LC logo
Découvrir     Romans & nouvelles     Fanfictions     Poèmes     Blog     Forums
Connexion
Bienvenue visiteur !
Se connecter ou S'inscrire
Pourquoi vous inscrire ?
«
»
Tome 1, Chapitre 8 « Plus seuls » Tome 1, Chapitre 8
Sara riait nerveusement. Elle se tenait la taille, pliée en deux sous le poids de son nouveau sac à dos. La jeune femme n’avait aucune idée de ce qu’il contenait. Cependant, elle était sûre qu’il dépassait les vingt kilos. Monsieur Grant s’était chargé de répartir les affaires pendant qu’elle aidait Dino à trouver des vêtements à sa taille. Si la Française s’amusait autant, c’était d’avoir entendu la grande théorie que les deux hommes partageaient sur la situation actuelle.
    En effet, dès qu’il sut que le Schtroumpf avait perdu ses cheveux en grande quantité, l’Italien avait rejoint l’avis de l’Anglais : ils étaient les seuls survivants d’une attaque chimique !
    
    L’ancienne étudiante en médecine n’arrivait pas à retrouver son calme et le marchand d’armes commençait à s’impatienter. Le tueur à gages tournait en rond et s’inquiétait d’autant plus que la réaction de la jeune femme était incontrôlée.
    
    « On peut savoir ce qui vous fait rire, le Schtroumpf ? interrogea le pilote agacé.
    — Vous... mes... OK. »
    
    Sara se tourna, se pinça l’arête du nez et souffla. Elle se redressa et reprit, toujours sans les regarder.
    
    « Mes cheveux tombent lorsque je suis stressée. En général, il s’agit d’une poignée ou deux, mais il me semble raisonnable de penser que la vue de centaines de cadavres puisse être un choc. Enfin pour quelqu’un de normal, bien sûr !...
    — Sérieusement !? » la coupa l’Anglais.
    
    Dino ressemblait à une mouche un soir d’orage. Il s’affairait à essayer d’attirer l’attention de la jeune femme afin d’obtenir une traduction, la Française ayant parler bien trop vite pour sa compréhension. Sara, se retourna. Elle expliqua à l’Italien, qu’il allait devoir se mettre « subito » à l’anglais, et traduisit ses derniers propos. Une longue cohorte de « mama mia », « Madre de Dio » et autres interjections, plus ou moins polies, suivirent cette révélation.
    
    Maintenant, tous trois équipés de sacs à dos, ils prirent la direction de la sortie des employés. Guillermo ouvrait la marche, l’AK 47 pointait vers l’avant, prêt à être utilisé. Le suivant, Sara avait les bras ballants et tenait le couteau de la Brothers Grant Compagnie du bout des doigts. Simus se tenait juste à côté d’elle, lui jetant un regard en biais. Il attendait le moment où, inattentive, la jeune femme enverrait la lame au travers du hangar. L’Anglais abhorrait ce genre de comportement. Pourtant, la Française avait cette drôle de capacité de le faire sourire. Il se reprit une fois de plus et figea son visage dans une expression sérieuse avant lui dire en prenant sa main libre :
    
    « Restez avec moi !
    — Et où voulez-vous que j’aille ? » dit-elle en haussant les sourcils.
    
    Comme seule réponse, l’homme d’affaires soupira.
    
    Dino jeta un œil au-dessus de son épaule, se demandant comment ces deux-là pourraient bien l’aider à sortir de cette situation. Le gars semblait compétent, mais la fille n’avait pas la moindre volonté. Pourtant, il avait plus confiance elle qu’en lui. Son sentiment était inexplicable et perturbait quelque peu son esprit cartésien. L’Italien expira d’un long souffle et défonça d’un coup de pied la porte qui se trouvait maintenant devant eux.
    Le groupe faisait face à des escaliers. Sans vraiment savoir ce sur quoi ils allaient déboucher, ils s’engagèrent d’un bon pas. Après avoir monté l’équivalent de deux étages, une nouvelle porte bloqua le passage. Guillermo l’enfonça sans mal. Les trois survivants purent ainsi entrer dans la salle de repos du personnel de l’aéroport. Là encore, de nombreux corps jonchaient le sol. « Gun » stoppa net sa progression. Lentement il se signa. Dino fixa un moment ses compagnons, stupéfait. Ces derniers avançaient main dans la main au milieu des cadavres putrides comme s’ils s’étaient promenés le long d’une plage.
    
    Alors que les deux jeunes gens s’apprêtaient à sortir, empruntant la seconde porte de la pièce, l’Italien les interpella :
    
    « Que s’est-il passé, exactement ? balbutia-t-il dans un anglais précaire.
    — En fait, nous n’en savons rien, répondit Simus, comme s’il parlait de la pluie et du beau temps.
    — Mais... il y a beaucoup de mort ? reprit Guillermo, voulant comprendre.
    — Tout le monde est mort ! s’exclama Sara.
    — Ma... Ma non è possibile ! Ma...
    — Ma que ! » l’interrompit la jeune femme.
    
    Elle le regardait. Voyant son trouble, la Française lui demanda en italien où il se trouvait pendant l’apocalypse.
    
    Dino lui raconta ses derniers souvenirs sans aucune retenue. Le tueur était en Inde pour le compte de la Brothers Grant Compagny, justement. Il rentrait du Pakistan où il avait éliminé un leader terroriste afin que son second, favorable à un accord avec l’entreprise de monsieur Grant, prenne la direction dudit corpuscule. Honteusement, le tueur à gages avoua qu’il avait été capturé, drogué et enfermé dans une grande malle à Delhi quelques jours plus tôt. Des partisans zélés de sa dernière victime criaient vengeance et n’avaient rien trouvé de mieux que de le kidnapper pour obtenir satisfaction.
    
    C’était le froid qui avait sorti « Gun » de sa léthargie médicamenteuse. Pour le reste, le tueur n’avait aucun souvenir, plongé dans les bras de Morphée par intraveineuse. L’Italien n’avait pas idée de ce qui l’attendait dans le hall de l’aéroport et se doutait seulement que les choses n’étaient pas normales. Sara lui raconta les morts, les odeurs, les mouches et surtout cette absence de certitude qui l’angoissait tant. Lorsqu’elle eut terminé, il demanda :
    
    « Et vous, comment avez-vous survécu ?
    — Un peu de chance et quelques burgers, répondit la jeune femme, ne voulant pas entrer dans les détails.
    — Sérieusement ? s’étonna Guillermo. Mais vous vous connaître avant ?
    — Pas vraiment », se dépêcha d’enchaîner Sara.
    
    Dino faisait un effort incommensurable pour parler anglais et Simus suivait, sans mal, la discussion. Tout en s’encordant à l’ancienne étudiante en médecine à l’aide d’une longe courte, l’Anglais intervint dans la conversation :
    
    « Tsss-Tss, crâne d’œuf, vous oubliez de dire que nous avons fait connaissance sous la douche !
    — Vous sous la douche ? reformula “Gun” avide d’histoires croustillantes.
    — Mais non ! s’indigna la Française, nous étions dans les toilettes...
    — C’est vrai, nous avons aussi été dans les WC », l’interrompit Simus en riant.
    
    Le pilote parlait lentement, s’assurant que le tueur comprenne bien chaque mots. L’Anglais était ravi de la réputation légère qu’il faisait à la jeune femme. Il avait maintenant fini l’assemblage de nœuds compliqués qui les liait. Il tira un coup sec sur la corde, ce qui eut pour effet de la ramener dans ses bras dans l’instant, et déclara à l’intention de Guillermo :
    
    « Pas touché, c’est mon jouet... Capisce ! »
    
    Sara, lui retourna une gifle monumentale puis essaya de défaire le lien qui les attachait. C’était maintenant au tour de Dino d’avoir un fou rire, satisfait de vivre ce périple avec ce couple atypique. Simus tira une nouvelle fois sur la corde, déstabilisant la Française. Elle tomba contre lui et il l’enserra fermement de ses bras, puis chuchota à son oreille :
    
    « Vous avez le choix, c’est lui ou moi ! Mais pour l’instant, vous savez que vous pouvez me faire confiance. Une femme seule... ici... c’est à vos risques et périls ! Alors arrêtez de râler, je viens probablement de vous sauver d’un rapport non consenti, murmura-t-il très sûr de lui.
    — Vous avez vu son pyjamas et les œillades qu’il vous jette ! Je crois que c’est moi qui sauve vos fesses de l’échauffement. Un mec, beau et bien foutu, face l’apocalypse n’est jamais en sécurité ! » lui répondit-elle sur le ton de la confidence.
    
    La jeune femme lui claqua la main sur les fesses tout en lui faisant un clin d’œil. Simus esquissa un sourire fugace et voulut se mettre en route. Sara refusait d’avancer. Elle fixait monsieur Grant droit dans les yeux sans rien dire. Tout aussi têtu qu’elle, l’Anglais attendait les bras croisés. L’objet de leur discorde était la corde qui les liait. La Française avait déjà abandonné tant de choses qu’elle tenait à ce qui lui restait : sa liberté. Ses cheveux gisaient au fond de la poubelle des toilettes. Sa besace ainsi que son ancienne identité croupissaient dans un hangar, maintenant, abandonné. Même son nom n’était plus, mais tout cela la jeune femme l’avait acceptée. C’était sa décision même si en fait le marchand d’armes en avait été l’initiateur. Mais là, c’était au dessus de ses forces. Elle refusait de vivre enchaînée. Enfin, si l’on pouvait appeler cela vivre... errer dans un aéroport en compagnie d’un marchand d’armes et d’un tueur à gages.
    
    Guillermo Cordoletta, maintenant allongé sur le sofa de la salle de repos, profitait de cet intermède pour se relaxer. Il était ravi que la chaleur envahisse à nouveau les locaux de l’aéroport. Cependant, le Milanais espérait que l’un de ces nouveaux compagnons finisse par céder. En effet, ils étaient normalement en route afin de trouver de quoi manger ! Sa faim se traduisit par le long gargouillis qui traversa son abdomen. Le tueur avait des crampes et la douleur devenait difficilement supportable. Un nouveau bruit aérique se fit entendre, moins discret et plus odorant, il mit Sara hors d’elle :
    
    « Dino ! s’ecria-t-ellle.
    — Padone, ho fame ! répondit le tueur penaud.
    — Je comprends, mais entre l’autre qui m’attache et toi qui pète, ça commence à faire beaucoup ! » répondit-elle en italien, levant les bras au ciel.
    
    Le marchand d’armes fit un signe de la tête en direction de l’Italien, suivi de deux, trois mouvements de mains. Les deux hommes employaient un langage codé qui semblait tout droit sorti d’un film de guerre depuis qu’ils s’étaient reconnus. Sara fulminait.
    
    « OK les GI Jo ! Vous avez bientôt fini demanda-t-elle excédée.
    
    Sans lui répondre, Dino partit en quête de réserves alimentaires. Monsieur Grant attendit qu’il soit hors de portée et s’enquit aussi doucement que calmement :
    
    « Alors, Sara sans h, quel est le problème ?
    — Tiens donc ! Mais où est passé crâne d’œuf ! dit-t-elle, toujours énervée.
    — Comme vous voulez, tant que vous me dites pourquoi vous refusez d’avancer ! répondit l’Anglais dans un haussement d’épaules.
    — Je suis une grande fille, je peux me prendre en charge seule ! Enlevez-moi ce machin ! ordonna-t-elle saisissant son harnais.
    — C’est pas pour vous... c’est pour moi, avoua-t-il en regardant le bout de ses pieds.
    — Quoi !? »
    
    La colère avait maintenant laissé la place à la stupéfaction.
    
    « Je veux pas vous perdre... murmura Simus
    — Mais... pourquoi ?
    — Parce que... Parce que c’est comme ça !
    — Monsieur Grant, c’est très dévalorisant de faire ça, répondit-elle comme si elle parlait à un enfant.
    — Vous ne pouvez pas comprendre, s’entêta-t-il.
    — Essayez de m’expliquer. Promis, je ferai un effort.
    — Vous m’êtes utile. Vous parlez plusieurs langues, vous avez aussi deux, trois rudiments de médecine, même si vous avez raté vos études, et par les temps qui courent cela peut s’avérer indispensable. Sinon... j’en aurais pas grand chose à faire de vous !
    — Hé bien tout à un prix, monsieur Grant. Je vous suis, mais vous me détachez et... c’est non négociable ! » conclut Sara, glaciale.
    
    La Française réalisa soudainement que même si les propos de l’Anglais la dérangeaient, ils étaient honnêtes. De plus, il avait certainement autant besoin d’elle, qu’elle de lui. Réalisant qu’elle avait l’avantage, elle se renfrogna encore davantage.
    Simus Walker Grant la regardait sans comprendre. Pourquoi cette brindille chauve et plus têtue qu’une mule lui donnait l’envie de vivre ? C’était là tout le mystère. Le pilote ne voulait assurément pas la mettre dans son lit et n’était pas admiratif de la richesse de sa conversation. En l’absence de réponses cohérentes, il lui obéit et dévissa le mousqueton.
    Étonnée par la facilité avec laquelle elle avait obtenu gain de cause. La jeune femme s’avança victorieuse. Elle remercia le marchand d’armes et prit la direction qu’avait suivi précédemment Guillermo Cordoletta.
    
    La Française et le pilote eurent vite fait de rejoindre le tueur à gages dans le hall des départs. Ce dernier plaquait ses mains sur sa bouche et sur son nez, assailli par l’odeur putride. Les survivants durent fouiller dans leurs sacs à dos et mettre un foulard devant leur nez afin de pouvoir continuer. En un peu plus de huit heures, depuis qu’ils étaient sortis en fait, les mouches avaient totalement envahi le hall des départs. La température avoisinait quarante et le degré d’humidité flirtait avec les quatre-vingt pour-cent. L’air était à peine respirable et l’acidité régnante grillait toutes les cellules olfactives encore fonctionnelles.
    
    Simus ne semblait pas prêter attention aux détails, ou du moins ne le montrait-il pas. Sara détournait régulièrement le regard, ayant du mal à affronter la situation. Guillermo quant à lui ne pensait qu’à aller de l’avant, ne souhaitant pas s’appesantir. Ils enjambèrent, contournèrent ou encore écrasèrent les corps qui se présentaient devant eux, avançant en silence à la recherche de denrées comestibles, s’il en restait !
    
    Au détour d’un comptoir vendant anciennement des fruits pressés, ils stoppèrent leur progression. Ils n’étaient pas seuls.
    

Texte publié par Isabelle , 29 décembre 2016 à 09h00
© tous droits réservés.
Commentaire & partage
Consulter les commentaires
Pour réagir â ce chapitre et poster une review, veuillez vous identifier ou vous inscrire !
«
»
Tome 1, Chapitre 8 « Plus seuls » Tome 1, Chapitre 8
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
931 histoires publiées
446 membres inscrits
Notre membre le plus récent est Dendroespine
LeConteur.fr 2013-2018 © Tous droits réservés