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Tome 1, Chapitre 34 « Acceptation » Tome 1, Chapitre 34
Juliette bâilla, puis pénétra dans la cafétéria du Crous. Elle n’avait pris qu’un cappuccino et un croissant au lieu des pâtisseries qu’elle aimait déguster le matin. En cinq enjambées, elle rejoignit Fabrice et s’assit en face de lui. À six heures tapantes, il lui avait envoyé un SMS pour qu’ils se voient.
    
    L’air qu’affichait le jeune homme ne lui disait rien qui vaille. Il lui tendit alors une feuille avec brusquerie.
    
    — Voilà la copie de l’email que j’ai adressé à Ambre.
    
    Du bout des doigts, Juliette s’en empara, puis le parcourut du regard tout en sirotant sa boisson. Elle s’étrangla aussitôt et toisa Fabrice avec stupéfaction.
    
    — Tu n’as pas osé !
    — Eh bien si, rétorqua-t-il.
    
    Elle relut le paragraphe. Sans état d’âme, il annonçait à Ambre sa décision de couper les ponts avec elle parce qu’elle provoquait de la souffrance chez lui. Il l’accusait aussi de l’avoir fait espérer pour rien pendant des années. Elle s’esclaffa à la dernière ligne :
    
    — Tu t’es sacrifié pour elle ? Tu te fous de ma gueule, là !
    — Absolument pas.
    
    Le ton sérieux qu’il venait d’employer mortifia Juliette au plus haut point. La gorge nouée, elle lui demanda :
    
    — Tu ne crois pas que tu es juste blessé dans ton ego ? Ambre n’est pas une manipulatrice. Elle n’a jamais voulu tout ça.
    — Elle aurait peut-être dû y penser avant de se rapprocher de moi, rétorqua-t-il, amer.
    — Putain de bordel, mais qu’est-ce que tu peux être con !
    
    La colère de Juliette attira l’attention sur eux. Elle baissa la voix avant d’ajouter :
    
    — Hors de ma vue.
    — Quoi ? s’offusqua-t-il.
    — Je répète : dégage. Cette fois, c’en est trop Fabrice.
    
    Les larmes montèrent aux yeux de Juliette. L’expression lugubre, il obtempéra.
    
    — Tu as conscience que notre amitié prend fin ici ?
    — Oh que oui ! Va-t’en. Tu regretteras ton attitude de salopard plus tard, crois-moi.
    
    Elle avait lâché ses mots d’un ton venimeux. Il hocha la tête avec rudesse. À l’instant où il sortit de la cafétéria, Juliette comprit que leur groupe venait de se dissoudre pour toujours. Thomas s’était exilé à Bordeaux. Laure ne soutiendrait pas Fabrice, mais elle s’éloignerait d’eux à tous les coups parce qu’elle ne supportait pas les conflits.
    
    Elle étouffa un sanglot. Elle se sentit plus seule que jamais, et repartir chez Ambre était hors de question pour l’instant. Elles se verraient demain au marché couvert, où elles avaient établi un rendez-vous.
    
    La jeune fille sécha ses pleurs, le cœur gonflé de peine et de confusion. Une page de leur vie s’était tournée. Au moins, elle et Ambre resteraient soudées malgré les obstacles. Elle y croyait dur comme fer.
    
    Au loin, l’horloge de la cathédrale carillonna sept fois.
    
    
    
***

    
    
    Erloh retint de justesse Jyrhan, qui avait manqué de glisser sur le pont qu’ils venaient d’emprunter. La structure oscillait doucement et frôlait l’eau. Il murmura d’une voix sinistre :
    
    — Je suis épuisé. Je ne sais pas si je parviendrai à connecter mon esprit à celui de la fille la prochaine fois.
    
    Le Tisseur masqua son anxiété. Il se doutait que cela devait se produire. Malgré ses capacités, l’Elnaris arrivait au bout de ses limites. Il hocha la tête.
    
    — Où est-elle ?
    — Sur l’îlot où nous nous dirigeons.
    
    Ils n’osaient plus se précipiter. Dianteph observait tous leurs mouvements et leur damnait le pion avec une facilité rageante. Jyrhan réfléchissait à une ruse. Hélas, aucune à ses yeux ne bernerait la conscience démente de la planète.
    
    — Je l’aperçois, l’interrompit Erloh, mais quelque chose cloche.
    
    Le Tisseur repéra à son tour Ambre, qui était dos à eux, puis pâlit. Pourquoi était-elle tombée à genoux devant l’entité ? Pourquoi se balançait-elle d’avant en arrière ? Il articula avec peine :
    
    — Elle n’est pas loin de sombrer.
    — Ne peut-on rien faire ?
    
    Erloh posait la question d’une voix neutre. Le sort d’Ambre lui importait peu, mais la voir dans un état pareil le rendait tellement mal à l’aise que ses entrailles se nouaient d’appréhension. Eux aussi finiraient de la même façon. Dianteph les posséderait corps, âme et esprit.
    
    Soudain, Jyrhan s’éloigna de lui d’un pas vif pour marcher en direction d’Ambre.
    
    — Reviens ici ! Elle disparaîtra encore !
    
    Le Tisseur ne l’écoutait pas. Pourtant, ils savaient tous deux qu’il leur fallait concevoir un plan destiné à tenir la planète en échec ! Alors qu’Erloh continuait de s’interroger, il remarqua avec stupeur que la fille s’était relevée.
    
    
    
***

    
    
    Ambre se concentra sur la voix douce qui lui parlait depuis plusieurs minutes. Elle respirait avec lenteur et s’efforçait de garder un pied dans la réalité. Il lui semblait bien plus simple de s’abîmer dans la folie. Elle avait franchi les limites de sa souffrance.
    
    Malgré tout, elle s’accrochait encore.
    
    — Ambre, écoute-moi. Ressaisis-toi.
    
    Après un instant de flottement, elle parvint enfin à mettre un visage sur cette voix débordante de musicalité. Réolys. Par quel miracle avait-elle connecté son esprit au sien ? À genoux, les paumes pressées contre ses oreilles pour ne pas que l’entité fantôme qui la menaçait rompe l’échange, elle tenta d’user de son don.
    
    — Comment fais-tu ? Où es-tu ?
    
    Peut-être que la sœur de Jyrhan s’était téléportée sur Dianteph, elle aussi ? Ses espoirs s’effondrèrent dès qu’elle obtint sa réponse.
    
    — Sur Erret. Je suis incapable de contacter mon frère. En revanche, toi si.
    — Moi ? Non, je ne…
    — Nos consciences se sont entremêlées grâce à la voie du rêve lorsque tu m’as sauvée.

    
    Ambre crut recevoir un coup de poing au creux de l’estomac.
    
    — Tu… Tu utilises le même moyen pour communiquer avec moi ?
    — Oui.

    
    Elle vacilla ; elle se souvenait. Lors de son songe avec Réolys et le lac, elle avait bien perçu un appel de sa part. Même si elle ne l’avait jamais retranscrit dans son journal des rêves, son esprit s’était connecté à celui de la jeune Taéthianne dès le début, et elles avaient échangé des paroles. Réolys avait pu ainsi cerner et confirmer son don de télépathie. Elle avait pris d’énormes risques en remettant sa vie entre les mains d’une Terrienne, mais elle avait confiance en l’intuition de Jyrhan.
    
    — Maintenant, explique-moi pourquoi tu es proche de devenir folle. J’ai tes ressentis, mais pas les images.
    
    Ambre déglutit, puis se lança dans un monologue :
    
    — Depuis que j’ai atterri sur la planète, je n’arrête pas de changer d’époque, comme si la Faille était toujours ouverte et que j’étais restée à Malemence. Or je sais que ce n’est pas le cas. Une entité me pourchasse et je pense que c’est elle qui provoque les voyages dans le temps. Jyrhan est là aussi, je l’ai vu. Malheureusement, nous ne pouvons pas nous rejoindre !
    — L’entité joue avec vous, Ambre. Il te faut te dresser contre elle.

    
    La voix de Réolys parut s’éloigner.
    
    — Je ne peux maintenir le contact plus longtemps. Tiens tête à Dianteph pour l’empêcher de vous transporter encore dans le passé.
    
    Dianteph ? Le nom de l’entité ?
    
    — Je… J’ai peur.
    — Il le faut. Je t’en prie, Ambre !

    
    L’urgence et la détresse envahirent la jeune fille. Très bien. Puisqu’il s’agissait de sa dernière option…
    
    Lorsque Réolys se retira de son esprit, un vide profond siégea au sein d’elle. Cependant, une nouvelle détermination l’animait. Lentement, elle se releva et foudroya du regard la nuée spectrale.
    
    — Je ne céderai plus.
    
    Elle avança d’un pas. La panique chevilla son cœur, mais elle ajouta :
    
    — Laisse-moi tranquille. Tu n’existes pas !
    
    Soudain, un bras la ceintura et la força à se placer derrière son propriétaire. Elle hoqueta en reconnaissant Jyrhan. D’une voix glaciale, il murmura :
    
    — Dianteph.
    
    La nuée continua de frémir, mais sans bouger de sa position actuelle, comme si une partie d’elle avait été pétrifiée et retenait le reste de sa masse. Un silence de plomb planait sur eux.
    
    Que fait-elle ?
    
    Un sifflement désagréable perça leurs tympans.
    
    — Toi… le zghelap…
    — Jyrhan… Que se passe-t-il ? Où sommes-nous ? balbutia-t-elle.
    — Sur une planète censée être détruite.
    
    La réponse la stupéfia.
    
    Quoi ?
    
    L’entité gonfla et se déploya telles les voiles d’un bateau ; bientôt, elle fit dix ou onze fois leur taille. Comptait-elle avaler le ciel ? Le Tisseur tendit une main vers elle.
    
    — Je n’avais pas le choix. Tu étais mourante, et un sort bien pire que celui que je t’ai réservé t’attendait.
    — Je… vivais… bien ! Il me fallait juste une dftrgtyoip… tous les hklma oryénmd…
    
    Jyrhan fronça les sourcils.
    
    — Avant que je ne m’occupe de toi, tu es parvenue à subsister plus ou moins grâce aux sacrifices, que tu as commencé à exiger après le séjour accidentel de mon ancêtre sur ton sol.
    Ambre se tourna vers lui. Le journal… L’aïeule de Jyrhan avait parlé de catastrophes engendrées par ses voyages dans le temps. Un éclair de lucidité se faufila dans son esprit.
    
    Si Dianteph en est arrivée là, si Jyrhan a dû se résoudre à l’annihiler, serait-ce à cause de ces manipulations ?
    
    Dianteph siffla de nouveau. Aussitôt, une voix grave et masculine familière provoqua un sursaut en elle :
    
    — Je n’aurais jamais imaginé cela.
    
    Elle fit volte-face et se retrouva nez à nez avec l’homme aux cheveux blancs et aux yeux d’ébène ; elle l’avait presque oublié ! Elle regarda ensuite vers le Tisseur, qui surveillait la nuée menaçante du coin de l’œil.
    
    — J’ai eu besoin d’Erloh pour te localiser, vu qu’il possède des fragments de ton don.
    
    La jeune fille pâlit. Toutes les pièces du puzzle se remettaient en place. Sa première intuition à propos de l’Elnaris avait été juste alors ! Lui et Erloh/Le Marionnettiste n’étaient qu’une seule et même personne ! Elle demeura silencieuse. Malgré la présence de Jyrhan, son anxiété se mua en peur. Pourtant, elle se contint.
    
    — N’y a-t-il pas moyen de lutter contre cette chose ? le questionna Erloh.
    
    Jyrhan secoua la tête.
    
    — Je cherche une solution. Si vous en avez une, je suis preneur.
    
    Erloh renifla. Ambre ne sut si c’était de mépris ou d’embarras.
    
    
    
***

    
    
    Jyrhan attrapa avec délicatesse le bras d’Ambre. Elle ne cessait de le gratter. Erloh, lui, se contentait de fixer la masse brumeuse et informe de Dianteph.
    
    Les îlots et la mer avaient cédé la place de nouveau au désert. Durant ce retour au présent, ils s’étaient tenu la main afin de ne pas être emportés dans une autre époque.
    
    Depuis cinq minutes terriennes, ils s’efforçaient de chercher un moyen de s’en sortir tout en ignorant les murmures pernicieux de la planète. Ils y parvinrent à peu près jusqu’à ce que, d’une voix plus sifflante que jamais, elle lance une nouvelle insinuation :
    
    — Vous… tynhla… ou deviendrez… chgphr.
    — Que veut-elle dire par là ? s’enquit l’Elnaris, perplexe.
    
    Jyrhan coula un regard empli de tristesse vers eux. Avec un ton monocorde, il articula :
    
    — « Nous devons mourir, ou devenir la planète ».
    — Je saisis mal…, insista Erloh
    
    Les épaules du Tisseur s’affaissèrent.
    
    — Elle nous absorbera pour subsister.
    — Pardon ? s’étrangla Ambre.
    — Régulièrement, Dianteph aspirait l’âme d’un être vivant de son monde.
    
    Jyrhan soupira.
    
    — C’est pour cela que je me suis résolu à l’anéantir.
    
    Erloh croisa les bras, puis marcha de long en large pendant qu’Ambre le dévisageait avec agacement.
    
    Que veut-il ? Culpabiliser Jyrhan ?
    
    — Comment a-t-elle fait pour tenir jusqu’à présent ? Mis à part nous, je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de…
    — Elle a commis un génocide lorsqu’elle a compris mes intentions, lui expliqua le Tisseur tandis que son expression s’assombrissait. De plus, quand la Faille temporelle s’est ouverte, ses époques se sont mélangées à celles des autres planètes. Elle a dû attirer des animaux et les dévorer avant qu’Ambre n’y atterrisse à son tour.
    — Alors Dianteph…
    
    L’Elnaris compléta sa phrase.
    
    — Elle faisait partie des mondes que Jyrhan protégeait.
    
    Ce dernier confirma avec un hochement de tête.
    
    — Pourquoi elle ne te touche pas alors qu’elle a essayé avec moi ? demanda Ambre.
    — Parce qu’elle en est incapable. Je suis son assassin, après tout. Dans son esprit, une sorte d’interdit a été posé.
    — Par contre, Erloh et moi risquons quelque chose.
    
    Tandis qu’ils conversaient, la nuée choisit de s’estomper et de les laisser. Ils s’en aperçurent avec un temps de retard.
    
    Jyrhan observa les environs sous les yeux inquiets d’Ambre. Ils savaient que ce ne serait qu’un court répit. Dianteph reviendrait auprès d’eux.
    
    La voix d’Erloh éclata la bulle des pensées d’Ambre.
    
    — Le problème me paraît réglé.
    
    Pardon ?
    
    Par surprise, l’ancien espion se saisit des bras de la jeune fille et les immobilisa derrière son dos. Il sortit une lame verte et effilée de son jean – il avait gardé sa tenue de civil terrien – et le plaça sous sa gorge. Ambre sentit de la chaleur. L’arme ressemblait au poignard de Gaëlkoch...
    
    — Erloh, tu m’avais promis…, gronda le Tisseur.
    — Oh, mais détrompe-toi, je ne lui ferai aucun mal. Je la ramènerai sur sa planète, saine et sauve. Par contre…
    
    Son sourire s’élargit, pendant qu’Ambre pâlissait.
    
    — C’est toi qui te sacrifieras en restant ici.
    
    
    
***

    
    
    Le visage de Réolys se crispa de douleur et d’épuisement. Heureusement, elle n’était pas debout. Sinon, elle se serait effondrée après l’effort qu’elle venait de fournir.
    
    Elle avait réussi ! Ambre avait une chance d’être sauvée par son frère et par Erloh ! En songeant à Dianteph, Réolys frissonna. La planète avait perdu l’esprit. La tentative d’assassinat de Jyrhan l’avait transformée en monde mort-vivant, capable du pire.
    
    Tremblante, elle ferma les yeux. Le sort de Dianteph reposait désormais entre les mains d’Ambre, Jyrhan et Erloh. L’inverse était aussi vrai. Comment cela se finirait-il ?
    
    Un rictus se dessina sur ses lèvres. Il fallait que la planète trépasse et les libère. Sinon, elle poursuivrait encore ses crimes et souffrirait davantage.
    
    Un sommeil agité la happa alors que cette dernière pensée l’effleurait.

Texte publié par Aislune Séidirey, 9 février 2018 à 11h37
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