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Tome 2, Chapitre 1 « Ma réalité » Tome 2, Chapitre 1
Une légère brume de chaleur empêchait de voir clairement le paysage. Un vent doux commençait à monter et une poussière opaque se soulevait du sol. L’ocre et le jaune dominaient, laissant par moment à penser qu’ils survolaient un désert. Au milieu de cette nature aux contours indistincts, seules les berges du fleuve semblaient nettes. D’un vert laiteux, le Gange paraissait immobile. Sara regardait devant elle, se forçant à ne pas tourner la tête. L’ancienne étudiante en médecine avait pris cette résolution lorsque Guillermo l’avait installée sur le siège du copilote. Pourtant, elle avait beaucoup de mal à s’y tenir. Elle aurait tant voulu que Simus lui sourie, qu’il lui parle.
    
    La Française savait que, pour le moment, ce n’était pas la peine d’espérer. Sara serra les poings. Enfonçant ses ongles dans ses paumes, elle se mit à pleurer. Elle était vivante et l’Anglais faisait comme si elle était morte. Inutile de le détailler pour savoir que le jeune homme avait les mâchoires crispées et le regard fixe. Il était concentré : il pilotait. L’hélicoptère de combat de la Brothers Grant Compagnie avait décollé un peu plus de trois heures auparavant et le silence pesant qui régnait entre les deux compagnons d’infortune n’avait pas été rompu depuis.
    Bien sûr, sanglés à l’arrière les autres passagers n’étaient pas aussi tendus que les deux jeunes gens, mais le malaise était pourtant bien palpable. Sara se sentait coupable et, bien malgré elle, responsable de cette ambiance. Un frisson la parcourut lorsqu’elle repensa à l’incroyable expérience qu’elle avait vécue. Elle souffla doucement et ferma les paupières essayant de se souvenir du moindre détail.
    
    La Française était en train de fouiller le magasin de sport à la recherche de vêtements chauds et confortables pour Ladli comme pour elle-même. Simus ne l’avait pas quittée des yeux, elle percevait son regard protecteur et cela la rassurait. En fait, il ne l’avait jamais laissée seule. Elle était au rayon des pulls pour dames et lui à celui du matériel de montagne lorsque la jeune femme avait senti le sol trembler. Une sensation étrange de déjà-vu avait envahi tout son être. Son estomac s’était noué et un immense poids avait ensuite écrasé son plexus solaire. Entendant sifflements et fracas métalliques à l’intérieur de sa tête, l’ancienne étudiante en médecine avait eu l’impression de se retrouver six jours en arrière... Lorsque tout avait commencé.
    Sa vue s’était troublée et son corps s’était mis à frissonner. Elle avait eu si froid qu’elle n’avait même plus senti ses doigts. Ne sachant que faire d’autre, elle s’était allongée à même le sol les paupières closes. « Accepter ce que je ne peux changer », avait-elle récité en posant les mains sur son abdomen avant de perdre toute sensation au niveau de ses bras et de ses jambes. Elle n’avait même pas eu le temps de paniquer, juste celui de penser qu’elle allait mourir.
    
    Sara déglutit difficilement. Se remémorer ces moments-là était douloureux. Les larmes continuaient de couler, silencieuses, le long de ses joues rougies. La chaleur de la cabine de pilotage était oppressante. Elle se hasarda à jeter une œillade rapide sur sa gauche. Simus avait toujours les mâchoires serrées et le regard assassin que la jeune femme ne comprenait pas vraiment. La Française renifla et tourna tristement la tête à droite. Les premiers théiers envahissaient les champs. Alignés et de couleur vert sombre, les petits arbustes annonçaient qu’ils approchaient de la région du Darjeeling. La Française referma les yeux et repensa à ce moment, dans l’aéroport de Calcutta, où elle avait cru son dernier instant arrivé.
    
    Sa respiration difficile et la rigidité de son dos, l’engourdissement de ses membres avaient soudainement disparu. Sara avait alors péniblement soulevé les paupières. Terrifiée, elle n’avait pas osé bouger. Une dizaine de personnes étaient penchées au-dessus d’elle. Parlant anglais elles se demandaient ce qu’il fallait faire. Apparemment, personne n’avait vu Sara entrer dans le magasin d’accessoires. Par contre, tous étaient certains qu’elle s’était évanouie depuis cinq longues minutes. La Française avait pris appui sur ses coudes, totalement déphasée.
    La jeune femme avait immédiatement reconnu les lieux. Elle se trouvait à l’aéroport de Calcutta ou du moins dans un hall des départs fort ressemblant à celui qu’elle connaissait. À cet instant-là, elle avait cru qu’elle avait fait un malaise, n’ayant pas petit-déjeuné avant de quitter son hôtel. Le reste n’était qu’un simple rêve. Simus, Guillermo et toute cette histoire rocambolesque d’apocalypse étaient le fruit de son imagination. Du moins, ce fut la pensée pleine d’espoir qui l’avait submergée à ce moment-là. Elle avait difficilement tenté de se remettre debout. Sara avait alors fixé par mégarde un poster épinglé sur le mur en face d’elle. La jeune femme avait eu l’impression que son cœur s’arrêtait. Ce n’était pas un rêve ! Un cauchemar plutôt. L’affiche colorée vantait les mérites des « Compagnons de la lumière », une bande de superhéros menée par un certain Grant.
    La Française avait regardé les étagères environnantes. Elles étaient toutes remplies de photos et autres gadgets à l’effigie de ses amis. Voulant saisir une figurine afin de s’assurer qu’elle n’hallucinait pas, Sara se rendit compte que sa main droite avait disparu. L’ancienne étudiante en médecine avait essayé de se raisonner, elle n’avait pas réussi à encaisser le choc. Elle avait reculé effrayée, avait buté contre un jouet le : « MI-Mil, l’hélicoptère des héros ». Elle s’était ensuite étalée de tout son long. Dans sa chute, sa tête avait heurté violemment le sol.
    Si la jeune femme ne se souvenait pas avoir perdu conscience, elle savait exactement ce qui l’avait ramenée… dans ce monde : un cri, le cri de Simus. Telle une décharge électrique, il l’avait frappé d’un coup au cœur.
    
    Sara, comme une poupée de porcelaine, ouvrit les yeux. Elle se souvenait. Son corps avait tremblé, parcouru de violents frissons. Les images des différentes scènes s’étaient superposées comme diffusées par un stroboscope. Saccadées, elles avaient, un temps, donné à la nausée à la jeune femme. La voix de l’Anglais l’avait guidée, lui indiquant où se trouvait la réalité, sa réalité.
    La Française se rappelait parfaitement avoir entendu son prénom, avoir senti les lèvres chaudes de l’homme d’affaires sur ses doigts et avoir rouvert ses paupières closes par le malaise qui l’avait envahie. La jeune femme était certaine de ne pas avoir de super-pouvoirs. Sara avait simplement renoncé, se laissant doucement glisser vers la mort. Ce ne pouvait être que cela. Quoi d’autre ?
    
    La gorge serrée, l’ancienne étudiante en médecine sentait une nouvelle angoisse monter en elle. Cette peur était le fait que Simus sembla si contrarié. S’il ne lui adressait plus jamais la parole ? S’il n’était pas là pour la sauver la prochaine fois qu’elle aurait des problèmes ? La Française ne put retenir un léger rictus. C’était un être abject, prétentieux, sans cœur et pourtant... il n’avait pas cessé de la protéger. En particulier quelques heures auparavant. Rompant définitivement la promesse qu’elle s’était faite, Sara tourna la tête vers Simus. Les yeux encore emplis de larmes, elle s’adressa à lui comme s’ils étaient seuls au monde :
    
    « Simus… je suis désolée... »
    
    
***

    
    Toutes les commandes de l’hélicoptère répondaient correctement. Le bruit régulier des pâles fendant l’air avait un effet calmant sur le marchand d’armes. Le ronron monotone des moteurs apaisait sa colère. Simus Walker Grant n’était pas de nature à s’emporter. Pourtant, il avait hurlé et tempêté sans pouvoir se retenir lorsque Sara était revenue à la vie.
    La jeune femme venait de s’excuser, une fois de plus. C’était une fois de trop ! Simus dont l’œil était toujours douloureux décida de se poser afin qu’ils aient enfin une véritable explication. Il repéra un terrain plat et avisa les passagers qu’ils allaient faire une pause.
    
    Les pales du rotor ralentirent doucement. Le bruit cessa en même temps que le mouvement. Simus coupa le contact et se leva. Il demanda à tout le monde de sortir, exception faite de Sara. L’Anglais fit un signe de la tête à la Française avant de quitter la cabine de pilotage afin de se diriger vers la zone de chargement. Il alla s’appuyer contre la portière de la jeep, embarquée à bord, et croisa les bras sur la poitrine. Le jeune homme regardait sur le côté gauche sans vraiment savoir quoi. Il ne voulait simplement pas rencontrer le visage de Sara. L’écouter était déjà pénible, lui parler difficile, mais la voir… impossible. Finalement, il aurait peut-être préféré qu’elle soit morte sur le sol de cette boutique de sport au milieu de l’aéroport de Calcutta.
    
    Simus sentit la jeune femme venir se mettre tout près de lui. Il ferma les yeux ; il pouvait entendre son souffle régulier. Le marchand d’armes n’avait jamais eu envie de prendre quelqu’un dans ses bras comme il désirait serrer le Schtroumpf contre lui à ce moment précis. Il se concentra. Il ne devait plus jamais l’appeler Sara : c’était un signe de faiblesse. Une marque d’affection qu’il ne pouvait pas se permettre. Ses sentiments étaient non partagés de toute façon ! L’Anglais ne contrôlait plus ses émotions et c’était cela la véritable raison de sa colère. Il avait conscience qu’il faisait un caprice, mais n’arrivait pas à faire autrement. Aussi écouta-t-il Sara, contrarié.
    
    « Princesse, je suis désolée.
    — Vous l’avez déjà dit !
    — Alors merci…
    — Va falloir penser à vous renouveler le Schtroumpf… Ça aussi vous l’avez déjà dit ! Autre chose ! ordonna le jeune homme.
    — Je… C’est très gênant…
    — Sara ! l’interpella Simus, s’en mordant les lèvres immédiatement.
    — Voilà, je suis passée du côté des ombres.
    — Merci, comme si je ne le savais pas.
    — Non je veux dire… C’était réel. J’étais comme… dans une autre réalité.
    — Qui déjà s’est moquée lorsque Guillermo et moi entendions une voix ? Qui ? Pourtant, Ladli était bien dans nos esprits !
    — OK… moi ! Mais là ! Là, je crois bien que c’est pire parce que je n’y crois pas moi-même, déclara Sara des sanglots au fond de la gorge.
    — Pourtant vous vous êtes désintégrée sous nos yeux. Ensuite… »
    Simus plissa les paupières pour ne surtout pas regarder Sara. Il sentait sa présence de plus en plus proche et il se doutait que bientôt, elle lui toucherait le bras afin de le réconforter ou de s’excuser une fois de plus. Il soupira bruyamment tandis que la jeune femme reprenait :
    « Ensuite, les “autres” se sont jetés sur vous et vous avez eu l’impression d’étouffer...
    — Essayez de vous faire traverser par ces… trucs. Je suis certain que vous n’apprécieriez pas beaucoup. En plus, ils ne se sont pas “jetés” sur moi. Ils… Ils… Ils prenaient forme humaine et m’encerclaient toujours plus près. C’était comme si ma vie m’échappait, comme si… J’en sais rien… Comme si mon âme passait d’un corps à un autre. Et ce nouveau corps n’était pas avec vous, il ne vous tenait plus la main… Il vous avait laissé partir… »
    
    Un silence pesant s’installa. Les larmes forcèrent la barrière des paupières de l’Anglais et bientôt dévalèrent le long de ses joues. Il avait eu l’impression de mourir en même temps que Sara avait disparu. Cette sensation que la jeune femme allait s’évaporer à tout jamais avait été la plus douloureuse de sa vie. Il préférait être tué par une horde d’ombres plutôt que de revivre cela.
    
    « Quand vous êtes “revenue”, tout ce que j’ai vu c’est que vous n’arriviez pas à respirer. J’étais inquiet pour vous ! Je vous fait du bouche-à-bouche afin de vous ramener à la vie et la seule chose que vous trouvez à faire pour me remercier… Bref ! Je veux même pas en parler ! maugréa Simus regardant ses pieds.
    — Et moi j’ai eu peur… Je ne vous ai pas reconnu de suite, murmura Sara.
    — Peur ! Qu’est-ce que je devrais dire ? On fait du shopping tranquille. Tout le monde est mort mystérieusement ou presque… Et mademoiselle se désintègre, je m’accroche à elle au péril de ma vie afin de garder au moins sa main parmi nous ! Et elle… vous... vous me giflez, une fois de plus, pour un malheureux baiser. OK, passionné le baiser, mais c’était le minimum syndical du remerciement.
    — Vous n’étiez pas obligé de me rendre ma baffe !
    — Et vous de me donner un coup de pied !
    — Oh ! Pauvre chose ! », s’exclama Sara en levant les bras au ciel.
    Le plus doucement qu’il le put Simus souleva son visage et prit sur lui de regarder Sara.
    « J’ai un œil au beurre noir et gonflé qui plus est ! Vous, vous me semblez en pleine forme.
    — Sim… Princesse, je suis désolée. Je n’y peux pas grand-chose si mon pouvoir est de passer de l’autre côté.
    — Ça non, mais votre sale manie de me gifler à tout bout de champ…
    — Promis, je ne le ferai plus.
    — Bien, mais vous me devez un baiser, s’amusa l’Anglais qui avait déjà laissé bien loin sa colère.
    — Je… n’eut pas le temps de répondre Sara.
    — Ici Tokyo, est-ce que quelqu’un m’entend ? »
    
    Grésilla la radio, ramenant brutalement les deux jeunes gens à la réalité.

Texte publié par Isabelle , 14 avril 2017 à 08h50
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