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Frankenstein ou le Prophète Ressucité
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Tome 1, Chapitre 15 « Les Hommes Condamnés » Tome 1, Chapitre 15
Il faut avoir vécu dans cet isoloir qu’on appelle Assemblée nationale, pour concevoir comment les hommes qui ignorent le plus complètement l’état d’un pays sont presque toujours ceux qui le représentent.
    Pierre-Joseph Proudhon

    Les Confessions d’un révolutionnaire
    
    Du haut de la chambre de l’hôtel que j’occupe en ce moment à Édimbourg, j’aperçois avec une netteté surprenante Arthur’s Seat, malgré un brouillard persistant. Demain, Maxwell donnera une série de cours à l’université. William a beaucoup insisté pour que je m’y rende, alors même les travaux de restauration du manoir touchent à leur fin. Cependant, il s’est tant obstiné, que je ne me voyais guère lui refuser cette invitation, surtout après cette désastreuse affaire Hyde qui l’a détourné, un temps, de ses champs d’expérimentation. Tandis que je couche ces mots, je m’interroge sur le sens de ma décision. Pourquoi l’ai-je accepté ? Je me désintéresse de tout, hormis la vie bouillonnante sur mon île. J’ai connu l’enthousiasme lorsqu’au cours de l’une de mes dernières explorations du manoir, j’ai redécouvert le chemin qui conduisait à ses installations. Cela ne fut pas sans peine, car l’escalier qui y mène a été dissimulé d’une manière des plus remarquables. Je n’ignorais pas que mon oncle fut versé en matière d’architecture. Cependant, je doute qu’il en fût ainsi. Il dut très certainement faire appel à un génie en la matière et ce sera lui qui lui aura soufflé l’idée. En effet, un habile autant qu’ingénieux système de trompe-l’œil camoufle un escalier dérobé, lui-même enroulé à l’inverse dans celui qui nous conduit aux caves. Par ce jeu de géométrie et d’illusions, personne, à moins qu’il ne fût dans la confidence ou dans la connaissance de son existence de ce laboratoire, n’en soupçonnerait la présence. C’est là que je l’ai découverte. Fort heureusement, j’étais seul et la domesticité vaquait à ses modestes occupations. Au premier abord, je n’ai pas osé m’approcher. Était-ce de la peur, de l’angoisse ou de l’appréhension ? Même maintenant, je saurai mettre un mot sur le sentiment qui m’a étreint en cet instant ; j’oscillais entre fascination et dégoût. Le corps était encore présent, racorni, momifié, préservé par le froid et l’absence d’humidité. La lanterne dans ma main tremblait avec tant de violence que les ombres dansaient sur les murs. Un instant, je me suis cru plongé dans un cauchemar, où les Parques m’auraient invité à leur sabbat. Je le devinais avec leurs silhouettes grotesques et leurs bras immenses qui m’entouraient. Soudain, je lâchais ma lampe-tempête qui se brisa sur le sol et répandit une flaque de pétrole qui prit aussitôt feu, puis mourut. Les gouttes d’une sueur glaciale ruisselaient le long de l’échine. Je n’avais jusqu’à présent vu la créature seulement par les yeux de mon oncle au travers de ses notes. Mais là, je contemplais avec effroi les cendres de ce qui un jour faillit devenir un membre de notre race. Je n’avais fait que l’entrapercevoir. Mais encore en cette heure, je sens le vertige me saisir, alors même je l’évoque à peine. Mon oncle, quelle folie vous a conduit à vous mettre dans les pas de celui qui est peut-être notre père à tous ? Cependant, vous ne pouviez la rejeter. Quelle erreur ce fut ! Que dois-je faire ? Que puis-je faire ? Le temps me manque et mes pensées s’assombrissent.
    

    Extrait du journal de H.F.
    Le 17 janvier 1894

    
    Achille raccroche et le buste de Max disparaît. Il n’apprécie guère le goût qu’ont ses récentes découvertes.
    Jeté dans son fauteuil, ses doigts volent au-dessus du clavier virtuel. À hauteur de ses yeux, les dates défilent ; écho d’un passé jamais révolu. À peine plus de dix ans séparent la naissance de Dolly, premier véritable clone de mammifères, du premier clone avorté d’un primate. Pourquoi en serait-il différent pour l’homme ? Les tabous et les interdits moraux n’ont jamais été un obstacle à la curiosité humaine, renforcé par un air du temps où toute nouvelle avancée est synonyme de progrès. Malgré une prohibition mondiale de ce mode de reproduction, nombre de chercheurs et médecins n’ont pas hésité à poursuivre leurs travaux, même sous couvert d’autres desseins. Au fond, il n’est guère qu’un pas entre clonage à « but » thérapeutique et clonage à visée reproductive ; l’utérus d’une femme. Il n’y a donc aucune incohérence entre la date de sa naissance et l’état des avancées en la matière à l’époque, non plus que cette dernière fut placée sous le sceau du secret. Hélas, ce n’était pas là son premier sujet d’inquiétude. Qu’un clone humain eut vu le jour, à cette époque, est une chose. Mais que sa naissance se soit déroulée dans un hôpital militaire privé en est une autre, beaucoup plus grave, car cela signifiait qu’il y eut collusion au sommet de l’État et ce ne serait pas la première fois.
    Nerveux, Achille éteint l’écran. Il a pris soin d’effacer les traces de son passage et remonter jusqu’à lui sera délicat. À moins de recherches fort poussées, ils tomberont en premier lieu sur un médecin obstétricien en exercice à Boulogne-Billancourt à la clinique Craig Venter. L’index, suspendu dans le vide, s’écrase sur une touche invisible.
    
    
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    Il est presque minuit et malgré la fatigue qui fait de lui son esclave, il demeure sourd aux appels de Morphée À la place, il se lève et s’en va contempler son reflet dans la fenêtre. Sa main court le long de cette cicatrice presque invisible qui se confond avec les sillons de sa mâchoire, blessure d’une guerre sale et vaine.
    – Au rapport ! lance le capitaine à l’escouade d’éclaireurs qui s’en revient.
    Depuis plus de dix minutes dans cette salle minuscule où ils ont trouvé refuge, les visages sont graves.
    – Comme nous le pensions, l’issue principale est rendue inaccessible par l’éboulement. On a retrouvé des traces d’explosifs sur certains pans du mur. Tout était piégé, mais tout n’a pas sauté, on dirait qu’ils ont été pris de court. Cependant, il semblerait qu’il existât une autre, car le matériel entreposé plus loin n’aurait jamais pu franchir des escaliers aussi étroits.
    – Des survivants, trafiquants, esclaves ?
    – Négatif, capitaine. Cette pauvre femme n’était qu’un leurre pour couvrir leur fuite.
    – Docteur Brévin ?
    Achille lève un pouce et se relève. Par précaution, il resserre un peu plus le tissu autour de sa tête, ce qui lui arrache un grognement. Pendant ce temps, le capitaine ordonne à tous de brancher leurs liaisons intérieures, puis tous s’élancent. Laryngeophone collé sur la gorge, les sons sont transmis dans les mâchoires via un implant dans une molaire. Achille le tient entre ses mains ; il brille sous l’éclat de sa lampe. Puis il le fourre dans une poche. Inutile que semblable matériel leur revienne. Pauvre fille… quel âge pouvait-elle avoir ? La question demeurera sans doute encore longtemps sans réponse, car ils sont un travail à achever. Déjà le gros de l’escouade, masque sur le visage, est parti ; quelques tirs sporadiques résonnent auxquels répondent les détonations sourdes des grenades incapacitantes. Bientôt, ils évoluent dans des couloirs envahis par un brouillard blanchâtre, guidé par leur système d’écholocation, et arrivent dans une pièce où s’alignent plusieurs dizaines de lits. Dans quelques-uns demeurent encore de pauvres créatures décharnées qui n’ont presque plus rien d’humain.
    – Capitaine, nous avons trouvé la sortie ! s’exclame soudain l’un des membres du bataillon.
    – Bravo sergent ! Gardez avec vous Froideau et Hurun pour sécuriser l’accès. Les autres, revenez, nous devons faire un inventaire de leurs archives, s’ils ne les ont pas déjà toutes détruites.
    Puis il s’adresse à Achille, occupé à examiner le corps de la malheureuse.
    – Un problème docteur Brévin ?
    Ce dernier tourne son visage, emprisonné dans une gangue organique, vers celui qui vient de l’appeler.
    – Oui, capitaine Vrénillac.

    Vrénillac… quel âge pourrait-il avoir, aujourd’hui ? Soixante, soixante-cinq ? Retraité des armées, il ne sera pas demeuré inactif. Pour autant, il n’aura jamais déménagé. Dans ses souvenirs, il était quelqu’un de très casanier. Peut-être lui procurera-t-il quelques tuyaux sur ce personnage au passé obscur ? Sait-on jamais ? En attendant, il reporte son attention sur l’œil qui flotte dans son liquide de conservation ; une merveille de technologie. Posé sur une étagère, il n’est plus qu’un objet de décoration. De pièce à conviction, il a été rétrogradé au rang de simple curiosité. Achille soupire. Ils n’en tireront rien. Un coup de fil de ses assistants à la boîte, qui le commercialise, lui a appris que l’étudiant n’avait pas souscrit l’abonnement qui lui aurait permis d’enregistrer tout ce qu’il captait. Hélas, il n’existait pas encore de moyens capable de faire parler le cerveau d’un mort. Il admire les fibres optiques, dont les terminaisons, enduites de facteurs de croissance, permettent une liaison avec les nerfs du chiasma optique. En général, les premiers temps, l’individu souffre de désorientations, de troubles de l’équilibre et d’hallucinations, puis les symptômes s’estompent assez rapidement, à quelques exceptions. Déçu, il se jette dans son canapé et se remémore le rapport préliminaire d’autopsie : frappé à la nuque entre les vertèbres C1 et C2, la lame, une dague longue et effilée, avait sectionné la moelle épinière et transpercé l’artère carotide, de même que l’artère vertébrale. De plus, on avait retrouvé d’infimes traces de curare. Ainsi, s’il ne mourait pas asphyxié, ce serait d’une hémorragie interne que rien ne saurait arrêter. Seul un chirurgien ou un anatomiste chevronné était capable de pareil exploit. Cependant, cela n’explique en rien l’état du second cadavre, dont la décomposition avait été fulgurante, non plus que les autres « anomalies » constatées.
    Achille se lève et se tourne vers sa bibliothèque qui menace chaque jour de s’écrouler. Malgré la surabondance de ses dossiers, il ne s’est jamais résolu à s’en séparer, alors même qu’ils sont conservés sur de multiples serveurs dispersés aux quatre coins de la planète. De mémoire, ce cadavre est le cinquième. Ce sont cinq corps qui se sont retrouvés à l’état de charogne putréfiée, en moins de vingt-quatre heures, au cours des trente dernières années, ainsi que lui avait expliqué son professeur de thanatologie pendant ses années de spécialisation. Rien ne les reliait, ni âge, ni profession, amis ou autres, sauf cette stupéfiante vitesse de décomposition. Quant aux autres victimes qui auront croisé la route de cet insaisissable assassin, ils n’étaient guère qu’une poignée ; témoins malheureux qui auront vu ce qui devait demeurer à jamais un secret. Du bout du doigt, il parcourt la surface des boîtes cartonnées et ventrues. Jamais il ne les avait encore ouvertes. On les lui avait confiées avec d’autres, lorsqu’il avait été remercié et nommé chef de service de médecine légale en 2068. D’épaisses chemises sous le bras, il se dirige vers sa chambre. Un antique réveil à cristaux liquides lui annonce qu’il est presque minuit et le petit miroir, fixé sur le mur, lui revoit l’image d’un homme aux yeux bouffis et cernés. Achille hésite. Peut-être ces vieilles liasses renferment-elles des secrets. Ou bien ne sont-ce que des souvenirs un peu flétris ? Hélas, il est un appel qui devient de plus en plus pressant ; c’est le chant de Morphée qui accueille les voyageurs égarés en quête d’une nuit de sommeil apaisé.
    – Bah ! soupire-t-il.
    L’institut s’est effondré sans faire de blesser, mais l’enquête a été dépêchée aux services des bâtiments et travaux publics ; ils n’auront pas leur mot à dire, pas plus qu’ils ne leur confieront leurs conclusions. Avec le temps et l’expérience, Achille a appris à ne pas placer sa confiance inopportunément. Le cadavre de X ne parlera plus, de même que le plafonnier dont la désagrégation est sûrement, à l’heure qu’il est, achevée. Un jour de plus ou de moins, quelle importance cela pouvait-il avoir ? Le temps n’appartient à personne. Qu’on s’en saisisse et il file ! Qu’on l’abandonne et il vous rattrape ! Achille se couche. Les dossiers à côté de sa lampe, il s’empare de son livre de chevet : Blade Runner, les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?
    
    
*

    
    – Pourquoi ainsi t’acharner, Hugo ? Toute ton entreprise est vaine. Le jour où j’ai ouvert pour la première fois les yeux, tu désirais déjà me détruire. Je l’ai lu dans ton regard. J’allais être ton instrument, celui qui répandrait ta parole et qui une fois sa tâche accomplie, périrait tel le Christ sur sa croix. Hélas, aurais-tu oublié la fin de l’histoire, la résurrection et sa sortie du tombeau au troisième jour ? Alors j’ai feint la mort, pour mieux la tromper et revenir d’entre eux et impressionner toutes ses masses en déshérence. Je t’ai obéi, j’ai été le fils qui porterait au loin ta parole et je suis allé au-delà de toutes tes espérances. Néanmoins, ne me fais pas porter sur les épaules le poids de tes pêchés ni celui de tes erreurs. Tu as cru en une humanité bienveillante et aujourd’hui tu te lamentes de ce qu’elle est devenue. Un homme seul ne renverse pas le cours de l’histoire s’il ne s’entoure pas. Ce que tu n’as pas su voir ! Ce que ne tu n’as osé faire ! J’en ai endossé la responsabilité. J’ai pris à bras le corps ce fardeau et je l’ai transmué. Je l’ai transcendé et si je vis aujourd’hui, ce n’est point pour admirer mon œuvre, notre œuvre commune. Peu m’importe. Désormais, l’humanité s’est approprié tes idées, elles n’ont plus besoin de moi ; elles sont à ton image, immortelles et éternelles. Je les ai portés, je les ai répandus. N’était-ce point là ton désir, ton vœu le plus cher ? Faire de moi le flambeau, l’oriflamme, l’antienne glorieuse de la nouvelle humanité dont tu avais les visions. Alors, pourquoi t’acharner ainsi ? Tu es seul, dernier homme d’un monde qui n’a plus besoin de toi. Abandonne et vis cet éternel moment présent, ce cauchemar permanent. Tu as fait de moi un monstre et comme tous les monstres, j’erre dans les ténèbres, me dérobant sans cesse au regard d’autrui. J’ai ressuscité, mais ce n’était là que mon image ; il en fallait qu’il en soit ainsi, et je suis devenu un symbole, en transcendant ma condition inhumaine. Hugo, tu m’as condamné à la mort et à la résurrection. Moi, je te condamne à vivre avec ton pêché. Moi, j’ai choisi ! J’ai choisi de vivre pour mieux te faire mourir et j’en connais le prix. Comment as-tu pu oser leur infliger ça, toi le bienfaiteur autoproclamé de l’humanité ? Chaque jour qui passe, je me cache. Chaque page qui se tourne est poids en moins sur ma conscience. Chaque inspiration me rapproche de cet état d’inconscience que tu appelles la mort. Ainsi, jamais je ne me lasse.
    Par la fenêtre, la ville tentaculaire s’étend à l’infini. Les bâtiments, monstres démesurés de béton et d’acier, sont noyés dans une obscurité poisseuse et orageuse, d’où émergent quelques torchères ; étranges phares célestes. Au sommet d’une tour à laquelle plus personne ne prête la moindre attention, il observe le devenir d’un monde dont son père a semé les graines il y a plus d’un siècle. Ville chimère, monstres, démons et autres exilés s’y pressent et y achèvent une vie souvent misérable. Roi en sa demeure, il vit entouré d’ombres et de reflets qu’il a lui-même créés.
    – Monsieur, souffle une voix. Vous semblez perdu dans vos pensées. Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous distraire ?
    L’homme, ainsi interpellé, se retourne avec lenteur. Tous ses mouvements, tous ses gestes dénotent un raffinement poussé jusqu’à ses extrémités. Ses yeux couvent la créature qui s’est glissée ainsi jusqu’à lui. C’est femme, d’un âge que d’aucuns qualifieraient de mûr. Alors qu’il la dévisage, il se demande quelle fantaisie subite il lui a pris quand il en a esquissé les contours. Dans les étages inférieurs, ses remplaçants et remplaçantes croissent. Elle est semblable à ces humains d’aujourd’hui que plus rien ou presque ne distingue, au moins pour ceux qui en ont les moyens. Roi en sa demeure, ce qu’ils deviennent ne l’importe plus. Il a porté son message, qu’il vive donc à présent avec les fruits vénéneux de son héritage. Un sourire se dessine sur son visage blafard.
    – Hugo, les hommes meurent, pas les idées, murmure-t-il à l’oreille de celle qui se tient coite.
    – Je vous demande pardon, monsieur. Mais qui est ce Hugo dont vous me parlez ?
    – Un père très cher. Mon père et le père spirituel d’une humanité nouvelle.
    – Est-il un dieu ? Vous en parlez comme s’il était une entité supra-humaine.
    L’homme se tait ; ses yeux étincellent d’une lueur malsaine.
    – Plutôt un démiurge, ronronne-t-il. Mais pas un dieu, pas Dieu, même s’il a voulu faire de son fils, que je suis, un nouveau Christ ! Mais je ne suis pas mort pour racheter, par mon sacrifice, les pêchés de l’humanité. Jamais ! Je suis mort pour lui, pour répandre et porter aux nues sa parole, afin que l’humanité transcende sa condition et devienne l’égal de son créateur.
    La femme ne semble pas comprendre. Ses yeux trahissent l’abysse qui se dissimule au sein de cet esprit dans lequel il a un jour insufflé un embryon de conscience.
    – Et moi que suis-je alors ? Où est ma place ? Puisque je suis votre création. Suis-je votre égal ?
    Le regard de l’homme glisse sur elle, sans animosité ni rugosité. Il l’observe seulement, curieux.
    – Mon égal ? souffle-t-il. Cela se pourrait. Après tout, tu es toi aussi issue de ma chair, tu portes en moi un peu de ce secret qui fait de ma condition actuelle celle d’un immortel. En même temps, je te condamne.
    L’homme suspend ses paroles. En a-t-il trop dit ? Pas assez ? En face de lui, la femme le regarde.
    – Pourquoi alors m’avoir donné cette chance, si vous me condamnez d’avance ? N’ai-je point le droit de vivre ? Qu’est-ce qui me l’interdit ?
    Les mots font mal. Les mots le broient. Combien de fois ne lui a-t-il point posé cette question, à ce père qui ne lui a donné le jour que pour mieux le conduire, au fait de sa gloire, sur la croix. Il n’en avait pas le droit. Et lui ? Pourquoi s’être entouré de ses créatures à qui il a conféré un peu de son humanité ? Ce n’est pas un acte d’amour, ni même de foi qui le motive, mais la vengeance.
    – Parce que je ne l’ai pas eu moi-même. Je te condamne et j’en porte quelque part le poids. Cependant, tu n’es pas ignorante. Tu es libre, ne l’oublies pas. Ici, dans cette ville, personne ne te montrera du doigt, personne ne t’enchaînera, pas même moi.
    La femme s’approche de la baie vitrée. Sa main posée dessus, elle se perd dans la contemplation d’une ville damnée.

Texte publié par Diogene, 12 octobre 2017 à 19h53
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