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Tome 1, Chapitre 9 « Alliés » Tome 1, Chapitre 9
L’espace de restauration était envahi par une odeur putride. Malgré la coupure de courant et l’arrêt des moteurs, les denrées stockées dans les réfrigérateurs avaient assez bien résisté, mieux que les corps ! John Moore, seul, attendait en mangeant une orange. Le grand jeune homme n’arrivait pas à se ressaisir. Tant qu’aucune de ses personnalités multiples n’émergerait, il était conscient qu’il resterait ainsi... prostré.
    
    Bandhu Tandraya avait eu vite fait de l’abandonner. L’ancien sergent avait entendu des bruits inquiétants et avait décidé qu’il fallait s’armer. L’Indien supposait qu’ils n’étaient pas les deux seuls survivants de ce massacre. Par conséquent, les bourreaux devaient attendre quelque part que les dernières victimes se fassent connaître afin de les achever ! Du moins, c’est ainsi qu’il aurait procédé s’il avait été investi d’une telle mission. Le guide avait alors pris la direction du poste de police, fermement décidé à en vider l’armurerie.
    
    Ni « Z » ni Zohn et encore moins monsieur Moore ne l’avait revu depuis. Le grand dilemme de ces trois caractères était de disséquer de façon logique la situation afin de savoir ce qui s’était passé. Les variables étaient très nombreuses et le cerveau du hacker n’arrivait pas à affiner suffisamment l’analyse. Le dernier quartier d’orange avalé, le blond se recroquevilla derrière une poubelle sous un plan de travail.
    
    Il réexamina le contexte et les conséquences dans leur ensemble. De toute évidence, tous les êtres vivants de l’aéroport étaient morts dans d’atroces souffrances. Ils avaient probablement été les victimes d’une arme chimique ou biologique quelconque. John Moore et Bandhu Tandraya ne devaient leur survie qu’au hasard et à un local hermétiquement clos au moment de l’évènement. Pourtant, cette constatation n’expliquait ni le froid ni le fait que tous les composants électriques aient cessé de fonctionner en même temps. Pire, ils s’étaient tous rallumés sans dommage apparent !
    
    Zohn était de plus en plus présent dans le cortex de l’Américain. Sa logique implacable amenant un peu de calme à ses deux autres personnalités. Le génie de l’informatique émergea totalement des limbes dans lesquels le choc l’avait plongé lorsqu’il repensa à son ordinateur. La solution se trouvait dans son habileté à utiliser son disque dur afin de pirater n’importe quels autres serveurs. Il était capable grâce à son petit portable de déjouer les pare-feu de la NSA, ce n’était pas la sécurité d’un aéroport qui allait lui faire peur.
    
    John Moore se dégagea de sa cachette. Il se dirigea vers le comptoir des ventes à emporter et saisit deux paquets de chips ainsi que quatre canettes de soda. Le jeune homme avait besoin de sucre pour que son cerveau tourne à plein régime. Il se nourrissait uniquement de matière grasse par simple gourmandise. Il retourna ensuite dans la zone de restauration où son sac de cabines l’entendait au milieu des corps mutilés. Cela n’avait plus aucune importance : Zohn avait maintenant un objectif. Une idée fixe qu’il avait besoin de vérifier. Un besoin impérieux même ! Il était tellement concentré qu’il n’était dérangé ni par l’odeur ni par les mouches.
    
    L’adolescent commença par pousser les dépouilles de ses anciennes amies des Calamités de Dumas. Il s’organisa un endroit tranquille transformant une table de pique-nique en véritable bureau de recherche. Il était déterminé à ne pas bouger de là tant qu’il n’aurait pas trouvé une réponse logique et satisfaisante à cette situation incroyable.
    Lorsque Zohn alluma son ordinateur, il savait déjà parfaitement ce qu’il avait à faire. Il commença par pirater les caméras de surveillance de l’aéroport. Nombreuses étaient celles qui avaient été détruites par les explosions dues à la chute des avions. Par contre, celles du bâtiment où il se trouvait fonctionnaient toujours et il y avait accès sans problème. Il s’aperçut alors que seul le hall des départs était resté intact, suite à ce qu’il appelait, en l’absence de réponses, le « paradoxe ». L’Américain réalisa également que Bandhu et lui n’étaient pas les uniques survivants. Une femme et deux hommes avançaient vers la zone où il se trouvait et une jeune fille s’agitait au commissariat. Bien sûr, il retrouva monsieur Tandraya qui progressait, tel un tigre en chasse, en direction justement du poste de police.
    
    John Moore ne se soucia pas des inconnus qui venaient vers lui. Il avait plus important à faire. Il se connecta aux serveurs de la NSA et pirata deux de leur satellite afin d’avoir une vision globale de la situation. Le blond était maintenant totalement redevenu lui-même. À l’aise comme un poisson dans l’eau au milieu des algorithmes, il mit tout de même plus de cinq minutes à constater qu’il communiquait avec son ordinateur par la pensée. Les mains trop occupées à vider son sachet de nachos, il ne s’était rendu compte de rien. Zohn était ravi, un de ses rêves les plus fous était devenu réalité. Le jeune homme poursuivit donc l’objectif qu’il s’était fixé. Il utilisa ses ressources afin de connaître l’étendue de l’attaque. Il resta médusé devant son écran lorsqu’il s’avisa que le phénomène touchait l’ensemble de la planète.
    
    
***

    
    Bandhu Tandraya avançait le plus discrètement possible. Au fur et à mesure de sa progression, il réalisa que proportionnellement au reste de l’aéroport la zone de restauration était vide de cadavres. Il devait maintenant enjamber les corps des défunts voire par moment les piétiner. L’homme de foi qui sommeillait en lui ne comprenait pas pourquoi aucune distinction n’avait été faite. Il observait tant des hommes que des femmes, des jeunes que des vieux, des croyants que des infidèles. Ceux qui avaient perpétré ce massacre ne différenciaient pas leurs victimes comme si aucune idéologie, aucune croyance ne les animait. Les postures des corps le troublaient encore davantage. Il n’y avait eu échange ni de coups de feu ni de poignard. Indubitablement, le sang manquait au tableau. Il s’agissait forcément d’autre chose.
    
    Le guide touristique se demandait si ce phénomène était vraiment naturel. Était-il déjà en enfer ? Les armes qu’il espérait trouver seraient-elles utiles face à d’éventuels démons ? La panique et la température ambiante mettaient l’homme en sueur. Il s’arrêta un instant, essayant de reprendre son calme. Mais cela ne changea rien, il avait toujours l’impression d’être aux portes de la mort. À cet instant, son pied droit glissa sur un lambeau de chair. Bandhu tomba au milieu des cadavres et son visage vint se plaquer contre celui d’une femme. Enfin, du moins ce qu’il en restait ! Les vêtements et les vestiges de dessins au henné sur ses mains signalaient qu’il s’agissait d’une jeune mariée. D’un bond, le guide touristique se releva puis s’essuya énergiquement le visage en reculant. Il buta contre un autre corps, puis un autre encore, jusqu’à qu’il rencontra un mur. Il se laissa glisser et finit par se retrouver assis. Il prit sa tête entre ses mains et se mit à pleurer.
    
    Il eut une pensée pour sa femme Akshaya. C’était une bonne épouse : dévouée et aimante. Ils avaient été mariés selon les préceptes de leur foi et vivaient sans se demander s’ils étaient heureux. Les parents de Bandhu lui avaient trouvé une femme, ils avaient réglé tous les détails de cette union avec la famille de sa promise. À l’époque, monsieur Tandraya était encore sergent dans l’armée indienne. Il n’avait découvert sa fiancée que le jour de son mariage. Il s’en voulait maintenant de l’avoir laissée seule. Était-elle morte ? Leur enfant à venir aurait-il été un garçon ? En effet, madame Tandraya avait refusé de connaître le sexe. Cela était plutôt rare dans un pays où la venue d’un héritier mâle était si importante. De douze ans plus jeune que son mari, la jeune femme n’avait pas cédé. Aucun argument, aucune menace n’arriva à bout de sa détermination. Bandhu sourit tristement. Il ne pouvait plus à effacer de sa mémoire le visage de sa tendre épouse. Il aurait aimé faire les choses autrement. La mélancolie se transforma en une douleur sourde et diffuse qui envahit tout son corps jusqu’à le rendre tellement lourd que le guide crut un instant qu’il ne pourrait plus jamais bouger. Le seul acte qui lui permit d’émerger sa léthargie et de retrouver un peu d’énergie fut de hurler. Mais le son qui sortit de sa bouche n’avait rien d’humain et lorsque l’époux de Akshaya tourna la tête, il eut peur. Cherchant son reflet dans la vitrine à côté de laquelle il s’était arrêté. Il réalisa que son cri était en fait un feulement. Bandhu était un guide touristique qui parlait cinq langues, plusieurs dialectes et comprenait maintenant le langage animalier. Monsieur Tandraya était polymorphe et venait de se transformer en tigre.
    
    
***

    
    La porte s’ouvrit avec une lenteur inquiétante, du moins pour Ladli. La jeune fille préférait de loin les actions rapides. Elle fixa un instant l’entrebâillement et n’en crut pas ses yeux. Elle avait face à elle quatre formes sombres. Leurs silhouettes étaient humaines ou elles auraient pu l’être, mais leur visage était exempt de tout trait. Ils n’avaient pas d’yeux, pas de bouche et dans l’ensemble ils semblaient même irréels. La Dalit pencha doucement la tête à droite comme elle le faisait systématiquement avant de tuer. Elle plissa ensuite les yeux de façon à s’assurer que sa vue ne lui jouait pas de tour. Il s’agissait bien d’Asura... de simples démons. Elle les détailla dès qu’ils furent entrés dans sa cellule. Faits d’une sorte de fumée entre le noir et le gris, ils se déplaçaient lentement et ne semblaient pas la voir. Elle battit des paupières une seule fois et cela suffit... ils avaient disparu.
    
    Ladli s’aperçut juste à temps que le battant était en train de bouger. Elle se précipita et passa le pas de la porte de justesse avant que celle-ci ne se referme. Il y avait dans l’air quelque chose d’immatériel et d’impalpable qui effrayait la jeune fille. Elle resta prostrée un moment. Elle n’aurait su dire combien de temps exactement. Ce ne fut que lorsque son ventre la tirailla douloureusement qu’elle vit réellement ce qui l’entourait. Le poste de police n’était pas vide, bien au contraire. Partout, des corps envahissaient le local. Les gardes qui l’avaient arrêtée, les touristes venus porter plainte pour un vol ou pour une perte d’objets et d’autres encore dont elle ne comprenait pas la présence en ce lieu lugubre. L’Indienne se leva, en colère. Elle commença à insulter mentalement le ciel, les dieux et jusqu’aux démons. Gesticulant en tous sens, elle se frappa même la tête de ses poings, se trouvant stupide de ne pas avoir réagi plus tôt. Elle, qui ne perdait jamais son sang-froid, était hystérique.
    
    Il lui fallut une vingtaine de minutes pour se calmer. Elle lissa machinalement ses cheveux. Ladli réajusta son sari en soufflant exagérément. Elle se mit en route d’un pas hésitant. Elle enjamba le cadavre qui lui barrait le passage et sortit du commissariat. Elle ne résista pas cinq minutes avant de devoir placer une partie de son voile sur sa figure afin de lutter contre les mauvaises odeurs et les insectes. La jeune fille se sentait perdue face à l’immensité du lieu. Ses talents n’avaient plus de raison d’être, quelqu’un avait fait tout le travail à sa place. Dans ses rêves les plus fous, elle envisageait de se débarrasser de deux trois personnes encombrantes le même jour, mais elle n’y était jamais arrivée. Comment quelqu’un ou quelque chose pouvait-il avoir été si efficace ?
    La Dalit pensait à la logistique qu’il fallait pour mettre en place un tel crime. Elle s’arrêta et tourna sur elle-même. Elle était morte et se trouvait au paradis, il n’y avait pas d’autres explications possibles. Le « parfum » immonde qui lui assaillait les narines était pourtant bien réel.
    
    Sa progression était lente, la jeune fille découvrant pas à pas une situation pour le moins insolite. Elle était sur le point d’admettre qu’elle était seule au monde lorsqu’un râle puissant résonna dans l’immensité du lieu. Il y avait au moins un autre survivant et elle doutait qu’il s’agisse d’un être humain. Mais qu’est-ce qu’un tigre venait faire au milieu d’un aéroport ? De plus, la ville de Calcutta et sa région n’étaient absolument pas connues pour être l’habitat naturel du grand félin. Méfiante, Ladli chercha une arme supplémentaire : la buse même bien affûtée ne ferait jamais le poids face à un tel animal. Elle scrutait son environnement immédiat quand elle fut prise d’un violent mal de tête. La douleur disparut aussi vite qu’elle était venue, laissant place aux voix. Anarchiques, elles désiraient toutes se faire entendre en même temps. L’Indienne se concentra un instant et, en moins de cinq minutes, arriva à reprendre le contrôle. Il y avait d’autres survivants, elle en était sûre maintenant. Un sourire malsain illumina son visage... elle était devenue télépathe !
    

Texte publié par Isabelle , 12 janvier 2017 à 20h09
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