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Tome 1, Chapitre 36 « Dernier contact » Tome 1, Chapitre 36
Leurs pieds s’enfonçaient dans le sable vert kaki de la plage, qu’ils arpentaient depuis peu. Ambre fixait l’horizon immobile et infini de la mer, aux eaux si sombres qu’elle ne se risquerait pas à y mettre un pied. Ils évoluaient presque dans un paysage monochrome.
    
    — Qu’est-ce qu’il y a au-delà ?
    — Un autre continent aussi désolé que celui-ci. Dianteph a conservé son aspect mortifère, avant que je…
    
    Tout en lui parlant, il fuyait son regard. La jeune Terrienne secoua son épaule.
    
    — Cesse de culpabiliser.
    — Détrompe-toi.
    
    Alors qu’il relevait la tête, elle avisa un éclat meurtrier au fond de ses prunelles.
    
    — Comment Dianteph ose-t-elle braver les lois de l’univers ?
    
    Il exécuta quelques pas vers la mer, puis se figea de nouveau. Il murmura d’une voix grondante :
    
    — Nous devons déjouer ses plans. Sinon, elle provoquera de nouvelles catastrophes.
    — Le peut-elle vraiment ?
    
    Le Tisseur acquiesça.
    
    — Hélas. Le fait qu’elle reste connectée à la Faille et qu’elle « survive » en tant que planète parasite n’est rien, comparé aux perturbations qu’elle est capable de causer dans le système solaire où elle est née.
    — C’est-à-dire ?
    — Il est probable qu’elle devienne un point de départ à l’effondrement du Cosmos.
    
    Lorsqu’il la vit froncer les sourcils, Jyrhan explicita :
    
    — Imagine-le telle une immense robe aux multiples jupons. Parfois, il y a des accrocs, des trous, mais cela ne met pas en péril l’ensemble du vêtement. Par contre, si tu tires sur un fil qui relie plusieurs morceaux de tissu…
    
    Ambre pâlit.
    
    — Dianteph est similaire à un fil ?
    — Selon les lois de la relativité, oui. Les planètes et les astres représentent des éléments de la toile de l’Univers, mais aussi des brins dès lors qu’elles développent des connexions avec d’autres mondes ou dimensions.
    — Du point de vue de la physique et de l’astronomie, ça s’explique ?
    
    Ambre était désorientée.
    
    — Oui. Cependant, cette notion dépasse la hiérarchie « monde – système planétaire ou stellaire – galaxie ».
    — Une planète est analogue à un neurone du cerveau alors.
    — En effet. Imagine qu’il y en ait un qui soit anormal, mais qu’il ne meurt pas ? Compare Dianteph à une cellule cancéreuse.
    — Je crois que j’ai saisi.
    
    Ambre reporta son regard sur la Mer Sombre – inspirée par ses remous, elle l’avait baptisée ainsi. De quelle façon appelleraient-ils l’esprit de Dianteph ? Tout à l’heure, celui-ci s’était matérialisé de son plein gré devant elle. Viendrait-il à eux si le Tisseur le lui ordonnait ?
    
    Silencieux, il se plaça à côté d’elle. Lorsqu’elle remarqua son air concentré, elle comprit qu’il cherchait à entrer en contact avec Dianteph.
    
    Elle se frotta les tempes ; depuis qu’Erloh lui avait rendu les miettes volées de son pouvoir, une migraine assiégeait son cerveau. La douleur était supportable, mais contraignante. Jyrhan lierait-il sa conscience à la sienne pour qu’à terme, ils puissent communiquer par télépathie quand elle serait prête ?
    
    Je lui demanderai comment construire des pare-feu mentaux. Il va encore se moquer de moi et de mes expressions hasardeuses, mais je m’en fiche.
    
    
    
***

    
    
    Réolys scrutait le visage de Lula avec intensité. Depuis une longue demi-heure, la fillette était habitée par la vision qui assaillait son esprit depuis son réveil. Elle posa une main sur son front et se rasséréna aussitôt. L’hypothermie touchait souvent les Incantes novices lorsqu’ils exerçaient leur percepscience (1), mais Lula n’en souffrait pas pour l’instant.
    
    Le temps était suspendu sous l’attente. Enfin, d’une voix atone, elle consentit à parler :
    
    — Deux adultes se sont disputées. Une fille brune aux yeux verts et un garçon brun aux yeux bleus.
    
    La vision concernait soit un seul événement situé n’importe quand dans le temps, soit des fragments. Réolys la laissa s’exprimer.
    
    — Le garçon est très triste et en colère. Il se sent abandonné. Il adorait Ambre.
    
    Ah. La jeune Taéthianne identifia Fabrice. Aurore et Violine avaient brièvement évoqué le sujet. Toujours impassible, Lula poursuivit :
    
    — La fille a mal au cœur, mais la personne qui a pris la place d’Ambre et qui lui ressemble restera avec elle.
    
    Il s’agissait de Juliette. Lula battit des paupières. Elle enchaîna :
    
    — Un homme, une femme et une petite fille discutent d’Ambre. Ils sont soulagés. Ils vont lui rendre visite dans quelques jours.
    
    Réolys sourit. Au moins, la famille de l’étudiante se portait bien aussi. Puis Lula se crispa.
    
    — Il y a Erloh qui marche tout seul dans un paysage tout gris.
    
    La sœur de Jyrhan se raidit. Cela ne pouvait signifier qu’une chose : l’Elnaris avait laissé Ambre et Jyrhan. Pourquoi ? Il ne réussirait pas à s’échapper sans eux ! Quoique… Non. Erloh avait plus d’un tour dans son sac.
    
    Le regard de Lula se voila.
    
    — Le Tisseur et Ambre sont au bord d’une mer toute noire ou marron, je ne sais pas.
    
    Réolys acquiesça. Ils cherchaient sans doute la solution pour s’en sortir. Lula se débrouillait bien et percevait pas mal d’événements déjà. Elle deviendrait une Incantesse prometteuse.
    
    — Ah, ils ont changé d’endroit.
    
    Lula la tira de ses pensées quand elle marmonna :
    
    — Je n’arrive pas à aller plus loin. Y a trop d’images, je ne comprends pas. Tout se mélange.
    — Reviens vers moi alors. Ce n’est pas grave.
    
    Tout à coup, la petite fille se raidit. Ses yeux écarquillés dévisagèrent Réolys sans la voir.
    
    — Lula ?
    
    Celle-ci l’attira vers elle tandis qu’elle baragouinait des propos hachés à son oreille. Toutefois, la sœur de Jyrhan parvint à en saisir le sens et en eut le souffle coupé. Elle remercia avec douceur Lula, qui relâcha enfin son emprise et se rallongea. Ses paupières se fermèrent. Sa respiration s’approfondit. Elle dormirait pendant quelques heures compte tenu des efforts qu’elle avait déployés pour éveiller sa vision.
    
    Réolys posa un linge mouillé sur son front. Il lui faudrait se rendre sur Taéthi au plus vite.
    
    
    
***

    
    
    La température chuta de plusieurs degrés ; le ciel s’assombrit. Ambre frissonna, puis se rapprocha de Jyrhan, dont le regard se perdait sur les eaux devenues tumultueuses. Elle murmura :
    
    — Dianteph ?
    
    Elle en eut la confirmation en avisant la masse poussiéreuse juste au-dessus des vagues. Celles-ci semblaient chercher à la happer. La voix sifflante de l’entité éclata dans le silence ambiant :
    
    — Je… me… battrai…
    — Il en est hors de question, répliqua Jyrhan.
    
    Dianteph se figea. Inquiète, Ambre le fixa. Déterminé, il ajouta derechef :
    
    — Je te demande aussi d’employer les voies mentales pour une meilleure compréhension de notre discussion.
    
    L’entité frémit. La jeune Terrienne crut contempler une nuée de mouches zonzonnant autour d’un cadavre. La nausée la saisit. Jyrhan posa une main sur son épaule et la sortit de son hébétude. Elle leva la tête vers lui.
    
    — Ambre, je vais ouvrir ton esprit.
    — Maintenant ?
    — Oui. Tu ne pourras pas lui répondre, mais au moins tu suivras notre échange. Je te promets que ni Dianteph ni moi ne lirons dans tes pensées.
    
    Jyrhan…
    
    Elle le dévisagea durant quelques secondes, puis acquiesça avec gravité. Elle ne l’abandonnerait pas face à la Planète à cause de la peur ! Elle s’assit sur la plage avec lui et lui permit de s’installer derrière elle.
    
    D’un bras, le Tisseur entoura sa taille pour la serrer contre lui. Sa paume gauche se colla à son front. Ambre ferma les yeux pour mieux se concentrer et se détendre.
    
    Elle entendit des bourdonnements au sein de son crâne. Il murmura à son oreille des mots apaisants pour la rassurer. Craintive, elle attendit. Ressentirait-elle de la gêne, de la douleur ? Si seulement elle avait eu le loisir de se préparer à une pareille épreuve !
    
    Bientôt, le silence succéda à ses acouphènes avant de laisser la place aux voix familières de Dianteph et de Jyrhan. Elle remarqua que le parler de la planète était bien plus intelligible. Elle n’osa pas bouger et ses paupières restèrent closes.
    
    — Que veux-tu, assassin ?
    — Tu sais que je n’ai pas eu le choix. Je te le répète, et je le ferai autant de fois que nécessaire, rétorqua Jyrhan.
    — Bonimenteur ! hurla Dianteph.
    — Te doutes-tu de l’horreur que tu fomentes en continuant d’exister ainsi ?

    
    La fureur de l’entité éclata, à tel point qu’Ambre se crispa dans les bras du Tisseur.
    
    — Je ne comprends pas pourquoi j’aurais dû disparaître ! C’était une évolution possible !
    — Non. Tu ne perds la raison que si tu le souhaites vraiment.

    
    La conscience de son compagnon s’affermissait. Les autres sens d’Ambre étaient à l’affût. Elle goûtait presque à la saveur amère de la détresse qu’éprouvait Dianteph ; elle respirait l’odeur rance et glaciale de son désespoir ; elle touchait à son désir morbide de survivre à tout prix ; enfin, elle entendait les intonations de la folie qui sourdait de ses mots.
    
    Jyrhan poursuivit :
    
    — Je te l’ordonne : tu ne peux continuer à suivre la voie que tu as choisie. En revanche, tu peux renaître sous une nouvelle forme.
    — Faux ! Il n’y a que la mort qui m’attend au tournant !
    — Détrompe-toi.
    — Comment oses-tu proférer de telles paroles sans rien savoir ? Assassin ! vociféra la planète.
    — J’étais comme toi.

    
    Un hoquet de stupéfaction jaillit d’Ambre ; le Tisseur resserra son emprise.
    
    — Je ne suis pas un être humain. Je suis bien plus…
    — Tu mens.
    — Dans une autre vie, j’incarnais une planète, s’entêta à lui expliquer Jyrhan.
    — Tu mens !

    
    Pourtant, Ambre perçut que l’entité pliait sous les révélations.
    
    — Je n’ai aucune raison de te fourvoyer.
    — Pourquoi ?
    — Parce que je ne désire pas ton annihilation. J’ai essayé de te le faire comprendre il y a sept de tes cycles.
    — Donne-moi une preuve !

    
    L’aura du Tisseur s’amplifia autour de la jeune fille, qui se sentit minuscule.
    
    — Il te suffit de sonder mon âme, Dianteph. Exécute-toi si cela peut t’apporter de l’apaisement.
    
    Ambre se pétrifia d’horreur.
    
    Non ! Jyrhan, ne fais pas ça !
    
    Elle ouvrit les yeux et tenta de se dégager de ses bras. En vain. La poigne ferme de son compagnon l’immobilisait. Elle fixa la masse brumeuse de Dianteph, puis la plage, puis le ciel.
    
    Jyrhan ! Arrête !
    
    — Je vais répondre à ta requête avec un grand plaisir.
    
    L’esprit de la planète fonça sur celui du Tisseur. Tétanisée, Ambre voulut hurler, mais elle en fut incapable.
    
    — Ne me laisse pas, Ambre… Je t’en prie…
    
    La supplique de Jyrhan réduisit à néant ses efforts pour se débattre. Résignée et peureuse, elle ferma les paupières très fort pour les rejoindre, à ses risques et périls.
    
    
    


    
    
    (1) Équivalent de la clairvoyance sur Erret.

Texte publié par Aislune Séidirey, 11 février 2018 à 10h17
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