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Tome 1, Chapitre 26 « Méandres » Tome 1, Chapitre 26
Sur Terre, le brouillard mortifère avait causé de nombreuses victimes ; un climat d’épouvante y déployait ses ailes orageuses.
    
    Hostile, le ciel étalait ses jupons d’encre.
    
    À un niveau plus local, sur Besançon, certaines personnes n’avaient pas suivi les règles du confinement. Les SDF non présents dans un foyer furent touchés, de même que des habitants n’ayant pas réussi à rejoindre un lieu clos pour se préserver. Des équipes spéciales d’hommes et de femmes – vêtus d’une combinaison et d’un masque à oxygène – s’occupèrent de les rapatrier à l’hôpital le plus proche.
    
    D’autres, hélas, ne purent échapper à la calamité malgré toutes leurs précautions prises. Une aide-soignante fut amenée aux urgences après un appel de son compagnon complètement affolé. Le médecin de garde stabilisa son état et la plaça dans une pièce stérile avec un air ambiant adapté. La nuit s’imposa, mais personne ne le remarqua.
    
    La ville, si animée et dynamique d’ordinaire, n’avait jamais semblé aussi sinistre.
    
    Pendant ce temps, appuyée contre le mur, Juliette fixait une fenêtre scotchée au volet fermé tout en priant Ambre de répondre au téléphone. Fabrice l’observait avec une expression indéchiffrable. La veille, ils s’étaient retrouvés devant l’université. Juliette avait eu l’idée de le confronter avec sa meilleure amie en pensant la croiser. Malheureusement, bien vite, ils s’étaient confinés dans une salle de classe à l’intérieur du bâtiment à cause de l’étrange éclipse.
    
    Juliette raccrocha en se mordant les lèvres. Ambre ne donnait aucun signe de vie. À côté d’elle, Fabrice demeurait silencieux, le regard perdu dans le vague. Pourtant, il lui demanda d’un ton calme :
    
    — Alors ?
    — Je n’arrive pas à la joindre.
    — Elle te rappellera. Après tout, elle ne te fuit pas.
    
    Elle lui jeta un coup d’œil torve.
    
    — Ne recommence pas, s’il te plaît. Ce n’est pas le moment.
    
    Le jeune homme replongea dans son mutisme en guise de réponse. Excédée, Juliette se tourna de nouveau vers la fenêtre de l’amphithéâtre. Avec d’autres étudiants, ils s’étaient protégés du mieux qu’ils le pouvaient. L’air empli d’une légère humidité irritait sa gorge. Elle étouffa une quinte de toux puis, d’une voix lugubre, elle murmura :
    
    — Fabrice… Pourquoi as-tu changé ?
    
    Il la fixa avec ébahissement.
    
    — Pourquoi dis-tu ça ?
    
    — Parce qu’avant, nous formions une bande soudée. Tu respectais tout le monde. Tu n’as jamais forcé la main à une fille. Que s’est-il passé ?
    
    Il se contenta de hausser les épaules et de jouer avec les manches de son manteau d’hiver, comme si les propos de son amie étaient dénués de sens.
    
    Dépitée et frustrée, elle finit par s’éloigner de lui et par se réfugier au fond de la salle en s’éclairant à l’aide d’une lampe de poche.
    
    
    
***

    
    
    Ambre et le Tisseur s’efforcèrent de ne pas trébucher dans le creux de l’écorce lorsqu’ils s’extirpèrent du miroir. Ils regardèrent aux alentours. Lourd, l’air piégeait entre ses rets la poussière et l’humidité. À travers les frondaisons épaisses, ils distinguaient à peine la robe couleur encre du ciel.
    
    Ambre bougea son bras, qui décrivit une courbe elliptique à l’allure très lente.
    
    — L’auteur du journal n’a pas menti.
    
    Elle eut l’impression qu’un plaisantin s’était amusé à trafiquer son timbre de voix pour le rendre disgracieux et pesant.
    
    — En effet.
    
    Elle se retint de rire en entendant Jyrhan s’exprimer presque comme Dark Vador.
    
    — On dirait que l’on se situe à proximité du champ gravitationnel d’un trou noir…
    
    Il haussa les épaules.
    
    — Je suis fasciné par ces derniers.
    — Ça ne m’étonne pas.
    — Par contre, je n’ai pas trouvé le moyen de les étudier sans me mettre en danger.
    
    Après ses mots, il ancra son regard à celui d’Ambre.
    
    — Tiens-toi à moi. Les marais sont à une dizaine de pas.
    — Je suppose que ton aïeule ne pouvait pas rapprocher le miroir trop près.
    — Non. Il aurait fini englouti.
    
    Le terrain gagnait en instabilité au fil du temps. Ambre avança la première.
    
    Ils tentaient de se mouvoir en ne perdant pas l’équilibre. Une tâche pénible avec une pesanteur supérieure à la normale et la sensation d’oppression dont ils étaient victimes. La jeune fille trébucha à plusieurs reprises, mais Jyrhan la retenait avec fermeté. Toute leur attention était concentrée sur leurs efforts.
    
    Une odeur de macération empestait les lieux ; Ambre respira par la bouche, bien qu’avec difficulté. Elle s’accrochait au bras du Tisseur et lui jeta un coup d’œil. Lui non plus n’en menait pas large. Son visage luisait de sueur.
    
    Leur calvaire n’était pas prêt de s’achever.
    
    Le cœur d’Ambre s’accéléra lorsqu’ils parvinrent enfin aux abords du marais. Son regard se posa sur la surface inerte en apparence et mouchetée de vert. Pas une ride ne troublait les eaux brunâtres.
    
    Jyrhan relâcha sa main, puis agrippa son pendentif sablier. D’une voix emplie de tensions, il murmura :
    
    — C’est le moment.
    
    Elle voulut acquiescer. Le mouvement lui donna le tournis. Jyrhan la fixa avec inquiétude, mais elle ne broncha pas. Il poursuivit :
    
    — Je vais plonger, retenir ma respiration le temps que cela se règle, et… et j’essaierai de revenir vivant.
    
    Quand il prononça ces mots, elle crut que ses muscles ne la soutiendraient pas. Elle balbutia :
    
    — Ne raconte pas de conneries.
    — Ambre, il te faut te préparer à une pareille éventualité.
    — Ta parente lointaine a pu…
    — Il s’agit d’un coup de chance. Elle a réussi à interrompre le phénomène un peu plus tôt que nous.
    
    Ambre baissa la tête. Avec douceur, le Tisseur ajouta :
    
    — Excuse-moi. Je suis pessimiste.
    — Non, plutôt réaliste. Je m’y ferai même si j’en souffre rien que d’y songer.
    
    Elle contint son angoisse du mieux qu’elle le put. Jyrhan s’approcha d’elle, l’embrassa avec tendresse sur le front, puis se tut. À la grande surprise de la jeune fille, une larme perla au coin de son œil gauche. Elle l’essuya du bout des doigts. Comme elle aurait voulu qu’il montre davantage ses émotions avant…
    
    Enfin, il la relâcha. Il posa le pied sur le sol juste devant lui, lequel eut l’air de l’apprécier parce qu’il l’engloutit aussitôt. Les gestes démesurément patauds, il se laissa conquérir par les sables mouvants, joueurs et avides. Le ventre douloureux d’anxiété et de peur, Ambre serrait les bras contre sa poitrine et le regardait évoluer.
    
    Arrivé au centre, le corps tendu vers le ciel – mais à moitié dévoré par les marais –, Jyrhan toucha une nouvelle fois son cou. Une lumière verte, cristalline et chatoyante d’espoir l’enveloppa.
    
    Il plongea sous les yeux d’Ambre ; elle se tordait les mains. Pourtant, elle s’efforça de contrôler sa respiration comme si elle le faisait pour deux.
    
    
    
***

    
    
    Joshua songeait à sa fille, toujours injoignable. À l’extérieur, la situation ne s’améliorait pas. Diane s’était endormie sur le canapé avec Léa serrée contre elle. La cadette avait fini par se rassurer à force de parler avec ses parents.
    
    Il marchait de long en large dans l’ancienne chambre d’Ambre, réservée désormais aux invités. Son regard glissa sur le bureau. Depuis environ neuf mois, leur vie avait subi une longue métamorphose. Dès qu’Ambre avait eu en sa possession le grimoire de son arrière-grand-mère, elle avait changé… En bien, ou en mal ?
    
    En tant que père, il souhaitait le meilleur pour elle.
    
    Un soupir s’échappa de ses lèvres sèches. Il passa une main dans ses cheveux hirsutes. Pour quelle raison songeait-il à ce vieux livre maintenant alors que dehors, sa fille pouvait très bien…
    
    Non.
    
    Pourquoi ne répondait-elle pas au téléphone, alors ? L’avait-elle oublié dans son studio, comme il l’avait supposé ? S’était-elle réfugiée chez Juliette, chez d’autres amis, ou à l’université ?
    
    Quoi qu’il en soit, elle n’est pas toute seule.
    
    Impuissant, Joshua se décida tout de même à essayer de la joindre à nouveau.
    
    
    
***

    
    
    Sur Terre, les scientifiques cherchaient sans relâche à une solution non sans avoir le cœur lourd de crainte. Ils ne comprenaient pas d’où venait le phénomène. Un volcan était-il rentré en éruption ? Si oui, où ? Lequel ?
    
    Ceux de Besançon avaient dégagé une piste de réflexion, mais ils continuaient de s’embourber dans leurs hypothèses sans être en mesure de les vérifier. Il leur manquait trop d’éléments, trop de clés.
    
    Et si cette fois, l’humanité avait dépassé les limites ? La planète se rebellait-elle contre eux ?
    
    Un homme emmitouflé dans une cape blanche ample, qui arborait un masque d’une teinte à peine plus brillante sur le visage, se tenait non loin d’un observatoire de la ville. Ce qu’il se passait aurait pu le réjouir ; le Tisseur serait préoccupé par la situation pendant un moment. Il se soucierait moins de la Terrienne.
    
    Cependant, Erloh ne souhaitait pas la mort des deux mondes.
    
    À vrai dire, il aurait préféré que la catastrophe n’ait jamais eu lieu. Comme la plupart des êtres vivants, le conseiller s’était senti assez mal à l’aise dans un premier temps. Malgré tout, il s’était repris avec promptitude. Son esprit calculateur avait saisi que s’il n’agissait pas pour trouver une solution, il aurait tout à perdre.
    
    Il lui fallait bien s’avouer qu’il était attaché à Erret. À sa façon, il ne désirait que la prospérité de la planète, bien que ses plans soient très discutables. De plus, si des mondes disparaissaient, cela signifiait l’annihilation de connaissances et capacités à acquérir.
    
    Un sourire étira les lèvres d’Erloh. Il avait repéré le centre de recherches de la ville. Des personnes compétentes travaillaient sans doute sur le phénomène qui ébranlait leur foyer. L’air ne l’intoxiquait pas grâce à un sort qui entourait son corps.
    
    Sans un bruit, il se glissa le long du mur aux briques blanches salies par les intempéries. Les fenêtres paraissant basses, il dut se baisser. Son objectif était d’atteindre la tourelle à l’aspect peu engageant, dont le toit était surmonté d’une coupole. Aussitôt, il la compara à une moitié d’eigh (1), surtout avec sa couleur grise et ses reflets irisés.
    
    
    
    


    
    
    
    (1) Aromate au goût sucré qui n’existe que sur Erret. Il a la consistance d’un oignon, mais sa couleur diffère.

Texte publié par Aislune Séidirey, 29 janvier 2018 à 12h51
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