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Tome 1, Chapitre 1 Tome 1, Chapitre 1
— Monsieur Covalt ? Monsieur ?
    
    Il releva la tête et regarda la femme de ménage qui lui tendait une feuille, un sourcil exagérément levé.
    
    — Ah oui, je vous remplis ça tout de suite, Marie.
    
    — Il vaudrait mieux, sinon je fais le pied de grue jusqu’à ce que ce soit le cas !
    
    L’esprit ailleurs, Covalt traça le gribouillis qui lui tenait lieu de signature. De justesse, il retint un soupir agacé. Toujours plus de papiers, toujours plus de procédures : la bureaucratie dans toute sa splendeur. Lui qui pensait y échapper en devenant détective plutôt que policier ou gendarme, il réalisait avec amertume qu’il s’était trompé. Entre les contrats à rédiger, les factures à rassembler pour le bilan comptable, il ne s’en sortait pas. Et sans parler du salaire plus qu’aléatoire. Être indépendant demandait des talents commerciaux et une pugnacité qu’il ne possédait pas.
    
    Avec regret, il songea qu’il allait devoir renoncer au seul luxe qu’il s’octroyait. Vu son application pour les tâches ménagères, il lui avait semblé plus sage de faire appel à une femme de ménage, mais il devait se rendre à l’évidence : ses finances ne le lui permettaient plus.
    
    Marie récupéra son papier, sortit et prit soin de refermer à clé derrière elle. À cette heure-ci, Covalt ne recevait plus de clients. Néanmoins, si l’un d’eux venait à s’aventurer jusqu’à lui, le détective ne l’ignorerait pas. Son banquier devenait de plus en plus tenace ces derniers jours.
    
    Covalt se savait responsable de sa situation précaire et rechignait à y remédier. Par fierté autant que pour échapper à l’ennui, il n’acceptait pas les missions qui ne l’intéressaient pas. Or c’était elles qui étaient censées composer le fonds de roulement de son affaire. Du moins, c’était ce que lui avait patiemment expliqué son comptable lors de leur précédente entrevue. Il était vrai que certaines infidélités pouvaient se révéler très lucratives pour un détective aux dents longues, mais les histoires de fesses ne l’avaient jamais passionné. Filer un gars ou une femme partis s’envoyer en l’air n’avait rien de très excitant et annoncer au client qu’il avait raison ou tort ne lui apportait aucun plaisir.
    Sans conviction, il remit un peu d’ordre sur son bureau. Ses doigts s’arrêtèrent sur un article de journal qui l’avait interpellé le matin même. Il évoquait le médecin décédé dans un incendie. Toute la pièce avait brûlé, hormis le coin où se trouvait une patiente inanimée. De façon tout aussi inexplicable, le feu s’était éteint de lui-même sans que les pompiers aient eu à intervenir. Ces derniers n’avaient pu que constater la mort du Docteur Favès à leur arrivée.
    Covalt déposa par terre les feuilles destinées au comptable et sortit un dossier. Il éparpilla son contenu sur le bureau, si bien que le bois ne fut bientôt plus visible. Les anomalies étaient légions dans cette affaire : un journaliste s’était étonné que le métal de la poignée ait fondu, preuve que l’incendie avait atteint une rare intensité. De même, l’embrasement avait été si soudain, que le médecin avait été pris par surprise et le cabinet dévasté en quelques minutes. Pourtant, aucun accélérateur n’avait été trouvé et d’après les experts, le feu aurait eu pour origine une simple bougie parfumée. Toutes ses incohérences intriguaient le détective. Le fait qu’il ait été classé sans suite deux jours après l’incendie confirmait ses soupçons, il y avait quelque chose de louche là-dessous.
    
    Il n’était visiblement pas l’unique sceptique. Une de ses anciennes connaissances de la fac, à présent enquêteur de police, lui avait refilé le dossier sous le manteau. De nouveau, il relut chaque ligne, analysa chaque photo avec attention, mais il avait beau chercher une faille, il ne trouvait rien. Il en arriva à la même évidence que la veille et l’avant-veille : la seule personne qui pourrait lui apporter des réponses était la patiente survivante dont tout le monde ignorait l’identité malgré les appels lancés à la télé et dans les journaux. Il avait déjà essayé d’entrer en contact avec elle, mais elle avait sombré dans la folie et les médecins ne la jugeaient pas suffisamment stable pour lui parler.
    
    Malgré tout, il décrocha le téléphone pour tenter sa chance : ça ne ferait que son cinquième appel cette semaine. Son banquier serait probablement déçu qu’il ne fasse pas preuve du même empressement pour trouver des clients. La sonnerie résonna dans le vide et une boîte vocale finit par se mettre en route. Il jeta un œil agacé à l’horloge au-dessus de la porte. Il soupira et replaça le combiné.
    
    Il ira à l’hôpital demain. Il s’y présentera la bouche en cœur dans l’espoir qu’une infirmière un peu bigleuse sera sensible à son charme.
    
    Son ventre lui rappela qu’il avait sauté son déjeuner et qu’une petite sortie s’imposait. Il rangea le dossier, remis les pièces comptables sur la table et extirpa un futon de l’armoire. Il prépara son lit en prévision de son retour. Par souci d’économie, il avait renoncé à prendre un appartement le temps de lancer ses affaires. Cela faisait donc trois ans qu’il campait dans son bureau et tassait chaque matin ses effets personnels dans une grande armoire pour offrir un endroit décent à sa clientèle.
    
    Une fois sur le trottoir et la porte fermée à double tour, Covalt hésita. Soit il allait chez sa sœur où il mangerait bien et sans attendre, mais aurait droit à une nouvelle leçon de morale méritée, soit il trouvait quelque chose dans un bouiboui qui sera moins fameux, mais moins casse-couille aussi. Il prit la direction du bar à deux rues de son bureau où la nourriture ne l’avait jamais rendu malade.
    
    
***

    
    Il sortit du Chez Phil, l’estomac rempli d’une omelette aux champignons nourrissante. Il remonta le col de son long manteau noir qui faisait tant d’effet aux dames d’un certain âge quand il avait la bonne idée de l’associer à un pantalon de costume et à une chemise repassée.
    
    Il marcha dans les rues sans se presser et songea à son programme du lendemain. Il devait rappeler Mme Costa pour lui donner les conclusions de son enquête. Elle pourra fournir les preuves qu’il a recueillies à la police et avec un peu de professionnalisme, ces derniers retrouveront les bijoux de sa mère, volés quelques mois plus tôt. Néanmoins, même en y ajoutant la visite à l’hôpital, cela ne l’occuperait pas une journée entière. À contrecœur, il décida d’éplucher son courrier à son retour à la recherche de deux ou trois affaires sans intérêt, mais génératrices de revenus. S’il avait du temps pour enquêter sur un dossier pour lequel il ne serait pas payé, il pouvait bien prendre sur lui et s’occuper de quelques infidélités, travailleurs au noir et arrêts maladies illicites.
    
    Il rentra chez lui et égraina ses vêtements jusqu’à son lit de fortune. Une fois en caleçon, il réalisa que les stores étaient levés et que les passants avaient une vue de choix sur ses jambes maigrelettes. Il s’empressa de retrouver son intimité avant de s’affaler devant la télé. Il zappa d’une chaîne à l’autre plus pour s’occuper que par conviction. Un reportage sur les pyramides d’Égypte gagna son attention et il se laissa bercer par la voix off.
    

Texte publié par Sizel, 27 mai 2017 à 08h06
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