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Tome 1, Chapitre 24 « Confinés » Tome 1, Chapitre 24
Nerveuse, Réolys sortit d’une chambre où avaient été placées trois personnes en détresse respiratoire. Aucune nouvelle de Jyrhan ; Erloh demeurait invisible. Avait-il réussi à mettre la main sur son frère ? Elle ne l’espérait pas !
    
    Elle dénoua sa tresse tout en laissant son regard dériver vers la fenêtre. Un bouclier énergétique bloquait n’importe quelle interaction entre l’atmosphère extérieure et celle du château. Cette fois, le déploiement de la technologie leur était crucial, la Magie ne suffirait pas. En parallèle, Réolys avait ordonné que les habitants des villages environnants soient rapatriés dans l’enceinte de la forteresse. Le champ de force s’étendait jusque-là. Cependant, les conditions étaient loin d’être idéales – tout de même, ils étaient des milliers ! Presque parqués comme des bêtes, les Elnaris et les Hemonos se partageaient un espace commun.
    
    Si Erloh était là, il se délecterait du spectacle.
    
    Des rixes avaient déjà éclaté. À terme, bien avant le manque d’air non vicié, ce serait la pénurie d’eau et de nourriture qui se ferait ressentir. Ils tiendraient pendant une dizaine de jours tout au plus.
    
    Réolys se laissa choir sur une chaise après avoir pénétré dans les cuisines. Son calme lui échappait au fur et à mesure des aléas de la situation. Elle, qui restait si imperturbable d’habitude ! Voilà que le masque de stoïcisme qu’elle affichait en permanence se fendillait ! Elle ignorait pourquoi Erret souffrait autant, mais si elle ne trouvait pas une solution très vite, tout dégénérerait.
    
    Un pli soucieux marqua son front. La fatigue pesait lourd sur ses épaules. Hélas, pas le temps de se reposer. Lentement, Réolys se releva.
    
    
    
***

    
    
    Jyrhan installa Aurore et Violine sur le clic-clac. Le visage blême des deux aïeules prouvait leur état d’épuisement. Que s’était-il passé ?
    
    Après s’être ressaisie, Ambre remplit un verre d’eau et le leur tendit. Une fois qu’elle eut bu à satiété et eut recouvré ses forces, Aurore avoua :
    
    — Réolys m’a tout confié. Je ne trahirai pas le secret de tes origines Jyrhan, ne t’inquiète pas.
    
    Le Tisseur se contenta de sourire. Ambre ravala un hoquet de stupeur. Quoi, il n’était même pas préoccupé ? Elle éprouvait beaucoup de peine à le croire…
    
    Le comprendrai-je un jour ?
    
    La vieille femme ferma les yeux et prit de longues inspirations.
    
    — Ambre, je suis venue parce que je veux essayer de vous aider. Pour l’instant, Réolys et les Mestros éloignés d’Umbrulene s’efforcent d’apaiser la population d’Erret et de la protéger. Ils ont déployé des boucliers au château et sur d’autres places fortes disséminées un peu partout sur la planète. Ensuite, il faut que je vous prévienne : j’ai été retenue en otage par Erloh avant la catastrophe.
    — Encore lui ? Il tombe vraiment mal, là ! se lamenta Ambre, ennuyée.
    — Je n’ai dû mon salut qu’à un fragment de miroir que Jyrhan nous avait offert après la défaite de Gaëlkoch, au cas où. En revanche, nous sommes persuadées qu’il n’y est pour rien dans la situation qui affecte les vingt-cinq mondes.
    — Je partage ton avis, soupira Jyrhan.
    
    Aurore fixa de nouveau Ambre, puis continua :
    
    — Je suis parvenue à m’en servir et à utiliser un sort de téléportation pour échouer dans le désert. Je me suis reposée avant de revenir ici, mais je suis épuisée…
    
    La jeune fille serra les deux sœurs contre elle en tremblant de tous ses membres.
    
    — Vous vous en êtes sorties, c’est le principal..., murmura-t-elle d’une voix étouffée.
    
    Aurore lui rendit son étreinte, puis déclara :
    
    — Il y a eu sans doute un effroyable événement dans le passé.
    — Grand-mère…
    — Réfléchissez. Ce qui arrive sur… Taéthi ? Est-ce le nom de ton monde, Jyrhan ?
    — Oui.
    
    L’aïeule se redressa avec peine.
    
    — Donc, je disais, il s’est produit la même chose presque en même temps sur les autres planètes, et notre présent en a été perturbé.
    — Grand-mère…
    
    Aurore ne prêta pas attention à l’intervention de son arrière-petite-fille.
    
    — Des incidents analogues ont eu lieu, j’en suis sûre, et ils ont déjoué la temporalité. Nous l’ignorions jusqu’à maintenant, parce qu’ils ne sont pas assez puissants pour traverser cette faille ou sont demeurés « insignifiants » jusqu’à aujourd’hui.
    — Grand-mère, je ne pige rien, tu m’emmêles les pinceaux !
    
    Pour la première fois depuis le début de la conversation, la vieille femme esquissa un rictus. Ensuite, elle lâcha d’un ton ironique :
    
    — Chère demoiselle, parles-tu ainsi à tous tes invités ?
    
    Rouge de confusion, Ambre rétorqua :
    
    — Eh ! C’est pas v…
    — Je te taquine, ne t’énerve pas. Ça ne convient pas à ton teint, tu sais.
    
    Aurore en profita pour faire un clin d’œil à Jyrhan, qui réprimait tant bien que mal un rire malgré les circonstances. Ambre soupira de dépit et la fixa. Elle remarqua de nouveau sa fatigue, due à la vieillesse, à la cohabitation de deux âmes au sein d’un corps commun, et à son utilisation poussée de la Magie afin de se sortir du guet-apens d’Erloh.
    
    Les traits d’Aurore s’affaissèrent un moment après qu’elle se fut assise, avant de recouvrer un semblant de dynamisme. Violine prit la relève et poursuivit :
    
    — Nous sommes sur la bonne voie.
    
    Jyrhan la coupa dans son élan :
    
    — Cela fonctionne pour Taéthi, mais pour les autres mondes ? D’accord, ils possèdent un noyau et une machinerie interne semblables…
    — Justement, lui répondit l’aïeule.
    
    Elle ramena ses cheveux en arrière et s’expliqua :
    
    — Une anomalie se dissimule sur chaque planète. Un lieu bizarre, qui ne « marche pas comme il le devrait ». Sur Taéthi, c’était la forêt, sur Terre, le triangle des Bermudes…
    
    Le visage du Tisseur devint pensif. Il murmura :
    
    — Sur Erret, une île se déplace, et parfois il n’est pas possible de naviguer sur l’unique mer, à cause de tempêtes violentes par exemple.
    
    Ambre s’assit et s’accouda à la table du salon, l’air perplexe. Violine insista :
    
    — Ces événements sont liés à une histoire de champ magnétique, de pôles et de noyau. Je ne me prétends pas physicienne, et encore moins géologue, mais je subodore l’existence d’une faille sur chacune d’entre elles et sur Taéthi.
    — Les époques des vingt-quatre premières planètes se mélangeraient avec celles de Taéthi, au sein de ses bois.
    — La forêt Malemence, la coupa le Tisseur. Les habitants la nomment ainsi.
    — Ah. Bref, la faille temporelle permet un tel phénomène et connecte tous les endroits anormaux entre eux.
    — Oui.
    
    La vieille femme sourit à Ambre qui, les yeux dans le vague, imbriquait à sa manière les pièces du puzzle.
    
    Abracadabrant, rocambolesque. Néanmoins, tout se tient.
    
    Jyrhan lâcha :
    
    — Donc il y a moyen d’empêcher la catastrophe. Ce sera long, mais envisageable.
    — Il faut aller sur les mondes concernés ? intervint la jeune fille.
    — Non. Ils sont reliés à la forêt de Taéthi. Si nous trouvons une solution pour en atteindre le centre, je débusquerai la faille et la refermerai.
    — Tu comptes t’y prendre comment ? Par l’esprit ? Avec la technologie ?
    — Un peu des deux…
    — Je t’accompagne.
    
    Jyrhan plongea ses iris émeraude dans les siens. D’une voix profonde, il déclara :
    
    — Ambre. Je t’ai assez mise en danger.
    — Si tu repenses à tes manigances pour que j’endosse le rôle de ma grand-mère, alors stop. Je comprends tes raisons.
    
    Aurore et Violine les observaient avec gravité, mais demeurèrent à l’écart. Il s’agissait d’un sujet dont elles ne devaient pas se mêler.
    
    Jyrhan renchérit :
    
    — Je refuse de me montrer inconscient. Maintenant plus que jamais, je me suis attaché à toi.
    
    Ambre le foudroya du regard.
    
    — Ce qui est fait est fait, Jyrhan. Arrête de te persuader que tu peux tout régler sans l’aide de personne. Accorde-moi ta confiance.
    
    De longues secondes s’écoulèrent, durant lesquelles ils se fixèrent. Enfin, avec lenteur, Le Tisseur baissa les yeux, seul signe extérieur de sa reddition.
    
    — Très bien. Je t’exposerai ma stratégie lorsque nous serons retournés sur mon monde.
    
    Violine souligna :
    
    — En tout cas, le problème reste entier.
    — Pourquoi ? s’enquit Ambre.
    — Par quels moyens vous y rendrez-vous ?
    
    
    
***

    
    
    Les yeux verts de Léa, la sœur cadette d’Ambre, se posèrent sur son père. Il s’efforçait de rassurer sa mère, assise sur le canapé, qui se rongeait les sangs pour Ambre. Il avait tenté de joindre cette dernière à plusieurs reprises, elle ne décrochait pas son téléphone.
    
    La fillette aussi s’inquiétait. Pourquoi sa grande sœur ne répondait-elle pas ? D’une petite voix, elle demanda :
    
    — Papa, où est Ambre ?
    — Écoute, va jouer.
    — Parle-lui mieux que ça, Joshua. Tu l’angoisses encore plus, rétorqua Diane.
    
    Joshua pivota vers sa femme. Contrit, il baissa la tête.
    
    — Excuse-moi.
    — Ce n’est rien…, soupira-t-elle.
    
    Léa s’installa sur le tapis et reprit ses poupées, même si son cœur n’y était pas.
    
    Un jour s’était écoulé depuis que le phénomène avait commencé, et la voûte céleste paraissait obscurcie à cause d’une sorte d’éclipse. Les parents d’Ambre avaient fermé toutes les issues, puis avaient mis en route la radio, en quête de conseils le temps que le problème se règle.
    
    La seule recommandation à suivre était le confinement. Ils s’étaient cloîtrés dans le salon. Joshua avait bardé les bords de fenêtre avec du GAFFA, obstrué le bas des portes et les VMC avec des chiffons, puis coupé l’électricité en déclenchant le disjoncteur. La radio fonctionnait avec des piles, de même que leurs lampes torches. Diane avait allumé quelques bougies.
    
    Il but une gorgée d’eau et murmura, tout en rivant ses yeux sur sa femme :
    
    — Ambre a peut-être éteint son téléphone portable. C’est ce qu’on est censé faire pendant un confinement.
    — Non, il sonne… Ça m’inquiète.
    — Elle l’a oublié alors. Elle est chez une amie, qui sait ?
    
    Léa fixa la baie vitrée barricadée par des morceaux de scotch marron. Pour un peu, elle se croirait dans une prison. D’un ton rauque, elle avoua :
    
    — C’est difficile de respirer.
    
    Sa mère leva la tête. Ses iris bleus s’emplirent d’anxiété.
    
    — Léa…
    
    Joshua fut aussitôt auprès d’elle et posa sa paume sur sa poitrine. La fillette la repoussa et marmonna :
    
    — Non, j’ai pas mal, j’ai peur.
    
    Elle éclata en sanglots. Désarmé, il la prit dans ses bras. Diane plaqua ses mains sur son visage afin de ne pas craquer, elle aussi. Comment rassurer une enfant de six ans quand on est soi-même terrifié ?
    
    La voix d’un homme brisa le silence ; elle provenait du poste de radio. Il ânonna les mêmes recommandations que deux heures plus tôt :
    
    — Avis aux habitants : vous ne devez pas sortir de chez vous. L’air extérieur est dangereux pour la santé des personnes les plus fragiles et peut le devenir pour les autres.

Texte publié par Aislune Séidirey, 18 janvier 2018 à 13h59
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