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Tome 1, Chapitre 10 « A bout portant » Tome 1, Chapitre 10
Une surface moelleuse amortit sa chute. Ambre battit des paupières ; l’obscurité dominait les lieux, mais elle distinguait d’autres voûtes. Une dizaine de secondes plus tard, hébétée, elle se releva et reconnut dans l’ombre un canapé. Elle avisa une lueur qui se cachait au fond de l’allée – selon ce que laissait présager son halo diffus et faible.
    
    Elle n’avait pas bougé de la bibliothèque, mais s’était déplacée.
    
    La main sur l’accoudoir, la jeune fille fronça les sourcils et effectua le tri dans ses pensées. Après avoir mûrement réfléchi, elle comprit que chaque livre qu’elle ouvrait la menait à un endroit de la salle. Un sort de téléportation sur de courtes distances s’y dissimulait.
    
    C’était un jeu de pistes jusqu’à atteindre la sortie.
    
    Ambre s’efforça de garder son calme, puis se remit en route. Sonnée par sa dégringolade, elle marcha plus lentement. Une fois arrivée à destination, elle constata avec soulagement qu’elle n’aurait pas à escalader d’échelle, sauf qu’un problème se posa assez vite : deux lueurs flottaient face à elle.
    
    Il faut que je choisisse la bonne, sinon je vais m’éloigner de mon but.
    
    Elle zieuta les deux titres qui attiraient son attention : Le retour, et Les mille facettes de l’Autre. La jeune Terrienne leva un sourcil.
    
    Il faut que je prenne celui qui est logique par rapport au précédent. Si le premier que j’ai touché s’appelle Voyage vers la pénombre, alors Le retour n’est pas envisageable. Il y a des étapes avant ça, et une quête ultime… Sinon, tout ceci n’a pas d’intérêt.
    
    Lorsqu’elle s’empara de l’ouvrage, les lieux se brouillèrent. Le phénomène ne la secoua pas comme le premier ; la sensation était plus douce. La pièce retrouva sa fixité normale. D’énormes fenêtres occupaient cette partie de la bibliothèque. Les étoiles s’y reflétaient et flattaient les lettres cuivrées gravées dans les reliures.
    
    Hélas, aucune lueur ne l’aida, mais elle repéra six livres mis en évidence sur les rayons : Mémoire d’un recueil, Généralité de la Pensée, Éclipse d’or, Les sens avoués, Soleil divin et Secrets d’outre-monde. La confusion envahit l’esprit de la jeune fille, et sa compagne familière, la peur, germa au sein de son ventre. Elle n’y décelait nulle logique. Elle ne pouvait même pas se fier au hasard !
    
    Avec anxiété, elle contempla les murs à peine baignés par l’éclat des trois lunes, à la recherche d’une réponse. Échouer si près du but… quelle déveine !
    
    Ambre pensa au Tisseur. Elle n’aurait jamais l’occasion de se battre contre lui ni de connaître son prénom. Elle aurait tellement aimé, pourtant. Son cœur se serra.
    
    Elle secoua la tête. Elle n’abandonnerait pas la partie, mais elle ne voyait pas comment déjouer cette nouvelle énigme. Quel livre devait-elle sélectionner parmi les six ? De quelle manière examinerait-elle les titres ?
    
    Ses yeux s’attardèrent sur chacun d’entre eux. De nouveau, ses réflexions dérivèrent vers l’instigateur de sa quête.
    
    Soudain, la solution pénétra dans son champ d’émotions. Son regard s’illumina.
    
    Oh ! Non, ça ne peut pas être ça !
    
    Troublée, elle prit Les sens avoués. Une chaleur fourmilla à chaque extrémité de ses membres, puis le long de sa colonne vertébrale. Les paupières d’Ambre, qui s’étaient closes, se rouvrirent quelques instants plus tard devant une porte émeraude.
    
    
    
***

    
    
    Des hommes et des femmes périssaient dans les flammes du massacre ; quant aux bourreaux, ils redécouvraient la joie de goûter au sang de leurs victimes. D’ordinaire, c’était le Maître qui s’occupait de cette pratique sacrée.
    
    Une enfant leur échappa. Elle poursuivit sa course folle dans un concert incroyable de chutes, de pleurs et de cris. Elle trébucha dans le lit de la rivière. L’eau dérangée chercha ses membres pour s’y agripper sans relâche. Les boucles dorées de la fillette s’engouffrèrent dans sa bouche sous l’impulsion du liquide furieux. Elle tentait de s’accrocher au rebord, en vain. Sa frénésie ne l’aidait pas.
    
    Deux paires de mains menues la secourent. Avec difficulté, leurs propriétaires la hissèrent hors de la rivière. Pour y parvenir, ils conjurèrent leurs efforts, les pieds bien ancrés au sol afin d’éviter le plongeon. Enfin, quand elle fut hors de danger, elle balbutia après avoir craché de l’eau :
    
    — Mer… merci Toë, e-et Lula.
    
    Le petit garçon laissa échapper un soupir.
    
    — De rien Jylen. Je suis content de te savoir sauve.
    — Nous avons réussi à nous enfuir, c’était moins une ! ajouta l’autre fillette.
    — Mon pat’ et ma mat’ (1) par contre, ils sont morts…
    
    Après ces mots, les lèvres de Jylen se mirent à trembler, et ses yeux verts se noyèrent de larmes. Les deux enfants la prirent dans leurs bras, le cœur déchiré par le même deuil. Eux aussi étaient orphelins, désormais. Elle se calma, essuya ses joues de ses doigts sales, puis elle souffla :
    
    — Trouvons le Tisseur, il… il nous aidera.
    
    La fillette aux cheveux bruns piailla :
    
    — Cette attaque est anormale !
    — Lula a raison, confirma Toë. Nous ne les avons pas vus venir.
    — Le Tisseur est en danger alors, il faut le chercher et le prévenir !
    
    Tous les trois hochèrent la tête et, d’un pas rapide, se ruèrent dans la forêt, vers un chemin connu d’eux seuls. Ils s’éloignèrent de ce qui avait été leur village, tandis que le carnage prenait fin sous une nuit pourtant silencieuse. Ces hommes, qui avaient torturé leurs semblables, étaient repus.
    
    Rien ne rebuta certains tortionnaires dont la faim charnelle bannissait la morale. Pour eux, une ère prospère se profilait à l’horizon. Ils partirent dès les premières lueurs diaprées.
    
    Les survivants sortirent de leur cachette, dont Avéran. Tout avait été rasé, saccagé. Depuis un mois, il avait songé à préparer l’exode de sa famille et celle d’autres villageois, vers un bourg plus proche de la forteresse du Tisseur. Parmi les cadavres, sur lesquels la lumière des trois lunes entamait une danse macabre, il aperçut un corps familier. Son souffle se figea dans sa poitrine à cet instant.
    
    — Non…
    
    Ses genoux ployèrent comme s’ils étaient taillés dans l’argile. Sa barbe effleura la gorge de l’homme qui respirait encore, bien qu’avec difficulté. Son frère. Le sang imbiba les poils. Il le prit dans ses bras et murmura :
    
    — Kalæch…
    
    Ce dernier ne put émettre que des gargouillis inaudibles. Ses cordes vocales avaient été tranchées, mais la vie s’accrochait désespérément à lui. L’artisan tressaillit. Il ne restait qu’une solution. Des blessures fatales fleurissaient sur la chair de Kalæch. Même la Magie n’y remédierait pas.
    
    Un autre homme se pencha vers lui. Avéran reconnut le Medice (2) du village. Après un rapide examen, celui-ci sortit de sa poche une pierre incrustée de runes et la posa sur le front du mourant. Elle l’endormirait sans douleur et interromprait les connexions neuronales du cerveau. Cette technologie n’était réservée qu’aux personnes qui se dévouaient à la médecine.
    
    Bientôt, une lueur blanche émana de l’objet. Avéran retint un sanglot. Le torse de Kalæch se souleva et s’abaissa de plus en plus lentement.
    
    
    
***

    
    
    Ambre marchait dans un couloir aux couleurs pourpres. La charpente boisée, quant à elle, se magnifiait dans un rouge rubis profond. Aucun portrait ne rehaussait les murs, mais l’endroit incarnait sans peine un tableau de peintre. Au bout, une porte d’ébène se dessinait. La jeune fille fut saisie par un sombre pressentiment.
    
    Soudain, une douleur térébrante explosa dans son crâne, tels des milliers de feux d’artifice. Un hoquet d’horreur franchit ses lèvres. Elle plaqua une paume sur son front brûlant. Les yeux écarquillés, elle entendit au sein de son mental éprouvé :
    
    — Approche…
    
    Elle gémit. Cette voix, elle la reconnaissait !
    
    Non, pas ça !
    
    — Approche, tu ne peux plus rien faire maintenant.
    
    Elle s’accroupit ; la surface des murs chauffait. La panique l’envahit davantage.
    
    — J’ai beaucoup aimé jouer avec toi, tu sais…
    
    Comment l’inconnu réussissait-il à l’atteindre de cette manière ? Il resserra son emprise sur elle. L’étau autour de sa tête s’accentua ; la puissance de sa voix pétrissait son cortex comme si celui-ci n’était guère plus que de la pâte à modeler.
    
    La jeune Terrienne fut poussée en avant par une main invisible. Elle sentit son corps se soulever et ses jambes avancer lentement vers la porte noire. Les murs luisaient. Mille facettes les sculptaient et chaque arête diffusait un éclat ensorcelant, qui aurait subjugué quiconque leur aurait accordé un regard.
    
    Elle était incapable de contempler ces merveilles. Prisonnière de son nouveau don, et de l’esprit de cet homme à l’identité obscure, elle ne pouvait qu’assister à la scène. Elle ignorait la façon dont Il s’y prenait, mais Il lui faisait mal. Ses doigts, qui n’étaient plus les siens quelque part, agrippèrent la poignée et l’abaissèrent.
    
    Elle pénétra dans la chambre du Tisseur.
    
    Une paume rude s’abattit sur ses lèvres.
    
    — Tu n’étais pas prévue dans mon plan.
    
    La respiration haletante de son agresseur dérangea plusieurs mèches de cheveux de sa proie. Il appuya un objet glacé contre sa gorge palpitante. Une arme à feu ? Juste en face, un miroir renvoyait leur reflet, sauf que sa surface ondulait doucement.
    
    Elle distingua la silhouette du Tyran.
    
    Une violente nausée secoua l’estomac de la jeune fille. Elle l’entendait à l’intérieur de son crâne.
    
    — Cependant, je vais me servir de toi.
    
    Elle trembla de dégoût. Elle n’arrivait plus à le supporter. Elle sentait sur son oreille la bouche de l’homme.
    
    La confusion embrouilla son esprit. Tout portait à croire que la voix qui parasitait ses pensées appartenait au chef des Hemonos. Pourtant, il ne paraissait pas allier sa gestuelle à ses paroles mentales. Un décalage dérangeant subsistait. À moins que la terreur ne fausse ses perceptions ?
    
    — Je piégerai le Tisseur à la Source Sacrée grâce à toi.
    
    Ambre tiqua. De quel endroit s’agissait-il ? Le rire de l’homme l’assiégea.
    
    — Le seul lieu où il est vulnérable, ma jolie. Il y envoie les corps des défunts. Je l’y attendrai avec le tien, enfin… Ce ne sera qu’un simulacre.
    
    Il ponctua ses propos sans queue ni tête d’une dernière répartie.
    
    — Je te veux vivante. Vous comptiez vous rejoindre là-bas, n’est-ce pas ? Tu me conduiras à lui, et ensuite… Tu vois, la Terre est un magnifique vivier…
    
    Ambre se pétrifia.
    
    — Non !
    
    Elle asséna un coup de pied dans le tibia du Tyran. Il hurla de douleur et fut contraint de la relâcher. Hélas, elle ne pouvait pas aller bien loin.
    
    Il possédait encore une emprise sur son esprit.
    
    Elle recula jusqu’à la fenêtre grande ouverte. Un balcon sans rambarde donnait sur un paysage nébuleux. Un pré ? Un lac ? Le désert ?
    
    Les lunes dispensaient leur lumière dorée.
    
    Avec un rictus machiavélique, le Tyran pointa l’arme vers elle. L’avait-elle trop provoqué ? Dans ses yeux, elle y lut son trépas. Contre toute attente, il ne l’épargnerait pas.
    
    Le doigt de l’homme se posa sur la détente.
    
    Le bang ! heurta son ouïe.
    
    La balle fusa vers le cœur de la jeune fille. Elle hoqueta. Une chaleur atroce parcourut son corps pour se muer en onde glaciale. Elle trouva la force de lui adresser un sourire et de lui souffler :
    
    — Allez vous faire voir.
    
    Ses bras s’écartèrent tandis qu’elle basculait. Elle leva le visage vers les trois lunes. Elle se noya en leurs couleurs.
    
    Comme c’est beau…
    
    — Non ! Tu ne dois pas mourir !
    
    La jeune Terrienne darda son regard sur lui. Il arborait toujours un air goguenard, mais elle fut saisie par l’horreur contenue dans la voix mentale de l’homme.
    
    Son expression se décomposa ; il semblait lutter contre quelque chose d’invisible. Des spasmes l’agitèrent petit à petit. Ambre n’y comprenait plus rien.
    
    Peu importe.
    
    L’oxygène fuyait de ses poumons. Elle sentait son âme quitter son ancienne maison. Elle pouvait presque entendre les battements de son cœur.
    
    Elle chuta.
    
    Les ténèbres la rejoignirent au moment où une brise chaude s’enroula autour d’elle. Puis, une brève lueur bleue. Elle disparut.
    
    Les hurlements du Tyran continuaient de porter au loin. Des cris de rage et de douleur mêlées.
    
    
    


    
    
    (1) Manière qu’ont les enfants sur Erret d’appeler leurs parents.
    (2) Équivalent de "médecin" sur Erret.

Texte publié par Aislune Séidirey, 10 mai 2017 à 16h08
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