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Tome 1, Chapitre 21 « Bienvenue chez moi, Ambre... » Tome 1, Chapitre 21
Leurs bouches se désunirent un bref instant. Ambre le fixa avec un air à la fois empreint de soulagement et d’angoisse. Ses paumes repoussèrent le torse du Tisseur, ce qui lui valut un regard dérouté. Elle déglutit et murmura, mal à l’aise :
    
    — Attends… Je ne veux pas aller plus loin.
    
    Son souffle saccadé résonna à ses oreilles. Elle craignait de rompre la magie du moment qui n’appartenait qu’à eux, mais elle ne se sentait pas prête à franchir d’autres barrières. Elle ne se pensait pas assez mûre pour s’abandonner.
    
    Jyrhan la contempla pendant quelques secondes encore, puis s’écarta d’elle avec un sourire qu’elle ne sut interpréter. Ce fut son rire qui la piqua au vif, tandis qu’elle se redressait, rouge de confusion :
    
    — Arrête, s’il te plaît…
    
    Son hilarité croissait alors qu’il baissait le visage et laissait ses cheveux blonds le dérober aux regards mortifiés d’Ambre. Pour combler le tout, une envie pressante tiraillait sa vessie. Il se reprit tant bien que mal et, avec une expression toujours aussi espiègle, s’excusa :
    
    — Je n’y peux rien. Tu es trop mignonne ainsi.
    — Dis-le si je suis un clown.
    — Oui.
    
    Le sérieux de sa réponse vexa la jeune fille. Jyrhan s’esclaffa de plus belle. Contaminée par sa bonne humeur, elle ne put que l’imiter. Elle grimaça vite cependant, et elle lui demanda avec une petite voix gênée :
    
    — Où sont les toilettes ?
    
    Pas habitué à l’emploi de ce mot précis, le Tisseur leva un sourcil. Il se ressaisit et lui expliqua :
    
    — Il faut sortir de la chambre et te rendre dans la grande salle. À gauche de la porte qui donne sur l’escalier et le hall d’entrée, il y a un couloir avec plusieurs pièces. C’est la deuxième. Je pense que tu as fait le tour du propriétaire, donc tu l’as sans doute vue.
    — À vrai dire, je… J’étais tellement troublée en arrivant ici que je ne sais plus…
    — Tu veux que je t’y emmène ?
    
    Le ton taquin de Jyrhan l’embarrassa ; Ambre marmonna :
    
    — Ça ira. Excuse-moi, c’est urgent.
    
    Elle quitta la chambre non sans remarquer avec ironie que de nouveau, elle lui avait montré toute l’étendue de son côté glamour. Néanmoins, son cœur battait avec tant de légèreté !
    
    
    
***

    
    
    Cinq jours plus tôt…
    
    Lula observait la neige qui échouait dans le jardin. Dame Réolys avait été très gentille avec elle, avec Jylen et avec Toë.
    
    Elle se détourna du paysage afin de regarder sa chambre. Le vert qui y prédominait l’apaisait. Jylen avait préféré vivre avec l’artisan Avéran.
    
    La fillette brune mordilla sa lèvre supérieure. Elle se sentait seule parfois malgré ses nombreux jouets. Le lit était un peu gros pour elle aussi, et faisait trop « princesse » avec ses voiles et ses colonnes. Elle n’aimait pas vraiment les trucs de « fille »…
    
    J’en parlerai à Dame Réolys.
    
    Elle entendit des bruits de pas dans le couloir, ce qui l’étonna. Dans cette aile du château, personne n’y venait d’ordinaire. Elle attendit que la personne soit partie avant de se risquer à ouvrir la porte. Heureusement, elle ne grinça pas sur ses gonds, et la poignée s’abaissa sans couiner. Lula regarda dans les deux directions qui s’offraient à elle ; à gauche, un homme assez grand aux cheveux courts et blancs s’éloignait.
    
    Elle resta perplexe. Il n’y avait que les quartiers du Tisseur de mondes là-bas, et il s’était absenté. Après coup, elle le reconnut : c’était le conseiller Erloh. Elle n’avait que six ans, mais elle comprit que sa présence en ces lieux n’était pas normale. Dès qu’elle le pourrait, elle en toucherait deux mots à sa protectrice.
    
    Elle referma la porte de sa chambre, là où elle se sentait en sécurité. Elle n’avait pas envie que l’homme aux yeux de jais la surprenne et lui fasse du mal. Elle l’avait croisé quelques fois avec Toë et il la terrifiait.
    
    Machinalement, Lula porta son pouce à sa bouche. La solitude lui pesa plus que jamais.
    
    
    
***

    
    
    Pensive, Réolys scrutait la voûte céleste. À cette heure-ci, Ambre avait rejoint son frère sur leur monde natal. Elle repoussa une mèche rebelle derrière son oreille, tandis que sa paume se posait sur la brosse au dos écarlate et aux poils blonds de shopu (1).
    
    Deux mois plus tôt, elle avait semé le pendentif au marché de Noël de la ville où habitait la jeune Terrienne, car elle savait qu’un résident de l’immeuble où elle logeait le remarquerait. Le vendeur, un brocanteur qui reprenait diverses marchandises sans vraiment y prêter attention, ne s’était aperçu de rien.
    
    Il était prévu que cette voisine fasse l’acquisition du bijou ; ainsi, tôt ou tard, il aurait fini entre les mains d’Ambre, parce qu’il représentait le seul moyen d’accéder à leur planète. Du moins, pour elle.
    
    Réolys avait été discrète. Quand le pendentif avait capté l’aura d’Ambre, il avait été attiré par elle jusqu’à l’accomplissement de sa mission. Il pouvait se volatiliser pour se retrouver près d’elle.
    
    Auparavant, Réolys avait programmé l’apparition d’une copie inoffensive et l’avait posée sur la coiffeuse de l’acheteuse. En aucun cas elle ne devait s’interroger à son sujet ni constater une autre disparition. Pour elle, il ne s’agirait que d’une babiole fantaisie qu’elle aimait porter de temps en temps.
    
    Elle darda son regard émeraude, aussi fascinant que celui de Jyrhan, sur la fenêtre de sa chambre. Erloh n’avait pas donné signe de vie depuis plusieurs jours. L’homme avait l’habitude de s’éclipser ainsi.
    
    Hélas, un mauvais pressentiment grignotait son esprit et son cœur.
    
    
    
***

    
    
    Ambre avisa Jyrhan au centre de la grande salle, le visage tourné vers le panorama de la Voie lactée. Silencieuse, elle le rejoignit. Il souffla en un murmure :
    
    — Bienvenue chez moi.
    
    Elle se fit la réflexion qu’il réagissait un peu tard, étant donné qu’il l’avait embrassée au saut du lit, qu’elle était là depuis un moment et que…
    
    Elle se pétrifia en se rendant compte de la portée des paroles du Tisseur. Elle pivota vers lui, répéta d’une voix blanche :
    
    — Chez toi ?
    
    Son monde natal ? Elle avait deviné qu’il ne l’avait pas fait venir sur Erret, mais elle avait supposé avec logique qu’elle se trouvait sur un territoire qu’il protégeait ! Jyrhan riva ses yeux émeraude aux siens.
    
    — Oui. Sur Taéthi.
    — Qu’est-ce que… Cette planète, elle n’est pas…
    — Normale ? En effet, pour un terrien lambda.
    — Ah…
    
    La jeune fille fronça les sourcils.
    
    — J’ai bien compris qu’elle était située hors de la Voie lactée, et même de toute galaxie, sauf que je ne vois pas comment.
    — Sur la vie qui s’est développée ici, j’ai des réponses. En revanche, je ne peux me targuer de posséder la science infuse.
    — Étonnant, pour un être tel que toi, lui rétorqua-t-elle avec douceur cependant.
    
    Il s’empara de sa main et la porta à sa bouche. Gênée, Ambre ne le repoussa pas. Il baisa la peau tiède et sèche. Elle prit son courage à deux mains :
    
    — Jyrhan… Pourquoi tout ce cinéma ?
    
    Il la regarda droit dans les yeux.
    
    — Après t’avoir aperçue au marché de Noël, j’ai décelé ta particularité.
    
    Ambre s’apprêta à l’interrompre, mais il poursuivit ses explications d’une voix mal assurée :
    
    — Je souhaitais que tu découvres Erret et que tu saches qu’Aurore était vivante. Elle et Violine m’ont révélé que tu étais leur arrière-petite-fille.
    — Sauf que tu ne t’es pas contenté d’une visite banale, l’accusa-t-elle.
    — Je t’ai lancé mon défi pour que tu entames une quête personnelle et que tu te rendes compte de ton potentiel.
    — Tu parles de mon don ?
    — Pas seulement. Tout comme moi, il fallait que tu mûrisses.
    — J’étais trop immature ? répliqua-t-elle, vexée.
    
    Le Tisseur caressa sa main afin de l’apaiser.
    
    — Moi aussi je l’ai été, Ambre. Je l’ai démontré en te mettant en danger. Je n’avais pas prévu que Gaëlkoch parviendrait à t’atteindre, encore moins Erloh.
    
    Elle se rangea à ses arguments. D’un ton timide, elle balbutia :
    
    — Je… Je ne suis pas une gamine alors ?
    — Je ne l’ai aucunement pensé. Nous avons juste été de jeunes adultes inconscients.
    — Pourtant, tu as l’air d’être extrêmement sage, bien que mystérieux.
    — Ambre, je me suis servi de toi.
    
    Elle le fixa avec intensité.
    
    — Je m’en doutais.
    — Aurore me transmettait des renseignements sur la Terre lorsqu’elle y était encore. Je désirais former une personne qui lui succéderait.
    — Moi ?
    — Oui, mais petit à petit, mes sentiments ont commencé à changer…
    — Puis Erloh s’en est mêlé.
    
    Son expression s’assombrit.
    
    — Je te demande pardon. Par contre, jamais je n’ai voulu te mettre en danger. J’ai renoncé à t’impliquer davantage dès que Gaëlkoch, puis Erloh s’en sont pris à toi.
    
    La jeune Terrienne était partagée entre diverses émotions. Elle resta muette pendant de longues minutes. Jyrhan n’osait plus bouger. Enfin, elle articula :
    
    — Je ne vais pas te mentir : je me sens flouée. Cependant, je sais que tu es désolé.
    — Je ne pouvais pas te révéler à notre première rencontre mes intentions. Tu ne m’aurais pas cru à propos d’Aurore ni pour le reste.
    — D’où le fait qu’il fallait que je découvre tout par moi-même… La Terre et Erret n’auraient donc pas été en péril si j’avais refusé de t’affronter.
    — Pas vraiment, même si j’ai testé aussi ta capacité de garder le secret à propos d’Erret.
    
    Ambre percevait la tourmente qui siégeait en lui. Elle en fut touchée. Elle ne lui avait pas pardonné, mais ce n’était qu’une question de temps.
    
    — J’ai encore un aveu à te livrer.
    — Oui ? s’enquit-elle, angoissée.
    — Eh bien je… je ne suis pas un humain. Ni de la Terre ni d’Erret.
    — Tu n’es pas… un humain ?
    — Non.
    — Mais, en te regardant…
    
    Les mots moururent sur ses lèvres. Jyrhan relâcha sa paume avec lenteur, tout en continuant de la fixer. Bien que confuse, Ambre demeura stoïque. Soudain, un halo brillant apparut autour de son corps svelte, pour gonfler, gonfler, et accompagner les subtils changements qui se produisaient chez lui.
    
    Le cœur de la jeune fille manqua un battement ; un hoquet jaillit de sa gorge stupéfaite. La silhouette du Tisseur se métamorphosait : une nuance bleue, tirant sur le blanc, pigmenta sa peau. Ses yeux, plus tout à fait pareils, recelèrent quelque chose de plus que ceux des humains. Le vert de ses iris s’intensifia et prit davantage de place. Ses pupilles, sans être fendues, étaient ovales. Ambre avait l’impression de s’y distinguer comme si plusieurs miroirs lui renvoyaient son image. Même la couleur de ses cheveux avait pâli et arborait désormais des reflets argentés.
    
    Ébranlée, elle continua de dévisager cet inconnu qui patientait devant elle.
    
    Elle avait enfin décrypté sa phrase sibylline sur la galaxie. Tout se rapportait à cet endroit et à sa véritable nature.
    Immobile, elle s’efforçait d’ordonner ses pensées. Il n’incarnait ni un elfe, ni un humain, ni un dieu. Il était tout simplement… Jyrhan.
    
    La lueur qui hantait son regard sembla se recroqueviller. Il murmura :
    
    — Le bouleversement doit être conséquent pour toi.
    — Tu… C’est toi ?
    
    Ambre, tu poses des questions tellement stupides !
    
    Jyrhan demeura silencieux. La jeune fille crut l’avoir blessé et prit peur. Elle lui agrippa le bras et s’exclama :
    
    — Je suis choquée, je l’admets. Tu es différent de moi, mais je ne te crains pas ! Je te le jure !
    
    Elle tremblait. Le Tisseur la considéra avec gravité.
    
    — Vraiment ?
    
    Le mot claqua comme un coup de fouet. Les dernières hésitations d’Ambre se craquelèrent. Non, l’apparence de Jyrhan n’importait guère. Voilà qu’à cause de son attitude, il paraissait regretter de s’être dévoilé à elle ! D’une voix rauque, elle riposta :
    
    — Non mais quel est le plus débile entre nous deux, hein ?
    
    Impulsive, elle le serra contre elle à l’étouffer. Il répondit à son étreinte après avoir fermé les yeux.
    
    — Ambre…
    — Chut ! Tais-toi. C’est à moi de te surprendre maintenant.
    
    Elle scella ses lèvres aux siennes sans aucune forme de retenue, avec toute la maladresse de son inexpérience. En vérité, il s’en moquait, attendri par sa sincérité.
    
    
    
***

    
    
    Trois jours plus tôt…
    
    Aurore sourit tendrement ; de ses doigts ridés et raidis par les ans, elle continuait à filer la laine devant la fenêtre de son chez elle. Un instant, ses yeux s’étaient perdus vers cet ailleurs nommé ciel plutôt que sur son ouvrage. Elle avait vu passer une étoile fugitive à travers l’horizon arborant déjà les couleurs de l’aube. Un présage.
    
    Tout comme sa sœur, elle savait. Elles n’avaient jamais forcé les deux protagonistes à s’attacher. Une histoire commune à tant d’autres naissait ; une romance que d’aucuns qualifieraient de niaise. Peu importe. Pour elles, et pour eux surtout, il n’en était rien. Malgré ce qu’Ambre lui avait dit dans sa colère virulente, elle et Violine espéraient qu’elle et Jyrhan ne tarderaient pas à se réaliser, s’accomplir, se déclarer.
    
    Coquine, une goutte de rosée se pencha sur la feuille de la plante grimpante qui enlaçait la tour, demeure de la vieille femme à la double identité, et vint échouer sur le rebord. Elle caressa le médaillon en forme de larme qui ne la quittait pas. Un cadeau mutuel qu’elles s’étaient offert le jour de leurs retrouvailles.
    
    Elle ne remarqua pas l’ombre derrière elle grandissante, et le chant du rouet couvrait les frottements des pieds de l’intrus. Sa vigilance, pour une fois, n’était pas au rendez-vous. Mal lui en prit.
    
    Lorsqu’elle releva la tête afin de détendre ses muscles au niveau des cervicales, elle avisa dans le miroir accroché en face d’elle une main qui se posa sur son épaule. Sa conscience bascula au même moment.
    
    
    


    
    
    (1) : Animal spécifique à Erret, que l'on peut rapprocher du sanglier terrien.

Texte publié par Aislune Séidirey, 22 septembre 2017 à 10h31
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