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Tome 1, Chapitre 29 « Les masques tombent » Tome 1, Chapitre 29
Les yeux de Lula s’ouvrirent en grand ; autour d’elle, le silence complet. L’air sec et tiède irritait sa gorge. La soif la gagna. L’inquiétude submergea aussi son cœur et la décida à se relever.
    
    Elle se retrouvait seule au milieu d’une grande pièce vide et sombre… ou presque. Tout n’était qu’ombres et silhouettes de brume qui se mouvaient sans qu’aucun son se faufile jusqu’à la fillette. Une odeur de poussière agaça son nez. Elle se mit à trembler.
    
    Où suis-je ?
    
    Apeurée, elle avança en serrant ses petits poings contre elle. Où était-elle ? Ces lieux l’effrayaient ! Pourquoi Toë, Jylen et Avéran n’étaient-ils pas venus avec elle ? Où était passé le château ? Qu’était-il arrivé ? Elle ne se souvenait plus ! Pourtant, elle n’avait pas mal à la tête...
    
    Un craquement la fit bondir et crier. Ses halètements prirent la relève, et un goût de fer envahit sa bouche. Elle s’était mordu l’intérieur de la lèvre dans sa panique. À petits pas, elle continua de progresser dans les ténèbres ondoyantes. Où commençaient les murs ? Où se terrait la minuscule source de lumière qui lui permettait de discerner ces fantômes qui ne prêtaient pas attention à elle ?
    
    La fillette baissa alors le regard sur ses mains et ses pieds ; elle réalisa avec horreur qu’elle distinguait à peine leurs contours.
    
    — Lula !
    
    Un frisson et la sensation d’être arrachée à l’étreinte de la brume la saisirent. L’espace d’un instant, elle s’aperçut dans un grand lit avec deux silhouettes féminines penchées sur elle. Elle se sentit attirée vers elles. Quelques secondes plus tard, elle darda des iris emplis de confusion vers Jylen, qui la fixait avec une expression soucieuse. À son chevet, Réolys veillait sur elle.
    
    — Je…
    — Doucement. Ne bouge pas pour le moment, lui murmura la jeune Taéthianne.
    
    Jylen, elle, restait muette. Lula tourna la tête et remarqua qu’elle était vraiment dans sa chambre. Tout était redevenu normal.
    
    Elle poussa un soupir de soulagement. Elle n’avait pas besoin que Réolys élucide tous ces mystères. Elle savait qu’elle était « sortie de son corps ». Cela signifiait qu’elle avait utilisé de la Magie sans le faire exprès, donc qu’elle en était dotée.
    
    Les larmes ne lui vinrent pas aux yeux. Les doutes la taraudaient depuis plusieurs semaines déjà, à cause de phénomènes particuliers qui ne s’étaient déroulés qu’en sa présence. L’eau d’une cruche qui se renversait toute seule, les fenêtres qui s’ouvraient pendant la nuit quand elle dormait… Elle n’en avait soufflé mot à quiconque cependant.
    
    Avant d’être orpheline, elle faisait partie d’une famille banale de commerçants, mais un de ses ancêtres lointains s’était révélé en tant que puissant magicien. Naguère, sa mère lui relatait ses exploits tous les soirs, et la petite fille avait fini par idéaliser cet homme illustre.
    
    Elle se redressa en position assise, puis fixa Jylen, qui fronça les sourcils.
    
    — Reste, si tu veux.
    
    Réolys les écoutait. Elle s’installa ensuite au bord du lit, lissa les couvertures d’une main, puis s’adressa à elles :
    
    — Vous aurez le droit d’en parler à Toë, mais à personne d’autre, sinon. Quand la Magie se déclare chez un enfant qui est jeune, il est plus difficile pour lui de se protéger.
    — D’accord, répondit Jylen.
    
    Elle coula un regard vers celle qu’elle considérait comme sa petite sœur.
    
    — Tu n’as pas peur ?
    — Un peu, mais pat’ et mat’ m’ont raconté qu’il y a longtemps, un Incantes était né dans la famille. Je crois que c’était mon arrière-grand-père… Je sais aussi que c’est rare d’avoir de la Magie si on a pas des ancêtres Tisseurs.
    — Exact. Voilà pourquoi il faut que tu gardes le secret.
    
    Jylen prit la main de Lula. Même si son amie avait été touchée par la Magie, elle ne l’abandonnerait jamais.
    
    
    
***

    
    
    Quand Erloh rouvrit les paupières et riva son regard sur Jyrhan, celui-ci garda le silence, déjà bien pesant au sein de l’appartement. Les deux sœurs étaient parties sur Erret pour s’entretenir avec Réolys.
    
    Le temps s’écoulait comme de la poussière gluante dans un bocal ; l’Elnaris tentait d’entrer en contact avec l’esprit d’Ambre à l’aide des miettes de Magie qu’il lui avait dérobées. Si parfois, il lui semblait capter sa présence, il n’était pas parvenu à la localiser avec précision.
    
    La sueur perlait sur ses tempes et sa respiration était saccadée. Il avait usé de ses capacités au maximum. Jyrhan se demanda pourquoi il était aussi déterminé à lui prêter assistance, alors que l’idée venait de Violine – ou Aurore, elles en avaient discuté en tout cas – et qu’il avait tergiversé.
    
    Un autre doute le harcelait. Si Ambre était prisonnière d’une époque appartenant à l’un des mondes de la liste, pourquoi Erloh éprouvait-il tant de difficultés pour se connecter à elle ? Son visage s’assombrit.
    
    La voix du conseiller éclata la bulle de ses réflexions :
    
    — Je l’ai repérée.
    
    Le Tisseur s’approcha de lui. L’angoisse pesait sur leurs épaules, telle une immense toile de jute.
    
    — Permets-moi de plonger en ta conscience.
    
    L’Elnaris se raidit. Jyrhan ne manqua pas de le remarquer. Il ajouta d’un ton las :
    
    — Je ne te porterai aucun préjudice.
    — Très bien.
    — Je ne fouillerai pas dans tes pensées intimes.
    — Tu es bien trop intègre, n’est-ce pas ? Étonnant, de la part de quelqu’un qui s’amuse avec une gamine…, ricana Erloh.
    
    Jyrhan serra les dents, mais ne répliqua pas. L’ancien espion flirtait avec la provocation, ce qui changeait de l’attitude sérieuse et neutre qu’il arborait lorsqu’ils parlaient naguère. Les masques tombaient-ils ?
    
    Au sein de son être, le Tisseur n’en croyait pas un mot. L’Elnaris se refusait à montrer son véritable visage et se délectait encore une fois de jouer un rôle.
    
    — Lorsque j’aurai terminé, je t’emmènerai afin que tu continues de la localiser.
    — Tout compte fait, cela t’arrange que j’aie volé des fragments de son don.
    — Tout comme tu es bien disposé à me tendre une main secourable, rétorqua le Tisseur.
    
    Erloh darda son regard ébène sur lui. Toutefois, l’heure de s’affronter n’était pas venue. Ils avaient intérêt à coopérer ; la disparition d’Ambre avait dévoilé l’existence d’une préoccupation plus grave que de futiles querelles intestines.
    
    Jyrhan songea aux parents de sa compagne. Ils étaient rassurés à présent, même s’il avait eu recours à un énième stratagème. En définitive, il se montrait aussi manipulateur qu’Erloh. La seule différence entre eux était que l’un œuvrait pour le bien et que l’autre servait ses propres buts. Néanmoins, tout était relatif.
    
    Il se fustigea. Qu’il doute à un instant pareil se révélerait fatal pour Ambre.
    
    
    
***

    
    
    — Je ne tiens plus. Je l’appelle.
    — Diane, j’ai essayé il y a cinq minutes, maugréa Joshua.
    
    La mère d’Ambre lui jeta un coup d’œil agacé et fou d’angoisse. Comment pouvait-il garder son calme en de pareilles circonstances ? Elle attrapa son sac à main – son fourre-tout, comme elle le surnommait –, puis ses clés. Par moments, elle ne parvenait pas à comprendre son mari.
    
    — Alors j’y vais en bagnole.
    — Pourquoi f…
    
    Une musique assez entraînante les interrompit ; elle provenait du téléphone portable de Joshua, qui s’en saisit et décrocha. Diane put enfin discerner tout le désarroi qu’il s’évertuait à dissimuler en lui.
    
    — Oui ?
    
    Les traits tendus par la crainte de son visage se métamorphosèrent. Le soulagement s’y refléta.
    
    — Ambre ! Nous nous sommes tant tracassés pour toi !
    
    Il se décontractait au fur et à mesure de sa conversation avec sa fille.
    
    — Maman veut venir te v… Non, tu es sûre ?
    
    Joshua finit par capituler devant son insistance. Diane put s’en apercevoir même si elle n’entendait qu’une partie de leur échange. Elle cessa de se tordre les mains.
    
    — Bon, très bien. Demain soir, tu rentres à la maison ? D’accord.
    
    Avant de se tourner vers sa femme, il ajouta d’un ton ému :
    
    — Je t’aime.
    
    Elle lui arracha presque l’appareil. Sa voix tremblante saturée d’intonations rauques trahit son anxiété :
    
    — Ma chérie ?
    
    Leur discussion se poursuivit un moment. Un quart d’heure plus tard, fourbue, Diane raccrocha avec l’intention de se reposer un peu. Au même instant, la sonnerie de l’entrée retentit. Joshua la regarda. Elle lui signala d’un geste qu’elle s’en occupait.
    
    Lorsqu’elle ouvrit la porte, elle fut étonnée d’aviser Fabrice. Il avait effectué un sacré trajet pour se rendre jusqu’à chez eux ! Heureusement, la pluie ne s’était pas invitée. Avec un sourire cordial, il s’adressa à elle :
    
    — Bonjour. Je m’excuse pour le dérangement, mais je voudrais parler à Ambre.
    — Elle n’est pas ici. Elle est chez elle à Besançon, non ?
    — Il ne me semble pas.
    
    Lorsqu’il était retourné à l’appartement de la jeune fille une demi-heure après y avoir emmené son cousin, elle n’avait pas répondu à ses coups de sonnette. Pour lui, il était inenvisageable qu’elle refuse d’interagir avec lui.
    
    La mère d’Ambre fronça les sourcils et croisa les bras.
    
    — As-tu essayé de l’appeler ?
    — Oui. Elle ne décroche pas.
    
    Fabrice remarqua que le visage de Diane se rembrunissait. Il songea qu’il l’inquiétait peut-être pour rien. Il s’efforça de la rassurer.
    
    — Je pense qu’elle va bien, c’est juste que…
    — Je sais qu’elle va bien. Je viens de discuter avec elle au téléphone.
    
    Elle le toisa avec froideur.
    
    — Vous êtes-vous disputés récemment ?
    
    Même si sa fille ne lui avait rien dit au sujet de Fabrice, son instinct de mère lui soufflait qu’il s’était passé quelque chose de fâcheux. Lorsqu’il se dandina sur place, ses impressions se confirmèrent.
    
    — Non.
    
    Osait-il lui mentir ? Diane n’apprécia pas du tout.
    
    — Pourquoi ne te répond-elle pas ?
    
    Fabrice serra les dents. Là, Ambre se comportait comme une garce ! Un sentiment d’injustice l’envahit. Il soupira.
    
    — Excusez-moi. Je voulais m’expliquer avec elle…
    
    Il acheva sa phrase dans un murmure.
    
    — Au revoir.
    
    Il tourna les talons sans demander son reste. Stupéfaite, Diane le regarda partir. Les propos de Fabrice baignaient dans le flou. La prochaine fois, elle pousserait sa fille à la confidence. Doucement, elle referma la porte.
    
    Le jeune homme s’éloigna de la maison. La haine grignotait son cœur petit à petit. La saveur acide de la colère s’épanouissait dans sa bouche. Ambre n’avait pas le droit de le rejeter ainsi !
    
    Il prit une profonde inspiration. Elle ne valait pas mieux que les autres. En définitive, Fabien avait raison : il était vain de poursuivre un but aussi trivial. Quel personnage singulier… Lors de leur marche jusqu’à l’appartement, Juliette avait laissé échapper avec humeur ce qui tracassait Fabrice à propos d’Ambre. Fabien leur avait ensuite exposé son avis avec une maturité qui les avait sidérés tous les deux.
    
    Il se frotta la nuque. Une décision mûrissait au sein de son esprit.
    
    
    
***

    
    
    Juliette posa son téléphone portable sur sa table de chevet. Submergée par le soulagement, elle s’allongea dans son lit et ferma les yeux. Enfin, elle passerait peut-être une nuit de sommeil paisible ! Cette foutue éclipse s’était arrêtée et les scientifiques se voulaient rassurants.
    
    Ambre l’avait appelée. Pendant une bonne demi-heure, elles avaient discuté de tout et de rien. Juliette lui avait relaté son altercation avec Fabrice. Sa meilleure amie lui avait promis de ne pas se laisser faire s’il tentait quoi que ce soit contre elle.
    
    Elle se massa les paupières. Dans la journée, Laure lui avait donné des nouvelles. Quant à Thomas, aucun signe de vie. Ils avaient rompu trois semaines plus tôt. Dire qu’elle y avait cru !
    
    Avec Ambre, elles en avaient aussi parlé. Elles en avaient conclu que finalement, la bande qu’ils formaient n’était plus unie comme naguère. Pourtant, Juliette voulait encore essayer de sauver les meubles.
    
    Elle soupira. Tout de même, elle avait senti une certaine assurance émaner de sa meilleure amie qui ne lui était pas familière. Elle secoua la tête. Elle se faisait des idées. Elle ne connaissait pas Ambre aussi bien qu’elle le prétendait. La preuve avec la rencontre de son cousin Fabien.
    
    Quelle ironie.
    
    Thomas avait déménagé et comptait passer le reste des études sur Bordeaux. Toutefois, la douleur de la séparation commençait à s’estomper. La distance aidait sans doute Juliette à tourner la page.
    
    Elle se coucha sur le côté, en quête de Morphée et de ses contrées reposantes.

Texte publié par Aislune Séidirey, 1 février 2018 à 09h56
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