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Tome 1, Chapitre 33 « Dérive » Tome 1, Chapitre 33
Les genoux repliés contre sa poitrine, Ambre réfléchissait.
    
    L’entité s’amusait avec elle.
    
    Après sa crise d’angoisse, la nuée spectrale avait disparu et le soir était vite survenu. Recroquevillée sur un banc translucide, situé dans un parc à la végétation luxuriante, elle n’avait presque pas dormi. Elle n’avait cessé d’observer les cinq lunes, qui étaient parfois invisibles à cause des nuages épais qui recouvraient la voûte céleste.
    
    Au moins, pendant la nuit, il n’est pas blanc.
    
    Durant son errance dans la métropole, avant qu’elle ne se réfugie dans le parc, elle avait aperçu un immense cadran flottant entre deux tours rondes vers le centre-ville. Ensuite, elle en avait repéré d’autres à la taille plus modeste. Ils étaient répartis entre les bâtiments commerciaux le plus souvent. Elle avait saisi qu’elles remplissaient le rôle d’horloges. Hélas, les symboles utilisés ne ressemblaient en rien aux chiffres arabes qu’elle avait toujours connus. Elle avait échoué à les décrypter.
    
    L’air morne, Ambre se redressa. L’épuisement ne l’avait pas quittée. Tout son avant-bras droit était parsemé de boutons. Ses démangeaisons s’étaient aggravées.
    
    Tandis qu’elle s’asseyait et frottait ses membres endoloris, elle sentit son souffle se bloquer dans sa gorge lorsque, de nouveau, l’entité se matérialisa à quelques pas d’elle. Elle bondit sur ses pieds et siffla d’une voix virulente :
    
    — Laissez-moi tranquille !
    — Non. Ce chgphr… cyhg plus… Et toi…
    
    Éperdue, elle n’attendit pas le reste de la phrase ; elle prit les jambes à son cou pour s’éloigner le plus rapidement possible.
    
    Elle ne me lâchera jamais ?
    
    La jeune Terrienne accéléra l’allure vers un arbre aux branches pédonculées, qu’elle contourna ensuite pour fuser vers la sortie du parc.
    
    Que me veut-elle ?
    
    Par inadvertance, elle traversa le corps d’une vieille femme à la peau et aux cheveux d’un blanc laiteux. Un cri étranglé lui échappa.
    
    Je ne supporte plus ça !
    
    Les larmes aux yeux, Ambre les essuya d’un geste rageur. Elle avait presque atteint les grilles. Une douleur brûlante irradiait déjà de ses poumons. Pourtant, elle ne s’arrêta pas.
    Tout à coup, elle sentit avec effroi la caresse d’un vent glacial sur son visage.
    
    
    
***

    
    
    Dès l’aube, Erloh et Jyrhan s’étaient remis en route.
    
    Ils avaient emprunté les ruelles la plupart du temps afin de croiser le moins possible de citoyens fantômes. Le Tisseur sentait que le phénomène perturbait l’Elnaris bien plus qu’il ne le montrait. Lui-même ressentait un malaise profond teinté d’une tristesse indicible.
    
    Dianteph avait-elle conscience de ce qu’elle était devenue ?
    
    Sans doute, oui, mais pas des répercussions.
    
    Il étudiait les moyens de mettre fin à une pareille abomination. Hélas, le fait qu’Ambre ne soit pas à ses côtés, saine et sauve, entravait ses réflexions.
    
    Soudain, Erloh se figea. Ils venaient de s’engager dans une avenue bordée d’arbres aux troncs pourpres, dont les feuilles orangées mouchetées d’argent s’enroulaient autour des branches qui les supportaient. D’une voix rauque, il murmura :
    
    — Elle n’est pas loin…
    
    Le Tisseur concentra son attention vers la droite. Il distingua une grille aux portes grandes ouvertes. Une silhouette familière courait en chancelant vers eux.
    
    Ambre.
    
    Cette fois, il s’abstint de la héler. Peut-être que Dianteph n’avait pas détecté leur position exacte. Un espoir vain, mais il s’y accrochait quand même. Jamais il n’avait adopté un tel comportement par le passé, même s’il avait pris l’habitude de se berner d’illusions à propos de plusieurs situations.
    
    — Elle est affolée, remarqua l’Elnaris.
    
    Jyrhan n’eut pas le loisir de lui répondre : Ambre semblait avalée par le paysage. Son corps devenait de plus en plus transparent, comme si une lumière intérieure l’habitait.
    
    Dianteph va la transporter ailleurs encore une fois.
    
    Leurs regards se croisèrent de nouveau.
    
    Il tendit la main en désespoir de cause. Le cœur comprimé dans un étau glacial, il eut l’impression de suffoquer. Il savait qu’il ne parviendrait pas à sa hauteur avant qu’elle ne soit envoyée dans une autre époque. Il s’écria à l’intention d’Erloh :
    
    — Garde le contact télépathique !
    
    La température chuta de plusieurs degrés autour d’eux. Le vent s’intensifia. Il serra les dents. L’Elnaris comprit le phénomène également et, sans hésitation, empoigna le Tisseur tout en se concentrant sur sa tâche. Il grogna après avoir fermé les yeux :
    
    — Combien de fois allons-nous dériver ainsi ?
    — Tant que Dianteph nous tiendra tous sous sa coupe.
    — N’y a-t-il aucun moyen de rompre ce cercle vicieux ?
    
    Ravagé par le découragement, Jyrhan lui répondit par la négative.
    
    
    
***

    
    
    Ambre fut sortie de sa sidération par le son de ses propres sanglots. Elle ne s’était même pas rendu compte qu’elle se tenait accroupie et que l’eau remontait jusqu’à sa poitrine. Lorsque ses paupières s’ouvrirent, elle hurla et se releva en provoquant des éclaboussures. Le bruit lui parut assourdissant, comme déformé.
    
    Elle jeta des coups d’œil désespérés autour d’elle.
    
    Je suis où, là ? Putain !
    
    Les larmes dévalaient sur les joues de la jeune Terrienne. La respiration haletante, elle scrutait avec hébétude la multitude d’îlots qui se déployaient devant ses prunelles épouvantées. Des ponts à l’armature souple les reliaient. Moins nombreux qu’en ville, les habitants ne prêtèrent aucune attention à elle. Leurs vêtements étaient plus traditionnels.
    
    Ce sont des fantômes, eux aussi. Ou alors, je le suis à leurs yeux…
    
    Ambre serra les poings. Et le ciel, toujours pareil, toujours si pâle...
    
    Je suis tombée dans quelle époque ?
    
    Tout en claquant des dents, elle pataugea jusqu’à la terre ferme la plus proche. Elle repensait au second homme qui accompagnait Jyrhan. Qui était-il ? Elle n’avait pas vraiment eu le temps de le dévisager. Un pressentiment l’envahit, mais elle secoua la tête. Si son cerveau continuait de fonctionner de façon maladive, elle ne tarderait pas à hurler de folie.
    
    Elle se hissa hors de l’eau au goût de sel avec difficulté à cause de ses habits alourdis et trempés. Malgré l’absence de brume, elle avait l’impression de contempler un panorama à l’aquarelle. Tout lui paraissait brouillon, flou. Elle se frotta même les paupières.
    
    Tout va de travers. Moi aussi, d’ailleurs.
    
    Malheureusement, elle ne connut pas de répit espéré. Juste devant les habitations en bois et aux toits en paille qui constellaient l’îlot, l’entité réapparut. Derechef, Ambre se boucha les oreilles. Elle ne voulait plus entendre sa voix sifflante et nauséeuse. Elle ne voulait plus écouter son discours émaillé de confusion.
    
    Pitié, que tout s’arrête !
    
    
    
***

    
    
    Bientôt, tandis qu’une odeur de bois flotté et d’iode effleurait ses narines, Jyrhan tressaillit lorsque son pantalon fut mouillé jusqu’au genou. Désormais, ils marchaient dans l’eau. Il en fut le premier surpris, mais se ressaisit aussitôt.
    
    À côté de lui, Erloh pestait tout en scrutant les lieux avec une expression renfrognée. Il s’exclama :
    
    — Et maintenant ?
    
    Jyrhan se massa les tempes.
    
    — Nous avons aussi changé d’endroit sur la planète.
    — Mais encore ?
    
    Le Tisseur contempla les silhouettes brunes des îlots reliés par des ponts suspendus. Par chance, ils avaient atterri non dans la mer en elle-même, mais dans un bassin naturel. Ils sortiraient sans problème de l’eau. Les villageois fantômes allaient et venaient avec dynamisme et insouciance.
    
    Les questions d’Erloh usaient de nouveau ses réserves de patience. Pouvait-il cesser de le harceler ? Néanmoins, paradoxalement, son compagnon de route paraissait moins menaçant et sournois.
    
    Dianteph parviendrait-elle à abattre tes multiples masques ?
    
    Il se força à reprendre pied dans la réalité, puis répondit à l’Elnaris d’un ton calme :
    
    — Nous sommes dans un village côtier. Son avancée technologique est bien moindre que sur Erret.
    
    Erloh ne se permit aucun autre commentaire. Le visage de Jyrhan se contracta de désespoir. La suite des événements était inéluctable : Dianteph attendrait le dernier moment avant de les transporter dans n’importe quelle époque du passé.
    
    Jamais ils ne réussiraient à s’en sortir.
    
    
    
***

    
    
    Tandis qu’une aube aux jupons embrasés partait à la conquête de la voûte céleste, Réolys se tenait au milieu de sa chambre, sur un tapis couleur d’obsidienne. Comme elle ne parvenait toujours pas à dormir, elle s’était plongée dans une méditation onirique afin de pouvoir toucher l’esprit de son frère. En vain.
    
    Soudain, un tressaillement remonta le long de sa colonne vertébrale. Elle s’était fourvoyée depuis le début alors qu’une solution bien plus viable se présentait sous son nez ! Comment avait-elle pu être aussi imbécile ? Réolys prit une longue inspiration, rouvrit ses yeux émeraude soulignés de cernes, puis les referma.
    
    Elle se détacha lentement de son corps, comme lors de ses tentatives précédentes. Elle s’élança vers le ciel, puis l’espace, et rejoignit la barrière qui la séparait de Jyrhan. Elle réitéra ses efforts, mais en se tendant vers quelqu’un d’autre. Une personne avec qui elle avait déjà eu une brève connexion afin d’implorer son secours par le passé.
    
    La voie des rêves est révélatrice de possibilités infinies.
    
    Il était rare qu’elle emploie de tels moyens. Il lui fallait réunir une énergie titanesque à chaque fois !
    La jubilation et le soulagement se disputèrent en elle lorsqu’elle effleura la conscience de sa cible. Oui ! Elle y était parvenue ! Cependant, elle se désola quand elle ressentit de plein fouet sa détresse et les raisons qui avaient provoqué son état. Aussitôt, Réolys sut qu’elle devait agir maintenant.
    
    — Ambre.
    
    Un sursaut ébranla leurs deux esprits. La sœur de Jyrhan crut qu’elle serait renvoyée dans son corps. Elle se raccrocha aux bribes oniriques via lesquelles elle voyageait sous forme astrale, puis murmura :
    
    — Ressaisis-toi.
    
    De nouveau, elle prêta attention aux échos émotionnels de la jeune Terrienne. Au bout d’une quinzaine de secondes aussi lentes que des heures, elle n’entrevoyait qu’une solution. Avec fermeté, elle l’exposa à Ambre :
    
    — Tu dois affronter Dianteph et lui parler. Arrête de la fuir, tu joues son jeu.
    
    Toujours pas de réponse. Et s’il était déjà trop tard ? Réolys sentit l’angoisse la mordiller.
    
    S’il te plaît, Ambre. Écoute-moi ! Écoute-moi comme lorsque tu m’as sauvée naguère...

Texte publié par Aislune Séidirey, 8 février 2018 à 09h41
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