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Tome 1, Chapitre 12 « Résilience » Tome 1, Chapitre 12
Nerveux, le Maître marchait en long et en large dans un laboratoire de créations cybernétiques, dont il avait ordonné la construction six mois plus tôt. Il se situait dans un massif montagneux au nord de Falifeey et de petits villages ou bourgades modestes. Il fallait franchir une pinède étendue où il était facile de s’égarer, même si elle n’était pas réputée dangereuse.
    
    Son conseiller et espion l’avait tancé ; en tant que chef des Hemonos, s’il n’était pas capable de résister à ses pulsions, il n’était plus d’aucune utilité.
    
    À distance, Erloh avait contraint la jeune fille à s’engouffrer dans la chambre de leur ennemi, où l’attendait le Maître, en prenant son esprit en otage. Un tel acte était possible grâce au réveil de la télépathie chez elle, qu’il pouvait retourner contre elle. Ils usaient souvent de stratagèmes pareils afin que l’espion soit exempt de tout soupçon aux yeux des siens, et qu’il puisse mener à bien ses… non, leurs projets !
    
    Lorsque le Maître avait tiré sur la Terrienne, le conseiller lui avait aussitôt fait payer son geste en torturant son mental.
    
    Il s’assit sur une chaise et contempla ses brassards. Tout comme ses spalières et sa brigandine, ils avaient été forgés dans un matériau proche du titane, le carban (1), mais qui détenait la stabilité d’un métal noble. Il ne s’oxydait pas.
    
    Erloh ne lui pardonnerait pas cet écart. Pourtant, il ne s’avouait pas vaincu. Il le convaincrait qu’il ne récidiverait plus.
    
    Ses paupières se fermèrent ; il tendit sa conscience vers celle du conseiller.
    
    Un frisson coupa le Maître dans ses réflexions. Le contact était établi. Même s’il n’était pas télépathe, il communiquait avec Erloh via cette connexion singulière et dangereuse pour les esprits faibles. Cependant, il n’avait pas à s’inquiéter : le sien possédait la force d’une étoile, non ?
    
    
    
***

    
    
    Erloh, contrarié ? Les jointures de ses phalanges étaient si tendues que si elles avaient été en verre, elles se seraient brisées. Cet imbécile d’Hemonos finirait par le mettre en danger à cause de ses insubordinations répétées ! Le massacre de Falifeey et le meurtre de la Terrienne avaient été de trop.
    
    Le regard dirigé vers la fenêtre haute de sa chambre aussi dépouillée que s’il y logeait pour la première fois, l’espion elnaris se demanda s’il ne valait pas mieux exécuter son pantin. Ces derniers mois, il ne lui causait que des déceptions.
    
    Un infime frôlement dans son esprit le pétrifia. Les traits fins de son visage en amande se contractèrent. Que lui voulait encore l’autre propre-à-rien ? N’en avait-il pas assez fait ? Néanmoins, il permit au lien psychique d’opérer. Il s’assit sur la chaise du bureau où il écrivait une heure et demie plus tôt.
    
    Sa fureur ne se volatilisa guère quand il entendit les arguments du Maître. Que croyait-il ? Sa personnalité psychopathe devenait incontrôlable ; Erloh ne pouvait plus compter sur lui. Il lui faudrait s’occuper de son cas. Pour l’instant, il devait terminer ce qu’il avait commencé, puis piéger son ennemi.
    
    Le Tisseur se téléporterait à la Source Sacrée avec le cadavre de la fille. Le conseiller sourit ; il userait de ses capacités et la localiserait. Après tout, dans la chambre du Tisseur, il lui avait dérobé des fragments de sa télépathie avant qu’elle ne se rebelle – un jeu d’enfant ! Il reconnaîtrait sa signature même si elle était morte.
    
    Il rompit le contact et entama ses recherches. Soudain, il repéra un signal inhabituel. Sa peau blanche blêmit davantage. Le pouvoir de la fille. Au lieu d’être inerte, il ondulait, plus puissant que jamais !
    
    Vivante… Elle a survécu !
    
    Son don entrait en résonance avec ces bribes qu’il lui avait arrachées !
    
    Erloh se leva de sa chaise. Décidément, la soirée était riche en surprises ! Il ne savait s’il pouvait se réjouir de cette nouvelle ou rester prudent. La Terrienne lui avait filé entre les doigts trop souvent.
    
    Un sourire étira ses lèvres fines. Il pourrait peut-être se débarrasser de deux problèmes à la fois. Et s’il transmettait les coordonnées au chef des Hemonos ? Celui-ci ne perdrait pas une occasion pareille. Il assassinerait la fille, puis le Tisseur. Erloh interviendrait en dernier lieu afin d’achever sa marionnette et passerait pour un héros.
    
    
    
***

    
    
    Ambre remua les jambes et fut étonnée de ne rencontrer aucun obstacle. Elle pouvait bouger, mais elle sentait que quelque chose clochait. Elle flottait. Un frisson glacé sinua le long de sa nuque. Elle se raidit.
    
    Eh ! Au secours !
    
    Un murmure se propagea dans sa tête. Elle angoissa pendant de longues secondes avant de parvenir à comprendre ce que c’était. Son subconscient. Il se souvenait avec netteté de la formule qu’il avait photographiée. Il lui chantonnait : « J’appelle le flot des éthers vagabonds, il viendra à moi pour le sort à sceller. J’appelle le… »
    
    La jeune fille la prononça en hurlant. Tout bascula : elle fut de nouveau acculée contre une surface dure. Quand elle se releva, elle se trouvait dans une forêt. La silhouette des arbres – des pins ? Des épicéas ? – éveillaient en son être d’infantiles terreurs. Elle décida de ne pas végéter.
    
    Ambre n’aurait jamais imaginé s’aventurer dans des bois inconnus en pleine nuit. Anxieuse à l’idée de déranger une bête sauvage ou de se perdre, elle frictionnait ses bras et observait son environnement à outrance. Le moindre bruissement de feuilles, le moindre craquement mettait ses nerfs à vif. Pourtant, elle refusait de s’abandonner à la peur. Elle avait une quête à terminer ; Aurore et Violine ne l’auraient pas jetée dans la gueule du loup. Le Tisseur encore moins. Elle devait leur accorder sa confiance.
    
    Durant sa marche, elle ne cessa de gamberger afin de s’occuper l’esprit.
    
    Tout d’abord, je suis tombée sur un grimoire, qui s’est révélé être magique. Ensuite, j’ai répété une formule.
    
    La nervosité aidant, Ambre accéléra le pas.
    
    J’ai fait la connaissance de nombreuses personnes d’Erret, je me suis rapprochée du Tisseur par des liens très subtils et… non, passons cette étape-là.
    
    Quelques mèches chatouillèrent son visage épuisé. Elle les rabattit derrière ses oreilles d’un geste sec.
    
    J’ai reçu une balle en plein cœur. La tenue qu’Avéran m’a créée a été enchantée par le Tisseur, donc elle m’a sauvée de la mort. Ma grand-mère, laquelle s’est réfugiée dans le corps de sa sœur, m’a récupérée. Enfin, mon don de télépathie me met en danger. L’autre fou peut s’en servir contre moi s’il apprend que j’ai survécu.
    
    Elle manqua trébucher sur une racine à moitié ensevelie, mais se rattrapa in extremis à un tronc d’arbre. Mal lui en prit : l’écorce était parsemée d’une substance froide et visqueuse à cause d’un champignon. Ambre grogna de dégoût et essuya ses mains poisseuses sur la mousse qui recouvrait le sol. Elle pria pour ne pas avoir été empoisonnée. Elle secoua la tête.
    
    
    Ah, cette fichue incantation m’a menée sur le chemin de la Source Sacrée, mais ensuite ? Est-ce que je contacte le Tisseur ?
    
    Elle se pétrifia. La forêt demeurait silencieuse ; les feuilles mortes crissaient sous ses pieds tandis qu’un semblant de chaleur enveloppait l’endroit. Une odeur piquante de sève et de terre la saisit à la gorge. Les arbres, dont les frondaisons paraissaient se multiplier à l’infini, camouflaient le ciel.
    
    Ambre s’adossa contre l’écorce d’un sapin. Elle ferma les yeux afin de mieux se concentrer.
    
    
    
***

    
    
    Les Hemonos qui avaient saccagé Falifeey furent arrêtés par les gardes du château. Quant aux autres renégats, ils furent immobilisés sur les lieux où ils avaient prévu de se réunir, sans possibilité de s’enfuir.
    
    Des sortilèges sophistiqués, préparés avec minutie par Aurore et Violine et couplés à une technologie basée sur les lois quantiques, rendaient l’atmosphère et le sol aussi rigides que du béton. Avec ces pièges, les Hemonos étaient forcés d’attendre, figés comme des statues. Les criminels subirent le même sort, mais au sein de cellules d’isolement en carban construites dans les sous-sols de la forteresse.
    
    La sœur du Tisseur conduisit la cérémonie. Elle choisit la grande salle où Ambre avait pénétré deux heures plus tôt. Cette fois, la pièce était définie par six murs ; elle était recouverte de symboles – ceux-là que la jeune fille avait aperçus dans le grimoire, puis dans les ruines – et de triangles jusqu’au plafond.
    
    Une lumière turquoise louvoya sur les dalles lisses et cristallines. Réolys avança jusqu’au milieu, là où son intensité était la plus forte. Les paupières closes, le visage d’albâtre levé vers le haut, elle inspira. Ses longs cheveux blonds nimbaient ses épaules et sa taille de torsades abondantes.
    
    Elle laissa son esprit ouvrir le passage. Une, puis deux, puis plusieurs tornades naquirent au-dessus de chaque groupe d’Hemonos. La Magie opérait. Un par un, ils furent emportés sur leur nouvelle planète malgré leur volonté de rester sur Erret.
    
    Quand ce fut terminé, Réolys s’évanouit ; son corps s’affala à terre. La lumière turquoise gagna en clarté et l’entoura d’une aura aveuglante, tel un cocon.
    
    Erret avait retrouvé son calme et sa sérénité pour le moment.
    
    
    
***

    
    
    Ambre fit une seconde tentative, après que la première se fut noyée dans le néant :
    
    Est-ce que quelqu’un m’entend ? Est-ce que vous êtes là ?
    
    Un flot de pensées envahit son esprit. Une lumière chaleureuse l’enveloppa avec douceur. Elle fut prise d’un hoquet. Enfin, elle se calma tandis qu’elle reconnaissait la présence du Tisseur. À son propos, elle découvrit une information importante ; elle obtint la réponse à une question qu’elle se posait depuis le début de l’aventure. Heureuse, elle s’apprêta à poursuivre leur échange mental.
    
    Un métal glacial cingla son front avec violence. Elle cria et porta la main à sa blessure. Lorsqu’elle leva ses yeux horrifiés, une silhouette massive la dominait.
    
    — Garce, tu vas souffrir.
    
    Ambre se recroquevilla et plaqua ses paumes sur la chair béante. Elle tremblait de douleur, de ce froid soudain qui s’était emparé d’elle. La terreur la dévorait.
    
    — Ma vengeance sera pleine, et ma victoire écrasante !
    
    La paralysie entrava les mouvements de la jeune Terrienne. Sa plaie la brûlait, comme si un produit étranger s’y était déversé. Elle avisa ce que le Tyran tenait dans sa main droite : une faucille. L’acier luisait d’un liquide transparent.
    
    La colère la submergea. Au creux de son ventre, elle la sentit croître, puis combattre le poison anesthésiant. Son organisme luttait.
    
    — Tu n’aurais jamais dû survivre, gronda-t-il d’une voix rauque.
    
    Il s’accroupit vers elle. Mauvais calcul. Ambre leva les bras et agrippa le poignet de son agresseur. Elle le repoussa. Il vacilla et recula.
    
    Elle se releva. Ses prunelles flamboyaient de rage. Elle frappa l’homme au visage. Il lâcha un hurlement empli de hargne et de souffrance.
    
    — Reviens ici !
    
    Ambre se détourna de lui. Fuir, loin, loin. Se rapprocher de son but. Le Tisseur l’attendait.
    
    La pinède recueillait chacune de ses foulées effrénées. Elle savait le Tyran capable de tout. Il fallait qu’elle localise la Source Sacrée, sinon elle serait perdue.
    
    Il la rattrapait. Elle entendit un sifflement. Un objet longiligne passa juste à côté d’elle. Une onde de choc s’en échappa lorsqu’il heurta un arbre et la frôla. Ses membres devinrent gourds, mais elle se débarrassa de la sensation en se secouant. En revanche, s’il l’avait touchée directement…
    
    Elle accéléra la cadence. Son souffle court résonnait à ses oreilles. Un tronc, des rus et des pierres mangées par la mousse se dressaient sur son chemin. Un autre projectile faillit la percuter. Le Tyran tentait de la paralyser avec, mais il visait très mal. Elle ne ralentit pas.
    
    Il ricana. Il était à deux pas d’elle.
    
    Une plaine apparut devant Ambre. L’herbe ondulait sous la lueur des trois lunes. Les poumons en feu, elle s’y engagea.
    
    Où est-il ?
    
    Haletante, elle embrassa les lieux du regard avec désespoir. C’est alors qu’elle avisa une cascade – non, un geyser – qui jaillissait dans la prairie, au loin.
    
    Elle avait atteint son but.
    
    Le paysage se renversa ; sur son dos, une masse. Une roche saillante érafla son menton. Elle cria. À califourchon sur elle, le Tyran sortit de sa ceinture un poignard à la lame auréolée d’une lumière mauve. Ambre en perçut la chaleur à distance. Elle pâlit lorsqu’il le leva juste au-dessus de son cœur. Elle agrippa son poignet avec fureur et lutta.
    
    L’arme s’enfonça à cinq centimètres de sa tête dans un grésillement. Une odeur de brûlé et de terre envahit ses narines. Ils roulèrent, elle se débattit.
    
    L’Hemonos ne reprit pas son poignard. Après avoir réussi à immobiliser la jeune Terrienne de nouveau, il posa ses mains sur ses artères carotides.
    
    Il va me briser la nuque !
    
    Elle essaya de lui envoyer un violent coup de genou dans l’entrejambe. Le Tyran ne broncha pas. Elle tendit les bras en arrière à la recherche d’un caillou – non, n’importe quoi ferait l’affaire.
    
    Ses ongles se plantèrent dans un matériau dur et léger. Elle s’en saisit tout en suffoquant. Une branche d’arbre. Ambre la projeta en plein dans les yeux de son agresseur au visage déformé par la haine.
    
    Il s’écarta d’elle en gémissant des insultes. Le souffle court, elle se releva en chancelant et attendit. Il l’imita, puis arracha son manteau noir.
    
    Il brandit sa faucille. C’était la seule arme qu’il lui restait. Le poignard était trop loin d’eux. Sous la lumière lunaire, ses brassards et ses spalières brillaient à peine. Ambre ne put s’empêcher de frémir malgré l’adrénaline.
    
    Elle chevilla ses pieds au sol. Un choc sourd naquit entre la lame et le bois. Leur mélodie mortelle commença.
    
    La lycéenne ne comptait plus les esquives. Elle tenta une feinte. Le Tyran la blessa à l’épaule. Surprise, elle ne put anticiper le coup suivant. Il lui entailla le ventre. Un grognement franchit les lèvres d’Ambre. Elle était pliée en deux. Sa vision était floue.
    
    Elle planta le bâton devant elle pour soutenir son corps.
    
    Non, pas maintenant !
    
    Elle tressaillit. Son dos s’arc-bouta. Ses jambes ployèrent tandis qu’un rideau obscur s’abattait sur sa vue.
    
    Deux bras amortirent sa chute à temps.
    
    Puis, un éclair. Elle entendit son ennemi vociférer et hurler de douleur. Un silence assourdissant lui succéda.
    
    Elle ouvrit les paupières avec difficulté. Quelqu’un s’accroupissait à ses côtés. Son regard en croisa un autre, familier.
    
    — C’est fini.
    — Il… Il n’est pas…
    
    Ambre remua, mais il l’immobilisa d’une simple pression sur l’épaule.
    
    — Non, ne bouge pas, je me charge de lui.
    
    Le visage du Tisseur, qui se découpait dans la nuit ambiante, se rembrunit. Sa bouche se tordit en une moue sévère. La jeune Terrienne articula :
    
    — Vous n’allez pas…
    — Hélas, si.
    
    Il quitta son champ de vision. Elle voulut le retenir, mais son énergie s’était volatilisée avec ses blessures.
    
    Le Tisseur s’approcha du Maître des Hemonos sonné par la rafale magique ; le genou à terre, il plaqua sa main sur la poitrine de l’homme.
    
    Une lueur jaune émana des lignes de vie de sa paume. Les traits du Tyran se crispèrent tandis qu’il s’agitait dans son inconscience. Un sillon vermillon naquit entre ses lèvres. Enfin, il trépassa.
    
    Le Tisseur se rejeta en arrière, haletant. Il se remit sur ses jambes et considéra le cadavre. Il s’en occuperait plus tard. Sa voix dérangea le silence relatif des lieux :
    
    — Paix à toi, Gaëlkoch.
    
    Ambre sentit la brise caresser ses tempes en sueur. Le cauchemar était terminé.
    
    
***

    
    
    Une silhouette habillée de vêtements sombres observait la scène. Elle avait assisté au duel entre Ambre et Gaëlkoch sans intervenir. En silence, elle finit par se confondre avec les arbres.
    
    Erloh s’éloignait tout en éprouvant un sentiment d’échec. S’il assassinait la fille et le Tisseur, Réolys l’apprendrait. Elle examinerait les corps et se rendrait compte que la cause de la mort serait la Magie. Il ne pouvait courir un risque pareil !
    
    L’espion elnaris n’était pas un combattant et possédait encore moins le physique d’un guerrier. Il maîtriserait peut-être Ambre, mais lutter contre deux adversaires à la fois était inenvisageable. Si Gaëlkoch était parvenu à ses fins, le problème ne se serait pas posé.
    
    Il secoua la tête. Le Tyran avait tellement sous-estimé la fille qu’il s’était contenté d’une faucille, de quelques bombes paralysantes et d’un poignard à la lame ionisante. Elle était composée de rayonnements gamma et bêta émis par une bobine électromagnétique miniaturisée cachée dans la garde. Utiliser le revolver comme dans la chambre du Tisseur avait servi de leçon à Gaëlkoch. Cependant, sa soif de sang avait fini par prendre le dessus et il avait perdu le contrôle.
    
    Un vrai psychopathe.
    
    Erloh réfléchissait. Il lui faudrait élaborer un autre plan afin d’atteindre le Tisseur. Une idée s’ébauchait déjà au sein de son esprit.
    
    Tout vient à point qui sait attendre.

    
    
    
***

    
    
    Le Tisseur souleva Ambre, dont la tête dodelina sur son torse. Il s’adressa à elle :
    
    — Je suis parfois contraint d’utiliser mes pouvoirs pour tuer un homme. Quand son esprit sera avalé par la Source Sacrée et que j’aurai ramené sa dépouille à ses fidèles, ils l’enterreront.
    
    Pourquoi cherche-t-il à se justifier ?
    
    Après avoir marché en direction de la prairie, il l’allongea dans l’herbe. Les prunelles d’Ambre vagabondèrent sur la voûte céleste, piquetée de ses diamants et de ses trois opales. Un souffle frais balaya les mèches égarées et collées à son front moite.
    
    Sous l’emprise de la souffrance, elle respirait par petits coups hachés. Le Tisseur la fixa. Ses mains se promenèrent sur sa chair afin de guérir ses plaies. Durant sa tâche, il lâcha :
    
    — Tu as réussi à me rejoindre et à découvrir la Source Sacrée. Tu as aussi éveillé ton don.
    
    Des picotements la tiraillaient, mais elle sentait sa vitalité revenir. Puis, plus rien. Elle se redressa et vit que le Tisseur se reposait à côté d’elle tout en contemplant l’horizon. Une question saugrenue l’assaillit : quels défauts avait-il ? Une première réponse émergea : déjà, il était manipulateur. Après les tours de passe-passe qu’il lui avait infligés, cela frôlait l’indécence.
    
    Cependant, il interrompit son monologue intérieur en s’adressant à elle d’un ton ferme :
    
    — Maintenant, tu dois relever mon défi.
    
    Sidérée, Ambre le fixa.
    
    Il est fou à lier et sans pitié !
    
    Sa voix se fit suppliante :
    
    — Je ne suis pas en état de me battre…
    
    Le Tisseur rit ; totalement désarmée, elle ne se vexa pas. Il arrangea sa cape et plongea son regard dans le sien :
    
    — Ambre.
    
    C’était la première fois qu’il utilisait son prénom.
    
    — Je ne te demande qu’une seule chose.
    
    Elle attendit ; son cœur se prenait pour un tam-tam.
    
    — Quel est mon véritable nom ?
    
    À son air, elle comprit qu’il ne plaisantait pas, qu’il s’agissait de l’ultime épreuve. Dire qu’elle pensait que ce serait pire ! La réponse, elle la connaissait : elle l’avait obtenue lors de son bref contact télépathique avec lui, juste avant que Gaëlkoch ne la blesse.
    
    Elle ferma les yeux et murmura :
    
    — Jyrhan… Tu t’appelles Jyrhan.
    
    Pas un bruit ne troubla cet instant ouaté. Inquiète, Ambre se figea. Lorsque ses paupières se soulevèrent, elle avisa les couleurs chaudes de l’aurore.
    
    Le Tisseur avait disparu. Elle se retrouvait seule. Elle s’affola. Son esprit s’était rendu à l’évidence : il fallait qu’elle retourne sur Erret, pour le voir, pour…
    
    Oh, ça suffit, Ambre !
    
    Un clapotis attira son attention. Elle se releva à demi, les muscles engourdis. La source tourbillonnait ! Des jets s’avancèrent vers elle, tels des serpents. Elle ne put esquisser le moindre geste : ils la submergèrent. La peur enlaça son être.
    
    La jeune Terrienne chercha à se protéger en croisant les bras devant elle. En vain. Enfin, tout cessa.
    
    
    

    
    
    
    (1) Métal noble seulement présent sur Erret et d’autres planètes de la Voie Lactée.

Texte publié par Aislune Séidirey, 16 mai 2017 à 13h22
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