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Tome 1, Chapitre 23 « Crash temporel » Tome 1, Chapitre 23
Avéran observa les trois enfants avec un regard peiné. Seul Toë n’avait pas l’air désarçonné, car il lui avait déjà expliqué la situation avant que ses deux amies n’arrivent en catastrophe chez lui.
    
    — Je ne peux pas faire ce que vous me demandez.
    
    — Pourquoi ? Tu es Mestro, non ?
    
    Jylen s’emportait. L’artisan reposa l’aiguille qu’il tenait pour coudre un jupon, puis fixa Lula droit dans les yeux.
    
    — J’ai saisi le problème, vous savez, mais…
    
    Un grondement grave naquit sous leurs pieds ; leurs entrailles se nouèrent. Les yeux gris-bleu de la petite fille brune se rivèrent sur un ciel devenu bien lugubre, même pour un matin hivernal. Ils brillaient d’inquiétude.
    
    — Toë…
    
    Jylen n’avait pu retenir un gémissement à moitié étranglé. Avéran délaissa l’habit, s’approcha de Lula d’un pas lent afin de mieux appréhender la raison de leur effroi, mais il échoua à leur dire pourquoi il sentait jusqu’au tréfonds de son être qu’Erret était en danger.
    
    — Les enfants, venez vers moi.
    
    Erloh avait déserté leurs esprits tandis que la terre agonisait sous leurs pieds. Rapidement, l’horizon se voilait d’une fumée provenant d’un volcan lointain, que tout habitant croyait éteint depuis des millénaires.
    
    
    
***

    
    
    Un rictus se dessina sur les lèvres d’Aurore lorsqu’elle reconnut les murs bruns veinés de bleu. Pour la deuxième fois, elle se réveillait dans ce refuge connu uniquement de son ravisseur. Combien de temps s’était-il écoulé ? Une seule journée si elle se fiait aux cycles des trois lunes et du soleil, qu’elle pouvait observer grâce à la haute fenêtre ronde de la pièce. Du moins, avant qu’un crépuscule anormal ne survienne une ou deux heures plus tôt. Comme Violine, elle était affligée. Elles s’assirent.
    
    Tout était de leur faute ! Si elles avaient assez protégé Ambre, alors Erloh ne lui aurait jamais dérobé ce fragment de pouvoir et ne s’en serait pas servi pour la tourmenter à distance.
    
    Pire encore : il s’était emparé de quelques miettes de Magie appartenant à Jyrhan ! Il le leur avait confié avec un sourire amusé lorsqu’il était venu leur rendre visite. Ensuite, il avait sommé un Elnaris de leur apporter une pitance composée d’eau et de bouillon chaque jour. D’ailleurs, l’homme ne devait pas tarder.
    
    Et elles, dans tout ceci ? Il leur avait juste pris un peu de sang. Violine l’en avait alarmée après qu’elle fut tirée de sa somnolence au sein de leur corps commun. Comment sortir d’ici ? Elles avaient perçu les grondements d’Erret, et si celle-ci avait pu se personnifier, alors elle aurait hurlé de souffrance. L’obscurité persistante ne présageait rien de bon…
    
    Aurore soupira ; si Erloh poursuivait un dessein plutôt discutable, il ne désirait pas un désastre planétaire malgré tout. Elle et sa sœur sentaient qu’il n’en était pas responsable. La destruction d’un monde, il n’y aurait recours qu’en cas de nécessité, et la catastrophe qui s’annonçait n’était pas normale, même pour lui.
    
    Erloh avait scellé les lieux afin qu’elles n’usent pas du peu de Magie dont elles disposaient encore en elles. À de nombreuses reprises, elles avaient cherché une solution. En vain… Au sein de la pièce aussi nue qu’un enfant venant de naître, il n’existait aucune échappatoire. Utiliser leurs facultés était impossible, y compris léviter jusqu’à la fenêtre ; de toute façon, celle-ci se situait au sommet de l’endroit où elles se retrouvaient détenues !
    
    Violine lui suggéra de forcer la porte. Hélas, leur physique et leur âge ne leur permettaient pas de jouer les guerrières ! Haletantes, elles finirent par renoncer. Leur préoccupation envers leur arrière-petite-fille, le Tisseur et Erret augmentait au fil des heures.
    
    Épuisées, elles s’allongèrent sur le plancher usé à cause de grossiers récurages à l’eau et de l’absence d’entretien particulier. De même que les murs, ils masquaient le matériau en carban qui complétait l’isolement de la prison.
    
    Un bruit de fer les extirpa de leur somnolence quelques heures plus tard. Aurore se releva avec peine en massant le bas de son dos, puis se dirigea vers le récipient gisant près de la porte. L’Elnaris s’était contenté de déposer son repas et de la laisser. Elle s’en détourna avec une moue écœurée. Ni elle ni sa sœur n’éprouvaient le moindre appétit.
    
    Leur regard se leva vers la fenêtre et le ciel toujours aussi coloré d’encre. Comme pour se rassurer, elles effleurèrent leur médaillon du bout des doigts.
    
    Aurore se figea. Son souffle se bloqua au sein de leur poitrine.
    
    — Aurore ?
    
    Elle ne répondit pas et ouvrit le pendentif en forme de larme avec délicatesse. Violine retint un hoquet.
    
    — Oh !
    
    Au sein de son écrin improvisé, un éclat de miroir luisait. Aurore le saisit entre ses ongles. Il était porteur d’un enchantement de téléportation qu’il leur serait possible d’activer grâce à leur Magie.
    
    — Nous avons oublié que le Tisseur nous l’a offert après la victoire d’Erret.
    — C’est excusable, vu notre état.

    
    Elles avaient été tellement obnubilées par leurs inquiétudes ! Un sourire triomphant fleurit sur leurs traits. Il était temps pour elles de s’évader ; un simple sort suffirait. Elles se concertèrent.
    
    
    
***

    
    
    Les heures passaient tout en oppressant Ambre et Jyrhan. Quant au ciel, il se contentait de miroiter selon leurs pensées. D’après le Tisseur, vingt-quatre heures terriennes s’étaient écoulées depuis que l’horreur avait commencé. L’étudiante ignorait tout du système temporel sur Taéthi. Elle se mordit les lèvres, puis elle se leva de la chaise où elle était assise ; ses allers-retours lui permettaient d’évacuer sa fébrilité.
    
    Bon sang, qu’est-ce qui crée ce phénomène ?
    
    Remis de son traumatisme et dos à la baie vitrée, Jyrhan la vit secouer la tête. De nouveau, il arborait un visage stoïque. Ambre s’en était aperçue. Toutefois, son attitude tranchait avec son masque d’impassibilité. Il n’avait pas cessé d’effectuer des recherches. Par moments, il se plongeait dans un état de transe et s’efforçait de comprendre les tourments de Taéthi. Il n’en avait tiré que des sensations brouillonnes et ouatées.
    
    Ambre le soutenait du mieux qu’elle le pouvait, mais se sentait impuissante. Contrairement à ce qu’elle avait imaginé, le fléau qui touchait les vingt-cinq planètes n’était pas extérieur. Ils avaient exploré toutes les pistes. Cinq minutes plus tôt, Jyrhan avait fini par conclure qu’ils se fourvoyaient.
    
    Désemparée, elle se tourna vers lui.
    
    — Ces mondes, qu’ont-ils en commun ? Que partagent-ils pour être affectés ?
    
    Il se leva sans un mot. Vers un mur adjacent à la baie vitrée, une plateforme sur laquelle un écran transparent était situé flottait. Il l’atteignit ; avec son esprit, il lui ordonna de s’allumer, tandis que ses doigts effleuraient la surface de l’objet. La chaleur qui s’en dégageait l’étonna. Un geste qu’il avait répété maintes fois au cours des dernières vingt-quatre heures.
    
    Un panorama étoilé en jaillit. Durant un long moment angoissant, il effectua de nouvelles recherches. De temps en temps, Ambre regardait sa progression, puis le ciel. Elle finit par se réfugier vers l’immense fenêtre. Elle avait l’impression que Jyrhan s’était enfermé en lui-même. Il croyait être en mesure de résoudre le problème seul ? L’accablement la dévora. En y réfléchissant bien, il avait toujours agi ainsi depuis qu’elle le connaissait. Le supporterait-elle maintenant que leur relation avait évolué ?
    
    Elle se morigéna. Il n’était pas l’heure de ruminer de pareilles broutilles.
    
    — J’ai trouvé.
    
    Elle tressaillit au son de sa voix. Elle se rapprocha de lui et avisa une liste de symboles sur l’écran. Jyrhan s’expliqua :
    
    — Leur noyau est composé de fer et de nickel, dans des quantités variables.
    — Euh… Donc ça viendrait de là ?
    — Je ne l’affirmerai pas, mais j’aurais dû y songer plus tôt, soupira-t-il.
    — D’accord, sauf que ce n’est pas leur machinerie interne qui provoquerait le désastre.
    — Peut-être bien que si.
    
    Les yeux ronds, Ambre le fixa.
    
    — Euh…
    — Les couches des planètes communiquent entre elles. À mon avis, une réaction chimique et géothermique s’est produite à une certaine profondeur et a été éjectée en surface, pour se solidifier en une matière toxique qui attaque tout.
    — Jusque dans l’atmosphère ?
    — Oui, sous forme de vapeur.
    — À quelle enveloppe ?
    — Voyons… Ces mondes ont le même nombre de couches, qui possèdent des propriétés similaires. Si je regarde la composition de chacune, la substance corrosive serait issue du noyau externe qui est liquide.
    
    Ambre se tint la tête entre les mains. Elle avait suivi des cours de géologie au lycée, mais tout ceci lui semblait confus et peu probable. Elle lui en fit part sous forme de question :
    
    — Attends, y a-t-il eu une éruption volcanique ou un phénomène géothermique sur toutes les planètes de ta liste ?
    — Je vais vérifier, répliqua-t-il derechef.
    — Je suis sceptique.
    
    Jyrhan acquiesça. Lui-même nageait en pleine incertitude, ses capacités ne l’aideraient pas.
    
    — Dis-moi comment cette… cette chose est arrivée à fracasser le sol ?
    — J’ai vu que le plafond de la salle est resté ouvert, une projection a pu s’y engouffrer.
    — D’aussi loin ?
    — Sur Taéthi, la gravité est différente des autres mondes. Quand tu sautes, tu bondis facilement sur dix mètres.
    
    La jeune fille lorgna la baie vitrée. Elle repéra la forêt, qu’elle se força à examiner avec minutie. Son instinct bouillonnant l’y poussait.
    
    Après tout, je ne risque rien ici !
    
    À ce moment, son attention fut attirée par un élément ; elle blêmit et, les pupilles dilatées, elle s’écria :
    
    — Jyrhan !
    — Quoi ?
    — Le… la… regarde ! Il y a de la fumée qui sort de la forêt !
    
    Elle marqua un temps de pause.
    
    — Elle opacifie l’atmosphère !
    
    La main sur la plateforme, Jyrhan demeura coi. Soudain, deux boules incandescentes décorèrent le ciel de traînées enflammées, puis foncèrent vers eux.
    
    — Ambre !
    
    Il la prit par la taille et la plaqua à terre, loin de la vitre. Cette dernière se brisa sous le choc. Sa musique cacophonique aiguë leur écorcha les oreilles. Ambre se redressa. De la roche presque solidifiée était éparpillée sur le sol. Sa couleur grenat lui donna la nausée. Du gaz chuinta : elle commençait à fondre et à se transformer sous l’action de l’air. Jyrhan lui empoigna le bras :
    
    — Il faut partir d’ici.
    Ils se relevèrent d’un même mouvement. Il l’enlaça, puis leurs corps disparurent.
    
    
    
***

    
    
    Ils réapparurent dans le coin-cuisine d’Ambre. Elle appuya sur l’interrupteur pour éclairer le studio et fixa l’extérieur, aussi sombre et lugubre que celui de Taéthi.
    
    Jyrhan s’assit et tâcha de reprendre l’apparence humaine habituelle qu’il empruntait. Ensuite, il ferma les yeux. D’une voix calme, il lui confia :
    
    — J’ai compris d’où vient le problème, et il faut que je t’explique pourquoi.
    — Que veux-tu dire ?
    — La forêt que tu as vue tout à l’heure est encore plus sinistre dans la réalité. J’ai tenté d’y pénétrer.
    
    Il ponctua sa remarque par un rictus.
    
    — Je ne suis pas allé très loin, les animaux qui y résident possèdent des pouvoirs psychiques capables d’atteindre les autres êtres vivants. En te frôlant, ces créatures provoquent des cauchemars et enferment ton esprit dans une dimension parallèle. Je ne suis pas parvenu à en savoir plus. Je pense que je serai obligé…
    
    — Je t’aiderai.
    
    Quand elle avisa son froncement de sourcils, elle enchaîna :
    
    — Même si je n’ai pas beaucoup de facultés, je me débrouillerai.
    — Écoute Ambre…
    — Qu’as-tu découvert, durant le peu que tu y es resté ?
    
    Devant son obstination, le Tisseur poussa un profond soupir.
    
    — J’ai entrepris une excursion en rêve. Avec surprise, je me suis aperçu qu’il était impossible d’y entrer par ce moyen. Alors j’ai fait un voyage ordinaire. Les animaux dont je te parle m’ont piégé. Mais il y a plus grave : je me suis perdu.
    
    — Elle est immense, en même temps.
    
    Il la détrompa.
    
    — Non, pas perdu dans le sens où l’on ne retrouve plus son chemin. En fait j’avais l’impression qu’à l’intérieur de chaque arbre, chaque feuille, y régnait un chaos indescriptible.
    
    La jeune fille, qui s’était assise en face de lui, joua avec ses mains tandis qu’il poursuivait :
    
    — C’était comme si plusieurs éléments organiques de différentes ères cohabitaient. Je soupçonne la forêt de nous transporter dans le passé ou le futur si on y demeure longtemps. Des anomalies y germent.
    — Quoi ? Mais c’est dément !
    — Oui. J’ai bien cru que je resterais à jamais là-bas. L’époque dans laquelle tu tombes est déterminée par le nombre de végétaux et minéraux que l’on effleure, ainsi que par nos pas… Au bout d’un moment, la période qui a été le plus de fois « touchée » nous englobe.
    — Voilà une bonne histoire d’horreur que tu me racontes, là.
    — Pourtant, le phénomène existe autant que tout ce que tes yeux ont connu jusque-là.
    
    Il ajouta juste derrière, en sautant du coq à l’âne :
    
    — À l’avenir, la Terre sera assez sage pour appréhender tant de savoirs.
    — Tu es naïf.
    
    Il leva un sourcil.
    
    — Néanmoins, cela me paraît logique. La plupart des mondes que j’ai visités ou sur lesquels j’ai vécu ont fini par suivre ce chemin-là.
    — Rien n’est définitif. Une civilisation peut régresser.
    — Tu n’as pas tort. Je suis un être trop altruiste, non ?
    
    Ambre grimaça en hochant la tête. Avec étonnement, elle remarqua que les joues de Jyrhan s’étaient empourprées.
    
    Il vient de rougir ? Lui ?
    
    Elle en fut attendrie. Il reprit le fil de sa réflexion première :
    
    — Au sein de la forêt, tu peux voyager dans le passé et le futur.
    — Hum…
    — Taéthi est particulière et se situe hors de la galaxie. Son dénominateur commun avec les vingt-quatre planètes se résume à un noyau composé de nickel et de fer…
    
    Ambre le coupa avec brutalité :
    
    — Une minute. J’ai une théorie un peu différente de la tienne : l’endroit rassemble toutes les époques, mais pas seulement celles de Taéthi. Il y a celles des autres mondes qui forment la liste !
    
    Les yeux dans le vague, il frotta son menton.
    
    — Une osmose de mondes ? Intéressant…
    — La réponse est à chercher dans le passé, intervint une voix familière.
    
    Ils se retournèrent d’un bloc. Appuyée contre le chambranle de la porte, Aurore croisait les bras. Ambre la reconnut à ses mimiques et son expression. Soudain, l’aïeule chancela. Jyrhan se leva à temps pour la rattraper.
    
    La luminosité artificielle de la pièce vacilla ; par la fenêtre, le ciel agitait ses robes ténébreuses.

Texte publié par Aislune Séidirey, 4 décembre 2017 à 08h58
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