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Tome 1, Chapitre 31 « Le supplice de Dianteph » Tome 1, Chapitre 31
L’esprit bien plus apaisé, Juliette déambulait dans le centre-ville. Elle sortait de chez Ambre. Après une nuit agitée malgré son épuisement, elle en avait éprouvé le besoin.
    
    Quand elles s’étaient installées à la cuisine, elles avaient bavardé de tout et de rien. Ambre lui avait paru moins apathique que lors de leur dernière discussion. Elle lui avait expliqué que l’éloignement avec sa famille, et même le groupe d’amis, avait provoqué son état de déprime.
    
    Pourtant, au début, Juliette était demeurée réservée, puis elle s’était morigénée. Non, Ambre ne feignait pas, elle se sentait beaucoup mieux ! De plus, si elle était de nature introvertie, ce n’était pas plus mal si elle gagnait de l’assurance.
    
    Tu t’es vraiment montrée paranoïaque.
    
    Juliette marcha jusqu’à un magasin de chaussures. Elle avait besoin de s’acheter une nouvelle paire. Tout en observant la marchandise, elle se replongea dans ses pensées. Elle avait trouvé le studio d’Ambre assez exigu. Elle espérait que sa meilleure amie vivrait dans un appartement plus spacieux l’année prochaine. Avec brièveté, elle s’était aussi demandé si Fabrice l’ennuyait toujours.
    
    J’obtiendrai ma réponse d’ici quelques jours.
    
    Bien entendu, elle l’avait interrogée sur son cousin Fabien. Le jeune homme lui avait paru un peu bizarre et elle avait craint que, contrairement à ce qu’il affirmait, il n’entretienne pas de bonnes relations avec Ambre. Toutefois, le discours qu’il avait servi à Fabrice était empli de maturité et de sagesse. Sa meilleure amie lui avait expliqué que Fabien était juste de passage, mais qu’elle avait été heureuse de le revoir.
    
    Les inquiétudes de Juliette avaient fondu comme neige au soleil. Encore maintenant, elle se trouvait ridicule d’avoir envisagé qu’Ambre pouvait lui mentir. Durant ces derniers mois, elles s’étaient éloignées malgré elles. Leurs études et leurs propres déboires en étaient la cause, ni plus ni moins.
    
    La jeune fille se dirigea vers une paire de bottines avec un sourire nostalgique. Ambre répugnait à faire les magasins la plupart du temps. Juliette était la seule personne avec laquelle elle acceptait une telle corvée.
    
    Au moins, l’amitié qui les liait n’était pas prête de s’effilocher. Depuis sa visite, elle en était convaincue.
    
    
    
***

    
    
    Le Temps usait les fils de sa trame sur les deux vagabonds qui erraient dans les landes désolées, dominées par ce gris presque brun ou ce marron presque décoloré. Ils avaient repris leur route en silence.
    
    Lors de leur brève pause, ni l’un ni l’autre n’avait décroché un mot. Par contre, ils s’observaient comme pour traquer le moindre faux pas.
    
    Erloh s’emmêla les pieds dans une ornière traîtresse, formée de racines pourries ou de débris végétaux qui s’étaient solidifiés. Son corps bascula en avant. Le Tisseur attrapa son bras droit et l’empêcha de se vautrer dans la boue. Il avait peut-être des griefs contre lui, mais pas au point de lui compliquer la tâche.
    
    Il était fou d’inquiétude pour Ambre.
    
    — Le signal de ses ondes cérébrales est plus tangible, lui déclara l’Elnaris en guise de remerciement.
    — Le climat semble changer. L’air s’assèche.
    — Je le crois. Je sens que le sol sous mes pieds s’affermit.
    — Les marais vont se transformer en étendues désertes, l’avertit le Tisseur.
    — Probablement.
    — Puis-je savoir ce que tu feras lorsque nous retrouverons Ambre ?
    — Cela ne te concerne pas. Je n’aurai plus aucun compte à te rendre, rétorqua l’ancien espion.
    — Qu’est-ce qui me prouve que tu ne chercheras pas à la blesser ?
    
    Un mince sourire s’esquissa sur les lèvres d’Erloh.
    
    — J’ai donné ma parole. Je ne reviendrai pas dessus.
    
    Jyrhan examina le ciel, dont la pâleur s’accentuait petit à petit ; un mauvais pressentiment continuait de le tirailler. L’Elnaris ourdissait une machination – son attitude trop honnête le criait –, mais il ne disposait pas de toutes ses ressources sur Dianteph. Il réprima une grimace ; il se persuadait sans grande conviction. Erloh était capable du pire, même diminué.
    
    Tout comme moi.
    
    Avec accablement, il constata une fois de plus à quel point lui et son ennemi se ressemblaient.
    Bientôt, il fut surpris de sentir un crissement sous ses bottes souillées par la fange des marécages ; il s’aperçut qu’ils avaient laissé place au sable. Il remarqua que la transition entre les deux étendues n’était pas si brutale. Le temps se jouait d’eux et faussait leurs perceptions.
    
    Dianteph sait que nous sommes là.
    
    Un frisson d’appréhension l’assaillit. Il n’aimait pas cela. Il regarda Erloh qui n’avait pas l’air très à l’aise non plus. Soudain, il s’exclama :
    
    — Là-bas.
    
    Le cœur de Jyrhan manqua un battement. La silhouette d’Ambre se découpait au lointain et le ciel paraissait vouloir l’absorber. Dos à eux, elle était pétrifiée par la colossale masse blanche qui les dominait tous.
    
    Il darda ses prunelles sur un sibyllin nuage de poussière, flottant juste devant la jeune Terrienne. Sans réfléchir, il se précipita vers elle en espérant ne pas arriver trop tard. Erloh était sorti de son esprit.
    
    
    
***

    
    
    Alors que le nuage poussiéreux menaçait de frôler son visage, Ambre parvint à se sortir de sa torpeur et recula. Elle refusait d’être impressionnée par un phénomène aussi ridicule. Du moins, elle cherchait à s’en convaincre. D’une voix ferme, elle lâcha :
    
    — J’ignore ce que vous êtes. Vos propos sont du charabia ! De toute façon, je repartirai !
    — Ce qui… est ici… devient… une qohgnb… Ce chgphr… cyhg plus…
    — Peut-être. Je ne sais pas, vos mots me sont inconnus.
    — Tu dois… tynhla… ou devenir… chgphr…
    
    Ambre secoua la tête. Le chaos assiégeait son esprit. Pourquoi l’entité lui serinait-elle de pareilles sornettes inintelligibles ? Quoiqu’il advienne, elle ne lui voulait pas du bien !
    
    Prête à s’enfuir à toutes jambes, elle fit un pas en arrière. Tant pis pour sa fierté ! Sa nature craintive reprenait le dessus.
    
    — Ambre !
    
    Cette voix… Elle pivota. Était-elle le jouet d’une hallucination ? La gorge sèche, elle avisa la silhouette familière du Tisseur à quelques kilomètres d’elle. Il l’avait retrouvée ! À son tour, elle hurla :
    
    — Jyrhan !
    
    Tout à coup, un vent glacial souleva une gerbe de poussière autour d’elle. Une quinte de toux la laissa pantelante. Le paysage se brouilla devant elle. Ambre blêmit.
    
    Je ne vois vraiment plus rien !
    
    Un éclat aveuglant l’obligea à fermer les yeux. Le phénomène ne se calmait pas, bien au contraire. Terrifiée, elle tremblait et n’osait plus bouger malgré la morsure du froid. Elle entendit Jyrhan crier son prénom une nouvelle fois. Cependant, sa voix était déformée et baissait en intensité, comme si elle s’éloignait.
    
    Ambre en comprit la raison une dizaine de secondes plus tard, quand le vent tomba enfin et que ses oreilles furent agressées par divers bruits. Lorsque ses paupières se rouvrirent, elle s’aperçut avec effroi que le désert avait cédé la place à une ville noire de monde, au milieu de nulle part, et aux immeubles si hauts qu’ils semblaient effleurer le ciel.
    
    De nouveau, elle était séparée du Tisseur.
    
    
    
***

    
    
    Lula, Aurore, Violine et Réolys se tenaient dans la chambre de cette dernière. D’épaisses tentures pourpres masquaient la baie vitrée qui donnait sur un balcon, et les murs argentés scintillaient. Ces couleurs avaient toujours apaisé la jeune Taéthianne. Elle replaça une mèche échappée de son lourd chignon derrière son oreille, puis fixa les deux sœurs.
    
    Sept heures s’étaient écoulées depuis la fermeture de la Faille, et elles avaient conversé sur Erloh, Ambre, Jyrhan et Dianteph. Elles ne pouvaient rien faire de plus pour le moment. Afin de tromper leur anxiété, elles avaient décidé de parler de Lula et de son potentiel.
    
    La fillette leva les yeux vers Aurore, sa jumelle s’étant effacée. Son regard bleu océan se posa avec douceur sur elle.
    
    — J’ai un peu peur, mais je suis contente de faire de la Magie. Je vous verrai toutes les deux plus souvent.
    
    Un sourire attendri fleurit sur les lèvres de Réolys.
    
    — Et moi, Lula ? Je ne compte pas ?
    — Si, répondit-elle avec gaieté. En plus, tu me racontes des histoires le soir même si tu es occupée. Aurore et Violine ne venaient pas beaucoup au château. Enfin, je crois.
    — Lula…, l’interrompit Aurore. Nous sommes touchées par tes mots, mais nous ne serons pas aussi présentes qu’avant.
    — Que voulez-vous dire ?
    — Nous ne pouvons pas te l’expliquer.
    
    Les yeux de la petite fille s’attardèrent sur les tentures. Elle mourait d’envie d’insister, mais elle n’osa pas. Elle préféra lui poser une autre question :
    
    — Le Tisseur, il revient quand ?
    — Bientôt, murmura Violine.
    
    Si seulement elle était en mesure de leur promettre cet espoir ! Hélas. Tout dépendrait de Dianteph.
    
    Lula se leva du fauteuil dans lequel elle s’était installée en arrivant, puis se dirigea vers la fenêtre pour contempler l’extérieur. Même si elle était jeune, elle sentait que les trois femmes lui cachaient quelque chose. Pourquoi Aurore lui aurait-elle dit qu’elle et sa sœur seraient encore plus absentes qu’avant ?
    
    Son cœur s’attrista. Elles s’en iraient loin. Elle faillit leur demander où, mais de nouveau, se retint. Son désarroi la privait-il de son assurance ?
    
    La fillette ne s’aperçut pas du regard inquiet que lui jeta Réolys ni du départ des deux aïeules.

Texte publié par Aislune Séidirey, 3 février 2018 à 08h32
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