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Tome 1, Chapitre 30 « Monde mort-vivant » Tome 1, Chapitre 30
En plongeant dans les bribes d’informations que grâce aux fragments du don d’Ambre, Erloh était parvenu à glaner, le Tisseur avait entretenu l’espoir qu’elles étaient déformées. Hélas, lorsqu’ils posèrent les pieds sur le sol fangeux, il pâlit. Ses pires craintes se confirmaient.
    
    Il concentra son attention sur l’horizon couleur argent terni. Aussitôt, il songea à un acte passé, qu’il avait accompli en pensant agir avec sagesse.
    
    — Qu’il y a-t-il ?
    
    L’Elnaris le fixait d’un air indéchiffrable.
    
    — Rien. Es-tu capable de localiser Ambre ?
    — Non.
    
    Cette réponse titilla les réserves de patience de Jyrhan ; il s’apprêta à réprimander son compagnon de route. Il était hors de question qu’il lui mette des bâtons dans les roues ! Cependant, il fronça les sourcils en avisant son teint cendreux et sa respiration haletante. Il se maudit sur-le-champ. Il aurait dû prévoir qu’Erloh, malgré sa virtuosité pour exercer la Magie, ne possédait pas des ressources illimitées. D’ailleurs, lui-même n’en serait pas sorti indemne à sa place ! Il n’était pas humain, mais comme l’aurait si bien dit Ambre, il n’était pas Dieu non plus.
    
    Son cœur se serra d’inquiétude lorsqu’il repensa à la jeune fille. D’une voix qu’il voulut ferme, il
    déclara :
    
    — Trouvons un refuge où nous reposer pendant plusieurs heures. Peux-tu marcher ?
    — Oui.
    
    Le Tisseur se mit en route après s’être assuré qu’Erloh le suivait. L’atmosphère humide et l’odeur douceâtre émanant de ces terres abandonnées aux eaux saumâtres soulevaient son estomac. Des clapotis et des craquements de branches pourries accompagnaient leur avancée. Quant à la voûte céleste, elle vomissait son gris.
    
    Gris triste, gris néant.
    
    Nauséeux, Jyrhan se concentra sur son objectif. Son compagnon n’en menait pas large non plus. Les reliefs érodés, gagnés par des couleurs mortifères et par la putréfaction, offraient une vue sinistre.
    
    Un cri guttural interrompit ses réflexions et lui noua les entrailles. Préoccupé, il leva la tête vers un ciel qui semblait être peint à la chaux désormais. Un blanc maladif. Depuis combien d’heures erraient-ils ainsi ?
    
    — Je n’ai pas l’impression qu’il s’agisse d’Erret ou de la Terre, maugréa Erloh.
    — En effet.
    — Nous ne sommes pas non plus sur une des planètes que tu… régis, encore moins sur ton monde natal.
    — Tu es très perspicace.
    
    Jyrhan refréna au fond de lui un soupir. Que savait l’Elnaris sur lui, au fond ? En cela, ils se ressemblaient également : ils représentaient un véritable mystère l’un pour l’autre.
    
    Que désires-tu ?
    
    Le Tisseur se désola. Lui qui se targuait de sonder l’âme de chaque être vivant sans difficulté, ici, il ne parvenait pas à percer la carapace de l’ancien espion.
    
    Je subodore que même le pouvoir n’est pas une finalité pour toi, alors que tu as cherché à le faire croire jusqu’ici.
    
    Un silence accablant s’installa entre les deux hommes pendant leur marche, ponctuée par une multitude de splotch ! que quelques flatulences du sol marécageux accompagnaient de temps à autre.
    
    
    
***

    
    
    Lorsqu’elle ouvrit les yeux, Réolys peina avant de remettre en ordre les informations récoltées de son voyage onirique. Elle n’avait pas réussi à s’en empêcher : elle avait tenté de localiser son frère dans les mondes où il aurait pu se rendre.
    
    Elle avait cru faire chou blanc, puis elle avait perçu un signal étrange, mais familier. Curieuse, elle s’était laissée porter jusqu’à se rapprocher de lui. Habituée à ce genre d’exploit, elle ne craignait pas le danger. Un barrage d’énergie l’avait freinée.
    
    Une barrière temporelle.
    
    La compréhension avait assiégé son être. Jyrhan errait dans le passé plus exactement. Le problème était que le signal était déformé, comme s’il provenait d’une autre dimension. Une seule explication lui venait à l’esprit. Son sang se glaça de terreur.
    
    Il se trouvait sur la planète qu’il avait annihilée quelques années auparavant. Naguère, elle faisait partie de la liste de ses consœurs liées par cette catastrophe qui les tourmentait encore six heures plus tôt. Il avait décidé de sa destruction parce qu’elle était condamnée. Elle avait pour nom Dianteph.
    
    Pâle, Réolys se dirigea vers la fenêtre afin de contempler l’aube rougissante et timide.
    
    Lorsqu’un monde mourait, en temps normal, il emportait tout son vécu avec lui. Pourquoi en avait-elle discerné des échos ? Quant à Jyrhan, s’était-il transporté dans le passé de Dianteph afin d’en savoir plus ? Et si Ambre avait été piégée là-bas, elle aussi ? Et si…
    
    — Dame Réolys ?
    
    Elle sursauta ; elle poussa un profond soupir de soulagement en avisant Aurore et Violine. Leur air grave, toutefois, ne lui disait rien qui vaille.
    
    — Pouvons-nous nous entretenir d’un sujet important ? Nous espérons que vous respecterez notre décision.
    
    Réolys acquiesça avec inquiétude.
    
    
    
***

    
    
    Sous les pieds d’Ambre, un sable grossier remplaça l’eau. Le crissement sous ses baskets et l’air sec qui irritait sa gorge malmenée par l’humidité des marais la sortirent de sa torpeur hypnotique.
    
    Durant son errance, elle s’était forgé des objectifs simples à réaliser. Elle ne perdait pas pied et conservait son calme, bien qu’elle ait tendance à flancher parfois.
    
    Son regard se baissa sur le sol changeant, et elle ne fut guère surprise par sa couleur. Vert jaunâtre, comme le ruisseau qu’elle avait essayé de suivre dans les marécages, mais qu’elle avait perdu de vue à force de s’égarer dans les méandres mouvants de ces terres vouées à l’oubli. Un monde ravagé par une nécrose qui déformait ses paysages jusqu’à les rendre méconnaissables et putrescents.
    
    Je vais où, hein ?
    
    Ambre étouffa une quinte de toux. Petit à petit, elle se résignait à la situation. Aucun abri salutaire, aucune trace de civilisation. Même pas un chant d’oiseau ou un cri d’animal. La jeune fille s’apprêta à reprendre sa route, les yeux plissés à cause du ciel d’un blanc opaque.
    
    Celui de la Terre, lui, est aussi noir que de l’encre.
    
    L’air charriait un affreux goût de vase. À moins que la fièvre ou la fatigue n’altèrent ses sens ? Comment pouvait-elle survivre dans un environnement pareil ? Comment avait-elle réussi à échapper au mal qui rongeait les lieux ?
    
    Reverrait-elle un jour sa famille, ses amis… et Jyrhan ?
    
    Le vertige perturba son équilibre. Elle ne pourrait pas continuer longtemps. Son corps ne tarderait pas à céder malgré la force de son mental. Bientôt, elle se laisserait avaler par la déchéance de la planète.
    
    Je mourrai seule.
    
    Les larmes n’humidifièrent pas son regard ; Ambre ne se le permit pas. Il ne lui servirait à rien d’éclater en sanglots, sinon à se déshydrater à terme. Elle se réfugiait derrière des questions pratiques pour ne plus penser au reste.
    
    Soudain, un flash apparut devant elle et l’obligea à s’arrêter. Elle battit des paupières…
    
    Non.
    
    Elle s’était trompée. Il s’agissait d’un nuage de poussière qui ondulait avec une certaine paresse. Un fantôme, une forme de vie ? Elle se surprit d’avoir songé à la première alternative d’abord.
    
    — Ce chgphr…
    
    Elle fronça les sourcils tout en grattant un bouton douloureux sur son bras. La… chose venait-elle de s’adresser à elle ?
    
    — Ce chgphr est…
    
    L’entité se tut ; sa voix sifflante, dépourvue d’émotions, provoquait chez la jeune Terrienne une vague nausée. Elle regarda autour d’elle dans l’espoir de repérer un élément qui l’aiderait à se rassurer. Ensuite, elle se força à scruter de nouveau le nuage, puis elle tenta de répéter avec hésitation :
    
    — Ce ch…
    
    Impossible de prononcer ce mot à la signification toujours aussi nébuleuse. Avait-il été brouillé, crypté ? À moins que le fait qu’elle ait été avalée par une période du monde crée une distorsion…
    Désemparée, Ambre serra les dents. Elle décida de se borner aux deux autres termes dont elle était parvenue à pénétrer le sens. L’entité communiquait avec elle dans sa langue.
    
    — Ce… est ?
    — Mort… Il a été zghelapht. Pourquoi, toi… qui cyhg, es-tu… là ?
    
    Son esprit nageait dans un maelström de confusion. Souffrait-elle d’hallucinations à cause du venin des insectes ? Ou de la fatigue ? Pourquoi certains pans de la phrase seulement demeuraient-ils indéchiffrables ? Ambre voulut reculer, mais ses membres refusèrent de lui obéir, comme coulés dans un béton dense. Sa trachée se rétrécit. Elle porta la main vers sa poitrine. Une violente crise d’angoisse menaçait de la balayer.
    
    — Tu es… une qohgnb, oui…
    
    La nuée ondula vers elle.

Texte publié par Aislune Séidirey, 2 février 2018 à 11h37
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