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Tome 1, Chapitre 18 « L'ombre du marionnettiste » Tome 1, Chapitre 18
C’est avec une perplexité teintée de réconfort qu’Ambre contemplait le profil de Jyrhan, tandis que le dixième matin de janvier promettait du froid et de la neige en abondance. Des flocons gorgés d’eau dévalaient du ciel. Elle pouvait les apercevoir à travers la fenêtre qu’elle avait ouverte.
    
    Elle n’était même plus surprise de l’attitude du Tisseur ; il ne restait jamais longtemps après son réveil, mais il revenait toujours en pleine nuit pour dormir avec elle. En parallèle, son sommeil était moins agité. Le Marionnettiste semblait avoir relâché son emprise. Y avait-il un rapport ? Elle le demanderait à Jyrhan une fois qu’il aurait émergé des contrées de Morphée.
    
    Par contre, elle ne lui avait pas reparlé de leur « entrevue » dans la caverne ni de leur songe commun. Son unique excuse n’était autre que la lâcheté.
    
    La sonnerie de son téléphone portable la fit sursauter. Elle décrocha :
    
    — Oui ?
    — Ambre ? Tu te ramènes aux répétitions de demain soir ?
    
    Elle haussa les épaules. Stephan était adorable, mais depuis quelque temps, elle évitait de rejoindre le groupe de musique à cause de Fabrice. Lui qui venait l’écouter seulement de temps à autre, il était présent tous les jours désormais.
    
    — Juliette est avec moi. Elle s’inquiète…
    
    Un faible sourire fleurit sur les lèvres d’Ambre.
    
    — Ah… Je passerai alors. Ça me manque de toute façon. En plus, j’ai écrit un nouveau texte.
    — Eh bien voilà ! Je suis conscient que tu as peur de chanter devant les gens, mais il faut que tu surmontes ça.
    — Ce n’est pas si simple. J’ai essayé à plusieurs reprises.
    — Je sais. N’oublie pas qu’on est avec toi, hein ?
    
    Elle l’entendit soupirer à l’autre bout du fil.
    
    — Bon. En fait, Juliette a ordonné à Fabrice d’arrêter de te harceler. Elle n’aime pas ce qu’il est devenu.
    
    Sauter du coq à l’âne était la spécialité du guitariste.
    
    — Hm…
    — Je vais te la passer.
    
    Avant que la jeune fille émette la moindre objection, sa meilleure amie était à l’appareil.
    
    — Ambre ? Ça va ?
    — C’est compliqué, je ne te le cache pas.
    
    Avec Juliette, le problème était qu’elle ne pouvait pas lui mentir, tout juste éluder certains faits.
    
    — J’avais bien remarqué. Tu es sûre qu’il y a rien de grave, hein ?
    
    Un rictus s’esquissa sur les lèvres d’Ambre.
    
    — Oui. Je n’ai aucun souci personnel. Sinon, je t’en aurais parlé.
    — Mouais. Tu n’es pas très causante quand il s’agit de ta famille.
    — Je me soigne.
    
    Elle s’en tira avec sa dernière réplique.
    
    — D’accord. Sinon, tu es occupée, là ?
    — Un peu.
    — Je vais te laisser, alors. On se voit demain soir.
    — À demain soir Juliette.
    
    Ambre posa son téléphone sur la table basse, puis se tourna de nouveau vers Jyrhan. Il demeurait une véritable énigme ; il éveillait encore de la méfiance en elle malgré les élans de son cœur. Quand elle lui demandait des nouvelles d’Erret, il restait évasif, et cela commençait à l’agacer sérieusement. Au moins, il se donnait la peine de lui dire qu’Aurore, Violine, Avéran et Shanoa se portaient bien.
    
    Quatre jours plus tôt, elle lui avait confié ses cauchemars récurrents, ainsi que la présence au sein d’eux de l’inconnu aux cheveux opalins et aux iris ténébreux. Jyrhan s’était raidi, ses traits s’étaient tendus et, comme toutes les autres fois où il devait partir, un nuage de cette poussière qu’elle était incapable de nommer avec exactitude l’avait emporté. Il lui avait tout de même déclaré qu’il s’agissait de Magie ; en ce qui concernait les moyens de transport, elle n’était employée que pour les trajets dans l’espace. Sinon, la technologie prenait le relais. Les bagues et bracelets de téléportation sur Erret le prouvaient.
    
    Sa voix douce la fit tressaillir tout en la sortant de ses pérégrinations mentales :
    
    — Je sais ce qui te taraude, Ambre.
    
    Il ouvrit les yeux et la dévisagea avec gravité. Le cœur de la jeune Terrienne battit plus vite au sein de sa poitrine. Allait-il enfin aborder le sujet du baiser ?
    
    — J’aimerais tant pouvoir tout t’expliquer, mais c’est impossible.
    
    Non, je me suis trompée.
    
    — Pourquoi ? lâcha-t-elle dans un soupir amer.
    — Cela a un rapport avec ton don de télépathie. Tu ne le maîtrises pas, et quelqu’un s’en sert à tes dépens. Je m’efforce de t’en garder.
    
    Hein ?
    
    Un éclair de lucidité traversa sa mémoire et la laissa coite d’horreur. Jyrhan faisait allusion à l’Elnaris inconnu qui manipulait Gaëlkoch. S’il continuait de la tourmenter, alors lui et le Marionnettiste n’étaient qu’une seule et même personne. Le Tisseur se releva à demi et posa une main sur son épaule.
    
    — Je suis désolé de te l’apprendre ainsi.
    — Non, non. C’était déjà arrivé lorsque je te cherchais pour le défi, et que j’ai cru que c’était Gaëlkoch qui…
    
    Le doigt de Jyrhan sur ses lèvres la fit taire.
    
    — Chut. Tu en sais trop.
    
    Elle s’éloigna de lui.
    
    — Je ne peux pas rester à l’écart éternellement ! Il s’agit de l’homme que j’ai vu en rêve, hein ? Pourquoi le protèges-tu ?
    
    Elle avait presque crié. Il baissa la tête et avoua :
    
    — En vérité, je l’empêche de commettre des atrocités si je le garde en tant que conseiller et si je le place sous surveillance.
    — Ah, parce que tu penses que ça suffira ? Tu l’as dit toi-même : il se sert de moi, et nous ne nous en serions peut-être pas rendu compte si je ne t’avais pas parlé de mes cauchemars. Que cherche-t-il ?
    — En réalité, je l’ignore. Il n’appartient à aucun camp, bien qu’il se prétende Elnaris.
    
    Désappointée, Ambre se mura dans le silence. Jyrhan l’interpela de nouveau :
    
    — S’il te plaît…
    
    Les dents serrées, elle finit par lui rétorquer :
    
    — Si tu veux vraiment me préserver, alors pars et ne reviens pas.
    
    Il se releva et enfila ses bottes. Ses paroles avaient-elles porté leurs fruits ? La pénombre induite par le volet à demi fermé de l’autre fenêtre donnait une ambiance froide qui fit frissonner Ambre. Lorsque Jyrhan la regarda, elle lut une détermination en ses yeux qu’elle ne comprit pas. Ses propos demeurèrent tout aussi sibyllins :
    
    — La Source Sacrée n’est pas le seul endroit où je suis vulnérable, mais il l’ignore. De plus, je n’y retournerai plus. Réolys se charge désormais de veiller à ce que les esprits des morts aillent bien dans l’au-delà.
    
    Il lui offrit un de ses sourires désarmants et, sans demander son reste, disparut. Ambre soupira et plaqua ses mains sur son visage comme pour y cacher toute sa peine.
    
    
    
***

    
    
    La nuit paisible étendait ses voiles sur le village de Kaertha, dont les lumières persistaient à briller, telles des veilleuses au chevet des habitants en quête de sommeil. Les toitures rondes aux tuiles pourpres formaient une géométrie plus régulière que ceux de Falifeey. Des sphères flottantes éclairaient les rues d’une lueur orangée rassurante.
    
    Erloh s’immobilisa et écouta les échos nocturnes. Depuis une heure, il épiait chaque mouvement, chaque bruit, pour choisir le bon moment.
    
    Le corps moulé dans une combinaison noire – la peau d’un animal qui ne vivait que dans les contrées polaires d’Erret avait servi dans sa confection –, une dague à la main, il attendait. La lame recourbée luisit sous l’éclat des trois lunes, que d’épais nuages sombres ne tardèrent pas à recouvrir.
    
    Il allait neiger. Erloh n’avait pas froid ; ses gants en cuir et ce qui s’apparentait à un passe-montagne lui évitaient les morsures de la saison blanche. Sa paume frôla la pierre. Le muret le séparant de son but s’effritait par endroits.
    
    Il l’enjamba avec agilité. Le dos voûté, il marcha dans l’herbe haute. Une mèche aussi pâle que l’albâtre jaillit du bonnet qu’il portait. Il l’y replaça négligemment. Ses yeux couleur ébène se levèrent vers la fenêtre ronde du premier étage de la maison cossue qu’il surveillait.
    
    Erret n’est pas encore victorieuse.
    
    Il comptait rendre visite à la femme qui lui en avait tant appris sur la Magie. Il restait un ultime enseignement qu’elle devait lui donner… de gré, ou de force.
    
    Le terme « Magie » n’avait pas toujours existé tel quel ; avant l’arrivée de Jyrhan et de sa sœur, les habitants employaient celui de « Transmal ». Il s’agissait de « changer » le mauvais en bon. Hélas, ils n’englobaient que le sens positif du phénomène. Réolys leur avait suggéré d’utiliser « Magie » et leur en avait expliqué les bases.
    
    Erloh agrippa une pierre qui saillait de la demeure, puis la poussa avec rudesse. Elle se logea au sein de son écrin caché tandis qu’une porte secrète se découpait devant lui. Un sourire amusé étira ses lèvres. Après avoir accompli sa tâche, il « s’entretiendrait » de nouveau avec la jeune Terrienne. Lui envoyer de faux rêves prémonitoires grâce aux fragments de son pouvoir télépathique, qu’il lui avait dérobés lors de leur premier « contact », lui permettrait de piéger le Tisseur à terme. De plus, il était certain que cette péronnelle pourrait être l’instrument de la chute de son ennemi.
    
    À vrai dire, son plan lui inspirait une légère répugnance. Malheureusement, menacer l’Incantesse représentait son dernier espoir pour avancer. S’il lui fallait l’occire… eh bien, il s’y résoudrait, pour le bien d’Erret.
    
    Rien n’était perdu.
    
    
    
***

    
    
    Les jours traînaient, monotones, étirés tels des draps usés. Aucun signe du Tisseur. Ce matin, Ambre échouait à se concentrer sur ses cours. Pour ses Partiels, elle ne serait jamais prête, mais elle s’angoissait à propos de Jyrhan et d’Erret. L’avait-il vraiment abandonnée ?
    
    Pourquoi avait-elle parlé au Tisseur de manière aussi rude ? Certes, elle était à bout de nerfs à cause du mystère qu’il entretenait autour de lui, mais quand même. Elle avait peut-être été trop loin et l’avait fâché. Son cœur se serra de peine et de frustration.
    
    Ses questions tournaient au sein de son esprit en continu. Si cela continuait ainsi, elle sombrerait dans la folie. Elle ne supporterait pas un nouvel interrogatoire de la part de Juliette ou de ses parents. C’était au-delà de ses forces.
    
    Ambre n’hésita plus et chercha le grimoire sous le clic-clac. Ses doigts tâtonnèrent avec nervosité les planches. En vain. Elle fronça les sourcils et souleva le matelas. Aucun signe de l’ouvrage.
    
    Avec un juron, elle se redressa et fouilla le salon, puis le coin-cuisine. Elle regarda même dans des endroits improbables : le placard alimentaire, le frigo, et la corbeille de linge – il lui était déjà arrivé d’y égarer son téléphone portable ou ses clés. Ses explorations n’aboutirent qu’à une seule conclusion : le livre avait disparu.
    
    Non.
    
    Jyrhan l’avait ramené lorsqu’il était reparti sur Erret. En définitive, il avait suivi son injonction. Bouleversée, Ambre s’assit sur le clic-clac. Une peine aiguë échoua sur ses épaules fragiles et s’enroula autour de son âme. Elle tenta de chasser ses pensées négatives, mais n’y parvint pas.
    
    Il est venu me voir parce que je l’ai souhaité.
    
    À ce moment-là, elle prit une décision qui lui coûtait. Pour elle, le Tisseur ne désirait plus qu’elle entre en contact de quelque façon avec lui ou Erret.
    
    Je vais oublier toute cette histoire.
    
    Elle en avait assez de courir après des chimères et de se comporter comme une idiote. Elle se mordit l’intérieur d’une joue. La Nouvelle Année commençait bien…
    
    Sans rien dire, elle se rallongea dans le clic-clac. Elle se morigéna en sentant ses larmes couler sur ses pommettes. Allons donc ! Voilà qu’elle réagissait comme une adolescente en mal d’amour ! Quoique... N’était-ce pas ce qu’elle était, au fond ?
    
    Pitoyable.
    
    En ravalant ses sanglots, Ambre finit par somnoler, incapable de se réfugier dans les contrées oniriques tant son cœur saignait.
    
    
    
***

    
    
    De sa petite chambre du Crous, Juliette observait le ciel avec morosité. Un café entre ses mains gelées, elle réfléchissait. Elle songeait à Ambre et se préoccupait à son sujet. Sans qu’elle puisse l’expliquer, elle avait l’impression que sa meilleure amie s’était renfermée sur elle-même depuis le mois de juin. Pourtant, elle ne se confiait que peu !
    
    Elle but une gorgée avec précaution. Ses yeux verts se fixèrent sur les nuages qui se mélangeaient à la robe jaune orangé de l’aube. Huit heures du matin sonnaient.
    
    Ambre souffre-t-elle de dépression ?
    
    Juliette soupira de frustration. De plus, le comportement de Fabrice n’arrangeait rien à la situation. Elle l’avait déjà rabroué à plusieurs reprises, avec bien plus de rudesse que sa meilleure amie qu’elle trouvait trop gentille. En vain. Il se montrait borné.
    
    Elle se redressa légèrement. Leur bande n’était plus aussi solide que naguère. À croire qu’ils changeaient tous. Rien que d’y penser, le blues s’empara d’elle. Ambre avait beaucoup compté sur eux au lycée. Grâce à Juliette, elle avait pris son courage à deux mains et avait rejoint le groupe de musique de Stephan par exemple.
    
    La jeune fille posa sa tasse sur la table et étouffa un bâillement. Au contraire de Fabrice, Laure ou Thomas, elle refusait d’ignorer le mal-être qui rongeait Ambre. Elle lui apporterait tout son soutien, même de loin.

Texte publié par Aislune Séidirey, 22 août 2017 à 21h08
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