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Tome 1, Chapitre 14 « Boucles sans fin » Tome 1, Chapitre 14
Ambre se réveilla en sursaut. Un cauchemar épouvantable frôlait encore ses paupières atones. Elle s’assit, se saisit d’un cahier brun et l’ouvrit. De longues minutes s’ensuivirent avant qu’elle ne le repose sur sa table de chevet. Enfin, épuisée, elle se recoucha et se rendormit.
    
    Le lendemain, de nombreuses courbatures endolorissaient son corps. Elle enfila ses pantoufles, puis s’empara de son journal des rêves. Elle se rendit dans la cuisine et se servit un verre de jus d’orange. Elle le but sans prêter attention à la rosée qui embuait la vitre – six heures du matin sonnaient au lointain. La jeune fille pouvait voir les premières lueurs du jour diaprer l’horizon.
    
    Mais pas le soleil, elle ne se trouvait pas du bon côté.
    
    Je regarde, ou je déjeune tranquillement ?
    
    La curiosité l’emporta. Ce qu’elle lut dans son cahier la bouleversa au plus haut point.
    
    
    Journal des rêves, le 19 septembre 200*
    
    Qu’est-ce que je fais ici ? Je suis dans le noir, toute seule, et la peur me colle aux basques. Peur qu’il vienne.
    
    Ça y est, il est là. Je le savais. Je ne parle pas du Tyran. Je veux dire, de Gaëlkoch, mais d’un autre homme. Il essaie de m’attraper. J’ai réussi à m’enfuir. Je suis arrivée au milieu d’un bal dans une longue et magnifique robe rouge aux voiles vaporeux.
    
    Je traverse la salle. Quelqu’un me prend dans ses bras et nous entamons une danse. C’est Avéran. Ensuite, sa femme Shanoa est venue. Alors il part vers elle. Plusieurs fois, je change de partenaire.
    
    Soudain, je sens qu’on m’agrippe le poignet. Je lève les yeux et je suis de nouveau confrontée à cet inconnu, assez jeune. Ses cheveux sont blonds… Non, aussi blancs que la neige, et ses iris noirs brillent d’un feu glaçant. On valse, sauf que l’inquiétude me guette. Nous dérivons vers un couloir non éclairé ; il me plaque contre un mur avant que je ne parvienne à me dégager. Nos fronts se touchent. Sur l’instant, j’ai cru mourir : son esprit a tenté de posséder le mien, d’y pénétrer, comme lors de mon épreuve sur Erret.
    
    Je crie. J’essaie de me défendre, mais je suis immobilisée.
    
    C’est alors qu’il est projeté avec violence au sol. J’entends des hurlements… et je me réveille.
    
    
    Ahurie, Ambre considérait ses mots. Oui, ils lui appartenaient bien. Le dégoût la submergea. Médusée, elle ne put finir son verre. Elle étreignit son cahier.
    
    La présence qu’elle avait perçue dans sa tête, sur Erret… Ce n’était pas Gaëlkoch, mais l’homme de son cauchemar ! Pourtant, il avait tout l’air d’un Elnaris !
    
    Voilà pourquoi grand-mère affirmait que l’on avait affaire à un expert de la Magie télépathe ! Elle savait que le Tyran n’avait pas cherché à asservir mon mental, même si elle ignorait peut-être l’identité de mon véritable ennemi !
    
    Était-ce vraiment lui qui avait tenté de la contrôler au moyen de la télépathie ? Ou alors, son cerveau avait-il tout inventé ? La jeune fille soupira ; il ne s’agissait pas d’un rêve ordinaire, mais d’un avertissement, elle en demeurait persuadée.
    
    La matinée passa tel un fantôme et ne laissa aucun souvenir impérissable en elle. L’esprit d’Ambre vagabondait ailleurs, complètement déconnecté de la réalité. Assise sur son lit, elle réfléchissait encore et encore. Son songe l’obsédait sans cesse. Elle s’était focalisée jusqu’à présent sur l’homme aux yeux d’ébène et à la chevelure immaculée en occultant un détail crucial. Elle échouait à mettre le doigt sur ce qui lui avait échappé ; cette certitude ne la lâchait pas.
    
    Le bruit d’un claquement de porte se dispersa dans les couloirs. Sa mère rentrait de sa journée de travail. Sa voix acheva de la tirer de ses pensées :
    
    — Ma chérie, tu peux venir ?
    
    Le déclic dans sa mémoire se produisit. Elle se souvint.
    
    
    
***

    
    
    Ambre s’émerveillait devant des petites figurines de Noël, fabriquées dans le verre le plus fin qu’il soit ; les prunelles brasillantes des anges lui tourneboulaient l’esprit. Elles possédaient l’éclat du diamant pour la jeune fille. Un autre stand attira son attention. Des bijoux artisanaux avaient été déposés sur de la mousseline blanche et rouge. Elle effleura un bracelet d’argent, qui retenait en ses chaînes six cristaux de Swarovski à la nuance proche de l’azur. Un bleu rêveur égal à celui de ses iris.
    
    Un patchwork de musiques un peu vieillottes – mais empreintes d’un charme envoûtant – se déployait dans les allées et baignait dans l’atmosphère chaude et sucrée du marché de Noël. Immergée dans ses chimères, le visage rosi par le froid, Ambre examina la grande place.
    
    Au même moment, elle le vit.
    
    Il se tenait au milieu de la foule ambulante. Une large cape céruléenne soustrayait son être aux regards et aux étreintes.
    
    Ses yeux couleur émeraude, aussi perçants que ceux d’un serpent, attrapèrent toutefois la jeune fille. La fièvre saisit son corps, et un frémissement caressa ses frêles épaules. Ils restèrent figés, à se considérer, et le monde autour d’eux s’évapora comme durant le temps d’une éclipse solaire. Les lèvres de l’inconnu se mirent à bouger, et malgré la distance, elle put entendre sa voix.
    
    La neige commença à tomber.
    
    Sous des apparences glaciales, la mélodie se voulait si belle, si… sensuelle. Ambre se laissa enlacer par les notes. Elle se sentait bien, en sécurité. Le parfum de cet instant se faisait extatique, et ses fragrances l’emmenaient très loin, au-delà de l’univers…
    
    Hélas, quelqu’un la héla et la sortit de sa léthargie. Elle ne s’était pas rendu compte que ses paupières s’étaient fermées. Lorsqu’elle les rouvrit, l’homme s’était esquivé. La place paraissait vide sans sa présence. La jeune fille fut de nouveau sollicitée par un appel familier.
    
    La voix douce de sa mère.
    
    
    
***

    
    
    Quatre mois environ s’étaient écoulés depuis sa rencontre avec le Tisseur, mais ils s’étaient déjà croisés bien avant… Comment ? Pourquoi ? Y avait-il eu d’autres entrevues tout aussi fugaces ? Pourquoi elle, âme banale parmi tant de semblables ?
    
    Taraudée par ses questions, Ambre était emplie de confusion.
    
    Elle descendit les escaliers et ne fit pas attendre davantage sa mère. Elle était incapable de revenir sur Erret pour obtenir des réponses ! Elle serra les poings.
    
    Oh, pourquoi, pourquoi toi ?
    
    En désespoir de cause, trois jours auparavant, elle avait essayé le contact télépathique. Elle ne s’y était pas risquée plus tôt parce qu’elle craignait son don et qu’elle était convaincue que seule la formule du grimoire pourrait accomplir un pareil miracle.
    
    Sa nouvelle tentative avait été vouée à l’échec, encore une fois. Même avec Aurore et Violine, elle échouait. La pauvre Terrienne qu’elle était n’en comprenait pas la raison. Se serait-elle trompée ? En revanche, avait-elle noué un lien mental dangereux avec l’homme qui manipulait Gaëlkoch ? Lui avait-il envoyé ce cauchemar malsain ?
    
    Inquiète et triste, Ambre eut envie de se cogner la tête contre un mur. Combien de temps tiendrait-elle avant de craquer ?
    
    
    
***

    
    
    Pourquoi ne puis-je pas t’avoir, alors ?
    
    Te souviens-tu du jour où l’on s’est rencontrés ? Moi, l’intrépide, et toi… Toi, le Tisseur de mondes.
    
    Datées du 21 septembre, ces lignes ultimes, qu’Ambre avait désiré écrire, figuraient dans son journal intime. Assise sur son lit, elle lisait et relisait le passage dans son intégralité, le cœur poignardé par d’inexorables tourments. Pour elle, tout s’achevait, et le mot « avenir » n’existait plus dans son vocabulaire.
    
    Elle avait eu tort d’y croire.
    
    Un papillon nocturne voltigea jusqu’à l’ampoule nue fixée au plafond ; ses ailes poudrées d’éphémère épousèrent la forme du globe, le temps de ne faire qu’un. Puis, foudroyé par la chaleur, il succomba et chuta entre deux lattes du plancher. Juste à côté du tapis.
    
    Fin.

Texte publié par Aislune Séidirey, 17 mai 2017 à 14h47
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