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Tome 2, Chapitre 2 « Ladli, Guillermo » Tome 2, Chapitre 2
Ladli patientait. Sagement. Elle attendait, mettant à profit cet arrêt inattendu pour clarifier ses pensées. La Dalit occulta le fait qu’elle pouvait entendre d’ici Simus et Sara geindre, cependant elle ne pouvait pas réellement comprendre leur conversation. Elle soupira, espérant ne pas avoir à passer la journée assise à même ce sol sablonneux… même si les eucalyptus lui offraient un abri appréciable. L’odeur apaisante des grands arbres relaxait la jeune fille, lui permettant d’envisager tous les scénarios. Qui tuer en premier ? Et comment ? Optimiser son plaisir était le principal objectif de la Dalit. Bien sûr, elle devait tenir compte de l’utilité de chacun.
    Égoïstement, elle devait avant tout penser à sa survie, comme toujours. Cela signifiait s’amuser, certes, en tuant un ou deux de ses compagnons. Mais elle devait surtout épargner ceux qui lui permettraient d’avancer. Le problème était là ! Énorme et presque incontournable.
    
    Tout d’abord Simus : difficile de s’en débarrasser ! Athlétique et probablement entraîné, elle ne le poignarderait sûrement pas durant son sommeil, trop dangereux. Il n’était jamais seul. Sara faisait toujours l’enfant à dormir dans les bras de l’Anglais, protégeant ce dernier. Pas question, non plus, de l’attaquer frontalement ! Quant à utiliser son nouveau pouvoir… le marchand d’armes était celui de ses compagnons qui y résistait le plus efficacement. Enfin, il était pilote et possédait de toute évidence des ressources importantes. En ces temps incertains, Simus était un homme qu’il valait mieux avoir de son côté.
    
    Le regard de Ladli se perdit dans les champs de théiers où John profitait de la pause pour faire de l’exercice. Les yeux de l’Indienne trouvaient bons nombre de points faibles au physique du jeune homme et autant d’angles d’attaque. Suffisamment, pour répertorier au moins cinq manières de l’occire. Pourtant, il était le seul à pouvoir faire un partenaire convenable, si l’envie l’en prenait. De plus, son habileté avec les ordinateurs palliait totalement le manque de connaissances de la jeune fille. Sa vie dans les rues crasseuses de Calcutta ne l’avait pas préparée à utiliser les technologies modernes. Zohn était donc hors d’atteinte.
    
    Dino assis à côté d’elle fixait l’hélicoptère tout en malaxant ses mains. Il avait l’air inquiet d’un père aimant se faisant du souci pour ses enfants. Ladli respectait l’Italien et c’était bien le seul. Elle s’identifiait à lui. Lire son esprit et le manipuler aurait été si simple. Pourtant, la jeune fille s’y refusait maintenant. Il avait tant à lui apprendre. Il avait élevé l’assassinat au rang d’art : Ladli était envieuse. Il lui faudrait encore tellement de temps et d’exercices pour arriver à son niveau.
    En parlant de pratique, la Dalit venait de déclarer Guillermo : son mentor officiel. À l’insu de ce dernier, elle avait décidé qu’il lui apprendrait toutes les facettes du métier. L’Italien épongea son front avec son mouchoir. De toute évidence, l’homme supportait mal la chaleur. Ladli l’avait épargné, car selon son code de conduite, elle ne tuait pas ses professeurs. Cependant, elle espérait que le Milanais s’adapte vite à la température afin qu’ils puissent commencer les travaux pratiques.
    
    Dans la liste de la jeune fille, il ne restait que Bandhu et Sara. Elle admirait ceux qui avaient exterminé la population indienne, mais tout de même, ils auraient pu lui laisser de quoi s’amuser quelque temps. Elle n’était pas gourmande. Une centaine d’idiots aurait fait l’affaire. Elle aurait pu jouer… au moins cinq ans. La jeune fille soupira profondément en imaginant comment elle aurait été heureuse d’exterminer de différentes façons tous ces gens !
    Après tout si tout le monde devait mourir, elle se devait de donner un coup de main. Secouant la tête, elle se mit à dessiner dans le sable, reprenant le cours de ses pensées. Elle continua son analyse par l’homme-tigre. Proche d’un Dieu aux yeux de l’Indienne, il était de toute évidence une cible de choix. De plus, elle ne l’aimait pas. Imbu de son propre savoir et l’esprit étriqué, il représentait tout ce elle avait horreur. Le seul problème était : son pouvoir. Dès qu’il se sentait menacé, il se métamorphosait, rendant toutes tentatives inutiles. Comment aurait-elle pu tuer un tigre qui mesurait presque deux mètres au garrot ? Le sujet demandait une étude approfondie et une expertise supérieure. Ladli attendrait donc.
    
    Il restait Sara. Proie facile, la Française était pourtant inaccessible. Trop protégée ! Chacun de ces messieurs, pour des raisons très différentes, était prêt à la défendre quoiqu’il leur en coûte. Le plus extrémiste était Simus. La jeune fille avait trouvé une échappatoire. Si elle manipulait Sara suffisamment habilement, cette dernière se suiciderait. Un problème persistait cependant. La Dalit ne pouvait plus entrer dans l’esprit de la Française, et ce parce que les ombres n’étaient plus présentes. Elles avaient disparu depuis qu’ils étaient montés dans ce fichu hélicoptère, elle ne pouvait plus utiliser sa télépathie sur Sara. Ladli se tapa la tête de ses poings, comme elle le faisait à chaque fois que quelque chose l’énervait. La douleur qu’elle s’infligeait la forçait à se concentrer. Elle visualisa tous les angles d’attaque qu’elle avait envisagés, et ce depuis qu’elle connaissait la Française. Son esprit avait maintenant des capacités impressionnantes qui lui permettaient de revivre ses souvenirs comme si elle en était la spectatrice. Elle se promenait, sortant de son corps dans chaque scène. Elle faisait défiler l’inutile et gardait l’essentiel. La jeune fille réalisa que quelque chose lui avait échappé.
    Elle cessa de se molester, se frotta vivement le visage avec son voile décrépi et soudain... elle comprit. Lorsque la Française avait un malaise, la Dalit avait entrevu un autre monde. Furtivement, certes, mais clairement. Dans cette réalité alternative, l’Indienne était respectée et même vénérée. Joie ultime, dans cette nouvelle dimension... Sara n’existait pas. Du moins, pas comme les autres, Ladli avait le pressentiment que dans ce lieu magique Sara était une aberration. Dans un sourire malsain, la jeune fille conclut sa réflexion. Elle savait comment tuer la Française ; il ne lui restait plus qu’à trouver le moyen de la renvoyer là-bas !
    
    
***

    
    Le sol sablonneux renvoyait fortement la chaleur. Dino, assis près de Ladli avait les pieds gonflés. Son attention se portait pourtant simultanément sur la jeune Indienne accroupie à côté de lui et sur la porte ouverte de l’hélicoptère. Concentré sur les mouvements de la première tout comme sur les sons émanant de l’appareil, il transpirait. Beaucoup. Afin d’être prêt à intervenir, il se massait les doigts. Cette simple gymnastique lui permettait de rester en alerte. Il n’avait pas confiance en sa voisine, une psychopathe selon lui. De même, il ne pensait pas que Simus garde son calme en présence de Sara, trop rancunier. Même si la Française savait se défendre, il doutait qu’elle puisse faire le poids face à l’Anglais.
    
    Une chose l’étonnait. Après avoir séparé les deux jeunes gens, il avait questionné l’ancienne étudiante en médecine en italien afin de garder leur conversation privée. L’histoire qu’elle lui avait racontée lui semblait étrange, car dissemblable de la sienne ou encore de celle de ses compagnons. Tous avaient parlé de scintillements et de maux de tête ou autre lorsque leur pouvoir s’était manifesté pour la première fois. Mais pas Sara. Sara était différente et son instinct de tueur lui disait de la garder en vie. C’était en soi un vrai paradoxe.
    De plus, grâce à sa nouvelle aptitude il ressentait fortement le don de ses congénères. Il n’avait qu’à les effleurer un instant pour s’en emplir. Par mimétisme, en touchant une personne, il partageait avec cette dernière ses pouvoirs… si elle en avait. Dino avait porté Sara jusqu’à l’hélicoptère, car la jeune femme était très faible. Il l’avait même installée sur le siège passager sans tenir compte des grommellements de Simus. Pourtant… Pourtant, Guillermo n’avait à aucun moment ressenti la capacité à disparaître de Sara. C’était autre chose.
    L’Italien s’essuya le visage à l’aide d’un mouchoir en lin. Il fit un signe de croix puis une prière pour la Française. Il se mit à penser à regret à son Italie natale, à Milan et se demanda si la Madonnina était encore là, si elle avait protégé sa ville. Le phénomène ne touchait peut-être pas l’Europe ? Il fallait toujours espérer. La preuve, il n’était pas mort !
    
    Un bruit inhabituel se fit faiblement entendre depuis l’intérieur de la cabine de pilotage. D’un bond, l’Italien était debout et d’un autre il avait rejoint MI-Mil. Sa souplesse et sa célérité en avaient surpris plus d’un, Dino pouvait le sentir. Tout en courant, il avait sorti de son fourreau son poignard de secours situé dans sa chaussette droite.
    Bandhu allongé sous l’appareil n’avait pas réagi aussi vite. L’Indien n’avait pas eu le temps de se glisser hors de la carlingue, car Guillermo en montant prestement sur le marche-pieds, avait marché sur ses mains.
    Zohn en avait encore la bouche entrouverte. Parti se promener dans les théiers, le jeune homme s’était retourné, entendant monsieur Tandraya râler sur Dino. L’Italien l’avait observé du coin de l’œil tout en se mettant en mouvement afin de parer à toute éventualité. L’Américain avait des personnalités toutes plus sympathiques les unes que les autres, mais n’en était pas, pour autant, moins dangereux.
    Ladli se levait à peine que Dino l’eût de suite frappée d’un violent coup de poing à la tempe. Elle était plus jeune, plus rapide et surtout beaucoup trop imprévisible pour qu’il prenne le risque qu’elle arrive avant lui. Le tueur à gages avait ralenti la Dalit avant même de savoir si elle ferait des problèmes… simple mesure de sécurité.
    
    Profitant de l’effet de surprise, il ferma vivement la porte de l’hélicoptère. Il traversa la zone de chargement et se précipita dans le cockpit. Persuadé que Sara était en danger, il entra son couteau à la main. S’il ne l’avait pas tenue de façon menaçante en se déplaçant, c’était maintenant le cas. La bouche de l’Italien s’entrouvrit rapidement puis se referma tout aussi vite... Sara était assise sur les genoux de Simus. L’Anglais partageait son casque avec la jeune femme. Ils étaient presque tête contre tête, séparés simplement par l’anse métallique qui joignait les oreillettes, chacun tenant une extrémité. Concentrés, ils écoutaient. Dans un premier temps, Guillermo crut qu’il imaginait des voix. Cependant lorsque Sara donna un petit coup de poing à Simus en déclarant « Répondez ! », l’Italien déglutit bruyamment. La Madone avait exaucé ses prières. Il sourit entendant la Française ordonner :
    
    « Répondez ! Vous parlez japonais !
    — Le Schtroumpf, ça suffit ! Arrêtez de me frapper. J’ai déjà répondu en anglais, mais vous entendez comme moi... c’est calme plat.
    — Princesse, s’il vous plaît, demanda Sara en battant des cils et brisant le cœur de Guillermo maintenant dans la cabine de pilotage et prêt à tout pour la satisfaire, même à supplier l’Anglais de parler japonais.
    — D’accord », répondit l’Anglais en remettant le casque.
    
    S’ensuivit une longue liste de mots tous plus incompréhensibles les uns que les autres, pour oreilles de Dino. Le tueur à gages n’avait d’yeux que pour Sara et elle… que pour Simus. Le Milanais se promit de la protéger comme sa propre fille, ne pouvant rien espérer de plus. Soudain, il sursauta. Sorti de ses pensées par deux petits mots en anglais, il réalisa que tout n’était peut-être pas complètement perdu. Le contexte allait maintenant reprendre la voie de la normalité puisqu’elle ne touchait pas toute l’Asie. Il sourit béatement lorsque le haut-parleur répéta : « Ici Tokyo. »
    
    Simus se remit à baragouiner en japonais, rendant la situation une fois de plus déroutante aux yeux de l’Italien. Ce dernier se crispa lorsqu’il entendit de violents coups donnés contre la paroi du battant. Il se précipita dans la zone de chargement, désireux de mettre fin au vacarme. Guillermo n’en revint pas de voir que le métal était déformé, il pensait être le seul capable d’une telle prouesse. Ouvrant la porte, Dino se trouva face à face avec un rhinocéros blanc portant un collier rouge : Bandhu ! Il soupira. Ladli escaladait l’arrière de l’appareil et Zohn avait le nez dans son ordinateur, probablement en train de pirater la sécurité de l’hélicoptère. L’Italien leur barra l’accès. Il sauta hors du véhicule et referma la porte avant de poser ses mains sur la carlingue. Ses bras se transformèrent en métal et régénérèrent les zones endommagées. Une fois la réparation effectuée, le tueur à gages se tourna. Il mit ses poings sur ses hanches et fusilla ses compagnons du regard.
    
    « Ils ont un appel de Tokyo. Ils n’entendent rien et si nous restons seuls ici, ce sera votre faute ! »
    Les trois autres le fixèrent sans répondre.
    « Nous ne sommes pas seuls ! » s’écria-t-il
    
    Il n’eut pas le temps d’en dire plus. Simus passa la tête par la porte et fit un signe du menton. Guillermo regarda, médusé, monsieur Tandraya reprendre forme humaine dans un éclair rouge. Puis, sans un mot, les quatre compagnons grimpèrent à bord. Une fois que tous les casques furent en place, le pilote fit une annonce :
    
    « Nous sommes en route pour Tronsga, au Bhoutan. Apparemment, nous sommes victimes d’un phénomène d’ordre général. Il y a cependant au moins un survivant à Tokyo... un scientifique, un astronome. II cherche des réponses. Je lui ai assuré que nous ferons tout pour, non seulement l’aider, mais aussi rester en vie. Donc, essayez de ne pas vous entretuer pendant les vingt-quatre prochaines heures. Compris ! »
    
    Guillermo fit un signe de croix. Un survivant de plus c’était toujours mieux que personne. Il recommença à réciter son chapelet, priant cette fois-ci que Simus applique ses propres principes à la lettre. En vingt-quatre heures, Sara avait suffisamment le temps d’énerver l’Anglais pour que ce dernier veuille la tuer. Dino ne permettrait pas cela… il venait de s’en faire la promesse.
    

Texte publié par Isabelle , 23 mai 2017 à 21h18
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