait de ses dunes majestueuses. Elle tituba, prête à s’évanouir. Le Tisseur avait disparu, mais le souvenir de ses mains qui la retenaient pendant cette expérience fascinante la taraudait.
    
    — Que me veux-tu ? murmura-t-elle.
    
    Épuisée, elle ferma les yeux. Elle le tutoyait, mais elle n’en avait cure. De toute manière, il était parti. Si elle s’écoutait, elle s’écroulerait. Elle ne le pouvait pas. Pas encore. Elle se ressaisit. Elle réalisa qu’elle errait à quelques kilomètres d’une forteresse qu’elle n’avait pas remarquée plus tôt. Un château sans pont-levis. Ce détail ne la perturba guère – c’était le cadet de ses soucis !
    
    Ses tours semblaient percer le ciel, tels des javelots. Des fenêtres se faisaient étoiles sur les murs impressionnants. Tenue en respect par les environs, la jeune Terrienne n’osait plus respirer. S’agissait-il d’un château ou d’une forteresse en fin de compte ? Confuse, elle se résolut enfin à marcher jusqu’à l’entrée, puis à pousser la grille qui céda presque toute seule. Elle s’adressa une remontrance :
    
    — Reprends-toi…
    
    Elle chancela sur un chemin bordé d’herbes sous le crépuscule dévorant l’horizon. Elle ne comprenait pas ce qu’il venait de se passer. C’était bien trop surréaliste !
    
    — Je suis calme.
    
    Une énorme porte massive la bloqua dans son élan et la toisa de son matériau luisant. Aspect trompeur, car elle s’estompa lorsque la jeune fille se risqua à y poser une main. Un couloir au revêtement cramoisi – du tissu, de la moquette ? – éclairé par les flammèches de torches murales se dévoila. Dans un soupir, elle souffla :
    
    — J’ai retrouvé mon intégrité.
    
    Elle marcha et, au fur et à mesure de ses pas, le tapis s’effaça. Elle crut alors arpenter un océan, tellement c’était grand et… bleu !
    
    — C’est là que ta véritable quête commence.
    
    Ambre sursauta ; cette voix…
    
    Le Tisseur.
    
    — Il te faut développer le secret qui se cache en toi.
    
    Elle ne le voyait nulle part. Le château abritait un siège d’illusions fabriquées par un artisan doué.
    
    — Danse, afin d’atteindre l’issue.
    
    Pourquoi lui demandait-il une chose pareille ? Un froid glacial s’insinua en son être. De nouveau livrée à elle-même, elle maugréa. La présence du Tisseur n’était plus qu’un souvenir. Il lui avait juste lâché ces quelques mots afin qu’elle avance.
    
    Elle marcha jusqu’au centre, où s’enlaçaient des gerbes de vagues opalescentes. Aucun mur ne délimitait les lieux. Seul l’instinct lui soufflerait où aller. Ou la démence. Après ce qu’elle venait de vivre, autant se laisser porter par le mouvement. Valser, afin de déjouer un quelconque mécanisme de la salle et lui ouvrir une porte ?
    
    Soudain, un refrain que lui fredonnait son arrière-grand-mère frappa le seuil de sa mémoire. Cette chanson… Oui. Cette chanson était une clé de voûte pour déverrouiller une autre partie des mystères et pour lui permettre de sortir de cette pièce. Encore une fois, le fantôme d’Aurore parut planer au-dessus d’elle.
    
    Ambre ferma les yeux. Il lui fallait jouer son rôle d’intrépide. D’ingénue. Chanter… Ce n’était qu’une comptine dont elle suivrait les instructions à la lettre.
    
    — Un, et j’avance d’un pas vers la gauche.
    
    Sa silhouette se déforma en ombres chinoises.
    
    — Deux, je tourne sur moi-même.
    
    Une étoile danseuse, l’espace d’une seconde.
    
    — Trois, je marche jusqu’à avoir froid.
    
    L’action dura un peu plus longtemps, puis un souffle de vent la pétrifia sur place. Était-elle sur la bonne voie ? Sa chorégraphie convenait-elle aux exigences du sort qui opérait en ces lieux ?
    
    — Quatre, je fais un pas de côté.
    
    D’un danger, Ambre se préserva. Du moins, se plaisait-elle à l’imaginer. Un jeu de l’oie sous forme de ballet… Le Tisseur avait des idées vraiment étranges.
    
    Non. C’est tout lui.
    
    — Cinq, je virevolte en avançant jusqu’à tomber.
    
    Ce qui devait arriver arriva : elle faillit se fouler la cheville. Haletante, elle poursuivit son manège. Sa voix était hésitante, mais elle irait jusqu’au bout.
    
    — Six, j’attends que la douleur passe son tour.
    
    Aussitôt dit, aussitôt fait. Elle se releva et vacilla.
    
    — Sept, je garde les paupières closes quoiqu’il advienne, et j’exécute deux enjambées comme deux grands écarts.
    
    La confusion envahissait le corps de la jeune fille.
    
    — Huit, je pivote vers la gauche et je marche avec lenteur.
    
    Aucun obstacle ne contraria ses projets.
    
    — Neuf, je continue…
    
    Il le faut.
    
    — Dix, je cours jusqu’à toucher un mur !
    
    Après de longues minutes, elle heurta enfin une paroi froide. Elle avait plaqué les mains dessus pour atténuer le choc.
    
    Ambre, tu es complètement cinglée et stupide !
    
    Ses paumes recherchèrent un moyen de le franchir. Soudain, un anneau se matérialisa sous ses doigts tremblants. Elle le tira vers elle.

Texte publié par Aislune Séidirey, 4 mai 2017 à 17h24
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