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Tome 1, Chapitre 20 « L'heure de vérité » Tome 1, Chapitre 20
Il gelait à pierre fendre, et c’était pire que les autres jours. Ambre sortait d’une épreuve de partiels. Tout en fermant sa polaire, elle se dirigea vers le campus, puis vers l’abri-bus. La ville lui pesait, même si elle ne lui déplaisait pas. Elle la trouvait aussi grise et somnolente que le royaume imaginaire de la Belle au bois dormant, et le temps n’arrangeait rien.
    
    Deux semaines s’étaient écoulées depuis la visite de Violine et Aurore. La jeune fille n’avait pas écouté leur conseil à propos de la formule du grimoire. Elle ne voulait plus revoir Jyrhan, puisqu’il avait obéi à ses injonctions si facilement. Son esprit buté et trop fier le lui interdisait. Quant au Marionnettiste, il paraissait s’être retiré. Elle ne cauchemardait presque plus.
    
    Un bruit de freins suivi par le pschiiiii ! de portes qui s’ouvrent la tirèrent de sa méditation. Elle jeta un coup d’œil machinal vers ses pieds afin de ne pas les cogner dans les marches, puis vers les sièges dont le tissu embaumait la pomme et d’un léger soupçon de désinfectant. À défaut d’être neufs, ils respiraient le propre.
    
    Le véhicule démarra alors qu’elle venait à peine de s’installer dans la deuxième rangée. Elle ne sortit pas son MP3 de sa poche pour noyer sa conscience dans la musique, comme elle avait coutume de le faire.
    
    Elle n’y parviendrait pas.
    
    Le trajet jusqu’à l’arrêt situé non loin de sa résidence fut monotone. Ambre ne savait pas si elle avait envie de se réfugier dans son studio ou si elle voulait se traîner au centre-ville. Lorsqu’elle descendit du bus, ses jambes choisirent le chemin habituel. Son esprit, lui, s’était égaré dans les méandres de ce vide qui avait aussi élu domicile au sein de sa poitrine.
    
    Elle ne croisa personne dans le hall d’entrée ; avec soulagement, elle constata que l’ascenseur était de nouveau opérationnel – de même que le néon du couloir. La jeune fille se dirigea vers la cabine. Elle n’eut pas à patienter longtemps, les portes s’ouvrirent. Elle pénétra à l’intérieur, appuya sur le bouton du deuxième étage, puis attendit que l’appareil l’y conduise.
    Soudain, les battants métalliques se figèrent alors qu’il ne restait qu’un ou deux centimètres. L’espace ainsi créé permettait juste d’y mettre les doigts. Ambre cligna des yeux. Elle rongea son frein pendant une dizaine de secondes en se persuadant que le problème se réglerait seul, mais elle finit par se résoudre à se frayer un passage à la force de ses bras.
    
    — Bordel de meeeeeeer… credi !
    
    Une fois dehors, elle entendit un clong ! et se retourna. Bouche bée, elle s’aperçut que les portes venaient de se refermer. La cabine montait.
    
    Cet ascenseur se fout de ma gueule !
    
    Excédée, Ambre faillit piétiner un objet argenté serti d’une chaîne. Perplexe, elle se pencha et le prit avant de le faire osciller dans le vide. Il s’agissait d’un pendentif en forme de sablier ciselé dans un matériau blanc translucide et veiné de vert. À l’intérieur, des grains grenat s’écoulaient.
    
    C’est ça qui bloquait l’accès, alors… Il doit appartenir à la voisine qui habite au quatrième étage. Elle porte souvent des bijoux originaux de ce style.
    
    Elle décida d’emprunter les escaliers ; l’incident de l’ascenseur l’avait suffisamment énervée ! Elle grimpa les marches quatre à quatre et, quand elle fut arrivée, le souffle court, elle se dirigea vers une porte du couloir. Quelques secondes après avoir frappé, une jeune femme avec une serviette enroulée autour du crâne lui ouvrit.
    
    — Bonj…
    
    Ses yeux bruns s’agrandirent de stupéfaction quand elle reconnut l’objet qu’Ambre tenait.
    
    — Oh ! Je le cherchais partout ! Où l’avez-vous ramassé ?
    — Vers l’ascenseur, au rez-de-chaussée.
    — Ah bon ? J’y suis encore descendue ce matin et je n’ai rien vu. Enfin bon. Je l’ai perdu il y a quatre jours. Je l’avais acheté au marché de Noël.
    — Hm…
    
    La discussion ne s’éternisa pas. Ambre prit congé d’elle et se réfugia entre ses quatre murs bleus – comme le peignoir de la voisine. Elle se morigéna après cette pensée saugrenue. Alors qu’elle jetait son sac par terre avec lassitude, elle entendit un son bizarre, une sorte de grattement. De griffes ? D’ongles ? Elle n’aurait su le dire. En tout cas, ça tapait à la fenêtre du coin-cuisine avec la régularité d’un métronome.
    
    Elle n’y prêta pas attention et tâcha d’occuper son esprit en se préparant un café. Peut-être que son imagination lui jouait des tours. Cependant, tandis qu’elle versait le sucre dans sa tasse, le frottement persistait. La jeune fille finit par se lever pour ouvrir la fenêtre d’un coup sec. Elle ne distingua que la neige qui tombait en flocons drus. Elle prit une longue inspiration et ramena le battant à sa position initiale.
    
    Le mécanisme se grippa ; elle fronça les sourcils, puis discerna quelque chose de brillant grâce à la lueur de la demi-lune blafarde. Elle le ramassa.
    
    C’est la journée des objets perdus ou qu…
    
    Soudain, le plancher trembla, et les meubles se renversèrent. Sauf qu’Ambre savait pertinemment qu’ils n’avaient pas bougé.
    
    Haletante, elle tenta de s’agripper à la table, mais échoua. Son autre main était incapable de lâcher le pendentif – celui qu’elle venait de redonner pourtant à la voisine ! Son corps fut arraché à la réalité qui l’entourait. Elle hurla, ses yeux roulèrent et se cachèrent sous ses paupières. Après de longues minutes interminables, elle atterrit sans délicatesse sur un sol transparent.
    
    Il représentait la Voie lactée.
    
    
    
***

    
    
    Une étincelle emplie de diverses émotions illumina ses yeux verts. C’était quand même un comble !
    
    Juliette essaya de rappeler Fabrice, mais au bout de cinq tonalités, elle tomba de nouveau sur le répondeur. Dépitée, elle laissa son téléphone portable sur la table, à côté de la Kriek qu’elle avait commandée.
    
    L’éternel injoignable.
    
    Qu’est-ce qu’il l’horripilait en ce moment celui-là ! Non content d’importuner Ambre, il avait développé un talent pour poser des lapins. Aujourd’hui, ils étaient censés boire un verre et en parler.
    
    Les ongles de la jeune étudiante tapotaient la surface brune vernie. Le calme dominait dans le bar peu bondé qui ne payait pas de mine. D’une fenêtre qui donnait sur la rue, elle avisa un homme proche d’une voiture noire, en train de tirer une latte sur un objet rond et fuselé. Une cigarette électronique, sans doute. Depuis l’automne dernier, elles faisaient fureur. Fallait-il qu’elle s’y mette aussi ?
    
    Elle avala une gorgée de bière tout en se disant que l’endroit manquait de vie. Enfin, au moins, la musique n’était pas mauvaise, aucune télévision n’avait été installée. Exit les matchs de football ou de rugby…
    
    Elle fut distraite de ses pensées par la clochette qui tintinnabula, signe qu’un client pénétrait dans l’établissement. Elle leva la tête et reconnut sans peine la silhouette dégingandée qui s’avançait vers elle.
    
    — Tu aurais pu décrocher !
    — Désolé, j’étais à deux arrêts d’ici.
    
    Juliette prit sur elle pour ne pas répliquer d’une remarque acerbe. L’air de rien, Fabrice s’assit à côté d’elle et la dévisagea avec de grands yeux bleus amusés.
    
    — Tu as des nouvelles d’Ambre ? Elle n’a pas répondu quand j’ai sonné à son appart’.
    — Non à ta première question. Ensuite, si elle n’a pas ouvert, c’est soit parce qu’elle n’était pas là, soit parce qu’elle veut être seule.
    
    Juliette rongeait son frein. Elle sentit que discuter avec lui serait difficile. Ambre devait peut-être se montrer beaucoup plus méchante envers lui, mais dans son état actuel…
    
    — Je vois.
    — Non, tu ne vois rien du tout. Il faut que tu arrêtes de la harceler.
    
    Fabrice afficha un air peiné. Il chercha du réconfort dans le regard de la jeune fille, mais il se heurta à son éclat courroucé.
    
    — Je ne la harcèle pas.
    — À d’autres.
    — Juliette, je ne suis pas venu pour me faire engueuler.
    — Et moi, Ambre m’inquiète. J’irai chez elle ce soir. Je crois qu’elle déprime, et j’aimerais savoir pourquoi.
    
    Ni l’un ni l’autre ne s’aperçurent de l’intérêt qu’ils suscitaient chez un homme aux iris ébène, trois tables plus loin.
    
    
    
***

    
    
    Ambre était bouleversée.
    
    Où suis-je ?
    
    Elle s’effondra ; la nausée lui tordait le ventre. De frêles minutes s’écoulèrent, puis le voile de la sidération se déchira et s’éparpilla aux quatre vents. Pas un bruit ne vint perturber cet instant. La peinture de la Voie lactée n’avait pas bougé.
    
    Les mains contre sa poitrine, elle porta un regard fugace sur la pièce. Aucune indication sur l’endroit. Un soupir franchit ses lèvres. Tellement fatiguée, tellement lasse des énigmes, des secrets…
    
    Elle n’en pouvait plus.
    
    Qu’est-ce que je gagne à les résoudre ?
    
    Elle vit une porte au loin. Sculptée dans un beau bois aux nuances d’albâtre, elle n’attendait que sa paume pour s’ouvrir. La jeune fille noua la chaîne supportant le sablier autour de son cou, se leva doucement de peur de s’évanouir, et s’y dirigea avec hésitation. Elle remarqua sur sa surface des arabesques ornées de fleurs opalines. Ambre tira la poignée vers elle ; derrière, une chambre.
    
    Ambre y jeta à peine un œil. Elle décida de visiter la curieuse demeure. Elle revint dans la salle où elle avait atterri cinq minutes plus tôt. Elle avisa, à l’exact opposé de la porte blanche, sa jumelle de couleur cobalt.
    
    Elle s’y hâta et déboucha sur un balcon surplombant un gigantesque hall rempli de magnificence et de majesté. À sa droite, des escaliers en colimaçon la menaient jusqu’à un tapis d’argent bordé par des statues, auxquelles elle n’accorda pas un regard. Pourtant, des dragons de pierre, des nymphes d’ivoire et diverses autres créatures plus vraies que nature se côtoyaient et auraient attiré l’attention de n’importe qui.
    
    Au loin, une entrée sombre, semblable à celle du château d’Erret. Ambre s’y précipita. Elle abaissa la clenche ; vifs, ses yeux se levèrent vers le ciel. La stupéfaction la saisit : un horizon obscur poudré d’étoiles la dominait.
    
    Trop perturbée par le spectacle qui s’offrait à elle, elle referma la porte derrière elle. Machinalement, elle palpa le sablier.
    
    Et si ce n’était qu’un rêve ?
    
    Son subconscient lui chuchotait le contraire.
    
    Ambre retraversa le hall. Elle gravit les escaliers et se rendit de nouveau dans la salle de la Voie lactée, qu’elle avait baptisée ainsi. Lorsqu’elle s’assit, son corps ne fit qu’un avec sa représentation en peinture. Un bourdonnement se fit entendre. Les prunelles de la jeune fille s’ancrèrent au plafond, qui était en train d’éclore comme une fleur. Bientôt, la véritable spirale de la galaxie lui apparut.
    
    Impossible !
    
    Sidérée, Ambre trouva insolite d’admirer une merveille pareille partout où elle portait le regard, s’il n’était pas occulté par un obstacle quelconque. Rien n’allait plus.
    
    Alors qu’elle la contemplait, les mots du Tisseur lui revinrent en mémoire : « La galaxie entière s’échappe en volutes laiteuses, évanescentes et éthérées ; elle se disperse dans son cœur, et non vers l’infini. »
    
    Ambre frémit. Un déclic survint en elle. Jyrhan parlait… de cet endroit. Pourquoi ? S’agissait-il bel et bien d’une planète ? Se déplaçait-elle vers la Voie lactée sans graviter autour – effectuait-elle un autre mouvement ? La vie s’y serait-elle épanouie ?
    
    Les paysages doivent être magnifiques.
    
    Elle toussota et se releva, la gorge nouée.
    
    Jyrhan m’a-t-il amenée ici ? Après ce qu’il s’est passé ? C’est bien son style, mais il aurait pu m’accueillir…
    
    Elle continua de visiter le château en quête d’un indice, d’un objet, d’un grimoire, n’importe quoi. Elle retourna son sablier. Hélas, il ne semblait avoir vécu que pour un seul voyage.
    
    L’espoir se distilla au sein de la jeune fille lorsqu’elle avisa un miroir dans une pièce qui servait peut-être d’entrepôt. Encastré dans le même matériau que celui du pendentif, il demeura inerte à son approche.
    
    Elle eut beau prononcer des formules pour aller sur Erret ou sur Terre, pour que la glace s’anime, mais cette dernière garda son secret. Elle finit par abandonner. Découragée, Ambre revint au cœur de la grande salle.
    
    Il me reste un endroit à fouiller : la chambre de tout à l’heure.
    
    Elle s’y dirigea d’un pas rapide. Son esprit commençait à être enveloppé par une douce exaltation ; un besoin irrépressible de dormir la titillait ; ses pauvres nerfs avaient été mis à rude épreuve. En franchissant l’embrasure, elle sentit une lourdeur envahir ses membres.
    
    Je suis fatiguée. Et si, juste un peu, je…
    
    Son corps ne lui obéissait plus. Elle s’allongea en travers du matelas.
    
    Sa respiration, lente et régulière, était la seule musique qui se jouait.
    
    
    
***

    
    
    Il s’approcha du lit à pas de loup. Les astres qui entouraient son monde natal baignaient la chambre d’une lueur aquatique. Il avait attiré Ambre chez lui et il lui avait jeté un sort de sommeil afin qu’elle se repose.
    
    Grâce au pendentif, elle était parvenue à le rejoindre.
    
    Il est temps qu’elle comprenne, parce que mon cœur s’est lié au sien.

    
    Dénuée de Soleil, la planète n’en prospérait pas moins.
    
    Un dispositif technologique inventé par ses ancêtres absorbait les rayons des étoiles lointaines : un filet de minuscules capteurs maillant la voûte céleste, mais aussi le fond des mers – la chaleur du noyau était mise à contribution. Pour les créer, ils y avaient insufflé leur Magie. Sans elle, cet endroit aurait été un triste caillou étouffé par la poussière stellaire privé d’une atmosphère viable.
    
    Encore une absurdité, sans doute. Jyrhan, quant à lui, supputait qu’il s’agissait d’un miracle.
    
    Il était né ici avec Réolys, puis il avait découvert Erret, dont les occupants possédaient également des capacités. Ces derniers avaient cependant dévoilé à Jyrhan leurs réticences vis-à-vis de la technologie et de la science, dont ils usaient avec parcimonie. Erret avait traversé une période sombre à cause de l’exploitation massive de ressources énergétiques diverses. Ils avaient compris que pour ne pas mettre fin à l’existence de leur planète, il fallait la limiter, arriver à un compromis avec la Magie et mieux écouter la nature. Composer avec leur environnement et pousser leurs efforts dans le développement de groupes vivant en autarcie avait été leur priorité. Même les Hemonos se pliaient plus ou moins à cette règle, car conscients des erreurs du passé.
    
    Jyrhan avait connu la Tisseuse de l’époque ainsi que l’une de ses deux filles, Violine. À sa mort, elle avait demandé à Jyrhan et à sa sœur de veiller sur son peuple alors qu’il n’était pas natif d’Erret.
    
    Ils usèrent de facultés bien plus vastes que ceux des précédents Tisseurs et Tisseuses, qui ne pouvaient pas sillonner entre les mondes par exemple. Ils s’aidaient d’objets téléporteurs pour se rendre d’un lieu à un autre sur Erret, comme les habitants. Jyrhan et Réolys voyageaient avec leur esprit et leur sablier là où ils le souhaitaient. Pour autant, ils n’incarnaient pas des divinités capables de l’impossible.
    
    Le Tisseur avait décidé de visiter la planète jumelle d’Erret, la Terre ; il lui fallait vérifier que le grimoire y était bien caché.
    
    Le plus grand des hasards l’avait amené à croiser Ambre lors du marché de Noël où elle se promenait. Son âme et son aura l’avaient interpelé tandis qu’ils se dévisageaient, même si l’instant n’avait duré que quelques secondes. Si sa mère ne l’avait pas appelée, peut-être aurait-il tenté de l’aborder.
    
    Au fil du temps, pétri d’une curiosité qu’il n’avait jamais ressentie, il avait observé Ambre. Il désirait mieux la connaître sans se montrer. Il avait découvert son don par la même occasion. Une aubaine qu’il ne fallait pas manquer. Il avait tout entrepris pour la cerner discrètement. Aurore et Violine avaient fini par remarquer son manège. Il ignorait qu’elles étaient des parentes de la jeune fille jusqu’à ce qu’elles le lui apprennent.
    
    Malgré tout, il avait refusé une confrontation directe avec elle, alors il lui avait lancé son défi. En recourant à son stratagème, il avait souhaité qu’elle parcoure Erret et qu’elle éveille la télépathie que lui avaient léguée Aurore et Violine. Il comptait s’en servir par la suite afin de récolter des informations sur l’évolution de la Terre. Lorsqu’Aurore y vivait encore, elle exerçait le rôle délicat d’agente de renseignements. Le Tisseur avait cherché en vain une personne pour la remplacer.
    
    Il avait imaginé cette initiation comme un jeu.
    
    Sans le savoir, Ambre avait transcendé le monde onirique et avait sauvé Réolys, dont les pouvoirs lui permettaient d’ouvrir des portails dans la contrée des rêves. Un acte qui n’avait guère été prémédité, mais qui avait cristallisé leur première rencontre.
    Il ne pensait pas qu’elle serait terrifiée de « l’affronter ». Il en aurait eu le cœur brisé si elle avait échoué dans sa quête et dans son duel avec lui.
    
    Malheureusement, Erloh en avait profité. Un aléa qu’il n’avait pas prévu.
    
    Le Tisseur demeurait songeur. Sa naïveté, son goût du mystère et la finalité de ses intentions avaient failli coûter la vie à la jeune fille. Il en était conscient. Il avait éprouvé de la crainte envers elle à plusieurs reprises à cause des risques qu’elle avait encourus. Par la même occasion, ses sentiments s’étaient épanouis.
    
    Se servir d’elle en tant « qu’espionne » l’avait de plus en plus répugné. Non, il en était devenu hors de question. Dès lors, sa priorité avait été de la préserver d’Erloh.
    
    Il s’assit auprès d’Ambre ; il se courba au-dessus de ses cheveux et y déposa un baiser furtif. Elle dormait depuis huit heures au moins. L’heure était venue de la réveiller.
    
    Veux-tu de moi ? Veux-tu continuer notre histoire après tout ce que j’ai fait, et alors que je ne suis pas né sur le même monde que le tien ?
    
    Il la regarda avec une tendresse infinie – une tendresse qui inondait son âme. Il se pencha vers elle. Ses lèvres effleurèrent son front avec douceur. Il tressaillit lorsqu’elle passa ses bras autour de son cou. Si elle n’était pas plongée dans le sommeil, elle n’aurait jamais osé. La nervosité le gagna, mais il ne bougea plus.
    
    
    
***

    
    
    Soudain, les yeux d’Ambre s’ouvrirent en grand. Elle laissa retomber ses bras. Elle ne dormait plus. L’illusion n’éclata pas. Jyrhan n’en continua pas moins de lui servir un sourire tendre.
    
    Complètement affolée, elle articula :
    
    — Que…
    
    Médusée, elle le fixa. L’avait-il amenée ici par pitié ? Un prêté pour un rendu ? À cette idée atroce, un pincement naquit au sein de sa poitrine.
    
    — Tu vas disparaître encore, hein ?
    
    Sans le vouloir, sans qu’elle ait pu contrôler ses émotions, elle avait craché sa question d’une voix amère. Une main s’égara sur ses tempes, sur ses pommettes, puis sous son menton.
    
    — Ambre, regarde-moi.
    
    Mais la jeune fille persistait à fermer les paupières. Jyrhan la força à lever la tête. La souffrance la happa quand elle affronta ses yeux émeraude – ses yeux trop intenses.
    
    — Non. Je n’ai pas fait tout ce chemin, tous ces tours de passe-passe, pour t’abandonner.
    
    L’incrédulité l’envahit. Elle fixa le Tisseur et lut en lui. Son visage devint aussi pâle que la lune terrienne.
    
    Il murmura au sein de son esprit :
    
    — Les mots n’ont plus d’importance.
    
    Il cueillit les lèvres d’Ambre. Après un moment de stupeur, elle frémit. Sa langue maladroite effleura la sienne. Lorsqu’elle était venue lui rendre visite pendant son sommeil un mois plus tôt, elle avait amorcé leur premier baiser, mais ne l’avait pas approfondi. Une chaleur vibrante naquit dans le cœur de Jyrhan.

Texte publié par Aislune Séidirey, 15 septembre 2017 à 07h07
© tous droits réservés.
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